ET DI-: LA COMPATIBILITE DES DEUX PUISSANCES
déclamations passionnées et vieillies par les appréciations exactes, complètes et judicieuses.
A côté de ce progrès, dont l'expression la plus haute se trouve dans M. Guizof (1), notre siècle en a signalé un autre dans les discours des hommes politiques et dans les productions des littérateurs les plus recommandables. Gomment oublier ces brillants orateurs de la tribune française qui, pour défendre la vraie doctrine, ont dépouillé les préjugés de la révolution dans les mémorables luttes de 1849, et sont venus rendre hommage à la souveraineté temporelle du pape? M. Thiers disputa alors à M. de Montalembert l'honneur de la soutenir, et M. Odilon Barrot résuma dans un mot, profond autant que simple, les motifs qui faisaient souhaiter aux hommes les plus libéraux de voir cette souveraineté rétablie et honorée : « Il faut, disait-il, que les deux pouvoirs soient confondus dans l'État romain pour qu'ils demeurent sépares dans le reste du monde (2). » C'est faire entendre tout à la fois queles deux pouvoirs sont distincts par leur nature, comme par leurs fonctions ; mais que leur réunion peut devenir nécessaire dans l'intérêt de la dignité des pontifes et de la liberté des consciences. Un homme dont le témoignage ne doit pas pa-
(1) Voir notamment sou Histoire de la civilisation m France, et sa dernière publication, intitulée : V Église et les Sociétés chrétiennes»
(2) Séance du 20 octobre 1849. — M. Guizot, après avoir cité ce mot, ajoute les réflexions suivantes : « Bien des siècles avant M. Odilon Barrot, l'instinct des sociétés chrétiennes avait dit ce même il faut. Comme souverain temporel, le pape n'était redoutable pour personne; mais il puisait dans sa souveraineté une efficace garantie de son indépendance et de son autorité morale. L'égal des rois en dignité sans être leur rival en puissance temporelle, il pouvait défendre partout la dignité et les droits de l'ordre spirituel, vraie source et vraie base de son pouvoir. Que les papes aient souvent abusé de cette situation, tantôt pour embarrasser, tantôt pour servir les souverains avec qui ils étaient en lutte ou en alliance, nul homme éclairé ne peut le contester, et les amis du droit, et en général de tous les droits, doivent être les premiers à le reconnaître. Mais il n'en est pas moins vrai que c'est à l'abri de sa petite souveraineté temporelle que la papauté a proclamé et soutenu en Europe la différence essentielle de l'Eglise et de l'État, la distinction des deux sociétés, des deux pouvoirs, de leurs domaines et de leurs droits mutuels. Ce fait, le salut et l'honneur rie la civilisation moderne, a pris naissance et appui dans le double caractère de la papauté, et compense bien largement les abus qu'ont faits [es pape? de leur double empire. •• (L' Église et 1rs Sociétés chrétienne* en 1861.)
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mitre suspect aux libres penseurs^ M. (lousin, proclama la même doctrine quelques aimées après, dans V intérêt de la philosophie spiritualiste V ; enfin l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie française, M. Yilleniain, n'hésita pas a composer un livre pour mériter une place au nombre des défenseurs du droit pontifical *>' .
On peut donc affirmer, sans crainte d'être démenti, que la doctrine de la compatibilité des deux pouvoirs, loin d'être obscurcie, a été mise dans un nouveau jour. Quand on voit les meilleurs esprits s'y rallier, sans distinction de culte, il est à croire que l'opinion contraire, eût-elle en sa faveur la foule des brochures et des journaux, n'est ni la plus solide ni la plus sûre.
Il reste deux sortes d'écoles, qui, parties de principes opposes, et relevant tantôt le drapeau de Viclef au nom de l'Évangile, tantôt le drapeau du progrès et des lumières au nom de la révolution, demandent à la papauté ou d'accepter la subordination et la dépendance sous la main du pouvoir temporel, ou de briser par une rupture soudaine et délinitive tous les liens qui rattachent encore aux choses du temps. Ceux-là veulent qu'elle vive avec reconnaissance du pain de l'aumône ; ceux-ci, qu'elle abandonne tout ce qu'elle a reçu et qu'elle n'accepte désormais ni dons, ni secours, ni appui. D'un côté, c'est la dépendance la plus absolue avec tous les périls qu'elle entraîne; de l'autre, c'est l'aifranchissement de tout lien temporel avec les hasards d'une vie sans garanties, sans asile et sans ressources : pensées chimériques, où l'on ne rencontre que difficultés de tout genre, où l'on n'entrevoit d'autre terme que la désolation et la ruine.
Entre deux voies si dangereuses, la sagesse en a trace une autre à l'Église. Il y a dix huit-siècles qu'elle la suit avec une noble persévérance, vivant au milieu des hommes, pre-
(Jj Lu Souveraineté pmti finale, par Mgr i'évêque d'Orléans, p. I*.)8; (2) fré la France, êe l'Empire cl île la PapQUté. Paris, 1<S(Î0.