P. GRÉGOIRE VII
eôncubinaires ou simoniaques et enjoignit aux fidèles de ne point assister aux offices célébrés par les coupables, Ces décrets, présentés au concile de Rome en 1074, renouvelés Tannée suivante dans une assemblée non moins » lennelle, portés par des légats dans les Églises particulières où les saintes règles étaient le plus méconnues, soulevèrent d'abord les clameurs des prêtres lâches et vicieux. Mais on ne laissa pas de les appliquer, et les évêques qui partageaient les hautes pensées de Grégoire se firent un devoir de le seconder dans cette œuvre de réformation et de salut. Le peuple, désireux d'avoir un clergé plus pur et plus digne de confiance, se rangea du côté du père commun des fidèles. Le pape joignait à ses décrets des lettres pleines de noblesse et d'élévation , par lesquelles il rappelait aux clercs la sainteté de leur ministère : « Quoi ! leur disait-il, tous les princes de la terre trouvent des soldats pour braver la mort en combattant à leur service, et nous, qu'on appelle prêtres du Seigneur, nous hésiterions à combattre notre chair sous les drapeaux de ce grand Roi, qui de rien a tout fait, qui a souffert la mort pour nous sauver et qui nous a promis une récompense éternelle ,1 ! »Ces exhortations, mêlées de menaces et suivies de censures, produisirent le plus heureux effet. On eût dit que la main de Grégoire, en versant alternativement l'huile et le feu sur les plaies du sacerdoce, les avait miraculeusement guéries.
L'affranchissement spirituel de l'Église mit ce grand pape aux prises avec un prince dont l'histoire offre toutes les extrémités des choses humaines. Henri IY était sans expérience dans fart de gouverner. Longtemps tenu en lisière par des mains infidèles, il avait toutes les qualités d'une bonne nature et tous les défauts d'une mauvaise éducation. La plupart des chroniqueurs le peignent brave, généreux, sensible ; mais faible comme un roseau, victime des habi-
(I) (Jreir. Epist ,lih. 111, îv.
ludos lus plus criminelles, pliant au gré des circonstances et faisant aussi facilement un parjure qu'un serment. Détesté de ses peuples, il n'avait pour lui que des favoris gorgés d'or ou avides d'honneurs. Au premier rang étaient les chanoines du chapitre de Goslar, parmi lesquels il se plaisait à séjourner, et dont il avait fait des courtisans agréables et des directeurs commodes. Il les éleva presque tous à l'épiscopat : car il ne répugnait point à leur bassesse de recevoir de sa main la crosse et l'anneau, et Henri tenait aux investitures plus obstinément qu'aucun de ses prédécesseurs. Cité par Alexandre II pour se justifier des crimes que lui reprochaient les Saxons, il continua pendant le pontificat de Grégoire VII à opprimer ce peuple malheureux, à vendre les dignités ecclésiastiques et à parer des femmes perdues des pierreries qu'il avait enlevées aux églises. Le pape éleva la voix comme son prédécesseur. Pour toute réponse, Henri fit prononcer sa déchéance dans la diète de Worms, le 24 janvier 1076, et il eut l'audace de l'en instruire par une lettre qu'il lui adressa sous ce titre : « Henri à Hildebrand, non pape, mais moine apostat. » Grégoire prononça alors l'anathème contre ce prince, en présence de cent dix évêques, qui firent vœu de mourir pour la cause du pape et pour sa dignité méconnue.
L'histoire a raconté les émouvantes péripéties de la latte engagée ainsi entre le sacerdoce et l'empire. Elle a montré Henri abandonné par ses grands vassaux, obligé par la diète de Tribur à s'abstenir de l'administration de son royaume, et entreprenant, avec sa femme Berthe, le pèlerinage de Canossa pour se faire relever de cette terrible excommunication. Deux fois il obtient son pardon, deux fois il renouvelle et trahit son serment. Excommunié de nouveau en 1077, il trouve un rival dans Rodolphe de Souabe, que les princes allemands élèvent à l'empire malgré l'opposition du pape. Celui-ci voulait entendre les parties à Rome (1078); mais les plaintes redoublent contre Henri, les droits de sou compé-