CHAPITRE VIII
EPREUVES DE GREGOIRE IX ET D INNOCENT IV POUR L AFFERMISSEMENT DU POUVOIR TEMPOREL.
Frédéric II avait proclamé hautement qu'il devait au Saint-Siège « tout ce qu'il possédait, » et Innocent III était mort avec l'espérance d'avoir fait de son pupille un prince reconnaissant envers l'Église et doux envers ses peuples. Ce fut le contraire qui arriva. A peine empereur, le jeune prince, trop fidèle au sang qui coulait dans ses veines, songea, comme ses prédécesseurs» à fonder l'absolutisme de son règne sur les débris des droits ecclésiastiques et des libertés municipales. Une séparait pas dans son ambition ces deux usurpations l'une de l'autre ; les papes, dans leur défense, s'armèrent tout à la fois et pour l'Église et pour l'Italie. Quand la politique, confondant les deux causes, cherche à les écraser dans une ruine commune, la religion les embrasse à son tour des mêmes mains et en fait la cause commune de la chrétienté.
Honorius III ne fit que pressentir la lutte ; Grégoire IX en soutint tout le poids ; Innocent IV la termina par la déposition de l'oppresseur.
En donnant, après deux jours de conclave, pour successeur à Innocent III le cardinal Gencio Savelli, le sacré collège fît assez voir qu'il n'avait pas hésité longtemps pour trouver l'héritier de ce grand pape et le continuateur de ses grandes œuvres. Honorius III suivit et développa, en effet, la politique de son prédécesseur dans toute l'étendue de la chré-
tienté, comme dans ses propres États. Il arma l'Europe pour la cinquième croisade (1217), aida le roi de France à recueillir dans le Midi les fruits de la guerre des albigeois, prit la défense de l'héritier de Jean sans Terre auprès des barons anglais, et fit conclure la paix entre Philippe-Auguste et Henri III.
Frédéric connaissait le caractère doux et pacifique du pontife. Il crut qu'il le tromperait aisément par de brillantes promesses, et il déguisa pendant quatre ans, sous les formes les plus habilement combinées du dévouement, sa politique aussi artificieuse, mais plus méchante encore que celle de son père et de son aïeul. En 1218, il donne mandat à tous ses officiers de saisir les biens des habitants de Spolète et de Narni, si ces villes font quelque difficulté d'obéir au pape (1). L'année suivante, il apprend qu'on l'accuse, comme cela n'était que trop vrai, de vouloir unir la Sicile à l'empire, et de violer les droits du Saint-Siège en accordant en fief le duché de Spolète et en restreignant les libertés de l'Église. Il écrit d'Ulm à Honorius pour démentir des bruits si fondés et renouveler l'assurance hypocrite de safidélitéauSaint-Siége(2). Cette lettre fut suivie d'une seconde dans laquelle il appelait Honorius son seigneur, son père, son protecteur et le bienfaiteur de sa maison. Après avoir fait une renonciation solennelle aux investitures, il affirme par serment qu'il respectera la liberté des élections ecclésiastiques et des appels en cour de Rome; qu'il remettra l'Église en possession de tous ses domaines, notamment de la Marche d'Ancône, des terres de la comtesse Mathilde, du comté de Bertinoro, de j'exarchat de Ravenne, de la Pentapole et de la Massa-Trabaria ; enfin qu'il se comportera, en Sicile, en Corse et en Sardaigne, dans toutes les terres qui relèvent du Saint-Siège, comme un fidèle catholique et un fils dévoué (3). Ce n'est pas tout : les princes de
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, lxx.
(2) Id., ibid., t. I, lxxiv, an. 1219.
(3) Id., ibid., lxvi, an. 1219.
pour l'affermissement du pouvoir temporel. 247
l'empire, assemblés à Francfort, confirment toutes ces dispositions et les scellent de leur sceau (1), en réservant que l'empire et la Sicile ne seront jamais réunis. C'est ce que le pape demande, c'est ce que Frédéric a promis, c'est ce qu'il va audacieusement violer.
Il avait donné à l'évêque de Metz, chancelier de l'empire, le titre de légat pour s'aboucher avec le nonce du pape en Italie et régler les détails relatifs à l'exécution de ses promesses. Mais les délais marqués s'écoulent, et le prélat ne vient pas. Pendant ce temps-là, l'astucieux monarque avait fait élire son fils roi d'Allemagne, avant qu'il eût été investi de la Sicile par le pape ; c'était un danger qu'Innocent III avait toujours redouté pour le Saint-Siège, de peur qu'on ne transformât en fief impérial un fief qui relevait de l'Église. Le légat de Frédéric arrive enfin. Il écrit de Mantoue au souverain pontife pour expliquer la conduite de son maître : il alléguait qu'à la veille d'une croisade, au milieu des dissensions qui affligent quelques parties de l'Allemagne, avec la crainte de périr dans la guerre sainte qu'il va entreprendre, il n'avait pas été possible à Frédéric de se refuser aux vœux de la nation et de retarder l'élection de son fils. Le légat renouvelait ensuite, de la part de son maître, toutes les assurances de dévouement et de fidélité, demandant pardon pour son propre retard, s'excusant sur les maladies qui l'avaient retenu, et offrant enfin toute sorte de satisfactions au Saint-Siège pour le règlement de la succession de la comtesse Mathilde (2). Au bruit de ce couronnement précipité, Milan ferma ses portes à Frédéric, et le Saint-Siège redoubla de vigilance avant de recevoir le prince, qui commençait à se démasquer. Mais Frédéric
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, i/xxvi, an. 1220.
(2) Cette lettre, datée de Mantoue, était tout à fait inconnue. Le P. Theiner, en la publiant, justifie le pape Honorius du reproche qu'on lui a fait de n'avoir pas pris garde à l'élection du roi d'Allemagne. Il est certain qu'il s'en étonna et qu'il s'en plaignit, puisque le légat lui répondait : Non mirari velit cum indignatione animi Sublimitas apostolica supra inopinata novi régis in Alemania electione. (Theiner, Codex dipl,
t. I, LXXXVI.)
reprend presque aussitôt son rôle hypocrite. Il presse luimême ses agents de terminer les contestations relatives à l'héritage de la grande comtesse; il se plaint au pape d'avoir trouvé sur sa route la défiance et le soupçon ; il arrive enfin à Rome, où il reçoit, le 22 novembre 1220, la couronne impériale en échange des serments les plus complets et les plus étendus. Il promettait notamment d'abolir toutes les lois contraires aux libertés de l'Église ; de céder à son fils Henri le royaume de Sicile, non comme un fief impérial, mais comme un fief papal ; de restituer la succession de Mathilde et de partir pour la croisade. Trois diplômes, datés l'un de Rome, les deux autres de Gapoue, attestent à la Ville et au monde ces dispositions pacifiques (1). Enfin Honorius compose une encyclique pour instruire tous les fidèles d'un si heureux événement (2).
Mais Frédéric, le front encore imprégné de l'huile sainte, était déjà parjure. A peine arrivé en Sicile, il ne se souvient plus de ce qu'il doit à Innocent III, qui avait pris tant de soin de son enfance, et il se met à dépouiller la famille de ce pontife des biens et des dignités qu'elle possédait dans la Pouille (3). Dans le même temps, ses officiers tyrannisent le duché de Spolète et la Marche d'Ancône. Le pape se plaint d'eux; l'empereur les désavoue d'abord (4). Ces excès recommencent non-seulement dans les villes, mais sur les grands chemins : c'est Berthold, fils du duc de Spolète, qui les couvre de son nom ; c'est Tancrède de Campilia qui s'associe à Berthold dans cette œuvre d'iniquité. Ces deux officiers guettent sur la roule de Rome les fidèles qui reviennent de Rome, après le jeudi saint, la fête de l'Ascension et le jour anniversaire de la dédicace de Saint-Pierre. Ils les chargent d'injures, les accablent de coups, s'emparent des lettres apostoliques dont ils sont porteurs, et livrent ces lettres à la dérision d'une
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, C et ci.
(2) Jd., ibid., civ.
(3) Muratori, Annali d'Italia, an. 1221.
(4) Theiner, Codex dipl., t. I, cxxx et seq.
pour l'affermissement du pouvoir temporel. 249
milice excommuniée et sacrilège. Honorius ne peut croire que l'empereur soit étranger à tous ces excès : car Berthold est son envoyé, et Tancrède affirme ïiautement qu'il agit au nom de Frédéric (1).
Cette lettre, datée de 1224, laisse déjà voir combien le jeune empereur inspire de craintes au Saint-Siège. Bientôt, cessant de se contenir, il dépose les évèques en Sicile, en fait élire d'autres à leur place et ranime ainsi la querelle du sacerdoce et de l'empire. La croisade promise était ajournée tantôt sous prétexte que l'argent manquait, tantôt parce que la mer était mauvaise. Sur ces entrefaites on apprend que Damiette est tombée entre les mains de Saladin. Toute l'Europe tourna les yeux sur le prince, qui avait pris la croix depuis dix ans et qui n'en faisait qu'une vaine parure. Honorius l'accuse de la prise de Damiette ; Frédéric s'excuse encore et obtient deux fois de suite un délai de deux ans. Il venait de contracter un second mariage avec Iolande, fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Cette circonstance contribuait à colorer .ses tergiversations, parce qu'elle laissait croire qu'il tenterait par l'appât d'une couronne une expédition que la piété seule ne le décidait pas à commencer.
Il était évident que Frédéric II avait un autre dessein. Son rêve était, comme celui des Othon, d'établir en Italie le trône des Césars, et il voulait asservir l'Église pour régner sans bornes et sans partage. Tandis qu'il poussait ses agents et qu'il les désavouait, tour à tour rusé et violent, promettant la croisade et la retardant sans cesse, Honorius, placé sous le regard d'un si cruel ennemi, poursuivait avec une rare constance l'organisation de ses États et l'amélioration de leur sort. Il met à la tête des provinces pontificales des recteurs d'une capacité reconnue, et les investit d'une autorité très-imposante sans doute, mais toujours subordonnée à la sienne. Les cardinaux les plus distingués de sa cour acceptent
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, cxxxv.
250 ÉPREUVES DE GREGOIRE IX ET D'iNNOCENT IV
cette charge et la remplissent clignement. Jean de Brienne, roi de Jérusalem, ne la dédaigna point. Nommé dans le patrimoine de S. Pierre en Toscane, il reçut à ce titre le serment du peuple et des podestats de la province, et prêta à son tour serment au souverain pontife (1). Les principales villes des États pontificaux, Spolète (2), Assise (3) ,Ferrare (4), sont visitées et pacifiées et deviennent florissantes par le nombre de leurs habitants. Le pape revise les titres des anciens fiefs et en accorde de nouveaux. La Marche d'Ancône est inféodée au marquis d'Esté (5) ; le clergé et le peuple de la Massa-Trabaiïa sont confirmés dans leurs possessions et privilèges (1220) ; Pérouse, pour obéir au pape, fait la paix avec Civita-Castellana (1221); et le cardinal de Sainte-Praxède,l'un de ses recteurs, rétablit l'accord dans Pérouse même entre les bourgeois et les soldats (1223). Mais quand le recteur dépasse ses droits et viole les libertés publiques, les villes sont assurées de trouver auprès du pape une prompte et éclatante justice. Le cardinal avait prononcé la dissolution de toutes les corporations de Pérouse; celle des marchands se pourvut auprès d'Honorius et obtint gain de cause. Le pape les autorisa par un diplôme à élire, comme auparavant, des chefs pour veiller sur les poids et mesures, punir ceux qui les altéreraient et pacifier les différends (6). Que l'on parcoure les actes de ce pontificat si plein d'inquiétudes et de soins , on verra qu'Honorius n'a pas abdiqué un seul jour les devoirs d'un bon roi ; que son administration a compris tous les besoins, embrassé tous les intérêts, et qu'en le comparant aux princes de son temps, il est sans contredit plus obéi que Henri III, roi d'Angleterre, plus éclairé que Louis VIII, roi de France, plus grand, dans sa
(t) Theiner, Codex dipl., t. I, cxxxvn;
(2) Id., ibid., lxx etLXXvm.
(3) Id., ibid., lxxvi.
(4) Id., ibid., lxxvi.
(5) Id., ibid., lxxv.
(G) Id., ibid., cxxvni.
pour l'affermissement du pouvoir temporel. 251
bonté méconnue, que Frédéric, empereur d'Allemagne, dans les tacites manœuvres de sa politique déloyale.
Deux jours après la mort d'Honorius III, arrivée le 18 mars 1227, les cardinaux réunis à Rome élurent pape Ugolin, évèque de Porto, cardinal du titre de Saint-Eustache. Il était de l'illustre famille des Gonti et proche parent du pape Innocent III. Chacun connaissait son amour pour la justice, sa piété, sa science et l'éloquence de sa parole. Plein de vivacité encore, malgré les quatre-vingt-six ans qui pesaient sur sa tête, il fut couronné sous le nom de Grégoire IX. On eût dit qu'un pressentiment l'avertissait qu'il aurait la destinée de Grégoire VII, et qu'en prenant son nom il acquerrait quelque chose de son caractère et de sa grandeur. Les légations qu'il avait remplies et la part qu'il avait prise aux affaires de son temps, ne lui laissaient rien ignorer des dangers de la situation. « Plût à Dieu, disait-il, que nous n'ayons point à redouter l'avenir ! car la colère du Seigneur est d'autant plus terrible contre les transgresseurs de la loi, qu'elle a été plus longtemps suspendue. >>
Une âme moins forte que la sienne se serait déconcertée en face du péril. L'impie Frédéric était maître du midi de l'Italie; Raynold et Berthold le secondaient au centre ; Eccelino da Romano au nord ; et ses émissaires parcouraient ldk Marches en enrôlant dans les sociétés secrètes tous les ennemis de l'Église. C'étaient des ramifications de la fameuse secte des manichéens, si savamment organisée au moyen âge et répandue, sous des noms différents, dans presque toute l'Europe. Ses adeptes s'appelaient selon les lieux albigeois, vaudois, humiliés, cathares, patarins. Ces derniers dominaient à Rome, et on comptait parmi eux des personnes des deux sexes, des clercs et même des prêtres. Le sénateur Anialdi rendit contre eux une ordonnance (1) pour signaler leurs menées et les séparer du commerce des gens de bien; le pape les condamna, en présence du sénat et du peuple, dans une assemblée tenue
(1) Theiner, Codex dipl., 1. 1, clxii, p. 96.
à Sainte-Marie Majeure; enfin, après avoir été insulté pendant qu'il officiait à Saint-Pierre, il prit le parti de se retirer à Pérouse (1231).
Dans le reste des Etats pontificaux les menées de Frédéric n'étaient pas moins menaçantes. Grégoire IX fut obligé de dissoudre les associations formées dans la Marche d'Ancône, parce qu'elles menaçaient les possessions du Siège apostolique; il ordonna aux habitants de Viterbe de rompre les engagements qu'ils avaient pris avec les sociétés secrètes; il frappa d'excommunication Raynold, qui remuait la province de Spolète, envahissait la Marche d'Ancône, pillait les églises, jetait aux vents les reliques des saints et signalait son passage en expulsant les religieux et en assassinant les prêtres (1). Le marquis d'Esté, effrayé de ces dangers, avait demandé à être déchargé du commandement d'une province si difficile. Grégoire ranima son courage et le maintint à son poste (2). Mais ce seigneur n'était pas assez fort pour contenir Raynold, et le pape fut réduit à ouvrir une campagne contre le lieutenant de Frédéric. Il remit à Jean de Brienne, roi de Jérusalem, le commandement de son armée, lui donna pour auxiliaires Thomas de Gélano et Roger d'Aquila, reçut des évêques de Beauvais et de Clermont des renforts considérables, et, grâce à tant d'efforts réunis, fit triompher encore une fois la cause de la liberté italienne. La victoire de Grégoire IX réduisit Raynold à une heureuse impuissance.
Cependant l'or et les intrigues de Frédéric avaient excité des troubles civils dans la ville de Pérouse ; les nobles et le peuple s'y faisaient une guerre acharnée, et le séjour du pape au milieu de cette population agitée si violemment avait calmé pour un moment à peine l'effervescence des esprits. Quand Grégoire fut de retour à Rome, les dissensions se renouvelèrent à Pérouse. Le pontife envoya d'abord son chapelain pour réconcilier les parties, puis il manda à Rome les
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, cl, p. 87.
(2) Id., ibid., t. I, cxlviii, p. 87.
pour l'affermissement du pouvoir temporel. 253
députés de la ville et il finit par enjoindre aux recteurs des duchés de Spolète, du patrimoine de S. Pierre en Toscane et de la Marche, de prendre les armes contre Pérouse en cas de besoin. La soumission de la ville prévint cette douloureuse extrémité, à laquelle les papes se résignaient comme rois, mais qu'ils déploraient toujours comme pasteurs et comme pères. L'auteur de tant de troubles venait enfin de prendre la croix. Tout chargé des anathèmes du Saint-Siège, Frédéric était parti pour la croisade le 11 août 1228; mais c'était plutôt une démonstration vaine qu'une expédition véritable. Le sultan d'Egypte, qui fit bientôt un traité avec lui, ne lui livra que des églises ruinées, et quand l'empereur entra dans Jérusalem , il ne se trouva pas un évêque pour lui donner la couronne de Godefroy de Bouillon. Son succès apparent trompa un moment l'Europe trop crédule. Frédéric de retour de la croisade approchait de Brindes; le pape, après de longues hésitations, consentit à la paix et alla la signera San-Germano le 9 juillet 1230. Là l'empereur promit de se soumettre sur tous les points qui lui avaient attiré l'excommunication, de rendre au pape ce qu'il lui avait pris, de réintégrer dans leurs sièges les évêques bannis, de conserver intacts les droits des églises de Rome et de la Sicile et de payer enfin une somme d'argent en réparation de ses injustices. Le pape croyait sincèrement à la conversion de l'empereur. On le voit par les lettres qu'il envoie aux diverses villes de la Marche d'Ancône et du duché de Spolète pour les exhorter à la concorde, rompre leurs ligues et leur défendre de continuer leurs attaques contre les possessions impériales (1). « La guerre, disait le pape, met les âmes en péril et elle empêche d'envoyer en Terre sainte les secours nécessaires. » Pérouse, qui avait fait alliance avec les villes guelfes, sacrifia ses intérêts aux ordres exprès du pontife. Son podestat vint trouver Grégoire à Todi avec les députés de vingt autres villes, et ces magistrats jurèrent solennellement,
(1) Theiner, Codex dipl.t 1. 1, clxx, clxxi, p. 98-102.
254 ÉPREUVES DE GREGOIRE IX ET D'iNNOCENT IV
au nom et par ordre de leurs mandataires, qu'ils défendraient le patrimoine de S. Pierre et le duché de Spolète en les conservant dans l'obéissance spirituelle et temporelle de la papauté. Ce serment fut souscrit par Todi, Amélia, Gornéto, Bagnarea, Vétralla, Montéfiascone, Radicofani, Aquapendente, Toscana, Montalla, Terni, Spolète, Foligno, Assise, Gubbio, Spello, Nocéra, Narni, etc. (1).
Toute l'Italie avait célébré avec une vive allégresse la réconciliation de l'empereur avec l'Église. Mais cette joie fut de courte durée. Ce prince en profita pour tyranniser plus librement les provinces soumises à son obéissance, et pendant que le pape édifiait dans Rome des hôpitaux pour les pauvres, les malades et les pèlerins, ou construisait les tours du palais de Latran, l'empereur pressurait ses sujets par les exactions les plus odieuses. Les villes de la Sicile, de la Pouille et delà Galabre se révoltèrent; l'Allemagne se souleva ; Frédéric vit son propre fils armé contre lui. Les revers ne corrigèrent point l'empereur. Dès 1236 on retrouve son influence et sa main dans les troubles de Rome. Les Frangipani, ses partisans, excitent une émeute contre le pape et le sénateur; le sang coule l'année suivante; le sénat gagné par Frédéric entretient une correspondance avec lui ; la trahison des grands et la révolte du peuple sont l'ouvrage du même génie. Pendant ces manèges secrets, Frédéric accomplissait à main armée une autre entreprise contre le Saint-Siège. Il envahissait la Sardaigne et en donnait l'investiture à Enzo, son fils naturel. Enfin, pour déguiser son jeu, il se plaignait au pape que les Lombards secouaient son autorité et il le priait d'accepter les fonctions de médiateur entre le prince méconnu et les sujets rebelles. Cette suite d'attentats, de trahisons et d'hypocrisies devait avoir un terme. Sur les plaintes unanimes des villes lombardes, le vieux pontife se décida à renouveler la ligue formée sous les auspices d'Alexandre III un siècle
(1) Theiner, Codex dipl., 1. 1, clxxiii, p. 102.
pour l'affermissement du pouvoir temporel. 255
auparavant, et, malgré la situation précaire de ses propres affaires, il se mit en mesure de soutenir courageusement une nouvelle lutte contre Frédéric.
L'empereur était alors en Allemagne, où il venait de punir par la prison la révolte de son fils. Il descendit en Italie avec une armée, s'empara de Vicence, mit cette ville à feu et à sang, battit les Milanais à Gorte-Nova et réduisit Milan aux cruelles extrémités de la faim. Brescia, qui résista aux Allemands avec une constance inébranlable, était réservée à d'autres horreurs. Pour l'effrayer et la punir, Frédéric donna l'ordre qu'on plaçât les prisonniers sur les machines de guerre et qu'on les lançât, comme des pierres, dans la ville assiégée. Cet excès de barbarie le rendit plus odieux encore à l'Italie entière. Gênes, Venise, Milan supplièrent le pape de combattre enfin, par toutes les armes temporelles et spirituelles, l'ennemi juré de la liberté, de l'humanité et de la religion. Grégoire, qui depuis deux ans employait inutilement les prières, les voyages, les négociations et les menaces, reconnut alors que le mal était arrivé à son comble, et qu'il ne lui restait plus qu'un devoir à remplir. Il publia centre Frédéric, le jour des Rameaux 1239, une bulle d'excommunication et la renouvela solennellement le jeudi saint à Saint- Jean de Latran.
Cette nouvelle surprit Frédéric au milieu des fêtes que lui donnait la ville de Padoue. Voulant répondre à la foudre par la foudre, il réunit une grande assemblée, où Pierre des Vignes lut par ses ordres un manifeste contre le pape , La pièce était aussi violente clans les termes qu'injuste dans les allégations. Il y joignit les plus odieuses menaces et l'envoya à toutes les cours de l'Europe. L'érudition et l'éloquence des légistes peuvent rassurer la conscience d'un prince, mais elles ne servent guère à désarmer le bras de Dieu ni à apaiser les alarmes des peuples. La fortune, qui avait été favorable à l'empereur depuis qu'il s'était réconcilié avec le pape, commença à l'abandonner dès qu'il eut
repris sa lutte contre l'Église (1). Gomme s'il n'eût pas été assez coupable d'avoir envahi la Sardaigne, désolé l'Italie, écrasé la liberté lombarde, entretenu dans Rome des relations contraires au droit des gens et à la souveraineté pontificale, il justifie et aggrave tous ses reproches en envoyant son fils Enzo à la tête d'une armée pour envahir les Marches. Le roi de Sardaigne se fait reconnaître à Osimo et dans quelques autres villes, pendant que Jean de Colonna se met à la tête des troupes papales et s'efforce de maintenir l'autorité de son maître. Au mois de février 1240, l'empereur entre lui-même en campagne dans le duché de Spolète. Pérouse résiste, Yiterbe se rend, Rome demeure fidèle au pape. Les campagnes voisines deviennent la proie des flammes, et, du haut du château Saint-Ange, Grégoire IX voit s'écrouler au milieu de l'incendie les villages, les châteaux, les églises et les monastères.
Quand on songe que le souverain pontife venait d'atteindre sa quatre-vingt-dix-neuvième année, on se demande si sa résistance et son courage peuvent être regardés comme un effet des forces humaines. Le peuple romain était en proie à. toutes les intrigues ; la noblesse avait reçu l'or et les présents de Frédéric ; au dedans comme au dehors tout était pour le pape soupçon, défiance ou péril. Toute son espérance se porta alors vers le Ciel. Il ordonna une procession générale des sept basiliques, fit porter solennellement dans les rues les têtes de S. Pierre et S. Paul, et prêcher dans toutes les églises la croisade contre Frédéric. Tant de malheurs soutenus par tant de constance remuèrent profondément les âmes. Le peuple entier prit les armes et la croix, les clercs se mêlèrent au peuple pour assurer la défense de la place, et Frédéric, perdant l'espoir d'entrer à Rome, se retira dans la Pouille, après avoir fait fendre la tête en quatre ou brûler le front aux prisonniers avec un fer taillé en croix. Le prince qu'on accusait d'avoir
(1) Muratori, Annali cTltalia, an. 1239.
pour l'affermissement du pouvoir TEMPOREL. 257
renié la croix pour entrer à Jérusalem, la tourna ainsi en dérision pour se venger de n'avoir pu entrer dans Home. C'était l'insulte de l'impie après l'hypocrisie du renégat.
Grégoire IX adressa alors un appel à l'Europe pour solliciter contre Frédéric les secours des princes et des peuples. La France et l'Angleterre envoyèrent des sommes considérables, Venise donna des troupes, et ses forces, jointes à celles du légat pontifical, Grégoire de Montelongo, et du marquis d'Esté, vinrent assiéger et prendre Ferrare. Frédéric, qui s'était retiré dans la Pouille, continuait à ravager les terres de l'Église. Après avoir songé à attaquer Rome par la Gampanie, il changea de projet et se jeta sur les Romagnes. Ravenne tomba en son pouvoir le 22 août 1 240 ; mais Faenza l'arrêta tout l'hiver. Grégoire IX, aussi intrépide que l'empereur était irrité, convoqua un concile général à Rome pour le 31 mars 1241. Il y cita l'empereur pour rendre compte de sa conduite devant toute la chrétienté. Mais Frédéric envoya une flotte le long des rivages de France, d'Italie et d'Espagne, qui s'empara des évêques sur les vaisseaux mêmes où ils étaient montés, et les retint captifs pendant une année entière. Cette manœuvre empêcha le concile et ajouta encore aux crimes de Frédéric et aux douleurs de Grégoire IX. Ce n'était pas encore assez pour éprouver les mérites de ce pape, déjà entré dans sa centième année. Le cardinal Jean de Golonna, qui s'était brouillé aveclui, appela l'empereur à Rome. Frédéric se rendit à cette invitation et vint camper à l'abbaye de Grotta-Ferrata à cinq lieues de la ville. Ce fut la mort qui délivra cette fois le magnanime pontife. Elle le frappa au milieu de ces tristes conjonctures, le 21 août 1241.
Geoffroy, évêque de Sabine, élu sous le nom deCélestinlV, ne porta la tiare que dix-huit jours. Le conclave ne se réunit alors que pour se diviser, et la nouvelle vacance dura vingt mois. Frédéric la prolongeait à dessein pour mieux assurer son usurpation; mais ses espérances furent trompées, et il ne réussit qu'à favoriser la guerre civile. Les marquis de Montra
ferrât, deCerra et de Carreto s'unirent aux villes de Gênes, de Milan et de Plaisance pour défendre l'Église romaine. Le marquis d'Esté entra en lutte contre Eccelino de Padoue, gendre de l'empereur; Spolète, dévouée à Frédéric, attaqua Terni, fidèle au Saint-Siège ; Ascoli tomba au pouvoir des impériaux, et les Romains marchèrent contre Tivoli. L'empereur s'avança alors vers Rome à la tête d'une nombreuse armée, tandis que les Sarrasins, dont se composait sa garde, occupaient Albano, pillaient les églises et se signalaient par des excès de tout genre. Les cardinaux s'étaient rassemblés enfin à Anagni. Ayant obtenu à force de prières que l'empereur s'éloignât, ils finirent par réunir leurs suffrages sur le cardinal Sinibaldi Fieschi, d'origine génoise, qui prit le nom d'Innocent IV (juin 1243). Cette élection avait paru de bon augure aux courtisans ; ils s'en félicitaient, en s'imaginant que le nouveau pontife aurait moins de fermeté ou plus de complaisance que son prédécesseur. Frédéric savait mieux ce que c'est qu'un pape. « Il est vrai, disait-il, que j'avais un ami dans le cardinal Sinibaldi ; mais je l'ai perdu pour trouver un ennemi dans Innocent IV. » Le pape avait cependant les dispositions les plus marquées pour la conciliation et la paix ; il était d'une famille de Gibelins, il avait été l'ami personnel de l'empereur : tout justifiait les espérances des courtisans. Deux ans se passèrent en négociations. L'accord parut décidé, mais l'obstination de l'empereur empêcha toute conclusion. Frédéric voulait recevoir l'absolution avant d'avoir rendu les villes pontificales ; le pape, au contraire, demandait qu'on lui remît ces villes avant d'accorder l'absolution. Ne se voyant plus en sûreté dans Rome, Innocent résolut d'en sortir. Il se retira d'abord à Sutri, puis à Civita-Castellana et demanda des secours à Gênes pour favoriser sa fuite. Il était revenu à Sutri, quand il apprit que Frédéric avait conçu le dessein de s'emparer de sa personne. Il monta à cheval aussitôt, arriva d'une seule traite à Civita-Vecchia, où les galères de Gênes l'attendaient , et se réfugia dans sa ville natale. Le 12 novembre on le voit à Suze;
pour l'affermissement du POUVOIR TEMPOREL. 259
le marquis de Carre to protège sa marche, et quelques cardinaux venus par terre grossissent son cortège. Enfin, le 2 décembre, il arrive à Lyon, qui était alors une ville libre soumise seulement à la domination de son archevêque, et là il lui fut donné de respirer un peu.
Ce fut à Lyon qu'Innocent IV assembla le treizième concile général, qui avait été convoqué par Grégoire IX et dont Frédéric II avait empêché la réunion. L'empereur avait fait garder tous les passages, soit dans les Alpes, soit le long du Rhône, pour mettre des obstacles à la nouvelle assemblée. Malgré ses efforts, cent quarante évêques y assistèrent, avec les patriarches latins d'Orient, Baudoin II, empereur de Consfantinople, Raymond VII, comte de Toulouse, et les députés de tous les princes chrétiens. Frédéric effrayé demanda la paix; le pape lui répondit : « Mettez en liberté les évêques prisonniers et restituez les États que vous avez pris. » On le cita ensuite au concile et on lui accorda plusieurs délais afin qu'il eût le temps de s'y présenter ou d'y envoyer des délégués. Thadée de Suesse y comparut en son nom, et l'assemblée s'ouvrit le 29 juin 1245. L'habile légiste essaya d'abord de défendre son maître : « L'empereur ne comprend pas, disait-il, pourquoi le pape a quitté l'Italie en fugitif. Quel danger pouvait-il courir au milieu du camp de l'empereur et parmi des troupes fidèles, qui l'eussent défendu jusqu'à la mort? Mon maître n'attend qu'une parole pour venir aux pieds du pontife lui offrir son épée et son bras. Il ne songe plus qu'à assurer une paix solide pour tourner ses armes contre les Grecs schismatiques d'Orient, contre les musulmans de la Palestine et contre les Tartares du nord de l'Europe, pour montrer enfin au monde que le sacerdoce et l'empire étroitement unis sont invincibles. » Le pape, à ces mots, interrompit l'orateur : « Ce sont là, dit-il, de magnifiques promesses, mais on me les a faites il y a un an et on les a déjà violées. »
Quoiqu'il fût démontré que Frédéric ne cherchait qu'à gagner du temps, on lui accorda un nouveau délai, soit pour
se justifier, soit pour faire la paix. Mais, le délai passé, Thadée on appela au futur pape et à un concile général. Alors Innocent IV, se tournant vers lui : « Cette réunion des patriarches de l'Église, lui dit-il, de cent quarante évêques, des procureurs de beaucoup d'autres, d'une foule d'abbés et de religieux, ne vous semble-t-elle pas un concile général? Un plus grand nombre serait venu, ajouta le pontife, si l'empereur n'avait pas défendu aux évêques d'Italie et d'Allemagne de se rendre auprès du vicaire de Jésus-Christ. » Rappelant alors tous les faits passés, Innocent IV établit que l'empereur s'était rendu coupable d'hérésie, de sacrilège, d'usurpation sur les États de l'Église et de criminelle connivence avec les Sarrasins. Puis, il prit un cierge à la main, tous les évêques l'imitèrent, et il lut en leur présence le décret suivant, qui prononçait l'excommunication et la déposition de Frédéric. « Après en avoir mûrement délibéré, dit-il, avec les cardinaux et les Pères du saint concile, nous déclarons Frédéric II rejeté du sein de l'Église catholique. Nous absolvons pour toujours de leur serment ceux qui lui ont juré fidélité; nous défendons par l'autorité apostolique que personne lui obéisse désormais, comme empereur d'Allemagne ou comme roi de Sicile, et nous voulons qu'à l'avenir quiconque lui donnera aide et conseil soit excommunié par ce seul fait. Les électeurs auront à lui donner, dans le plus bref délai, un successeur à l'empire. Quant au royaume de Sicile, nous y pourvoirons avec le conseil de nos frères les cardinaux. »
Quand cette sentence eut été prononcée, le pape éteignit son cierge et tous les évêques en firent autant. La sentence de déposition ne fut pas seulement approuvée par la présence et le silence des prélats, mais par leur voix et par leurs mains. Ils fulminèrent à leur tour les choses les plus terribles contre l'excommunié, souscrivirent l'arrêt et y attachèrent leur sceau (1). Thadée de Suesse, à l'aspect de ces flambeaux
(1) Domimis igitur papa et prœlati assistantes concilio, candelis accensis, in dictum imperatormt FrtdmVnwn, qui jamjam impêrator non r*{ rwminandttx, terribiliter, rece*
POlR L'AFFERMISSEMENT Dl POUVOIR TEMPOREL. 261
éteints et de ces évoques dont la voix unanime avait maudit son maître, s'écria avec désespoir : « Le coup est porté; ce jour est vraiment le jour de la colère. » Il sortit aussitôt du concile pour aller porter cette nouvelle à Frédéric. L'empereur, en l'apprenant, entra dans les accès d'une noire frénésie. Il se fit apporter sa couronne, la posa sur sa tête et dit : « Oh ! elle n'est pas encore perdue, ni le pape ni le concile ne l'ont enlevée. » L'infortuné pouvait garder un joyau, mais son empire lui échappait. Il se débattit encore cinq ans contre les effets inévitables de la terrible sentence. Tout fut inutile : une assemblée qu'il réunit à Yérone pour justifier sa conduite n'empêcha pas les princes allemands d'élire, dès 1246, un nouvel empereur. Une tentative d'assassinat qu'un de ses chevaliers essaya sur le pape, ne réussit pas mieux. Il songea alors à venir l'assiéger dans Lyon ; mais les habitants de Parme l'arrêtèrent dans sa marche en se révoltant contre son autorité. De retour dans la Pouille, il y tomba grièvement malade, échappa au poison que lui avait préparé son médecin et mourut de chagrin le 13 décembre 1250. Les uns croient qu'il se montra repentant et résigné, et que l'archevêque de Palerme reçut sa confession ; d'autres, qu'il demeura sous le poids de l'excommunication. Telle fut la fin de cet homme fameux, qui, après avoir été le pupille du Saint-Siège, s'en déclara le protecteur et finit par s'en montrer le plus mortel ennemi. Il ne cachait pas plus que ses prédécesseurs le projet de relever l'empire des Césars, et d'en établir le siège à Rome sur les ruines du pouvoir temporel des papes. Dieu le punit dans sa personne, dans ses complices et dans sa race. Conrad, son fils légitime, mourut
dentibus et œnfusis ejus procuratoribus, fulqurarunt. (Math. Pakis, ilist. Anglic, an. 1254.)
Depositionis sententiam sœpe fati Friderici protulit summus pontifex in majori ecclesia Lugdunensi, in pleno coneilio, anno Domini 1244, 15 calendas augusti , pontificatus sni anno tertio, quce fuit ab universis Ecclesiarum prœlatis, in eodem coneilio residentibus, approbata, sicut liquere potest omnibus, tum prœsentibus qwim futuris, per subscriptiones ipsorum et eonnndem sigilla, pendentia in eodem. (Nicolaus de Cukbio, Yita Innocenta IV, n. 19. — Muratori, Script, rer. Uni., t. III, part. I, p. 192.)
262 ÉPREUVES DE GREGOIRE IX ET D'iNNOCENT IV, ETC.
en 1254 sans avoir pu s'établir en Italie; Manfroy, son fils naturel, malgré son courage et ses succès, ne put garder la Sicile; Conradin, son petit-fils et le dernier descendant de sa maison, plus malheureux que coupable, porta sa tête sur l'échafaud. Son empire, que ses ancêtres possédaient depuis deux siècles, après avoir été, pendant vingt-trois ans d'interrègne, l'objet de toutes les ambitions, passa enfin à une autre famille ; les royaumes et les provinces qu'il avait acquis au prix de tant de sang et de larmes, considérés désormais comme des successions vacantes, recouvrèrent leur indépendance ou choisirent d'autres maîtres ; l'Italie respira, et pendant soixante ans aucun soldat étranger ne passa ses frontières ; le monde enfin fut sauvé, et c'est aux papes qu'il doit le bienfait de cette liberté. L'ambition des Césars eut ainsi son châtiment, la constance des papes sa récompense. La ruine des uns, l'exaltation des autres, tels sont les fruits de cette grande lutte, si honteuse pour la force et si glorieuse pour la faiblesse. A présent la lutte est finie; il ne reste plus qu'à en constater les suites en achevant l'histoire cle ce siècle.