DOMINATION ALTERNATIVE DES EMPEREURS, ETC
Italie et créé un parti pour se soutenir à Rome, qu'un autre parti se forme pour les combattre et les repousser. Les factions rivales qui se disputaient, cinquante ans auparavant, le triste honneur de dépouiller et d'asservir la papauté, se confondent désormais et forment une ligne contre les Allemands. Cette ligue commence à revêtir un caractère national. On se bat clans les rues et sur les places de Rome avant, pendant et après les élections. Les papes sont suspects ou populaires selon leur origne, leur éducation, l'influence qui a prévalu en les nommant. Plus malheureux que jamais, parce qu'ils sont plus dépendants encore, ils subissent, dans cette dernière période de l'âge de fer, tantôt la contrainte des grands, tantôt celle des empereurs. Après avoir accepté un joug pour en éviter un autre, ils sont réduits à les déplorer tous les deux. Le pouvoir temporel est ruiné ; l'autorité spirituelle semble toucher à sa fin.
Ce fut cependant un grand pape qui inaugura cette triste phase des épreuves pontificales. Saluons en lui le savant, le roi et le saint. Philosophe, mathématicien , musicien, Sylvestre II rapporta de son voyage en Espagne l'usage des chiffres arabes, construisit pour l'église de Magdebourg la première horloge à bascule, et inventa, dit-on, un orgue dont la vapeur mettait les touches en mouvement. Son génie pressentit toutes les grandes entreprises, comme son esprit conçut toutes les grandes pensées. Il imagina le premier d'arracher la Palestine aux musulmans, et traça dans une lettre fameuse le programme politique des croisades (1); les Pisans seuls répondirent à son appel, mais l'écho de sa voix se prolongea dans tout le siècle jusqu'à ce qu'Urbain. II vint la répéter, avec la même autorité, au concile de Glermont. On lui attribue la première pensée du jubilé, cette grande invitation adressée aux chrétiens de faire une halte dans la vie et de puiser, dans la foi et dans la charité, quelques forces pour achever leur pèle- Il) Vie de ïylcestre II, par M. Hock, trad. par l'abbé Axinger, Préface.