LUTTE DES PAPES POUR LEUR INDEPENDANCE
sur l'État; les Gibelins voulaient que la matière fût indépendante de l'esprit et l'empire de l'Église. La question des investitures caractérisa encore mieux cette différence. Du côté du pape se rangea la faction guelfe ; du côté de l'empereur, la faction gibeline. Du fond de la Sicile jusqu'aux pentes des Alpes, tout fut guelfe ou gibelin. Certaines villes appartenaient presque tout entières à l'un ou à l'autre parti. Les Guelfes tenaient Florence, les Gibelins dominaient à Pise ; mais nulle part une seule faction ne régnait sans contestation. C'était le nom que prenaient les formes politiques, les querelles religieuses, les haines nationales et même les simples dissensions domestiques. On naissait guelfe ou gibelin, comme on naissait Italien.
Rome ne pouvait échapper à l'empire de ces factions. L'esprit naturellement révolutionnaire de ses habitants les y avaient créées longtemps avant qu'elles eussent pris leur origine en Allemagne et leur nom définitif en Italie. Nous allons en suivre les progrès en racontant les luttes de la papauté pour l'affermissement de son pouvoir temporel. Innocent II les inaugure contre Arnaud de Brescia; Alexandre III les continue contre Frédéric Barberousse. Après eux vienennt Innocent III, qui règne, gouverne et triomphe; Innocent IV, qui s'exile et qui anathématise ; Grégoire X, qui jouit en paix des fruits de la victoire. La vie de ces pontifes résume et partage en cinq périodes les glorieuses annales du siècle de S. Bernard et du siècle de S. Louis, entre lesquels s'élève la grande figure d'Innocent III pour fermer le premier et préparer le second.