‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 12 sur 93 · ET DE LA COMPATIBILITE DE* DEUX PUISSANCES · texte numérisé non relu

ET DE LA COMPATIBILITE DE* DEUX PUISSANCES

riant part au courant des affaires, subissant dans sa fortune temporelle les vicissitudes inséparables de sa condition; mais la préférant de beaucoup, puisque Dieu l'a voulu, aux rêveries de ceux qui lui proposent, les uns (W rompre avec le pouvoir, les autres de le servir. Contente de la part que lui a faite son divin Époux, son guide et son soutien, elle regarde ceux-ci avec mépris, ceux-là avec pitié, et elle marche à son but, défendant ses droits quand ils sont attaqués sur la terre, mais préférant le ciel à tout. Qu'on la mette à l'épreuve, qu'on lui ôte jusqu'au dernier fleuron de sa couronne : et on la verra, toujours digne et toujours noble, montrer par sa résignation supérieure à toutes les pertes, par son courage plus grand que tous les désastres, que si elle portait la justice brillante sur son front, elle ne la portait pas moins entière dans son aine. Elle ne regrettera pas les débris de cette maison de boue que l'on renverse : car elle en a dans les cieux une plus grande, dont Dieu est l'architecte, le fondateur et le roi ; beau séjour où elle doit conduire son troupeau avec une main qui ne manquera jamais de tidélité pour remplir son devoir, avec une bouche qui dira toujours la vérité à tous, avec un cœur qui embrassera même les plus ingrats, et avec un esprit qui dominera sans cesse la fausse sagesse de ce siècle.

L'histoire va nous l'aire passer de la théorie à l'application. En étudiant le fait, nous comprendrons mieux encore le droit.

La souveraineté temporelle des papes s'est formée lentement, d'elle-même, et comme à l'insu de ses propres possesseurs. C'est par une main invisible que les successeurs de S. Pierre ont été élevés sur un trône. Ils n'ont connu d'abord ni les desseins ni la conduite de cette mystérieuse puissance qui les revêtait malgré eux de la pourpre et du diadème ; mais plus l'action providentielle fut lente et graduée, plus elle est sensible aujourd'hui. Cette opération cachée est, selon l'expression de M. de Maistre, un des spectacles les plus curieux de l'histoire. On ne trouve ici ni traités, ni combats, ni intrigues, ni usurpations. Tout vient de l'ascendant involontaire que la justice et la piété prennent sur les peuples, et des tributs volontaires que leur admiration payera toujours à la justice et à la sainteté.

Remarquons d'abord comment la ville de Rome a été prédestinée à devenir le siège de la papauté. Ses conquêtes, son agrandissement, l'autorité de ses lois et de ses armes reconnue partout, sa langue parlée et enseignée avec l'accent de la domination souveraine : tout en avait fait le centre du monde connu. Du milieu de l'Italie elle commandait aux Gaules et à la Germanie, à l'Afrique et aux Espagnes, à la Grèce et à l'Asie Mineure; trop loin de la mer pour être la victime d'une surprise, elle en est assez rapprochée pour en recueillir les tributs, et les flots qui baignent ses rivages étaient alors la voie publique des nations. L'autorité de l'Eglise ne pouvait être mieux placée qu'au centre où les affaires du monde venaient aboutir.

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