‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 7 sur 41 · NS · texte numérisé non relu

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breux hommes d’Etat ; il importe donc de noter les circonstances dans lesquelles est née l’économie classique ei les lois fondamentales qu’elle a dégagées.

Tout d’abord, il ne faut jamais perdre de vue que es grands économistes classiques avaient devant les yeux une société dont l'équipement industriel était primitif, restreint, limité à un très petit nombre de pays. Le monde dans lequel ils vivaient connaissait encore souvent des années de détresse due à la pauvreté générale. Le théoricien Turgot, qui écrivait des pages assez pessimistes sur la tendance des salaires à la baisse, avait vécu, comme ministre de Louis XVI, la famine de 1776 (année où paraissait le livre d'Adam Smith sur la Richesse des Nations). Même lorsque l'amélioration des moyens de production et des transports, ainsi que l’affaiblissement ou la disparition des réglementations étroites éloignèrent le danger de disette, l'esprit des doctrines resta marqué de la vieille crainte. Et les gouvernements agirent en conséquence. Une loi de la Restauration donne en France la plus grande liberté à l'Exécutif pour arrêter l’exode du blé vers l’étranger lorsque la nécessité s’en fait sentir.

En tout cas, l’économie classique n’a jamais envisagé qu’une surproduction générale fût possible. La question de la « recherche du consommateur » ne se posait pas comme un problème angoissant ; il fallait augmenter la production et l’augmenter toujours plus. Tel était le vrai problème.

Sans doute l’essor était quelquefois entravé par des crises et, au cours de celles-ci, entre autres phénomènes passagers, apparaissait le chômage. Mais il s'agissait là simplement de crises de croissance de mauvaise adaptation. Nous aurons à revenir sur le sujet. Qu'il suffise pour le moment de marquer une fois de plus, à l’occasion de ce qu'on appellera plus tard le problème du chômage technologique, que le développement encore peu étendu de la production a dominé les raisonnements des grands théori-

ciens. Et la tournure d'esprit que ces circonstances leur donnèrent subsiste aujourd’hui chez de nombreux économistes. Ainsi, dans l'Histoire des Doctrines de Gide et Rist, les protestations de Sismondi contre l’optimisme officiel à l'égard du sort des salariés sont considérées comme excessives. Les conclusions de Sismondi sont erronées, parce que, disent ces auteurs, « Sismondi est dominé dans son argumentation par la même idée fausse qui lui a fait admettre la possibilité d’une surproduction générale ® ».

Ainsi, les économistes raisonnent dans un monde où la production des richesses est encore très limitée, où la pénurie des biens se fait souvent sentir, où le produit que les propriétaires, les entrepreneurs et les salariés se partageront en définitive est mesuré.

La société dont les classiques décrivent les lois économiques est fondée sur la recherche du profit et la libre concurrence. L'esprit d'entreprise a pour stimulant le profit personnel, mais la recherche de ce profit va profiter à tous grâce à la libre concurrence. Celle-ci limitera les exigences des entrepreneurs. Elie les obligera à perfectionner sans cesse leur outillage et leurs méthodes sous peine de succomber dans la luite. Elle permettra une ‘adaptation ou une réadaptation automatique des offres aux demandes.

En effet, si le profit dans une branche d'industrie est considérable, la concurrence entre entrepreneurs y grandira, car de nouveaux entrepreneurs voudront profiter des conditions avantageuses qui y règnent. Ainsi l'offre rattrapera la demande ; les prix baïisseront. L'équilibre se réalisera à nouveau.

Si, au contraire, les profits dans une branche d’industrie sont insuffisants, les entrepreneurs s’en détourneront, ou même les moins bien outillés seront détruits par la concurrence. La concurrence devenant moins vive, si la demande

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