OO
17,7 % ; 1923 : 18,1 % ; 1927 : 17,3 % ; 1929 : 16,4 %. La conclusion est que la baisse des prix que rend possible une baisse des salaires ne sera proportionnelle à cette dernière que si tous les autres éléments du prix de revient subissent une baisse semblable : c’est précisément ce qui ne s’est pas produit, en général, dans les expériences de déflation, et l’argument selon lequel les salaires diminués seraient compensés par une semblable baisse du prix de la vie s’est trouvé inexact.
Enfin, dernière erreur « mineure » : l’action de la baisse des salaires sur les prix ne s’exerce pas directement sur les prix de détail, mais sur les prix de revient de gros, dans l’ensemble. Elle n’exerce pas une action déprimante imméute sur des prix de détail. Elle fait peser sur eux une menace de baisse future. Et, dit encore M. Chevalier : « il est d'observation courante que les clients différent leurs achats tant qu’ils ont des perspectives de baisse devant eux ». C’est d’ailleurs là une des raisons qui font hésiter les détaillants à tenir immédiatement, trop brutalement, compte ‘dans leurs prix de vente de la baïsse des prix de gros et des salaires. Ils craignent de voir la crise imposer une réduction des prix de vente supérieure à celle des prix de revient.
De plus, lorsque les masses nombreuses des salariés sentent approcher une menace conire leurs salaires, d'avance elles se mettent à restreindre autant qu’elles le peuvent leurs dépenses, pour conserver une réserve nécessaire pour traverser la période difficile qui s'annonce. « La crainte d’aggraver le chômage fait donc une nécessité à l’industrie de ne réduire les salaires que dans la mesure où le coût de la vie a baissé. »
Mais l’erreur majeure, capitale, de la thèse déflationniste est sa méconnaissance des causes de la crise économique elles-mêmes : pour remédier à l’anémie de la consommation, à son développement insuffisant par rapport à la production, elle frappe le pouvoir de consommation des im-
menses masses salariées.
L’échec de la déflation est patent. Il apparaît nettement dans le rapprochement des courbes statistiques de la production et de celles de bordereaux de salaires.
Ce rapprochement a été fait pour l’année 1935, par le directeur du Bureau international du travail qui en tire les conclusions suivantes :
« Dans chacun des trois pays (Grande-Bretagne, Etats- Unis, Allemagne), les fluctuations des bordereaux de salaires et le chiffre des ventes au détail, exprimé en monnaie, sont demeurés en rapport étroit. Aux Etats-Unis et en Allemagne où les bordereaux de salaires fléchissent considérablement, le chiffre des ventes au détaïl tombe également dans une forte proportion, tandis qu’en Grande-Bretagne, où les bordereaux de salaires ne décrurent que dans une mesure relativement modérée, le chiffre des ventes au détail demeura soutenu.
Ainsi, « dans les pays industriels, le pouvoir d'achat des ouvriers, qui représente une proportion importante de la population totale, influe donc puissamment sur le commerce de détail, lequel règle à son tour dans une large mesure de volume de la production agricole et industrielle ».
Si l’on baisse le salaire de l’ouvrier, avant que les prix de la vie aient pu baisser, il restreindra ses dépenses, le commerçant fera moins de bénéfices et achètera moins luimême, il commandera moins au producteur qui sera obligé de chercher à nouveau une réduction de ses frais, en abaïssant une foïs de plus Le salaire. et ainsi de suite. L'on est enfermé dans un cercle vicieux qui va en se rétrécissant. C’est ce que nous enseigne l’échec des expériences de déflation.
Mais, dira-t-on, une autre politique est-elle possible, dans notre régime économique présent, tout au moins ? Ce régime est fondé sur le profit. Si les profits disparaissent
devant la hausse des salaires, si les prix de revient s’élèvent, qui se mêlera encore d’être entrepreneur ?
Nous allons voir qu’une politique diamétralement opposée à celle de la diminution des salaires est possible, puisque, en fait, elle a été mise en action.
C. LA PRETENDUE EXPERIENCE DES « HAUTS SALAIRES » AUX ETATS-UNIS, AVANT 1929
Les politiques expansionnistes sont, nous l'avons vu, fondées sur cette idée que les crises économiques viennent d’un développement insuffisant de la capacité de consommation des masses par rapport à la production, à un moment donné.
Le « Fordisme » ne méconnaît en aucune façon la nécessité pour le régime capitaliste de ménager un profit aux entrepreneurs sur chacun de leurs produits. Maïs il prétend que le capitaliste doit savoir limiter son profit, ou plutôt qu’il doit savoir ne pas prendre, dans l’accroissement formidable et de plus en plus grand des richesses, la quasitotalité des nouveaux biens créés. Il doit, à mesure qu’il crée plus, donner plus aux salariés afin de développer le pouvoir de consommation en même temps que le pourvoir de production.
L'augmentation des salaires, dit Ford, ne provoque pas une augmentation des prix de revient, si à l’époque où on les double on quadruple le rendement grâce aux progrès techniques ; non seulement dans ce cas le prix de revient ne sera pas de double de l’ancien, mais il n’en sera que la moitié.
Le vice du raisonnement de ceux qui craignent que l’augmentation des salaires ne fasse hausser les prix de revient est que ce raisonnement est statique.
Ford raisonnerait ainsi : de 1925 à 1927, la production industrielle américaine nous a donné un accroissement supplémentaire de $ 800 millions. Sur ces $ 800 millions, on
a donné $ 100 millions aux ouvriers. C’est trop peu ; il était possible d'augmenter considérablement leurs salaires ; au lieu de $ 100 millions en plus, il fallait leur donner $ 400 millions, et ainsi ils auraient consommé pour 300 millions de plus, alors que ces 300 millions étant allés à des capitalistes n’ont pas été consommés (ils venaient en surplus) ou en tout cas n’ont été consommés qu’en partie. Une augmentation notable des salaires aurait évité la crise. Elle n’aurait pas haussé les prix de revient ; elle aurait simplement abaissé un peu les profits. Ces profits trop considérables ont été investis en grande partie dans de nouvelles machines, et ainsi le déséquilibre a été accentué des deux côtés.
Il faut savoir, dit Ford, faire profiter tout le monde de la prospérité de l’entreprise. Les profits doivent être honnêtes ; maïs les salaires doivent être suffisants. Voyons comment cette théorie des hauts salaires a été appliquée, et quels sont ses résultats.