DES FINANCES
En étudiant l'organisation des finances pontificales, on y trouve les trois éléments qui entraient, à des degrés différents, dans l'administration de la justice et de la guerre. La commune et la seigneurie ont leurs recettes, la province concentre les recettes des communes et des seigneuries, et la trésorerie pontificale celles des provinces.
Le cens était la principale source des revenus dans la commune ou dans la seigneurie. On l'acquittait soit par une somme convenue d'avance, soit par une cotisation prélevée sur chaque feu. Ce cens ou fouage ne frappait pas indistinctement tout le monde ; mais ceux qui en étaient exempts avaient d'autres impôts à acquitter : les clercs, un droit d'aide ou de siège; les chevaliers, le service militaire; les tabellions, une redevance pour les écritures du palais; les juges, une prestation prélevée sur leurs salaires. La taille des soldats se payait en trois termes : au 1er mai, au 1er septembre, au 1er janvier. Les communes et les seigneuries devaient aussi des aides à Noël, à Pâques, à la Toussaint et à la Saint-André : elles fournissaient enfin aux dépenses causées par la présence du pape, la visite du légat et l'installation du recteur (2).
(1) Theiner, Codex dipl., t. I, n. cdviii et cdvii.
(2) Id , ibid.} n. cdxlviii, dxxxvii, dccviii.
296 de l'organisation des états de l'église
Quand les recettes avaient été concentrées clans chaque commune par les collecteurs des deniers, le trésorier de chaque province vérifiait, ou par lui- même ou par ses délégués, les comptes delà commune. On prélevait ensuite sur le produit le montant des dépenses, et l'excédant se partageait d'ordinaire, soit par moitié soit par tiers, avec le gouvernement (1). Touchante coutume, bien digne d'être citée aux peuples modernes, si dédaigneux des traditions du passé et si fiers d'une centralisation qui dépouille, avec tant de zèle, la commune au profit de l'État et les provinces au profit des capitales. Les émoluments du sceau, le prix des péages et la collation de certaines fonctions étaient perçus directement par le trésorier. Celui-ci ouvrait deux sortes de comptes, les uns selon la nature de la dépense ou de la recette, les autres selon les rentrées ou les sorties de chaque jour, se contrôlant ainsi lui-même dans ses propres écritures. Le trésorier payait, mais le recteur ordonnait les dépenses. Ils étaient tenus d'inscrire sur deux livres distincts, l'un ses ordres de payement, l'autre ses déboursés, et ces deux registres, clairs, détaillés et à jour, qui nous restent encore aujourd'hui, sont bien supérieurs à tout ce que nous avons conservé, dans les archives françaises, des comptes de nos gouvernements, de nos provinces et de nos communes.
La trésorerie pontificale avait son siège à Rome. Elle était administrée, sous la surveillance du cardinal camérier, par des sociétés de marchands qui affermaient soit les sources des revenus, soit les recettes des provinces. C'étaient, vers l'an 1300, les Circuli, les Bardi, les Epini, les Mozi à Rome; les Scala de Florence; les Clarente de Pistoie. Vers le même temps le reste de l'Europe était entre les mains des juifs. Les rois altéraient les monnaies, et les peuples, victimes de l'usure, exercèrent les plus terribles représailles contre la race qui les réduisait à l'aumône , en faisant d'elle un impitoyable
(1) Theiner, Codex dipl., 1. 1, n. cdxcii. — Dissertation de M. Henri de l'Epinois sur le Codex du P. Theiner. (Bibliothèque de l'Ecole des chartes, mars-avril 18G2.)
massacre. Rome seule fat pour elle un asile sacré, parce que les papes y régnaient. Ils surent se passer des juifs pour administrer leurs finances; les juifs leur durent, dans le moyen âge, la sécurité qu'ils ne trouvaient nulle part.