‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 10 sur 93 · ET DE LA COMPATIBILITE DES DFCX PUISSANCES · texte numérisé non relu

ET DE LA COMPATIBILITE DES DFCX PUISSANCES

des Nicolas, des Pascal, des Pie V, qui en ont été les plus intrépides champions; le témoignage unanime desévêques, du clergé el des fidèles répété depuis trois cents ans dans toutes les chaires et dans toutes les langues; l'aveu des protestants les plus éclairés, des politiques les moins suspects et des écrivains les plus fameux : en un mot, toutes les autorités réunies de la tradition, de l'expérience, de la science, de la vertu, de l'habileté mondaine et de la sainteté évangélique.

A des témoignages si imposants, si nombreux et si divers on ne peut opposer que quelques hérésiarques , tels qu'Arnaud de Brescia au xne siècle, les Yaudois au xme, Marcile de Padoue au xive, Wiclef au xve, Calvin et ses premiers disciples dans l'âge suivant A . Le xvme siècle renouvela cette erreur et lui donna place dans Y Encyclopédie 2). C'est dans ce recueil que les révolutionnaires français allèrent puiser la plupart des sophismes qu'ils développèrent à la tribune de l'assemblée constituante, et qui amenèrent la spoliation du clergé. Ils prétendent que l'État conserve le haut domaine sur les biens de l'Église, qu'il peut reprendre ce qu'il a dorme en d'autres temps , que c'est revenir à la première discipline que d'affranchir la puissance spirituelle des soucis d'ici-bas, enfin qu'il y a une incompatibilité manifeste entre les deux pouvoirs. Quand on songe qu'une telle doc- Irine a été renouvelée pour justifier tous les excès, et qu'elle a eu pour conséquence la violation des temples et des monastères, le renversement des autels, l'exil des prêtres, l'abolition du culte, on ne saurait se défendre d'une profonde horreur pour un enseignement qui a servi de préface à une si lamentable histoire.

Un certain nombre d'auteurs catholiques avaient embrassé trop facilement cette triste erreur, pour ne s'être pas tenus assez en garde contre les préjugés répandus dans le monde

(l) Inst., lib. IV, cap. h.

i2) Art. Fondations,

2$ l)K LA DISTINCTION

jctrles ennemis du Saint-Siège l . Un peut croire que s'ils avaient été témoins des grandes épreuves |de la révolution française, ils auraient modifié leur opinion. Parmi les protestants modernes, aucun ne la professe telle que Calvin l'a enseignée, tant elle a paru fausse, contraire à la tradition et démentie par les faits. Les uns, sans supposer le pouvoir temporel incompatible avec le spirituel dans la personne des ministres sacrés, continuent seulement à regarder l'ambition des papes comme la source et le principe de leur souveraineté temporelle (%}. Les autres, plus équitables parce qu'ils sont plus éclairés, ont pris pour règle le grand Leibnitz, qui a disculpé les papes, l'histoire à la main, et dont la judicieuse critique peut servir de leçon aux catholiques comme aux protestants (3). A cette école se sont formés les professeurs les plus accrédités des universités d'Allemagne : Eichorn, Voigt, tfurter, Léopold Ranke. Une étude impartiale et profonde des monuments du moyen âge et de la Réforme les a conduits à juger le mélange des deux pouvoirs avec les lumières que donne la véritable érudition, et à secouer les préjugés de leur secte dans les matières mêmes dont elle s'était fait une arme contre la vérité. En signalant ce rare exemple de franchise, nous n'ignorons pas que leurs ouvrages laissent à désirer encore. La science toute seule ne suffit pas pour dissiper des préventions fâcheuses. Mais elle fait revivre les institutions, les lois, les mœurs, la société de nos ancêtres; elle nous reporte au milieu des idées et des intérêts de leur temps; elle nous donne à réfléchir sur leur politique et leur gouvernement; elle nous aide à remplacer les mots parles faits, et les

(1) Vei'tot, Origine de la grandeur <!>> la cour de Home, p. 10 ut II. — Lebeau. /;'/.>■/. du Bas-Empire, t. XIII, liv. LOTI, n° 54 et G4; liv. LXIV , n° 1 ; t. XIV , liv. LXVI, n». 10. — Velly, Hist. de France, t. I, p. 330.

(2) Basnage, Hist. de î 'Église , t. I, p. 260 ; t. II, p. 1347. — Mosheim, Inst. hist. eccl., sa'culi "Vin, part. II, cap. n et m. — Gibbon, Hist. de la décadence de V empire romain, t. IX, ch. xlix, p. 284. — Hallam, V Europe au moyen âge, t.I, p. 11. — Sismondi, Hist. des répub. ital., 1. 1, p. 123-133 ; Hist. des Français, t. II, p. 146. — Hegewich , Hist. de Charlemagne, p. 56.

(3) Pensées de Leibnit; sur la religion e{ la murah-, Paris, 1803, V vol. m-8, t, II, p. 400.

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