F< LA DISTINCTION
reste, si toute puissance vient de Dieu, celle qui est établie pour régler les choses divines en vient à plus forte raison. Respectez Dieu en nous, et nous le respecterons en vous. Mais si vous n'obéissez pas à Dieu, vous ne pouvez user du privilège de Celui dont vous méprisez les droits, ni exiger de nous une soumission que vous refusez à Dieu même(l). »
Les deux puissances ont donc chacune leur objet propre, leur action spéciale et leurs fonctions distinctes. Elles sont souveraines chacune dans sa sphère. Les pontifes sont tenus d'obéir aux puissances de la terre en tout ce qui regarde l'ordre temporel, comme les princes sont obligés d'obéir à l'Église en tout ce qui regarde l'ordre spirituel. Cette indépendance réciproque, reconnue par les empereurs chrétiens, proclamée dans les capitulaires (2), célébrée par S. Pierre Damien (3), trouva dans les décrets du troisième concile général de Latran une autorité nouvelle (4). Le pape Innocent III exprima dans plusieurs lettres le même sentiment. Citons seulement celle qu'il adressa à l'empereur Alexis Comnène. Ce prince avait mis l'empire au-dessus du sacerdoce. Le pape, dans sa réponse, réfute ce paradoxe, montre qu'il est contraire à la doctrine constante de la tradition et conclut la discussion en ces termes : « Vous deviez savoir d'ailleurs que Dieu a fait deux grands luminaires dans le ciel : l'un plus grand pour présider au jour, l'autre moins grand pour présider à la nuit. Le ciel figure ici l'Église; le jour désigne les choses spirituelles, et la nuit, les choses temporelles. Dieu a donc mis dans le ciel, c'est-à-dire dans l'Église, deux grands luminaires, c'est-à-dire deux grandes dignités, qui sont l'autorité pontificale et la puissance royale. Mais celle qui préside au jour, c'est-à-dire aux choses spirituelles, est plus grande que celle qui préside aux choses corporelles, et autant il y a
(I) Symmachi papœ Âpologia ad Ànaslcù., apud Labbe Concit'., t. IV. p. l?9è. (2j Capitulai., lib. V, cap. COCÏX, apud Balusii Capit., t. I, p. 896, \Z) S. Pierre Damien, apud Labbe Conoil., t. IX. ; Labbe Concil., t. X, p; i;>2.'».