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DU GOUVERNEMENT DE LA VILLE DE ROME

Pendant le règne des empereurs romains, la plupart des villes d'Italie formèrent des communes ou républiques as-

(1) Theiner, Codex dipl., 1. 1, n. lu.

(2) Murât. Antiq. Ital., t. II, p. G84.

(3) Theiner, Codex dipl., t. I, n. cdxiv.

(4) Saggi di osservazioni sul valore délie anlicho monele pontiticie.

(5) Id., ibid.

sujetties à un gouvernement municipal sous la haute administration des Césars. Ces communes possédaient un sénat, des assemblées et des lois qui n'avaient, d'ailleurs, d'autre objet que l'ordre et les intérêts particuliers de la cité. Quand on ne consulte que des souvenirs classiques, l'esprit se résigne difficilement à attribuer à Rome un rôle si modeste. Mais les brillantes destinées que cette ville avait eues ne l'empêchèrent pas, quoiqu'il en coûte de le croire, d'être réduite à l'humble condition des autres cités de la Péninsule. Depuis Auguste à Augustule, toute la politique du sénat se borne à acclamer les empereurs quand on les intronise, et à les charger d'imprécations quand on les assassine ou qu'on les dégrade. Après Dioclétien, il ne reste plus à ce corps qu'un nom et un titre historiques, et c'est sous ce nom trompeur qu'il continue à subsister avec les attributions d'un simple conseil municipal. Ainsi il est sans juridiction hors des murs de la ville, comme sans participation au gouvernement de l'État (1). Cet ordre de choses se perpétua sous les empereurs chrétiens; on en trouve encore des vestiges sous les rois-goths, sous la domination des Lombards, et même sous le protectorat des Francs (2). Les papes étaient alors, comme nous l'avons vu par leur correspondance avec les rois et les empereurs, les seuls organes et les seuls représentants extérieurs de la ville, qui les vénérait comme des pères et qui les implorait comme des sauveurs. Du xe au xne siècle d'autres éléments vinrent compliquer l'administration de Rome. Ce fut d'abord l'oligarchie turbulente qui y domina pendant cent ans, au grand détriment de la liberté des pontifes et du repos des citoyens. Ensuite parurent les Othon, qui n'ayant pu, comme ils le prétendaient, établir dans Rome la capitale de leur empire, y laissèrent du moins, à titre de protecteurs du Saint-Siège, tout ce que leur ambition put

(1) Muratori, Antiq. Ital. med. œvi, Dissert, xvin, t. I, p. 981. — M. Guizot, Essai sur Vhistoire de France, Ier Essai.

(2) Muratori, ubi supra, p. 982 et 1007.

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imaginer de mesures oppressives et contre le pape et contre le peuple. Le préfet, qui les représentait, y rendait la justice criminelle avec l'aveu plus ou moins forcé du pontife, et le serment qu'il prêtait au Saint-Siège n'était qu'une faible garantie de l'appui qu'il lui promettait au nom de son maître. C'était de la même manière que les empereurs s'obligeaient envers les Romains. Le jour de la cérémonie de leur couronnement, ils étaient obligés de confirmer au peuple tous ses usages par trois serments, Tun prononcé vers le Petit-Pont (ad Ponticulum), l'autre à la porte Colline (ad portant Collinam), le troisième sur les degrés mêmes de l'église de Saint-Pierre. Ce n'était pas trop pour de tels empereurs de jurer trois fois un tel serment. Encore Rome fut-elle bien plus protégée contre leurs violences par leur éloignement que par la solennité de leurs promesses.

Mais ce n'étaient que des usages locaux et des libertés municipales que garantissaient les empereurs. L'autorité souveraine demeurait au pape, au-dessous duquel s'agitaient les diverses factions de la noblesse. Le préfet, choisi dans les rangs de cette oligarchie, en représentait les intérêts bien plus que ceux del'empereur, qui lui donnait l'épée, et du pape, à qui il prêtait serment. C'est donc dans la noblesse qu'il faut chercher les véritables dominateurs de Rome, et dans ses divisions et ses partis, l'explication des troubles qui affligèrent la ville. La tentative de Crescentius, qui entreprit de restaurer la dignité consulaire et qui succomba sous les efforts réunis de Grégoire V et d'Othon III, appartient encore à la noblesse. C'était, sous un nom républicain, une nouvelle manœuvre de l'oligarchie.

L'esprit républicain ne se réveilla que sous Innocent II, grâce aux prédications ardentes d'Arnaud de Brescia. C'était l'époque où presque toutes les villes de l'Italie se constituaient, et les déclamations du fougueux tribun éveillèrent naturellement le désir de l'indépendance dans une ville qui n'en avait pas perdu le souvenir. La domination passagère d'Arnaud

de Brescia ne* rendit toutefois au sénat qu'une ombre d'autorité. Ce corps eut beau usurper les droits régaliens, battre monnaie, dater ses actes du jour de son rétablissement et les faire' précéder de l'ancienne formule S. P. Q. R; il essaya plus vainement encore de s.e constituer sur des bases solides en portant à cinquante-six le nombre de ses membres, et de se rendre populaire en se renouvelant chaque année par une élection faite au Gapitole dans une assemblée générale. Ces titres, ces inscriptions, ces comices n'étaient que les vaines marques de ce qui n'était plus. Les Romains pouvaient prendre la toge, ils n'en étaient pas moins les sujets du pape, se réduisant tantôt à ramper devant les empereurs quand les empereurs se rendaient maîtres de Rome, tantôt à faire leur soumission aux papes quand les papes rentraient dans leurs domaines. Innocent II et Lucius II n'ont pas ramené le sénat à l'obéissance, mais Eugène III le remet sous le joug dès 1148, et fait constater par une charte et l'origine et l'étendue de ce pouvoir rentré dans ses véritables limites. La charge des sénateurs est annuelle, annuatim; ils ne sont établis que pour le gouvernement de Rome, pro regimine Urbis; et c'est du pape qu'ils tiennent leur autorité, a domino nostro papa Eugenio constituti (1). Alexandre III alla encore plus loin. En rentrant à Rome, après deux ans d'exil, il exige l'assurance que le sénat et le peuple lui jureront fidélité, lui rendront hommage comme à leur seigneur et lui restitueront les droits régaliens (2). Les expressions mêmes attestent que le sénat avait usurpé son pouvoir, et que le pape rentrait dans l'exercice de sa souveraineté.

Clément III, fidèle à la pensée de ses prédécesseurs, obtint

(1) Voici le préambule de cette charte : Nos senatores, una cum omnibus aliis consenatoribus, a domino nostro papa Eugenio, totaque veneranda et apostolica curia, et reverendo populo Romano pro regimine Urbis annuatim in Capitolio constituti. (Vitale, Storia dipl., p. 42.)

(2) Populi Romani deliberatione statutum est ut senatores qui fieri soient, fidelitatem et dominium domino papœ jurarent, et beati Pétri regalia, quœ ab eis fueranl occupata, libère in manibus et potestate sua restituèrent. [Vit. Alex, apud Muratori, Script, rer. ItaL, t. III,. part. I, p. 475.)

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une restitution plus complète encore. Par un contrat passé avec le sénat en 1188, il est déclaré que le pape reprend tous les droits de son siège sur le sénat, sur la ville, sur la monnaie, dans la cité et hors de la cité : nouvel aveu et de l'antiquité de ces droits et de leur légitimité (1). .

Ces serments furent renouvelés, et ces restitutions achevées sous le pontificat d'Innocent III. Au lieu d'un corps entier, Home n'a plus qu'un sénateur, qui reçoit du pape l'investiture de sa charge parle manteau, qui prête au pape foi et hommage et qui règle, d'après ses ordres, les dépenses de la cité.

Dans le xme siècle, ce n'est plus un indigène, mais un étranger qui est élevé à la dignité de sénateur. On recourt ensuite à un prince ; mais c'est Urbain IV qui l'indique et Grégoire X qui reçoit son serment. On redoutait un indigène, à cause des factions auxquelles se rattachait sa famille ; Clément V donne, en 1307, son assentiment pour élire un sénateur né dans le Transtevère (2). On ne permettait point au sénateur étranger d'acquérir des biens dans Rome; le même pape autorise cependant, par un acte de 1304, une dérogation à cette coutume (3). Enfin toute l'administration romaine fut réorganisée en 1310 par Clément Y. La pièce qui l'atteste est fort curieuse. Elle révèle dans Rome l'existence d'une académie, d'une corporation de marchands et d'un collège formé par les juges et les notaires. Le~ négoce avait ses chefs, qui portaient le titre de consuls des marchands; les représentants de la science se nommaient consuls es arts. Ces dignitaires furent appelés avec le collège des juges et des notaires à faire l'élection du sénateur. Le pape leur adjoignit treize prud'hommes élus par chacun des treize quartiers de la ville (4).

La sénatorerie était donc alors sous la dépendance directe du pape. Charles. d'Anjou l'accepta pour cinq ans sous Ur-

(1) Theiner, Codex dipl., t. I, p. 32.

(2) Id., ibid., n. dlxxxix.

(3) Id., ibid., n. dlxxx.

(4) Id., ibid., n. dcii.

bain IV, et pour dix ans sous Clément IV. Nicolas III lui demanda le sacrifice de cette dignité : le prince y consentit, et le pontife, après avoir rédigé une constitution qui interdisait à l'avenir de choisir le sénateur parmi les têtes couronnées, se fit élire lui-même par le peuple pour remplir cette charge (1).

(1) Il est donc inexact de dire que <• ces papes qui faisaient trembler toute l'Europe n'avaient en Italie, à Rome surtout, qu'une autorité à peu près nulle [a) ; » qu'avant Innocent III « ils jouissaient dans Rome d'une souveraineté temporelle analogue à celle de Louis XVIII en France sous la république et sous le premier empire (6) ; » qu'Innocent III, en substituant son pouvoir à celui des empereurs et en effaçant les derniers vestiges de la suzeraineté impériale, » commit un acte de révolte pacifique, il est vrai, mais enfin une révolte contre les empereurs légitimes propriétaires de Rome (c). » Jusqu'où M. Bonjean ne pousse-t-il pas l'amour de sa tbèse ! Il ne s'aperçoit pas qu'il transforme sans cesse les réclamations des papes en traits d'ambition, les restitutions des empereurs ou des Romains en concessions gratuites, les opprimés en usurpateurs, les oppi-esseurs en victimes. Toute cette lutte si émouvante entre des Césars violents, débauchés, cruels, et des papes qui ont été des modèles de courage et de sainteté, ne lui paraît tantôt qu'une application des fausses décrétales et des textes de l'Écriture mal interprétés (d), tantôt qu'une guerre d'habileté purement politique (e). Il finit enfin par qualifier la domination des papes dans Rome » de tentative avortée, expiée par cent cinquante ans d'exil à Avignon et de schisme (/"). Voilà le crime et la punition! on est moins surpris de ce contre-sens historique continué pendant deux cent cinquante ans, quand on voit M. Bonjean commettre, par distraction sans doute, un contre-sens grammatical d'une assez grande rareté dans le passage suivant : « Pour régulariser cette situation vis-à-vis du peuple romain, intervint entre eux et Clément III le traité dont nous donnons un extrait, et par lequel les Romains accordent à ce pape le droit de nommer le sénateur et de battre monnaie : ad prœsens reddimus vobis et urbem et monetam... Reddimus omnia regalia tara intra quam extra Urbem, quœ tenernus (g). » Les Romains rendirent à Clément III les régales, et M. Bonjean écrit qu'ils les lui accordèrent !

Mais M. Bonjean n'oublie pas un instant le but de son discours et de son livre. Il a dit qu'Innocent III avait jeté les premiers fondements de la souveraineté pontificale, et il a attribué à Alexandre VI l'honneur de l'avoir définitivement établie. Dès lors tout sera sacrifié à ce double point de vue : avant Innocent III, point de souveraineté, mais seulement des actes qui en ont l'apparence [h) ; après Innocent III, plus de souveraineté jusqu'à Alexandre VI (»') ! Or toutes les chartes publiées par le P. Theiner, en 3 vol. in-fol., indiquent autant d'actes de souveraineté accomplis et parles prédécesseurs d'Innocent III et par ses successeurs jusqu'à Alexandre VI. Le nombre de ces chartes dépasse deux mille, et leur volume écraserait un homme sous son poids. Dix d'entre elles suffiraient pour démontrer jusqu'à l'évidence les titres d'une royauté quelconque et l'exercice de ses droits. Mais il s'agit des papes,

(a) M. Bonjean, du Pouvoir temporel des papes, p. 194.

(b) Id., ibid., p. 18.

(c) Id., ibid., p. 200.

(d) Id., ibid., p. 174, seq.

(e) Id., ibid., p. 191.

(/") Id., ibid., p. 192.

(g) Id., ibid., p. 203.

(h) ld., ibid., y. 182.

(i) Id., ibid., p. 202.

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Martin IV l'exerça à son tour, après y avoir appelé Pietro dei Conti, Gentile Orso, et même Charles d'Anjou, roi détrôné de Sicile.

Ces faits pourraient se passer de commentaire. Mais il n'est pas inutile de faire observer que si Rome a éprouvé dans son gouvernement intérieur tant de vicissitudes, le même port lui est resté après chaque orage, puisqu'elle a toujours trouvé auprès de ses pontifes lumières, assistance et protection. Plus heureuse que les autres cités, qui, après avoir changé de gouvernement, sont souvent réduites à des regrets stériles ou à des vœux impuissants, Rome, tour à tour dominée par les factions populaires, par les grandes familles, par les empereurs, un jour victime de ses propres citoyens, tremblant le lendemain sous le joug d'un étranger, n'a eu effectivement que les papes pour maîtres et pour pères. Les

et on doit leur demander plus de preuves qu'aux autres. Qu'on se rende du moins à une évidence deux cents fois plus éclatante qu'une évidence ordinaire , et qu'on renonce enfin à une opinion qui , si elle se reproduisait, revêtirait tous les caractères du parti pris.

On ne saurait donc trop s'étonner de voir les erreurs de M. Bonjean réimprimées dans un opuscule que M. Eugène Rendu vient de publier sous le titre de : La souveraineté pontificale et V Italie. L'auteur se demande : 1° quelles sont les bases sur lesquelles les catholiques ont entendu faire reposer le pouvoir temporel ? 2° quels sont en réalité les principes qui doivent lui servir de point d'appui ?

La réponse à la première question est un acte d'accusation dressé contre tous ceux qui, depuis 1815 et surtout depuis 1849, ont pris quelque intérêt aux affaires de la papauté, notamment contre M. de Montalembert. Ils auraient, d'après M. Rendu, constitué pour Pie IX le plus redoutable et le plus durable péril en défendant la souveraineté absolue : voilà le crime des catholiques.

La réponse à la seconde question est un acte d'abdication proposé au pape : « Car non-seulement, dit l'auteur, la souveraineté temporelle peut être limitée et « partagée ; mais elle peut et doit, telles circonstances données, se transformer « en une souveraineté honorifique. » Voilà la voie de salut ouverte par M. Rendu au pouvoir temporel.

Il n'entre pas dans le plan de ce livre de défendre les catholiques du reproche d'avoir perdu Pie IX en encourageant sa résistance à la révolution. Nous nous contenterons de faire observer, sur ce point, que le souverain pontife a l'initiative de ses actes, et qu'il en portera noblement la responsabilité devant Dieu comme devant l'histoire. Il a dû, depuis qu'il règne, écouter beaucoup : car on ne lui a épai-gné ni les conseils ni surtout les reproches ; mais sa volonté n'en a été ni moins personnelle, ni moins droite, ni moins persévérante. Entre M. Rendu qui, depuis 1849, lui propose d'abdiquer, et M. de Montalembert qui, à dater de la même époque, a préconisé la résistance pontificale, Pie IX est demeuré maître de lui-même et de son action. M. de Montalembert a compris, défendu, glorifié ce

pouvoirs éphémères qui ont régné sur Rome ont laissé dans son sein des ferments de discorde; mais ils y ont toujours été sans racines aussi bien que sans avenir. Seul, le pouvoir des papes a dans la Ville éternelle des assises si solides et si profondes, qu'à peine rétabli il y retrouve aussitôt son assiette, et qu'à peine exilé il laisse un vide affreux, qu'on ne peut pas combler même par des ruines. On peut être surpris que Rome ait paru tant de fois lasse du gouvernement des papes ; mais il est bien plus surprenant encore qu'elle en ait tant de fois réclamé le rétablissement. Ce spectacle est unique dans l'histoire. Il prouve jusqu'à l'évidence que si le pape a besoin de Rome, Rome à son tour a besoin du pape. Le pape doit à Rome le bienfait de l'indépendance et les prérogatives de la souveraineté; Rome doit au pape le repos après la tempête,

grand rôle : c'est un honneur. M. Rendu, au contraire, qui poursuit la papauté de ses adresses et de ses brochures, rappelle en 1863 ce qu'il a dit inutilement en 1859 et en 1849, et montre clairement qu'on ne l'a écouté à aucune époque : c'est un avertissement. Le disciple n'est pas au-dessus du maître; il faut se résigner, quand on est catholique, à écouter le pape et non à l'enseigner.

Quant à la seconde question, M. Rendu prétend la traiter avec les lumières de l'histoire. Mais il y a dans l'histoire de Rome deux traditions fort distinctes : celle de l'obéissance et de la fidélité, et celle de la révolte. En suivant l'une, les Romains ont été heureux et honorés; en suivant l'autre, avilis et malheureux. M. Rendu ne cite que les traditions révolutionnaires, et il en conclut, comme M. Bonjean, que la souveraineté pontificale était ou à peu près nulle ou du moins restreinte et partagée. Il oublie que si on a pu vaincre les papes, jamais du moins on n'a pu les forcer, et que s'ils n'ont jamais cessé d'être libéraux et généreux quand ils avaient recouvré leurs Etats, ils ont toujours rejeté ce qui était faible ou injuste quand on les avait bannis ou méconnus. M. Rendu, qui compte complaisamment toutes les restrictions qu'on a essayé d'apporter à la souveraineté pontificale, oublie, avec non moins de complaisance, tous les actes qui l'ont restaurée et raffermie ; il montre le peuple toujours en défiance ou en armes contre les papes. Est-ce là l'histoire? Il fallait montrer ce peuple tel qu'il a été si souvent, plein de respect, d'obéissance et de reconnaissance envers eux. Toutes les révolutions ont eu leur lendemain, tous les exils ont été suivis du retour, et les papes sont demeurés les véritables rois de Rome à toutes les époques.

Si les vues de M. Rendu sont incomplètes, par compensation ses doctrines sont fort radicales. A l'en croire, le peuple romain, en donnant au pape le titre de roi, a gardé lui-même tous les droits de la royauté. Etrange royauté qui pourrait être étendue ou restreinte, reprise ou rendue à tout propos ! M. Rendu voudrait, ce semble, qu'elle se retrempât dans l'épreuve du suffrage universel, comme si elle n'avait pas fait cent et cent fois cette épreuve, non pas à l'aide d'un scrutin forcé ou restreint, mais au milieu des acclamations unanimes d'un peuple entier, qui a tant de fois rappelé les papes et béni leur retour ! Quelle est donc la souveraineté qui a pour elle des suffrages si anciens et si soutenus, si sincères et si nombreux ?

le gouvernement après l'anarchie, la liberté après la servitude, la gloire après le mépris et l'avilissement.

Telle est la rigoureuse conclusion de l'histoire après neuf siècles de révolutions. Les six siècles qui suivent nous offriront les mêmes besoins avec d'autres mœurs, et les mêmes traits sous d'autres noms. La scène change, le récit grandit encore ; mais la conclusion demeure la même.

DEUXIÈME ÉPOQUE

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