‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 8 sur 93 · ET DE LA COMPATIBILITÉ DES DEUX PUISSANCES · texte numérisé non relu

ET DE LA COMPATIBILITÉ DES DEUX PUISSANCES

de différence (Mitre le soleil et la lune, autant il y en a entre les pontifes et les rois (1). »

Quelque hardie qu'ait paru cette allégorie, ce n'est pas autre chose que la doctrine de la distinction et de l'indépendance des deux puissances, enseignée comme au temps de Gélase et de Symmaque. Ces grands pontifes, assignant à chaque pouvoir ses fonctions et sa sphère , indiquent la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Cette supériorité est manifeste : la nier , ce serait nier que l'âme l'emporte sur le corps, le ciel sur la terre, la justice de Dieu sur celle des hommes, les choses de l'éternité sur celles du temps. Bien de plus juste que la magnifique comparaison d'Innocent III. Des deux puissances, la plus élevée est donc incontestablement la puissance spirituelle, parce qu'elle s'adresse à la partie la plus noble de l'homme, qu'elle touche à ses intérêts les plus graves et qu'elle lui ouvre le ciel. Qu'un conflit s'élève, et que l'une des deux commande ce que l'autre défend, ou interdise ce que l'autre commande , il est de droit , comme de raison, de désobéir à César pour obéir à Dieu et de sacrifier les avantages de la vie présente pour s'assurer ceux delà vie future. Cruelles et redoutables extrémités, qui n'ont fait pâlir ni les apôtres, ni les martyrs, ni les confesseurs, et qui, jusqu'à la fin des temps, trouveront le vrai chrétien également supérieur à la crainte et à la promesse , à la flatterie et à la menace , sans espoir et sans peur devant les hommes, sans honte et sans reproche devant Dieu.

Les rapports entre les deux puissances sont naturellement très-délicats. Après les principes que nous venons d'exposer et sur lesquels tous les chrétiens sont d'accord, viennent les dissentiments et les applications pratiques. Il est aussi malaisé de définir les limites exactes de chaque pouvoir, l'appui que le pouvoir temporel doit donner au pouvoir spirituel, la direc-

1 Imioeentii Epiât, /, ex.

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tion et les conseils qu'il doit en recevoir, que de déterminer dans les phénomènes de la vie humaine la part du corps et celle de l'âme, et l'influence réciproque de ces deux principes l'un sur l'autre. La société a ses problèmes aussi bien que la psychologie, et il est plus facile de souhaiter l'accord et l'harmonie entre les deux puissances que de régler mathématiquement la subordination ou l'indépendance de leurs rapports. C'est l'honneur des grands siècles d'avoir vu les princes et les pontifes travailler de concert à l'édification du monde; mais l'harmonie parfaite des deux puissances est au nombre de ces choses que le monde rêve sans pouvoir l'obtenir d'une manière absolue.

Autant il est certain que les deux pouvoirs, dont l'origine est la même, sont distincts par leurs fonctions, autant il est faux de dire qu'on ne saurait les réunir dans la même main.

Leur incompatibilité prétendue est démentie d'un bout à l'autre de l'histoire par les monuments de tous les peuples. Les Juifs offrent l'exemple des patriarches qui étaient tout à la fois rois et pontifes, de plusieurs juges qui revêtirent le caractère sacerdotal, de Judas Machabée et de ses successeurs qui dirigèrent de la même main les affaires politiques et religieuses de leur pays. Les païens ne témoignèrent jamais aucune répugnance à consommer cette réunion : soit à l'origine des sociétés pour donner aux lois civiles un caractère plus religieux, comme on le voit par l'exemple de Numa Pompilius ; soit quand le pouvoir se transformait, pour ajouter à l'autorité du dictateur par la dignité du pontife, comme on le voit par la vie d'Auguste. La pratique constante de la société chrétienne est d'accord avec l'expérience des peuples anciens. L'Église, depuis S. Pierre jusqu'à Pie IX, a toujours cru ses ministres capables d'acquérir et de posséder soit des richesses soit une juridiction séculière. Les plus grands saints ont eu, en effet, d'immenses trésors ; les papes les plus illustres par leurs vertus ont porté le sceptre ; les conciles particuliers ou œcuméniques ont frappé d'anathème et les hérétiques assez

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