‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 3 sur 93 · PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DE L'OUVRAGE

La souveraineté temporelle des Papes a commencé le jour où l'Église, à peine sortie des catacombes , commença elle-même à acquérir une existence publique.

Cette longue histoire se divise en deux époques bien distinctes.

La première époque comprend près de neuf siècles, de 313 à 1280; la seconde en comprend six, de 1280 à 1859.

La première renferme l'origine, les commencements, les progrès et les luttes du pouvoir temporel; la seconde, qui date de la pacification entre le sacerdoce et l'empire, n'a été signalée que par quelques catastrophes éphémères, qui eurent plus de violence que de profondeur. Durant la première époque le pouvoir temporel naît, grandit, se constitue et s'affermit; durant la seconde, il s'exerce sans restriction, dans toute la plénitude d'une autorité reconnue par la chrétienté tout entière.

Cette étude se termine en 1859. A dater de la guerre d'Italie, la situation devient unique dans l'histoire; on n'y voit plus, comme dans la première époque, les entreprises des empereurs, les prétentions de l'aristocratie féodale ou les rêves séditieux de quelques sectaires anarchistes; ni, comnle dans la seconde, l'invasion sanglante du connétable de Bourbon, l'inauguration ridicule du bonnet phrygien par le Directoire, l'exil et la captivité du Pape, et la domination passagère de Napoléon 1er. On demande en effet aujourd'hui d'une façon plus radicale la déchéance temporelle du Pape; la révolution veut l'ériger en un dogme politique, et faire passer ce fait dans le droit public du monde chrétien. Nous avons la ferme espérance que cette tempête, si déchaînée qu'elle soit, passera comme les autres, et que le pouvoir temporel des Papes triomphera des doctrines et des armes de la révolution, comme il a triomphé des barbares,

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des tyrans et du grand schisme au moyen âge, de l'hérésie et de la philosophie dans les temps modernes.

Ces deux époques, si différentes l'une de l'autre, comprennent chacune trois périodes, dont il faut marquer la durée et esquisser le caractère.

La première période part du règne de Constantin et finit au couronnement de Charlemagne (313-800). Nous rappellerons sommairement comment la royauté pontificale s'est formée par un concours de circonstances merveilleuses, par une sorte de loi invisible, et, disons-le hautement, par une admirable disposition de la divine Providence. Il n'appartient en effet qu'à Celui qui voit ce qui n'est pas comme ce qui est, qui dispose et qui ordonne les effets les plus inattendus dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin , de préparer peu à peu, par des voies inconnues aux hommes, dans le berceau du pouvoir temporel des Papes, un siège à la religion, un rempart à l'Italie, un secours et un appui à la société mise en pièces. Ce temps comprend l'origine, les commencements et les progrès de la puissance temporelle des Papes.

La seconde période s'étend du couronnement de Charlemagne à l'avènement du pape Clément II (800 à 1046 ). On y voit le pouvoir temporel abaissé devenir tantôt la proie des grandes familles de l'Italie, tantôt celle des empereurs d'Allemagne. L'intervention des successeurs de Charlemagne dans l'élection des Papes , la confirmation de la dignité pontificale revendiquée par l'autorité séculière, l'influence des nobles qui, pour s'enrichir des biens de l'Église, mirent des hommes indignes sur le siège de S. Pierre, la simonie et l'avilissement des choses saintes : voilà les traits principaux d'une période où l'on ôtait aux Papes leur liberté d'action, et où on leur disputait sans cesse leur indépendance et leurs domaines.

Au milieu du xic siècle commence la troisième période. Clément II, S. Léon IX , Victor II, Etienne IX tentent les plus généreux efforts pour délivrer la papauté asservie. Nicolas II, inspiré déjà par l'incomparable Hildebrand, fait le premier pas vers l'affranchissement, de l'Église, en attribuant pour toujours aux cardinaux l'élection du pape. C'était attaquer le mal dans sa racine. S. Grégoire VII porte la cognée de la réforme dans toutes les Églises et dans tous les chapitres, revendique partout la liberté des élections et des donations , accroît les États du Saint-Siège en recevant les libéralités de la comtesse Mathilde» et lègue à ses

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successeurs le souvenir et l'exemple de la plus sainte intrépidité. Calixte II couronne cette œuvre en terminant par le concordat de Worms la partie spirituelle de la lutte (1123); mais Alexandre III la reprend et la poursuit au nom des intérêts temporels de la papauté ; le génie d'Innocent III les fait prévaloir avec plus d'autorité encore. Ni la persécution ni l'exil ne détournent ses successeurs de cette grande entreprise, toujours entravée par les empereurs, toujours soutenue par les Papes, jusqu'à ce qu'enfin Rodolphe de Habsbourg, digne émule de Pépin, renonçant entièrement et sans arrière-pensée à toute prétention sur le gouvernement temporel du Saint-Siège, en reconnaisse solennellement l'intégrité et l'inviolabilité comme une loi sacrée de l'empire. Telle est la troisième et dernière période des luttes engagées par les Papes pour affermir leur couronne. Elle s'étend de 1046 à 1280, et comprend, comme la précédente, environ deux cent quarante ans.

À dater de la fin du xme siècle, le gouvernement temporel des Papes entre dans une nouvelle ère, qui se prolonge iusqu'à nos jours.

Cette seconde époque se partage aussi en trois périodes. La première, commencée par Martin IV, se continue sous les Papes d'Avignon et se termine avec le grand schisme d'Occident en 1450. Le pouvoir temporel, aux prises avec de nouvelles épreuves , se consolida au lieu de s'affaiblir, soit pendant l'absence des Souverains Pontifes, soit pendant le schisme qui désola l'Eglise. Ainsi les Papes d'Avignon gouvernèrent leurs États avec une autorité que leurs prédécesseurs n'avaient pas connue, et le Pape Jean XXII fut de tous les princes de son temps le plus obéi et le plus respecté. Ajoutez à cela que le concile de Constance vint revendiquer hautement, au nom de l'Église, la propriété et l'administration des domaines ecclésiastiques, en attendant que le schisme fût terminé. Exemple décisif, qui prouve jusqu'à l'évidence que le pouvoir temporel n'est pas une . propriété, mais un dépôt ; que le Pape n'en a que l'administration suprême, et que, si nous le regardons aujourd'hui comme le patrimoine commun des fidèles, nous y sommes autorisés par l'esprit et la tradition de l'Église.

Dans la période suivante, qui commence en 1450 et qui finit en 1648, le pouvoir temporel des Papes se trouve en face de la Réforme : nouvelle épreuve dont il a triomphé comme des précédentes, parce qu'il a fait tourner la grandeur* l'influence et les

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