‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 38 sur 41 · ARR 42 DE · texte numérisé non relu

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aussi à appliquer en toute loyauté l’accord sans recourir à aucun subterfuge pour l’éluder dans son esprit ou dans son intention, lesquels visent, comme on l’a vu, principalement le relèvement des salaires et la réduction des temps de travail, jusqu’à l'obtention d’un niveau de vie suffisant.

Pour assurer l’efficacité des mesures arrêtées, l’on a usé de la contrainte gouvernementale, de la contrainte sociale, de la contrainte syndicale. Une campagne de propagande, rappelant les campagnes faites pour des emprunts de guerre, fut entreprise. Les employeurs qui exécutaient les conditions de la N. R. A. arborérent sur leurs devantures sur leur papier à lettres, etc. l’insigne de l’Aigle bleu, avec la devise « We do our part » et la réprobation publique devait châtier ceux qui n’avaient point ou s'étaient vu retirer l’insigne.

Dans les codes, une clause de reconnaissance des syndicats fut inscrite, Roosevelt comptant sur la croïssance des organisations ouvrières et sur leur force, pour veiller à l'application des mesures édictées par la N.R. A. Les patrons, d’ailleurs, pour la plupart, firent, et continuent de faire la plus vive opposition à la « clause syndicale », ce qui a provoqué de nombreux et graves conflits, grèves sanglantes de Minneapolis, Toledo, San Francisco, durant l’été de 1934, par exemple.

Les codes furent, d’ailleurs, souvent mal accueillis par les patrons, par Ford particulièrement. Ils considèrent principalement que la réduction des heures de travail a été trop brusque, et qu’elle les met, par suite de la hausse du coût de la main-d'œuvre, dans l'obligation de remplacer leurs salariés par des machines, le plus possible — et de rejeter sur les consommateurs une partie du poids des mesures ordonnées.

A côté des mesures prises dans le domaine des entreprises privées, le gouvernement fédéral et les autorités locales sont aussi intervenus directement pour apporter aux chômeurs du travail et un nouveau pouvoir d’achat.

A cet effet fut créé, en 1933, le Civilian Conservation Corps destiné à donner l’assistance par le travail, par l'aménagement des richesses naturelles collectives. L'avantage de ces travaux est d’être utiles, sans venir ajouter à la capacité immédiate de production. Des camps de travail furent constitués par le C.C.C. qui employa, en 1933, 250.000 célibataires de 18 à 25 ans, 25.000 anciens combattants, 25.000 bûcherons voisins des camps. Des camps spéciaux furent, en outre, aménagés pour les « réserves d’Indiens » pour les chômeurs de Hawaï, Porto-Rico et de l'Alaska. Les engagés sont nourris, transportés, logés, habillés, soignés. Ils contractent leurs engagements devant le ministère de la Guerre, pour six mois, avec renouvellement possible. Ils sont soumis à une discipline militaire. Outre les avantages en nature, ils reçoivent une rétribution de 30 à 45 dollars par mois, et on leur demande d’en envoyer une partie importante dans leurs familles, si celles-ci n’ont pas de ressources. En 1933, les 4/5, c’est-à-dire 6 millions à de dollars avaient été envoyés, chaque moïs, dans le pays.

D’autre part, une administration de l’Assistance Fédérale exceptionnelle fut constituée, également en 1933. Elle a reçu un crédit initial de 3.300 millions de dollars obtenus par un emprunt dont le service est assuré par des impôts nouveaux portant exclusivement sur des profits industriels et commerciaux. En maï 1933, 19 millions de personnes étaient secourues par les fonds publics. Les secours se donnent en espèces ou en nature (nourriture, logement. eau, combustible, éclairage, habillement, provisions de ménage, pharmacie, assistance médicale) ou en travaux de secours. Ceux-ci donnent une rétribution minimum, et ne peuvent être de plus de 35 heures par semaine. Le montant dis secours varie avec les besoins du chômeur et selon ses charges. Le haut niveau de la condition des salariés de cette administration doit servir d’exemple.

Enfin, la Federal Surplus Relief Corporation, créée par une loi d'octobre 1933, distribue les produits alimentaires

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en excédent : elle les achète aux cultivateurs et les distribue gratuitement aux chômeurs nécessiteux. Les quantités distribuées sont considérables ; fin 1933, par exemple, elles se montaient à 100 millions de livres de viande, 39 millions de livres de farine, 6 millions de livre de beurre, 4 millions de livres de haricots, 700.000 boisseaux de blé, 900.000 de maïs, etc...

L'importance du « renflouement » du pouvoir de consommation des masses est mesuré par le nombre d’hommes qui retrouvèrent un emploi, soit par suite de la réduction des heures de travail, soit par l’embauche des Administrations de Travaux Publics, et par les secours en nature et les sommes d’argent directement transférées de « ceux qui ont plus que le superflu à ceux qui n’ont pas le nécessaire » ; ce transfert se faisant sous de multiples formes, par des taxes et impôts, grâce à des emprunts, ou à travers des manipulations monétaires.

Un an après le début de l’expérience Roosevelt, 4.850.000 personnes avaient été pourvues d’un emploi. De plus, recevaient, à la même époque, des secours directs des fonds d'assistance 2.486.000 familles, et 455.000 personnes seules. Dans l’ensemble, le jeu des mesures de « reflation » était venu à l’aide d’un nombre de personnes équivalent au quart de la population de l’Union.

L'ensemble des dépenses d'assistance enregistrées en 1933 atteint environ 820 millions de dollars. Et le 15 fé vrier 1934, le Congrès a voté un crédit supplémentaire d:. 950 millions de dollars utilisable jusqu’au 30 juin 1935. Durant l’année 1933, d’autre part, les sommes dépensées en travaux publics furent égales au montant total du budget fédéral. <

Non seulement les chômeurs ont retrouvé, pour un tiers, un emploi, mais les gains horaires ont augmenté de mars 1933 à juin 1934 d’environ 26 %, et naturellement l’application à un horaire moindre d’un salaire unitaire accru,

a eu pour effet de maintenir le gain hebdomadaire individuel presque à son ancien niveau.

Si l’on ne considère que l’ouvrier ayant conservé un ouvrage, il est certain que son gain hebdomadaire réel a plutôt légèrement fléchi, car la hausse de ce salaire n’a été que de 8,5 % alors que le coût de la vie progressait de 9 %. |

Ce qu’il faut envisager, ce qui est important au point de vue économique général, c’est le relèvement de la masse globale des salaires, la part totale du salariat dans le revenu national.

A ce point de vue l’on constate une forte progression du montant des bordereaux de salaires; de 96 milliards de dollars en juin 1933, il s'élève à 132 milliards en juin 1934, soit une augmentation de 37,50 %. Ce pourcentage ne marque d’ailleurs que la progression du volume global nominal des salaires. La hausse des prix la réduit de quelque peu. Mais même alors elle atteint encore 25 %.

La part du salariat dans le revenu national, finalement, est passée en un an de 58,3 % en juin 1933, à 62,5 % en 1934.

Ni la hausse du coût de la vie, ni la réduction du temps de travail n’ont donc entamé dangereusement l'avance réalisée d'autre part. En ce qui concerne la réduction du temps de travail, il faut d’ailleurs se souvenir qu'avant l'intervention de l'administration Roosevelt, la pratique du « short time » s’était généralisée sous l’influence de la crise.

La moyenne individuelle de la durée hebdomadaire du travail baïssait de telle manière qu’en moyenne dans les industries manufacturières elle était tombée de 48 heures en 1929 à 36 heures en décembre 1932.

Parallèlement à ce relèvement de la capacité générale

1. W. Oualid, « L'expérience Roosevelt », Revue d'Economie politique, janv.févr. 1935,

d'achat des travailleurs, comment l’économie américaine réagit-elle ? |

Certes, ainsi que nous l’avons noté, les prix ont monté pendant toute l’expérience Roosevelt. L'indice général donné par le Bureau of Labor marque une hausse de 17 points : il est passé de 61 en janvier 1933 avant l'avénement des démocrates au pouvoir (Base 100 en 1926), à 71 en septembre 1933, à 72 en janvier 1934 et à 78 en septermbre 1934. Mais cette hausse a été déterminée principalement sans doute par les politiques monétaire, tarifaire, agricole, qui s’efforçaient d’obtenir un tel résultat.

Le relèvement des salaires n’a pas nui à la marche des entreprises privées. Au contraire, puisqu'elles réalisèrent durant le deuxième trimestre de 1934 un bénéfice de 33,2 %, alors qu'avant « l’expérience Roosevelt », durant le premier trimestre de 1933, elles avaient enregistré une perte de 6,9 %.: Autre signe d'amélioration, le nombre des faillites pour la période février-maïi 1934 est inférieur de 40 % à celui de la période correspondante de 1929.

Et cette amélioration de la situation des entreprises esl due grandement à l’augmentation de la production. L’indice de l’activité industrielle marque en effet des progrès appréciables : tombe à 57,7 en 1932 (contre 100 en 1928), il remonte à 68,5 en 1933 (atteignant un maximum de 83 en septembre), à 76 en janvier 1934, et s'établit à 69 en septembre 1934. Il reste donc nettement supérieur aux niveaux de 1932 et début 1933.

Si l’on se rappelle que dans les pays déflationnistes l’année 1933 n’a marqué qu’une fluctuation peu sensible, que 1934 n’a pas été meilleur ou a été nettement pire (France, Belgique) et que la chute ne fait que s’accentuer à l’heure présente, l’on ne peut conclure qu’à l’avantage des politiques expansionnistes.

1. W. Oualid, « L'expérience Roosevelt», Revue d’ Economie politique janv. févr. 1935.

SRE

Nous devons de plus conclure que dans le système d'expansion générale adopté par le Président Roosevelt, le facteur hausse des salaires a été déterminant ou en tous les cas d’importance primordiale.

Ainsi que nous l'avons vu en étudiant la « Réalité ouvrière », la quasi-totalité ou la totalité des salaires va à la consommation immédiate. La moindre hausse sur les salaires a sa répercussion immédiate sur l’activité commerciale.

Nous pouvons vérifier une fois de plus cette affirmaticn, en consultant l’indice des chiffres d’affaires des « Department stores », relevé par le Federal Reserve Board. Les variations de cet indice sont d’autant plus significatives que les «< Department Stores », les grands magasins, vendent tous les objets de consommation courante, quotidienne, y compris les produits alimentaires.

Voici ces chiffres depuis le début de l’année 1932. L’indice est calculé sur la base de 100 en 1923-1925 :

Mois 1932 1933 1934 1935 JATNVAET CR RNA ES RATER 64 49 57 59 FÉVR RL STE 64 49 59 »

MATS ENS Es Ne ne DDR SE 69 50 73 »

AVI Le SL OR LT Eee SR 74 68 73 » MAS ame M Re ee OUI 1e 67 77 »

FL LS LR EI AE MSIE 66 64 70 »

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