‹ Le pouvoir de MarieChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

El A ERGO, ABVOCATA NOSTRA.

§ I. Marie est une aooeate puissante.

L'autorité maternelle est si grande par le droit de la nature , qu'un fils , fût-il monarque , eût-il l'empire absolu sur tous les individus de son royaume, ne peut cependant traiter sa mère comme une sujette. Il est vrai que Jésus-Christ, assis dans le ciel à la droite de son Père , possède même comme homme , en vertu de l'union hypostatique de la nature divine avec la nature humaine , l'autorité suprême sur tous les hommes, et sur Marie elle-même ; cependant il n'en demeure pas moins incontestable que le Rédempteur, pendant sa vie mortelle, voulut

s'abaisser jusqu' à se rendre obéissant à Marie : Et erat subditus illis. Saint Ambroise observe que Jésus-Christ ayant daigné choisir Marie pour sa mère , s'étoit par là même obligé à lui êire soumis. On peut dire, des autres saints , observe Richard de St. -Laurent, que Dieu est avec eux ; mais pour Marie , il lui a été donné nonseulement de se conformer à la volonté de Dieu, mais que Dieu même se soit conformé à la sienne. Et , comme l'observe le même auteur, au lieu qu'il est dit des autres Vierges qu'elles suivent l'agneau partout où il va , on peut dire de la Vierge Marie , que F agneau la suivoit sur la terre, s'étant fait son sujet.

Quoique la Vierge, dans le ciel, ne commande plus à son Fils, cependant nous disons que ses prières sont des prières de mère, c'est-à-dire qu'elles n'essuient jamais de refus. Saint Pierre Damien s'adressant à Marie, lui dit : « Toute puissance vous a été donnée dans le ciel et sur la terre, et rien ne vous est impossible ; car vous pouvez rendre l'espoir à ceux qui l'ont perdu. » Il ajoute , que lorsque Marie se présente devant Jésus-Christ , appelé par le saint l'autel de la réconciliation , pour intercéder en notre faveur, elle semble moins supplier que dicter des lois, et a plutôt l'air d'une reine que d'une sujette. împerio Virginis omnia famulantur , etiam Deiis. « Tout est soumis à l'empire de la Vierge, et Dieu même, » ne craint pas d'avancer saint Bernardin de Sienne : le saint voulant dire que Dieu exauce les prières de sa mère comme si c'étoient des ordres ; et saint Anselme parle de

la sorte à Marie : Le Seigneur , ô Vierge sainte, vous a tellement exaltée, que sa faveur vous a ren due toute-puissante. « Oui, Marie est toute-puissante, reprend Richard de St. Laurent ; car> suivant toutes les lois , îa reine jouit des mêmes privilèges que le roi ; et pour que la puissance soit égale entre le Fils et la Mère, le Fils, qui est tout-puissant, a rendu sa Mère toute-puissante. » L'un est tout-puissant par nature , l'autre est toute-puissante par grâce ; c'est-à-dire, comme il fut révélé à sainte Brigitte ; que notre divin Sauveur s'est obligé à ne rejeter aucune des demandes de sa Mère ; et la raison que Jésus-Christ en donne devant la sainte, c'est qu'il ne vouloit rien refuser dans le ciel à celle qui ne lui avoit rien refusé sur la terre.

C'est donc avec grande raison, ô notre avocate, que saint Bernard et saint Anselme disent qu'il vous suffit de vouloir pour qu'une chose se fasse : ainsi vous pouvez à votre gré élever le plus insigne pécheur jusqu'au plus haut degré de sainteté ; et Albert-le-Grand vous fait dire : « 11 faut me prier de vouloir, car tout ce uue je veux a lieu nécessairement. j> Considérant ce pouvoir immense de Marie, St. Pierre Damien la prie à peu près en ces termes : « O Vierge sainte, ne dédaignez pas de plaider notre cause : laissez agir votre cœur, laissez agir voire crédit, vous qui êtes aussi riche en miséricorde qu'en puissance. »

Pendant que Marie étoil sur la terre, sa pen^ sée la plus chère, la plus habituelle, après la gloire de Dieu, étoit de secourir les infortunés,

et alors déjà elle jouissoit du privilège d' obtenir tout ce qu'elle demandoit. ÎSous en avons la preuve dans ce qui se passa aux noces de Caria: le vin ayant manqué, Jésus-Christ répondit a sa mère qui lui exposoit le besoin des deux époux: Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? mon heure n'est pas encore venue ; » c'est-à-dire, le temps de ma prédication, où je dois confirmer par des miracles la vérité de ma doctrine . Malgré la dureté apparente de cette réponse, et le refus qu'elle sembloît exprimer, Marie ne laissa pas de dire aux gens de la maison : Faites tout ce qu'il vous dira, car elle se tenoit sûre d'être exaucée ; et en effet, Jésus-Christ changea l'eau en vin. Pourquoi cela, puisque son heure n'étoit pas encore venue, et que dans les conseils divins, qui sont immuables , le temps des miracles n'étoit point arrivé ? C'est que le décret qui en fixoit l'époque étoit subordonné à un autre décret par lequel, de toute éternité , le Seigneur s'obligeoit à exaucer toutes les demandes de sa Mère. Marie connoissoit bien ce privilège dont elle ci oit en possession.; ainsi, quoique son Fils paroisse rejeter sa prière, elle ne se trouble point, elle ne doute pas un instant. Par ces paroles : « Mon heure n'est pas encore venue,» Jésus-Christ vouîoit montrer, observe saint Thomas , qu'il auroit différé le miracle de changer l'eau en vin, si c'eût été toute autre personne que sa mère qui l'en eût sollicité ; et c'est en considération de Marie, et pour condescendre à ses prières , que le Sauveur devànre le temps des miracles. 9

En un mot , c'est une chose certaine qu'il n'y a aucune créature qui puisse obtenir aux misérables pécheurs tant et de si abondantes miséricordes, que notre clémente avocate, moins regardée du Seigneur comme sa servante qu'honorée par lui comme sa véritable mère. L'époux des Cantiques dit à son épouse : « Vous qui habitez dans les jardins, nos amis sont attentifs à votre voix ; faites que je l'entende ! » Ces amis sont les Saints, qui ont les yeux attachés surleur iieine, quand ils veulent quelque grâce pour leurs dévots. Et que faut-il pour que Marie soit exaucée ? Il suffit qu'elle fasse entendre le son de sa voix.

Nous lisons dans Valère-Maxime que lorsque Coriolan tenoil Rome assiégée , les prières des citoyens les plus respectables , et de ses amis mêmes , ne purent le fléchir , maïs ce grand courroux céda quand il vit à ses pieds sa mère Véturie, et il lui sacrifia son ressentiment. Si un homme, un païen , a été capable d'une telle marque de respect pour sa mère , que ne fera pas l'Homme Dieu pour sa mère vierge? Le père Justin assure qu'un soupir de Marie peut bien plus auprès de Dieu que les prières de tous les Saints ensemble. C'est l'aveu que le démon lui-même fit à saint Dominique par la bouche d'un possédé.

Saint Germain encourageant les pécheurs à se prévaloir de l'intercession de Marie , dit à la Vierge : « Vous avez une autorité de mère sur Dieu, c'est pourquoi vous obtenez la grâce aux pécheurs les plus invétérés ; » et sainte Brigitte

entendoit les Saints du ciel dire à la Vierge : Reine du ciel , élue du Seigneur , quy a-t-il d'impossible pour- vous P A quoi répond cet adage fameux d'un Père de l'Eglise : Vous pouvez, 6 Vierge, par vos prières , ce que Dieu peut par sa puissance. Eh quoi ! dit saint Augustin , n est-il pas de la dignité du Seigneur de se montrer jaloux de F honneur de sa mére p Lui-même ne nous assure-t-il pas dans son Evangile quil est venu sur la terre pour accomplir la loi, et non pour la détruire P Saint Georges , archevêque de Nicomédie, va plus loin encore, et dit que Jésus-Christ , comme pour satisfaire à l'obligation qu'il a contractée envers sa mère, dont il a reçu l'être humain , s'est imposé la loi de lui accorder toutes ses demandes. « Réjouissez-vous donc ô Marie , d'avoir pour débiteur ce Fils qui répand ses largesses sur chacun de nous et ne reçoit rien de personne. Tous les hommes sans exception sont redevables au Seigneur de ce .qu'ils possèdent, car tout est un don de sa main libérale ; vous seule avez Dieu pour débiteur. » C'est pourquoi, selon la réflexion de saint Augustin , Marie ayant mérité de revêtir de la chair humaine le Verbe de Dieu, et par là de préparer le prix de la rédemption, elle est conséquemment plus puissante pour obtenir le salut que tous les rachetés ensemble. Vous pouvez donc nous sauver tous, o Marie! lui disoit saint Jean Damascène ; car votre autorité de mire donne une force irrésistible à vos prières.

« O bonté admirable de notre Dieu ! qui a bien voulu destiner une si puissante avocate à de mi-

sérabies criminels , afin que tous puissent se sa ver, moyennant son secours ! O ineffable miséricorde , qui, dans la crainte de nous éloigner de lui par la sentence redoutable qu'il doit prononcer dans notre cause , nous a donné pour avocate sa propre mère et la maîtresse de la grâce ! »

Exemple,

Le père Razzi, de Tordre des Camaldules, raconte qu'un jeune homme ayant perdu son père, fut envoyé par sa mère auprès d'un prince pour être page. Mais avant de se séparer de lui, cette mère, qui avoit une grande dévotion à la • sainte Vierge , fit promettre à son fils qu'il réciteront tous les jours la Salutation angélique en l'honneur de Marie , ajoutant à la fin cette courte oraison jaculatoire : Bienheureuse Vierge ! secourez-moi à l'heure de ma mort. Le jeune homme ne fut pas plus tôt arrivé à la cour, qu'il donna .lans tous les vices , et sa mauvaise conduite lui attira la disgrâce de son maître , qui finit par le? renvoyer. Désespéré , et n'ayant aucun moyenj d'existence, il se mit à faire le brigand ; mais ,1 dans le temps même qu'il voloit et assassinoiij sur les grands chemins , il étoit fidèle à la pratique, de piété que lui avoit recommandée sa mère. En-( fin ses crimes eurent leur récompense. Il tomba entre les mains de la justice, et fut condamné à mort. On l'enferma dans un cachot, dont il ne devoit sortir que pour aller au supplice, La veille du jour de l'exécution , comme son déshonneur, sa mort prochaine , et la douleur de sa pauvre mère se représentoient vivement à son esprit ,çt

qu'abîmé dans ses tristes pensées, ses larmes couloient en abondance , il voit tout d'un coup devant lui un beau jeune homme qui , lui adressant la parole, s'offre de le délivrer de la prison et de la mort, pourvu que, de son côté, il s'oblige à lui obéir. Le prisonnier promit tout; alors le prétendu jeune homme lui découvrit qu'il étoit le démon , et lui commanda en premier lieu de renier Jésus-Christ et les sacrements , à quoi le prisonnier consentit ; ce n'est point assez, ajouta l'esprit malin , il faut encore renier la sainte Vierge , et renoncer à sa protection. Je n'en ferai rien, répondit le criminel, et s'adressant à la mère de Dieu, il répéta 3a prière qu'il avoit coutume de lui faire : Bienheureuse Vierge , secourez-moi à V heure de ma mort. Ces paroles mirent en fuite le démon , mais le pauvre jeune homme demeura inconsolable d'avoir renié son Sauveur ; dans son affliction , il eut recours à Marie , et la pria avec tant de ferveur qu'elle lui . obtint une vraie contrition de ses péchés ; ensuite de quoi il se confessa avec de grands sentiments de pénitence. Le lendemain, comme on le conduisoit au lieu du supplice, une statue de la mère de Dieu, se trouva sur son chemin. Il la salua, en disant : Bienheureuse Vierge, secourez-moi à l'heure de ma mort. La statue, à la rue de tout le monde , baissa la tête et lui rendit son salut. Attendri de cette marque de faveur , il demanda qu'on lui permît d'aller baiser les pieds à cette statue. Les archers qui le conduisoient n'en avoient guère envie , mais , à cause des murmures du peuple, ils n'osèrent s'y refu-

sqt : te jeune homme se baissa , et la statue étendant les bras, le prit par la main , et le tint si fortement , qu'il ne fut plus possible de l'arracher de là. A ce prodige, ce ne fut qu'une voix pour crier grâce! grâce ! et la grâce fut accordée, il revint dans sa patrie , et mena toujours depuis une vie exemplaire , conservant la plus tendre reconnoissance pour Mârie , qui l'avoit délivré de deux morts, la temporelle et l'éternelle.

Prière.

O Mère de Dieu, vous dirai- je avec saint Bernard, parlez, car votre fils vous écoute ; Laquer e ; Domina, quia audit Jilius tuas. En se revêtant de la chair humaine dans vos chastes flancs , un Dieu a voulu devenir votre débiteur afin de mettre à votre disposition toutes les richesses de la miséricorde divine. Tous les hommes , sans exception , ressentent les doux effets de votre clémence , et si vous faites du bien à ceux dont vous n'êtes ni connue , ni honorée , el même qui vous blasphèment et vous outragent , que n'ont pas lieu d'espérer ceux qui se font gloire d'être vos serviteurs , et mettent en vous toute leur confiance ? Nous attendons de vous le salut et la grâce ; et parce qu'il vous suffit d'ouvrir la bouche pour être exaucée, priez, Marie , priez le Seigneur , il vous exaucera et nous serons sauvés. Ainsi sqit-il.

§ II. Marie est une avocate compatissante

Nous avons tant de motifs d'aimer noire grande Reine, que si toute la terre relenlissoit de ses louanges , si tous les sermons partaient d'elle , et si tous les hommes donnoient leur vie pour Marie ce seroit peu en relour de la tendre affection qu'elle leur porte, fussent-ils les plus misérables pécheurs, pourvu qu'ils aient quelques sentimens de dévotion pour elle. Le bienheureux Raimond Jourdan, qui par humilité se faisoit appeler l'Idiot , disoit de Marie : « Elle aime ceux qui l'aiment ; bien plus , elle s'abaisse jusqu'à servir ceux qui la servent , employant toute sa puissance , s'ils sont pécheurs, à leur obtenir le pardon de son Fils. » En qualité de notre avocate, la bienheureuse Vierge offre à Dieu les prières de ses serviteurs ; et comme le Fils intercède auprès de sou Père , de même elle intercède auprès de soîj Fils, et ne cesse point de traiter avec l'un et l'autre la grande affaire de notre salut.

Pécheurs, qui que vous soyez, si l'énormiu de vos crimes venoit à vous faire douter, non de la puissance, mais de la compassion de Marie , sachez, ainsi qu'elle l'assura elle-même a la vénérable sœur Villani , qu'après le titre de Mère de Dieu, il n'en est point dont elle se glorifie davantage que de celui d'avocate des pécheurs 1 ! Entendons encore saint Bonaven-

1 lo, dopo il titolo di Madré di Dio , mi vanto d'esser nom mata l'avocata de peccatori.

tare nous dire qu'un des grands privilèges de la Mère de Dieu, c'est' d'être toute-puissante auprès de son Fils ; « Mais , ajoute-t-il immédiatement , de quoi nous serviroit sa puissance , si elle ne l'employoit pour nous ?Non, conclut le saint , n'ayons aucune crainte , et remercions sans cesse le Seigneur de ce que la plus puissante entre tous les Saints est aussi l'avocate la plus zélée et la plus tendre. » Qui jamais , après Jésus-Christ, a eu plus de sollicitude pour les hommes que vous , ô Mère de miséricorde ? Qui est notre soutien comme vous dans les différentes afflictions dont nous sommes travailles ? Qui prend comme vous la défense des pécheurs jusqu'à combattre pour eux ? Votre protection , ô Marie ! est plus puissante , et votre amour pour nous plus grand , que ce que tout l'entendement humain peut concevoir ; « car, dit l'Idiot, les autres Saints secourent leurs dévots , mais la Mère de Dieu , Reine des hommes , est l'avocate de tous, et les embrasse tous dans sa sollicitude. »

« Marie, dit le bienheureux Âmédée, assiste continuellement auprès du trône de la divine Majesté, afin d'intercéder pour noms : comme elle connoît en Dieu nos misères, elle les ressent comme f croit une tendre mère. » C'est pourquoi Richard de Saint-Laurent encourage tous les hommes à recourir avec confiance à cette clémente avocate , les assurant qu'ils la trouveront toujours prête à parler en leur faveur.

Avec quelle efficacité , avec quelle tendre charité cette bonne avocate plaide notre cause !

Saint Augustin , considérant le zèle que Marie met à intercéder pour nous , lui dit ; Les hommes nont qu'une seule et unique avocate dans le ciel, et cest vous. En effet, quoique tous les Saints s'intéressent à notre salut et intercèdent pour nous, cependant la charilé de Marie sur? passe tellement la leur , qu'il est vrai de diix qu'elle est notre unique avocate ; et , selon la belle expression de saint Germain , elle ne peut se rassasier de nous défendre : Non est satietas defensionis ejus.

Un pécheur qui s'étoit plongé dans tous les crimes eut un songe : il lui sembloit être devant le tribunal de Jésus-Christ ; le diable étoit son accusateur, et Marie son avocate. L'ennemi des hommes présenta contre lui le registre de ses péchés , qui , placés dans la balance de la justice divine , l'emportoient de beaucoup sur un trèspetit nombre de bonnes œuvres. Que fit alors sa puissante protectrice ? étendant sa main , elle la posa sur le côté léger de la balance , qu'elle fit pencher en faveur du criminel, donnant ainsi à entendre qu'elle lui obliendroit son pardon s'il changeoit de vie. Effectivement le pécheur se convertit ensuite de cette vision , et il persévéra dans le bien jusqu'à la fin de sa vie.

Pauvres pécheurs , que vous seriez à plaindre , si vous n'aviez cette avocate si puissante, si tendre , et tout à la fois si prudente et si sage y que son Fils ne peut condamner les coupables qu'elle défend ! En sorte que saint Jean le géomètre dit à Marie : Salve, jus divimens lites ; et que saint Bonaventure , l'appelle la sage Abi-

gail, Abigail sapiens. Cette femme, comme il est rapporté au premier livre des Rois, sut apaiser, par ses prudentes paroles, le roi David , lorsque, irrité contre JNabal, il étoit prêt à le punir de son insolence, et David la bénit et la remercia de ce qu'elle l'avoit empêché de se venger par ses propres mains. Ainsi fait Marie dans le ciel ; et , moyennant ses douces et sages prières , elle sait si bien apaiser la justice divine, que Dieu lui-même la bénit, et semble en quelque sorte la remercier de ce qu'elle rempêche de sévir contre les pécheurs, et de les livrer à leur malheureux sort. C'est parce que le Père éternel veut épuiser en notre faveur ses miséricordes ; qu'après nous avoir donné Jesus- Christ pour notre avocat auprès de lui, il nous donne encore Marie pour avocate auprès de Jésus-Christ.

Sans doute, dit saint Bernard, Jésus-Christ est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes. « Mais parce que ceux-ci redoutent la Majesté divine qui doit les juger un jour , il a été nécessaire de leur assigner un autre médiateur auprès du médiateur lui-même ; et cet office , pul n'étoit plus propre à le remplir que Marie. *Ce seroit faire injure à cette très clémente Dame , que de craindre de venir à ses pieds fircourez les saints Evangiles , lisez avec atten* tion tout ce que les écrivains sacrés nous disent de Marie ; et si vous trouvez une seule parole, un seul trait d'elle qui sente la dureté, ou seulement la sévérité , je vous permets alors d<î craindre. Mais non , Une s'y rencontre rien de

semblable ; ainsi donc , essuyez vos larmes y vous qui êtes dans la tribulation ; prenez courage , craintifs et pusillanimes ; la Vierge puissante , qui est la mère de voire juge et de votre Dieu, est aussi l'avocate du genre humain : avocate habile , qui sait tous les moyens d'apaiser le Seigneur ; avocate universelle , dont tout le monde éprouve le crédit. »

Terminons par l'apostrophe éloquente que Guillaume de Paris met dans la bouche du pécheur qui a recours à Marie : « Je viens à vous, lui fait- il dire, glorieuse Mère de Dieu, que l'Eglise des Saints appelle Mère de miséricorde ; vous êtes, ô Marie ! celle qui n'a jamais essuyé de refus , dont la miséricorde n'a jamais manqué à personne , ni la clémence repoussé aucun suppliant. Seroit-ce en vain que l'Eglise proclame que vous êtes son avocate et le refuge des infortunés ? A Dieu ne plaise , médiatrice des hommes et leur unique espérance après votre Fils , que mes péchés soient un obstacle à ce que vous exerciez envers moi cet office de miséricorde. Tout ce que vous avez de grâce et de gloire , et votre divine maternité même , s'il est permis de le dire , vous en êtes redevable aux pécheurs. Loin de nous de croire que celle qui a donné au monde la source du salut puisse refuser sa pitié à ceux qui l'implorent ! Ainsi donc , ô Marie ! puisque votre office est d'être médiatrice de paix entre Dieu et les hommes , venez à mon aide, au nom de cette de'mence qui vous est propre, et qui surpasse infiniment mes vices et toutes mes iniquités. »

Exemple.

Un exemple bien touchant de la miséricorde de Marie envers les pécheurs , est celui que nous allons rapporter sur le témoignage de Césaire et du père Pvho. Sœur Béatrix étoit Tourrière dans le monastère de Fontevrault ; la malheureuse , cédant à un penchant criminel , résolut de prendre la fuite , et se concerta pour ; cela avec l'indigne objet de sa passion. En partant, elle posa le saint habit de sa profession avec les clefs du couvent devant un tableau <!e Marie , et dit à la Vierge : Je vous remets mon habit et les clefs, prenez ma place, vous en remplirez mieux que moi les obligations. La fugitive se rendit dans une grande ville , où elle devint une fameuse courtisanne. Il y avoit quinze ans qu'elle vivoit de la sorte, lorsqu'un jour elle rencontra dans la rue l'intendant de son ancien monastère. Bien assurée de n'être pas reconnue de lui , elle l'aborde , et lui demande s'il ne connoissoit point sœur Béatrix. Oui bien, lui répondit l'intendant , cest une sainte fille qui a été long-temps Tourriere , et qui est actuellement maîtresse des novices. Frappée d'étonnement à cette réponse , et ne pouvant comprendre quelle étoit cette religieuse qu'on prenoit pour elle , il lui prit envie de vérifier la chose , elle va au monastère et demande sœur Béatrix , et voici qu'un instant après , elle voit arriver , qui ? la sainte Vierge elle-même , telle que le peintre l'avoit représente dans ce tableau , devant lequel la Tourrière avoit posé les clefs du

couvent en prenant la faîte. « Béatrix , lui dit la Mere <ie Dieu , pour te sauver du déshonneur, j'ai bien voulu prendre ta propre figure et tenir ici ta place, pendant quinze ans que tu as passés hors du monastère et dans l'inimitié du Seigneur. Ma fille, rentre dans ce saint asile, mon Fils t'ouvre ses bras ; fais pénitence, |et tâche de conserver le bon renom que je t'ai acquis. » Ayant dit cela, la Vierge disparut. Béatrix rentra dans le couvent , où elle expia ses longues erreurs par une vie très sainte > et au lit de la mort elle manifesla à la gloire de Marie la très grande miséricorde dont cette clémente Vierge avoit use' à son égard,

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