‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 4 sur 41 · ARE ER · texte numérisé non relu

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avait ainsi en Europe et en Amérique 10 millions de chômeurs complets, représentant une trentaine de millions d'êtres humains sans autre pouvoir d’achat que celui que leur apportait l’assurance-chômage, l'assistance publique ou la charité privée.

Ce problème du chômage technologique apparaît depuis quelques années comme particulièrement grave.

Au cours des quatorze crises qui ont secoué le régime économique actuel depuis 150 ans, l’on a toujours assisté à une réabsorption rapide des chômeurs par des industries nouvelles.

Mais le rythme du progrès technique et de l’évincement de la main-d'œuvre est depuis une dizaine d'années bien plus rapide que les possibilités de remploi, soit que la crise ralentisse la création de nouvelles industries, soit que, désormais, les industries nouvelles, même si elles absorbent à leur origine une main-d'œuvre abondante, se rationallisent très vite et rejettent à leur tour une partie de leur personnel.

Certes, ce n’est pas seulement par la création de nouvelles industries, ou l’ouverture de nouveaux débouchés aujourd’hui fermés, que la réintégration des chômeurs dans le « circuit de la consommation » fut possible. La réduction des heures de travail progressivement effectuée au xix° siècle et au début de ce siècle, fut jugée nécessaire. Et cette ressource nous reste — encore que la réduction devrait être si considérable qu’elle se heurte à de nombreuses oppositions, et que même ses partisans se contentent de réclamer, en général, la semaine de 40 heures en Europe, ce qui serait très probablement insuffisant.

L'administration Roosevelt, en imposant la semaine de 36 heures ou même de 30 heures dans certaines industries n’a pu ramener le nombre des chômeurs américains de 15 à 11 millions.

Les abaissements nécessaires de la durée du travail journalier devraient être dans les temps qui viennent si fré-

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quents et si importants, qu’ils apparaîtraient probablement comme choquants à beaucoup dont l'esprit, habitué aux longues et pénibles journées de labeur de la « vieille économie de disette », ne pourrait considérer comme « normal » un court temps de travail, et en tout cas n’arriverait à la conclusion nécessaire qu’alors que le progrès technique exigerait à nouveau une réduction plus grande.

Ainsi, il y a tout lieu de croire que, même si le temps réduit de la journée de travail fait disparaître le chômage partiellement, le progrès technique accompli pendant la « période de gestation » de la réforme aura créé un nouveau contingent de sans-travail.

C’est probablement la raison qui faisait dire au directeur de la N. I. R. A., le général Johnson, en un discours radiodiffusé, en janvier 1934, que méme si l’industrie revient à son niveau de 1929, il y aurait encore 4 millions de sans-travail. Et cette opinion même est trop optimiste, aux dires de l'American Federation of Labour, qui constate, à la même époque, que, malgré l’extraordinaire violence de la crise, la mécanisation de l’industrie américaine a progressé de 1929 à 1932, de telle sorte que dans ce temps la production horaire des ouvriers industriels avait grandi de 12 %.

Il est à remarquer que, dans l’année 1933, l'indice de production industrielle de nombreux pays donna des signes de relèvement nets, et que le chômage ne diminua pas en proportion. En Grande-Bretagne, notamment, l'indice de production, au début de 1934, était, à peu de chose près celui de 1929, époque de prospérité, et il y avait 2.300.000 chômeurs (contre 2.600.000 au plus haut).

Alors que l’augmentation de la capacité d'achat ouvrière est à l’ordre du jour, un chômage permanent semble devoir s’instaurer qui la réduirait de façon permanente et sensible.

Le problème du taux des salaires n’en devient que plus important.

Le problème que le système économique présent doit résoudre est le suivant

La production en série, signe de progrès technique, doit, pour atteindre un large public, créer non pas seulement des objets à bas prix, mais aussi des consommateurs nombreux. Les produits doivent être bon marché, mais les salaires doivent être suffisants pour permettre à une partie importante de la population de profiter de ce « bon marché ».

Mais des bas prix et des hauts salaires sont-ils compatibles ?

Les doctrines et les expériences ont cherché à donner une réponse adéquate dans deux grandes directions.

Pour certains théoriciens et certains praticiens, le box marché de la main-d'œuvre est essentiel, et même fatal et dicté par les lois économiques. Les bas salaires entraînent les bas prix qui engendrent la prospérité, qui permettent de meilleurs salaires. Ce sont les théoriciens et les praticiens de la déflation, de la compression des salaires et des prix.

Pour les autres, au contraire, les hauts salaires seuls peuvent créer un marché suffisamment grand, qui engenérer# la prospérité. Certains d’entre eux ajoutent d’ailleurs que, dans le système capitaliste les hauts salaires ne seront jamais suffisants pour supprimer les crises, lesquelles subsisteront jusqu'à ce que les salaires absorbent toutes les richesses créées par les salariés. Ce sont les théoriciens et les praticiens de l’expansion, de l'élévation des salaires.

Nous allons examiner à tour de rôle les doctrines de compression et d'expansion, puis les expériences pratiques qui leur correspondent et qui se déroulent sous nos yeux.

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