SOUVERAINETÉ DES PAPES SOÛS CONSTANTIN
Voilà pourquoi Rome sera le terme des voyages et des prédications de S. Pierre. Tant que l'Eglise est resserrée dans les étroites limites de la Judée, le prince des apôtres demeure à Jérusalem; ensuite il passe à Antioche, et de là, comme d'un poste avancé, il répand la doctrine de l'Evangile parmi les Juifs du Pont, de la Bithynie et de la Cappadoce. Mais Jérusalem et Antioche seront dévastées ; le sacerdoce y sera asservi ; le mouvement et la vie se retireront de l'Orient; et le sceptre de l'intelligence et de la politique, perdu par les descendants de Sem, passera un jour aux mains des fils de Japhet, avec le dépôt des sciences, des arts et des lettres. Il faut donc que le chef de l'Eglise quitte l'Orient pour l'Occident, et qu'il aille gouverner les âmes dans un monde où l'empire appartiendra non à la force, mais à la sagesse, non à la matière, mais à l'esprit. S. Pierre sort d' Antioche, il fait deux voyages à Rome, il s'y fixe enfin, il y prêche et y gouverne pendant vingt ans. C'est de Rome qu'il envoie des évêques et qu'il s'efforce d'étendre le règne de Jésus-Christ. C'est à Rome qu'il meurt et qu'il marque la place de tous ceux qui présideront après lui aux destinées de l'Eglise.
Le siège qu'il laissa vacant par son martyre fut cimenté, durant trois siècles, par les vertus de trente-trois papes, dont la moitié scellèrent la foi de leur sang. Ce serait une vue bien courte que de s'arrêter à l'humble condition de ces premiers pontifes. Ces modestes, mais invincibles commencements laissaient déjà entrevoir la grandeur humaine du Siège apostolique, les trésors dont il disposerait dans l'intérêt de la charité, et l'influence qu'il exercerait bientôt dans les affaires temporelles. On se fait une singulière illusion en croyant que l'Eglise des catacombes diffère de l'Église actuelle. Autant vaudrait dire que la Rome de Romulus et de Numa n'est pas la môme que celle qui dicta plus tard des lois à tous les peuples.
Le premier trait du pouvoir temporel date du temps
de S. Pierre et se trouve écrit dans les Actes des apôtres : c'est l'histoire d'Ananie et de Saphirequi, après avoir apporté aux pieds du vicaire de Jésus-Christ une partie de leurs richesses, sont jugés et punis de mort pour avoir dissimulé le prix de leur héritage. La magistrature exercée par S. Pierre est justifiée par la doctrine et les exhortations de S. Paul (1). Conformément aux recommandations de l'Apôtre, les fidèles delà primitive Eglise invoquaient dans leurs affaires temporelles l'arbitrage des pontifes, et s'en tenaient à la décision de cet auguste et pacifique tribunal. Rome, toute païenne qu'elle fût, en était troublée. Témoin l'empereur Décius, qui, dans le milieu du nie siècle, après avoir versé le sang des chrétiens avec une prodigalité inconnue jusqu'à lui, chercha à les empêcher de donner un successeur au pape S.' Fabien, la plus illustre de ses victimes. « J'aime mieux, disait-il, un compétiteur à l'empire qu'un nouvel évèque de Rome. » Et Bossuet, rappelant ce mot, en fait voir toute la justesse et toute la portée : « L'empereur, qui avait parmi ses titres celui de souverain pontife, souffrait le pape dans Rome avec plus d'impatience qu'il ne souffrait clans ses armées un césar qui lui disputait l'empire. »
La pénétration du tyran n'a rien qui doive nous surprendre. Décius reconnaissait ainsi dans l'Eglise de Rome l'Eglise mère et maîtresse, et il savait assez que les fidèles répandus sur la surface de la terre, auraient pour le successeur de Pierre tous les sentiments que des fils ont pour leur père. Delà les richesses et les possessions de l'Eglise encore enfermée dans le berceau des catacombes. Elle fournissait à l'entretien des clercs, des veuves, des orphelins et des pauvres, à la propagation de la foi, à la fondation des chrétientés nouvelles. Elle possédait non-seulement des vases d'or et d'argent d'un grand prix, mais aussi des biens-fonds en champs, maisons, jardins, tan-
(1)1 Cor.i, G.