‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 44 sur 93 · S. GRÉGOIRE VU · texte numérisé non relu

S. GRÉGOIRE VU

Un complot faillit interrompre, presque au commencement, le cours d'une vie qui devait être si belle et si utile à l'Église. Alexandre II avait excommunié Gencius, préfet de Rome ; Guibert, archevêque simoniaque de Ravenne, et quelques autres notables qui avaient trafiqué des choses saintes ou usurpé les domaines de l'Église. Les excommuniés formèrent un vaste complot dans le but de tuer le pape. Durant la nuit de Noël de l'an 1075, Gencius envahit subitement la basilique de Sainte- Marie Majeure, où Grégoire célébrait la messe, se jeta sur le pontife avec une suite de gens armés, s'empara brusquement de sa personne, et le transporta ensuite, avec une violence inouïe, dans une tour construite au pied du pont Saint-Pierre, où il l'enferma étroitement. Au bruit de cet attentat, les offices furent interrompus dans toutes les églises, on sonna partout le tocsin, et le peuple plaça des gardes aux diverses issues de la ville afin de mettre obstacle à l'enlèvement de Grégoire. En même temps, la multitude irritée s'assemblait avec des torches enflammées et des machines de guerre devant la tour de Gencius. Le préfet commença à craindre pour ses jours. Il alla se jeter aux pieds de sa victime, en implorant son pardon. Le pape eut peine à calmer l'effervescence des Romains. On le ramena en triomphe à Sainte-Marie Majeure, où il reprit tranquillement l'office. Grégoire termina la cérémonie par une bénédiction solennelle donnée au peuple, et imposa à Gencius le pèlerinage de Jérusalem en réparation de son attentat sacrilège.

G'était le premier essai des passions humaines contre la grande âme du pontife. Au milieu des assauts qu'elles lui livrèrent, il ne perdit pas un seul moment de vue son idée dominante. Il n'avait qu'un objet devant les yeux : rendre à l'Église sa beauté première. Il embrassa cette pensée avec enthousiasme, la poursuivit avec zèle et mourut en la répétant. G'était aussi la pensée de tous les saints du même siècle ; mais personne ne Ta exprimée aussi bien que Grégoire VII : « Les méchants, roulant l'iniquité dans leur

âme, n'ont levé le bras contre nous que pour un motif : nous n'avons pas voulu taire le péril que courait la sainte Église et nous nous sommes opposé à ceux qui ne rougissent pas de réduire en servitude cette épouse du Seigneur. Dans toutes les contrées, la moindre femme peut, selon la loi de son pays et d'après ses propres inclinations, choisir un époux; mais la sainte Église, l'épouse de Dieu et notre mère, elle ne peut, tel est le vœu des impies et la détestable coutume de ce temps, elle ne peut s'attacher, d'après la loi divine et ses propres désirs, à son époux. Depuis que, par sa disposition divine, la sainte mère l'Église m'a choisi malgré mon indignité et ma répugnance, Dieu m'en est témoin, j'ai extraordinairement travaillé pour que, reprenant sa propre beauté, elle restât libre, chaste et catholique. Mais comme cela déplaît entièrement à l'antique ennemi, il a armé contre nous ses membres, il a suscité des tempêtes telles que, depuis le jour de Constantin le Grand, on n'en a point vu de pareilles (1). »

A ce noble et sublime but, qui fut la passion de sa vie, Grégoire YII rapporte et subordonne toutes ses actions. Ses moyens sont simples et efficaces. Il veut sauver l'Église en réformant ses ministres, en l'affranchissant de la servitude de l'empire et en lui rendant son indépendance temporelle. De ces trois desseins, le premier fut acompli de son vivant même ; le second, fort avancé par ses soins, sera terminé par Galixte II; le troisième, non moins bien conçu, mais à peine ébauché, ne s'achèvera qu'à la fin du xme siècle.

Il n'entre pas dans notre plan de raconter avec les mêmes détails ces trois grandes entreprises dont la gloire du Christ était l'unique objet. Chacun sait avec quelle vigueur Grégoire YII ranima la. discipline ecclésiastique. Il défendit d'acheter ou de vendre, sous quelque prétexte que ce fût, les bénéfices de l'Église, interdit toute fonction aux prêtres

(t)S. Greg. /•/,/../., lib. VIIT, y.

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