DE LA DISTINCTION ET DE LA COMPATIBILITE DES DECX PUISSANCES
Toute puissance vient de Dieu, et tout ce qui vient de Dieu révèle sa bonté autant que sa grandeur. Ce caractère est empreint fortement, quoique à des degrés différents et sous deux aspects opposés, dans les deux pouvoirs qui se partagent le monde. La puissance temporelle s'étend aux choses qui regardent le corps et la vie présente; la puissance spirituelle, aux choses qui regardent lame et la vie future. Le prince est l'organe naturel de la première ; le prêtre reçoit la seconde, en garde le dépôt et en promulgue les lois. Rien de plus exact ni de plus précis que le langage de l'empereur Justinien sur ce sujet. Il dit, dans une de ses Novelles : « Dieu a confié aux hommes le sacerdoce et l'empire : le sacerdoce pour administrer les choses divines, et l'empire pour présider aux choses humaines : l'un et l'autre procèdent du même principe (1). »
Ce que les lois romaines définissaient si bien, est expose avec non moins de clarté par les papes et les Pères de l'Église. Le pape Gélase s'adresse à l'empereur Anastase, protecteur déclaré de l'erreur d'Eutychès. Il veut lui faire comprendre combien sa conduite est peu chrétienne, et lui parle en ces termes : « Ce monde, auguste empereur, est gouverné par deux puissances : celle des pontifes et celle des
(I) Justin. Nw. vi, Prrrf. (ad calcem Cad. •/»/</.
DISTINCTION ET COMPATIBILITE PES REVX PUISSANCES. '21
rois; entre lesquelles la charge des prêtres est d'autant plus graade, qu'ils doivent rendre compte à Dieu, dans son jugement, pour l'âme des rois. Vous savez qu'encore que voire dignité vous élève au-dessus des autres hommes, cependant vous vous humiliez devant les évêques chargés de l'administration des choses divines ; vous vous adressez à eux pour être conduit dans la voie du salut, et dans tout ce qui concerne l'administration et la réception des sacrements vous reconnaissez que, bien loin de pouvoir leur commander, vous êtes obligé de leur obéir. Vous savez, dis-je, que sur tout cela vous dépendez de leur jugement, et que vous n'avez pas droit de les assujettir à votre volonté : car si les ministres de la religion obéissent à vos lois dans tout ce qui concerne l'ordre temporel, parce qu'ils savent que vous avez reçu d'en haut votre puissance, avec quelle affection, je vous prie, devez-vous obéir à ceux qui sont chargés de dispenser nos augustes mystères ! (1) »
Mais les empereurs de Constantinople s'obstinaient à soutenir l'hérésie et à usurper la puissance spirituelle. Le pape Symmaque, à l'exemple de Gélase, rappela aux Césars la distinction des deux puissances : « Il y a entre elles, disait-il, autant de différence qu'il y en a entre un administrateur des choses de la terre et un administrateur des choses du ciel. Vous, prince, vous recevez du pontife le baptême et les sacrements; vous lui demandez des prières, vous souhaitez sa bénédiction et vous le priez de vous accorder la pénitence. En un mot, tandis que vous n'avez soin que des choses humaines, il vous dispense les biens du ciel. Sa dignité est donc au moins égale, pour ne pas dire supérieure à la vôtre. Vous direz peut-être que, suivant l'Écriture, nous devons être soumis à toutes les puissances. Sans doute, nous obéissons aux puissances de la terre lorsqu'elles se tiennent à leur place, et qu'elles n'opposent point leur volonté à celle de Dieu. Au
h S. (ielasii pape Epi*t, aA Anast,, apud Labbe fonctf., t. IV, p. 118;'