DES ÉPREUVES DE L'ÉGLISE PENDANT
l'abaissement DU POUVOIR TEMPOREL.
Ce temps, que l'on peut appeler la seconde période du pouvoir temporel des papes, est, sans contredit, le plus troublé et le plus triste de leur histoire. Si, comme on l'assure, le pouvoir est un danger pour l'exercice de leur mission spirituelle, jamais celle-ci n'a dû être plus éclatante, parce que jamais celui-là n'a eu plus de bornes ni plus d'entraves. Si au contraire, comme nous le croyons avec l'assentiment de tous les siècles, il importe singulièrement à la papauté d'être indépendante dans ses destinées temporelles pour demeurer libre dans son action religieuse, le spectacle des malheurs et des abaissements de l'Église sous la main des séculiers sera la preuve la plus manifeste de notre thèse.
D'ailleurs, cette période même que nous allons retracer se divise en deux parties bien distinctes. La première se développe sous l'influence de l'alliance heureuse contractée entre le sacerdoce et l'empire ; la seconde s'ouvre par l'anarchie dans l'État et se termine par la décadence dans l'Eglise. Tant qn'on verra l'œuvre de Gharlemagne respectée et confirmée ,
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c'est, n'hésitons pas à le reconnaître, un signe de prospérité publique : la royauté pontificale grandit, et l'Église catholique continue à produire des fruits de sainteté et de vie. Mais que Rome devienne la proie des familles nobles qui l'habitent, ou que les empereurs traitent cette ville comme un de leurs fiefs en y dictant des lois et en y intronisant des papes, la puissance spirituelle s'affaiblit en même temps qu'elle perd ses garanties temporelles. L'odieuse tyrannie qui pèse sur l'Eglise lui impose des choix honteux, qui font sa douleur. Enfin, s'il a plu à Dieu de l'éprouver ainsi pour montrer, par un miracle non moins grand que celui de son établissement sur la terre, qu'elle survivrait aux crimes de ses propres ministres, nous en conclurons à notre tour qu'une situation indépendante, en épargnant au Saint-Siège de tels malheurs et au monde de telles leçons, est la seule qui convienne à l'Eglise et au monde. En comparant, par un contraste naturel et facile à établir, le tableau du ixe siècle à celui du xe, on comprendra la différence profonde qui sépare la liberté de la servitude. La vie de S. Nicolas le Grand domine et résume le premier; le second rappelle dans les annales ecclésiastiques le douloureux souvenir des mauvais papes.