S. GREGOIRE VII
titeur sont examinée, Grégoire le reconnaît pour empereur et dépose enfin Henri IV, après l'avoir excommunié pour la troisième fois. A cette nouvelle, Henri ne se contient plus. Il prétend déposer Grégoire à son tour et suscite contre lui Guibert, archevêque de Ravenne, qui porte dans la liste des antipapes le nom de Clément III. La mort de Rodolphe le délivre de l'ennemi qu'il redoutait en Germanie. Rien désormais n'arrêtera sa vengeance. Il marche sur Rome, l'assiège à plusieurs reprises, y entre en vainqueur, et, après avoir fait élire son antipape, il se fait couronner par ses mains, sans s'apercevoir que la postérité appellera Clément III un intrus et lui-même un sacrilège. Pendant ce temps-là, Grégoire VII, ferme et invincible au milieu du péril, s'enfermait au château Saint- Ange et continuait, comme au milieu d'une paix profonde, l'œuvre de la régénération religieuse et sociale. Il avait convoqué un concile à Rome, demandant avec confiance aux Pères assemblés de décider quel était, de lui ou de Henri, l'auteur de tous ces maux. Il y parla d'une manière tout angélique de la foi, des bonnes mœurs, delà force et de la constance dans les tribulations. Il écrivit aussi une lettre à tous les fidèles, où l'on retrouve quelquesuns des accents que lui arrachait au milieu des évêques cette épreuve imposée à l'Église. « Il sait que les fidèles prient pour lui et que tout le corps souffre quand un membre est dans la souffrance. Ils ne veulent avec lui qu'une seule chose, la conversion des impies, la liberté de l'Église, la gloire de Dieu. La persécution que les méchants lui font souffrir vient de ce qu'il est obligé de les combattre. Les soldats du siècle, achetés à vil prix, souffrent la mort pour leur roi; heureux qui a le bonheur si désirable de mourir pour Jésus-Christ ! Afin de triompher de toutes les attaques, il faut désirer les persécutions et la mort pour la justice et la défense de la foi chrétienne (1). » Ainsi
(I) Greg. Eftist.f lib. IX, xxi.
ce saint et intrépide vieillard, debout au milieu du monde conjuré contre lui, montrait une tranquillité de caractère égale à la paix de sa conscience. Dieu seul était son espoir, et ses derniers vœux étaient pour le martyre.
Le pape qui revendiqua avec tant de liberté et de grandeur l'indépendance spirituelle de l'Église, devait songer aussi à son indépendance temporelle et faire des efforts pour la relever. 11 est beau de voir les mêmes mains travailler à ce double ouvrage et ne se délasser du premier qu'en ébauchant le second.
Après les pertes successives que la papauté avait éprouvées, il ne lui restait guère que Rome et son duché. Son autorité, quoique toujours souveraine, y était gênée ou affaiblie; ses trésors étaient vides, elle n'avait ni armée ni protecteurs. En se séparant de l'État qui l'opprimait, l'Église sentait le besoin de pourvoir à sa subsistance et de vivre de ses ressources. Grégoire VII réclama donc le denier de Saint-Pierre , qui se payait déjà du temps de Charlemagne, et chargea ses légats de le recueillir en Angleterre, en France, en Espagne. Il écrivait aux princes : « Votre Paternité n'ignore pas que, d'après les institutions des anciens, quelques-unes de vos Églises doivent à S. Pierre des tributs annuels (1). » A mesure que les royaumes chrétiens de la péninsule hispanique reconquéraient sur les Maures les terres usurpées par l'infidélité, il les assujettissait au subside et rendait par là les conquêtes plus respectables et plus sacrées, en les faisant entrer dans le droit commun (2).
Le pape tourna ensuite ses regards vers l'île de Sardaigne. Après avoir nommé Constantin au siège métropolitain de cette île et lui avoir donné de ses mains la consécration épiscopale, il lui remit des lettres pour les juges ou les princes qui la gouvernaient, afin de les rattacher à l'Église de Rome. La négligence de ses prédécesseurs avait refroidi l'affection du peuple sarde pour le Saint-Siège; l'archevêque reçut la mission de
(1) Oreg. Ein*l.,hb. VIII, XXU1.
(2) Greg. Epist., lib. I, vu.