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DE LA GUERRE ET DE LA PAIX

Il y avait plus d'un rapport entre l'administration de la justice et celle de la guerre. La force publique se développa, Comme les institutions judiciaires, à trois degrés fort distincts. Au premier, le podestat dans sa commune, ou le seigneur dans sa terre ; au second, le recteur dans la province ; au troisième, toutes les forces des États de l'Église concentrées et réunies en une seule main.

Le podestat a pouvoir sur la force armée dans la commune ; il a quatre ou six chevaux au plus, avec écuyers pour porter ou exécuter ses ordres. Le seigneur tenant fief et les communes ayant des immunités particulières devaient, comme les villes qui étaient restées dans le domaine immédiat du Saint-Siège, le service militaire aussi bien que l'hommage.

Le recteur de la province a aussi sa force armée. En temps ordinaire elle se composait de vingt-cinq hommes d'armes commandés par un maréchal; en temps de guerre, elle comprenait toutes les troupes levées pour le service de l'Église dans toute l'étendue de la province, et marchant les unes sous la bannière du seigneur, les autres à la suite du podestat de la commune. C'est au recteur de les requérir, de les assembler, de pourvoir à leur subsistance, à moins de conventions contraires, et de les amener au lieu marqué pour le rendez-vous commun à toutes les milices pontificales.

Alors apparaît l'organisation complète de la force armée. Il n'était pas rare que le pape se mît lui-même à la tête de ses troupes, non pour tirer l'épée devant elles, mais pour les animer par sa présence. On Ta vu dans le cours de ce récit aller à la rencontre des Sarrasins et des Normands, établir des camps, engager des batailles et se tenir dans la ville la plus voisine pour partager, autant que le lui permettait sa dignité, mais moins que ne l'eût voulu son cœur, tous les périls de ses enfants. Sous les ordres du pape, l'armée

a pour chef immédiat un capitaine général; celui-ci commande au maréchal, le maréchal aux vice-maréchaux, et les vice-maréchaux aux capitaines mis à la tête de chaque compagnie. Ce dernier titre était également donné aux commandants d'infanterie et de cavalerie, aux chefs de garnisons dans les châteaux et dans les villes, et en général à tous ceux qui étaient revêtus de quelque emploi. La cavalerie faisait la principale force de l'armée ; ceux qui la composaient s'entretenaient souvent à leurs frais, mais le trésor payait les dépenses de leur équipement et de leurs chevaux. La milice des communes et les troupes fournies par les seigneurs avaient aussi des charges personnelles. Enfin il y avait des soldats à gages, dont la dépense était supportée entièrement par l'administration pontificale (1).

Deux sortes de guerres troublèrent au moyen âge la paix des États de l'Église : les guerres intérieures et les guerres étrangères. Les premières, après s'être faites de seigneur à seigneur jusqu'au milieu du xne siècle, devinrent des guerres de ville à ville jusqu'au commencement du xive. Les excès des guerres privées durèrent peu ; ceux des guerres civiles ensanglantèrent toute la Péninsule. Ce fut, nous l'avons dit, sous le nom de guelfes et de gibelins que les cités rivales dans chaque province et les partis rivaux dans chaque cité éternisèrent leurs sanglantes querelles. La race impie des Hohenstauffen cultiva constamment, au profit de sa propre ambition, ces haines et ces fureurs. Elle guettait l'Italie comme une proie, et, pourvu qu'elle y régnât, peu lui importait de régner sur des ruines. Ses émissaires étaient partout, soufflant aux seigneurs ou aux villes, et jusqu'au sein des familles, le feu de la discorde ; semant l'inquiétude quand ils ne trouvaient plus de haine, et corrompant, à force d'artifices et de mensonges, la fidélité que l'on devait au pape. Tantôt

(1) Voir dans le P. Theiner, Codex dipl., un compte de 1329, où toute l'organisation militaire des États pontificaux est exposée avec les plus grands détails. (T. I, p. 582 et suiv.)

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les pontifes apprennent qu'on les a calomniés, et ils ne dédaignent point de se justifier devant leurs propres sujets, en leur rappelant les bienfaits sans nombre dont ils les ont comblés. Tantôt les Frédéric et les Henri font espérer aux feudataires du Saint-Siège des emplois brillants, et aux villes qui relèvent de lui des libertés et des privilèges nouveaux : il faut que des lettres de Rome rappellent tout ce qu'il y a de ruse dans ces procédés et de tromperie dans ces promesses. Si le pape n'est pas directement en cause, il ne laisse pas d'intervenir, soit par lui-même soit par ses légats. La mission des envoyés du Saint-Siège est toute de concorde et de paix. Ils proposent une transaction aux villes rivales qui se disputent un territoire, ou aux partis rivaux qui font d'une ville le théâtre de leurs vengeances privées. Souvent la transaction est acceptée, et l'on oublie dans une paix commune les griefs mutuels. Si les négociations échouent, le légat lance un monitoire; si l'on s'obstine, l'excommunication suit la menace, et l'appareil de la force succède à celui des censures. Le légat invite alors les villes voisines à s'unir entre elles pour rendre à la paix celle où dominent les factions, ou qui est devenue la proie de la révolte. Devant toute une province armée par l'Église, l'opprimé commence à espérer la justice, et l'oppresseur rentre dans le devoir. On conclut un accord, et les deux partis ou les deux villes, si longtemps ennemis, envoient leurs députés au pape pour régler les conditions de la paix.

Arbitre des guerres intérieures, le souverain pontife fut très-souvent la victime des guerres étrangères. Trop faible alors pour se défendre contre un ennemi qui descendait dans la Péninsule avec toutes les forces de l'empire, il cherchait des auxiliaires au dehors, tantôt au nord de l'Italie dans les villes lombardes, tantôt au midi dans les États de Robert Guiscard, souvent aussi au delà des monts dans le noble pays de France, qu'on appela l'asile des papes au xne siècle, et qui en fut au xme l'arsenal et le trésor. La France

envoyait des chevaliers et des hommes d'armes qui créaient en Italie un parti français opposé au parti allemand , celui-là combattant avec les guelfes , celui-ci avec les gibelins. Charles d'Anjou mit une partie de son armée au service du pape Nicolas III. Philippe le Hardi envoya des troupes sous le commandement de Golard de Molans. Parme, la Toscane, la Lombardie envoyaient aussi leur contingent volontaire. Toutes les villes guelfes donnaient de l'argent et des hommes; mais la France se distinguait entre tous les autres pays et par sa générosité et par sa vaillance (1).

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