‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 14 sur 93 · SOIS CONSTANTIN · texte numérisé non relu

SOIS CONSTANTIN

tôt respectes par les païens, tantôt enlevés de vive force (1); rendus quelquefois à la communauté chrétienne par les empereurs les plus acharnés à sa perte (2), ou bien devenant plus souvent encore un objet de convoitise pour les persécuteurs et un titre à la couronne du martyre (3) . L'histoire du diacre S. Laurent fait assez connaître la haute idée que les païens avaient des richesses déposées sous la garde des pontifes . L'accroissement des biens ecclésiastiques, dans toutes les parties de l'Eglise, devait être le fruit naturel de la conversion de Constantin. Dans l'année même où parut l'édit de tolérance en faveur des chrétiens, il annonça à Cécilien, évêque de Garthage, l'envoi de trois mille bourses pour l'entretien des lieux saints et des personnes consacrées à Dieu (4). Les magistrats d'Egypte reçurent l'ordre de fournir annuellement une quantité considérable de froment au patriarche d'Alexandrie, chargé du soulagement des veuves (5). Les Eglises de Constantinople et de Jérusalem obtinrent des marques non moins éclatantes de la munificence impériale ; mais la piété du prince n'éclata nulle part avec plus de grandeur que dans la ville de Rome. D'après le dénombrement fait au ixe siècle par le bibliothécaire Anastase, on peut évaluer à deux millions la valeur des vases d'or et d'argent donnés par l'empereur à la basilique de Latran, et, sans parler d'une redevance annuelle de 150 livres d'aromates pour le service divin, les biens-fonds dont Constantin dota cette illustre Église produisaient environ 233, 664 fr. de notre monnaie. Ajoutez aux magnificences de la basilique Constantinienne les dons répartis entre les Églises de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Sainte- Croix, de Sainte-Agnès, de Saint-Laurent et de Saint-Marcellm.

(1) Omnia etgo quœ ad Ecclesias recté risd fuerlnt perlinere , sive domus ac pos~ sessio sit, sive agri, sive horti, sivc qùœcwnqws alia, nullo jure quod ad dominium pertinel itnminuto, sed suivis o)nnibus atque integris manentibus, restitui jubemus. (Euseb. Vit. Const., lib. II, cap. xxxix.)

(2) Lamprid. Vit. Alex. Scv. — Hist. Aug. script. Lugd. Batav., 1671, in-8, t. I, p. 1003. — (3) Ann. Baron., an. 303, n. 0. — (4) Euseb. Hist. eccles., lib. X, cap. vi. — (5) S. Athanas. Apologia de fuga, Oper. t. I, part. I.

Celles d'Ostie, d'Albano, de Capoue et de Naples, dont le prince ordonne la construction, sont ornées et dotées avec la même grandeur. Enfin la restitution des biens confisqués pendant les persécutions, les libéralités des simples particuliers, les donations et les legs faits à l'Eglise , les offrandes , dont l'origine remontait jusqu'aux catacombes, et dont l'usage se continua sous le nom de dîmes et de prémices dans les siècles- suivants : tout contribua à agrandir et à consolider une fortune temporelle que les papes n'avaient point souhaitée, mais qu'il leur était interdit de refuser, dans l'intérêt même de la société chrétienne.

Il est impossible, en effet, de méconnaître le noble et charitable emploi qu'ils faisaient des dons de la munificence impériale et de la piété des fidèles. Rome, qui devait aux Césars tant de palais, de théâtres, de prisons et de temples, ne. doit ses hospices qu'à l'initiative des papes. Dans tous les lieux où l'Eglise romaine possédait des patrimoines, elle avait établi un asile pour les pauvres, nommé diaconie, parce qu'il était ordinairement administré par un diacre. Au milieu des calamités et de la détresse, elle vendait jusqu'aux vases sacrés pour la nourriture des indigents, le rachat des captifs et l'affranchissement des esclaves, prévenant par des présents les ravages des barbares, réparant par des aumônes les désastres de leur passage, se réduisant volontairement à la pauvreté pour assurer la subsistance des pauvres, et déclarant nettement que si elle envoie des clercs et non des laïques pour administrer les patrimoines du Saint-Siège, c'est bien moins pour en éviter la dissipation 'que pour les faire tourner, par une sage administration, au profit d'un plus grand nombre de malheureux.

C'est ainsi que l'Eglise revendiqua et exerça dès l'origine le droit de propriété. Le droit de propriété précède et prépare dans son histoire le droit de souveraineté. Le premier commença le jour où l'Eglise naquit à Jérusalem; le second, le jour où l'Eglise fut émancipée à Rome,

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