‹ Le pouvoir de MarieChapitre 11 sur 23 · PRIÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE

Avocate de tous les hommes , puis-je encore me flatter que vous serez la mienne , après que par mes offenses multipliées j'ai mérité d'être iélaissé de vous ? mais helas ! que deviendrai-je ;i vous m'abandonnez ? qui prendra ma défense >i vous refusez de vous en charger ? O Marie, i dont la bonté surpasse et ma malice et mon in- I gratitude , vous , née pour sauver les pécheurs , |ît qui m'avez été donnée pour mon salut, voyez non repentir , voyez ma confiance , et recevez vians vos bras maternels l'enfant coupable qui 1 l'y jette en vous criant : Ayez pilié de moi ! Miserere meî !

§ III. Marie est médiatrice de paix entre fat pécheurs et Dieu,

La grâce de Dieu est un trésor au dessus de toute estime , et il n'y en a point de si désirable. L'Esprit saint l'appelle un trésor infini, puisque c'est par la grâce que nous sommes élevés à la dignité d'amis de Dieu ; en sorte que Jésus- Christ, notre rédempteur, n'hésite point d'appeler du nom d'amis ceux qui ont sa grâce , Vos amici mei estis. O péché maudit, qui détruis cette précieuse amitié , et rends l'âme d'un objet d'amour un sujet de haine ! Qu'a-t-il dom: a faire , le pécheur qui se trouve malheureusement l'ennemi de Dieu ? Il doit chercher un médiateur qui lui obtienne son pardon , et le remettre en possession de ce bien qu'il a laissé échapper. « Consolez-vous , dit saint Bernard , infortunés qui avez perdu la grâce de votre Dieu, le Seigneur lui-même vous a donné un médiateur, et c'est son propre fils Jésus-Christ- Mais , o Dieu ! comment se fait-il que les hommes se peignent comme sévère un Sauveur si miséricordieux ? pourquoi veulent-ils s'obstiner à se figurer comme terrible l'amabilité même ? Que craignez-vous , gens de peu de foi ? Sachez que Jésus-Christ a cloué à sa croix vos péchés. Si toutefois la majesté du Sauveur vous épouvante, par l'idée qu'il est Dieu aussi-bien qu'homme, songez que vous avez dans Marie une pure créature, qui est avocate auprès du médiateur ; recourez à elle : la Mère de **^u »

mes chers enfants, est l'échelle des pécheurs, par laquelle ils montent pour s'élever de nouveau à la hauteur de la grâce ; Marie est toute ma confiance, Marie est le fondement démon espérance. »

Voici comment l'Esprit Saint fait parler Marie dans les Cantiques : Je suis la forteresse de ceux qui ont recours à moi, ma miséricorde est pour eux comme une tour inexpugnable ; c'est pourquoi le Seigneur m'a établie médiatrice de paix entre les pécheurs et lui. « Cette puissante médiatrice , dit le cardinal Hugues , fait recouvrer la paix à ceux qui sont en guerre ; par elle ie pardon est accordé aux coupables , le salut offert à ceux qui l'ont perdu, et la miséricorde à ceux qui sont dans le désespoir. » Aussi le divin époux compare- t-il sabien-aimée aux pavillons de Salomon , formosa sicut pelles Salomonis. Dans les pavillons de David il n'étoit quesîion que de guerre , mais dans ceux de Salomon on ne parloit que de paix ; et par là le Saint-Esprit veut nous faire entendre que la Mère des miséricordes ne traite jamais de guerre et de vengeance contre les pécheurs , mais qu'elle négocie pour eux le pardon et la paix.

Aussi fut elle une figure de Marie, la colombe de Noë, qui revint dans l'arche portant dans son bec le rameau d'olivier. « Bienheureuse Vierge, dit saint Bonaventure , vous êtes cette colombe fidèle qui, vous plaçant entre Dieu et nous, avez obtenu le pardon du monde ; c'est vous qui après le triste naufrage de l'univers, avez apporté le rameau d'olivier, le signe de

miséricorde, noire Seigneur Jésus-Christ ; et comme la paix du ciel fut donnée par vous , c'est encore par votre moyen que les pécheurs continuent dêtre réconciliés avec Dieu1. »

Enfin T arc-en-ciel que saint Jean vit autour du trône de l'Eternel, signifioit encore Marie, toujours présente au tribunal divin , pour mitiger les sentences prononcées contre les pécheurs ; et c'est elle que Dieu avoit en \ue quand il dit à Noé : Je placerai dans le ciel un signe de paix.., et en le voyant je me souviendrai de C alliance perpétuelle que f ai faite avec les hommes. De même donc qu'à la vue de l'arc dans les nuées le Seigneur se rappelle la paix qu'il a promise à la terre, ainsi par les prières de la bienheureuse Vierge il pardonne aux pécheurs leurs offenses , et fait la paix avec eux.

Le principal office qui fut donné à Marie lorsqu'elle vint sur la terre , fut de relever les âmes déchues de la grâce divine, et de les réconcilier avec Dieu. Pasce hœdos tuos , paissez vos chevreaux, lui dit le Seigneur en la créam. On sait que par les chevreaux sont désignés les pécheurs , comme les élus par les brebis ; que les premiers , au jugement universel , seront placés à la gauche , et les autres à la droite : « Mais ces chevreaux, dit Guillaume de Paris, vous sont confiés , ô Mère du Seigneur ! afin que vous les transformiez en brebis ; et tandis qu'ils dévoient être mis à la gauche, ils seront

i Le B. Albert-le-Grand fait dire à Marie : « Jc suis cette colombe de Noé qui apportait à l'Église la paix l

u& tvr.rselle. »

placés à la droite par votre intercession. » Ici il faut observer, suivant la reflexion de Guillaume l'Angélique , que Dieu ne dit pas à Marie de paître tous les chevreaux indistinctement , mais ses chevreaux , Pasce hœdos tuos ; car la Vierge ne sauve pas tous les pécheurs, mais seulement ceux qui la servent et l'honorent ; quant aux autres qui ne lui sont point dévots, et ne l'invoquent jamais pour sortir de leur péché, ils ne sont pas les chevreaux de Marie, et la gauche sera leur place au jour du jugement.

Un gentilhomme que l'énormité de ses crimes faisoit désespérer de son salut, fut exhorte' par un bon religieux de recourir à Notre-Dame, et d'aller visiter une de ses images en grande vénération dans l'endroit. Le gentilhomme, docile à ce conseil , se rendit à l'Oratoire : il n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur cette image, qu'il se sentit comme invité à prendre confiance. Il se prosterne, et veut baiser les pieds de cette image , qui éloit sculptée ; mais la statue lui tend la main , sur laquelle il voit ces mots écrits : Ego eripiam te de affiigentibus te ; Je le sauverai des mains de ceux qui te persécutent . On raconte que le pécheur , en lisant ces paroles si douces , eut le cœur saisi d'une telle douleur de ses péchés , et d'un si vif sentiment d'amour pour Dieu et sa très-sainte Mère, qu'il expira sur l'heure.

« Je suis l'aimant des cœurs, disoit la Vierge à sainte Brigitte ; et comme l'aimant a la propriété d'attirer le fer, ainsi j'attire à moi les

cœurs les plus durs pour les donner à Dieu. » Ce prodige n'est pas rare ; on peut même dire qu'il est journalier. Nous en faisons l'expérience dans nos missions, où nous voyons fréquemment des pécheurs qui étoient demeurés insensibles à tous les autres sermons se rendre à celui de la miséricorde de la sainte Vierge.

La licorne est un animal si féroce que les chasseurs ne peuvent réussir à la prendre vivante, mais on assure qu'à la voix d'une Vierge, elle se laisse approcher et enchaîner par elle sans résistance. Oh , combien de pécheurs , plus furieux que les bêtes féroces , qui fuyoieni Dieu avec obstination , accourent à la voix de la sublime Vierge, et reçoivent d'elle les chaînes de l'amour divin !

« Marie , dit saint Jean Chrysostôme , a été élue de toute éternité pour Mère de Dieu , afin de sauver par sa miséricorde ceux à qui son Fils en rigueur de justice ne peut faire grâce. »

Oui, ajoute saint Anselme, la Vierge a été élevée à cette haute dignité , bien plus pour les pécheurs que pour les justes ; et puisqu'elle est redevable aux pécheurs de sa glorieuse maternité 1 , comment pourrois-je désespérer de mon pardon, quelque grande que soit la multitude fie mes offenses ?

L'Eglise , dans l'oraison de la messe qui se dit la veille de l'Assomption , nous apprend que la Mère de Dieu a été enlevée au ciel , afin d'in-

' 1/ Eglise chaule en l'honneur de Marie : Pecca tores noft abhorres skte (julbus miwiuam Jures tanto digna Film,

ici céder pour nous avec toule confiance ,Jidu~ cialUer : c'est pourquoi Marie est appelée par saint Justin , « Vierge arbitre de notre sort : » 'l'arbitre est celui auquel les deux parties remettent la décision de leur procès , et le saint veut dire que Jésus- Christ permet à sa Mère de décider entre nous et lui.

« Eh quoi ! dit l'abbé Adam , peut-il craindre de périr , celui qui a Marie pour Mère et pour avocate ? Et vous, ajoute le même saint, s'adressant à la Vierge, dédaignerez- vous d'implorer votre Fils pour un autre fils, et de demander au Rédempteur la grâce du racheté ? non , sans doute ; car vous n'ignorez pas que le môme Dieu qui a établi voire Fils médiateur de paix entre l'homme et lui, vous a faite à votre tour médiatrice entre le juge et le coupable. »

Exern/jlô.

À Florence , du temps de saint Dominique, ri voit une jeune fille nommée Benoîte , dont & conduite étoit un scandale public : Dieu, qui avoit ses vues de miséricorde sur cette pauvre âme , permit que son serviteur vînt prêcher à Florence : un pur sentiment de curiosité porta Benoîte à aller l'entendre ; la grâce opéra , et rentrant en elle-même, elle fut trouver le Saint, se confessa à lui avec beaucoup de larmes, et en reçut l'absolution. Mais bientôt l'occasion et la force de l'habitude la firent retomber ; ce qu'ayant appris saint Dominique, il alla cher- Cher cette jeune fijlc et la persuada de se confes-

ser une seconde fois. Ce fut ensuite par une vision terrible que Dieu l'affermit dans le bien. Transportée en esprit dans l'enfer, elle y vit les âmes de ceux qui s'étoient damnés à cause d'elle ; puis , on lui montra un livre où tous ses péchés se trouvoient inscrits , et c'étoit comme une écriture vivante qui parloit et l'accusoit devant Dieu. Pleine d'effroi et hors d'elle-même, la pauvre pénitente appelle Marie à son secours, et ce n'est point en vain , car elle entend une voix lui dire que la Mère de Dieu lui avoit obtenu assez de vie pour expier ses crimes. La vision disparut, et Benoîte fut tout de bon convertie ; mais ce registre terrible qu'on lui avoit fait voir étoit toujours devant ses yeux, et ne lui laissoit point de repos. Une fois qu'elle prioit pour être délivrée de ce tourment, disant à la Vierge « Ma consolatrice, puisque vous m'avez obtenu assez de vie pour pleurer mes péchés , faites-moi encore cette grâce qu'ils soient effacés de ce livre ; » Marie se montrant tout d'un coup , lui promit que sa demande seroit exaucée à ces conditions : en premier lieu, d'avoir un souvenir toujours présent de la miséricorde que le Seigneur lui avoit faite, ainsi que de ses péchés et de la passion très-amère qu'ils avoient causée à notre Seigneur ; secondement, de considérer souvent combien il y en avoit de moins coupables qu'elle qui étoient damnés ; et à ce propos Notre-Dame lui révéla que ce jourià même un enfant de huit ans seroit précipité dans l'enfer pour un seul péché mortel. Benoîte fut exacte à tout ce que lui avoit enjoint sa puis-

satite protectrice ; et il y avoit déjà quelque temps qu elle persévéroit dans ses pieux exercices, quand un jour Jésus-^Christ se fit voir à N elle, portant dans ses mains le livre redoutable : « Vois, lui dit-il, tous tes péchés sont effacés, le livre est blanc : écris dessus des actes de charité et de toutes les vertus. » Ce que Benoîte faisant, elle termina une sainte vie par une sainte mort.

Prière.

Ainsi donc, ô ma très-clémente maîtresse , si votre office, comme nous l'assure Guillaume de Paris, est d'être médiatrice entre les pécheurs et Dieu, remplissez les devoirs de votre charge, vous dirai-je avec un autre de vos serviteurs ; ô vous notre avocate, plaidez donc notre cause : Eia ergo, advocata nostra, ojficium tuum impie. Ne me répondez point que ma cause est trop mauvaise ; il n'y a point de mauvaise cause pour une avocate telle que vous. Je sais que le plus grand pécheur est infailliblement sauvé si vous prenez sa défense, et je sais aussi jque vous êtes trop miséricordieuse pour refuser de vous charger de la mienne. Marie, mon espoir et mon refuge, conservez et augmentez en moi cette tendre confiance en votre intercession , qui m'est un sûr garant de recouvrer l'amitié de Dieu, que j'avois perdue pour l'avoir follement méprisée.

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