DES MONNAIES
Quoique le droit de battre monnaie soit un des attributs ordinaires de la souveraineté, il était exercé dans le moyen âge par un grand nombre de seigneurs particuliers, par des églises et des abbayes, qui en jouissaient ou en vertu de l'usage, ou en vertu d'un privilège. Cette observation, que tous nos historiens ont faite sur la France, s'applique aussi à l'Italie. Les villes de Pavie, de Milan, de Lucques, de Trévise, possédaient ce droit sous les rois goths et lombards ; elles le conservèrent dans le vme et le ixe siècle sous les empereurs francs et au xne sous la domination allemande. Rome paraît avoir possédé le même privilège à la même époque. On trouve pendant toute la première période du moyen âge des monnaies frappées au coin des papes, des empereurs et même du sénat. Cette diversité n'offre d'embarras qu'à ceux qui réclament le privilège exclusif de la monnaie ou pour l'empereur, ou pour le pape, ou pour la ville. Leblanc a soutenu le premier sentiment au xvne siècle (1), Alami le second (2) et Cadi le troisième (3) dans l'âge suivant. Ce qui est incontestable, c'est que les papes avaient possédé ce droit dès le commencement de leur souveraineté ;; que le sénat, après l'avoir exercé lui-même, le rendit comme droit de régale, et que les papes lui en laissèrent un tiers (4). Ce trait est tiré de l'accord conclu en 1191 entre Clément III et les Romains. Le nom du
(1) Dissertation hist. sur les monnaies de Charlemagne et de ses successeurs frappées dans Borne, in-4, 1G92.
(.2) DeW origine ed antichità délia zecca pontificia, 1752.
(3) Dell1 Instiluzione délie zecche d'Italia, 1754.
(4) Theiner, Codex dipl., t. 1, n. xxxu.
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sénat demeura à la monnaie ; mais ce n'en fut pas moins la monnaie du pape, comme on le voit par une charte de 1218, dans laquelle Innocent III supprime la monnaie dite de Flore, pour y substituer celle à laquelle le sénat a donné son nom (1). En 1220Honorius accorda à la ville de Fermo le droit d'avoir un coin spécial pour battre monnaie (2). En 1282, le pape Martin IV fit cesser la fabrication des monnaies qui ne portaient pas le coin du pontife, et déclara fausses toutes celles qui circulaient sans son aveu (3). Deux ateliers monétaires furent établis, au nom du pape, à Viterbe et dans le patrimoine de S. Pierre en Toscane; la monnaie qui en sortait prit le nom de paparini (4). De 1322 à 1330 les monnayeurs qui battaient avec leur or propre, payaient un droit à la trésorerie pontificale (5). C'est à dater de la même époque que cette trésorerie fait battre pour son propre compte. Ces détails établissent deux faits, qui s'accordent du reste avec l'usage du temps et des données de la science numismatique : d'abord, que les papes exerçaient un. droit sur la monnaie, comme il appartient aux souverains ; ensuite, qu'ils en faisaient part volontiers, soit à la ville de Rome, soit aux autres cités de leurs États, qui en tiraient quelque honneur et quelque profit : nouvelle preuve de la sagesse et de la libéralité d'un tel gouvernement.
Complétons ces détails en rappelant les principales vicissitudes -de l'administration pontificale dans la ville de Rome jusqu'à la fin du xme siècle.