‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 85 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pie IX, rentré dans la Ville éternelle, poursuivit courageusement sa double tâche de pontife et de roi. L'histoire citera un jour à sa louange : la hiérarchie catholique rétablie en Angleterre, où l'on compte aujourd'hui un archevêque et douze évêques (1852) ; la Hollande recevant de lui le même bienfait avec la fondation de cinq sièges épiscopaux (1853) ; l'Espagne, la Toscane, les républiques de Costa-Rica et de Guatemala, et l'Autriche demandant et concluant des concordats pour le règlement de leurs affaires religieuses; le nombre des Églises augmenté par les soins du souverain pontife dans l'Amérique et dans les colonies ; enfin la définition du dogme de l'Immaculée Conception , préparée dans l'exil de Gaëte, annoncée le 11 février 1849 par une encyclique, demandée par plus de cinq cents évêques comme convenable, opportune et d'accord avec les traditions et les désirs des peuples, et proclamée le 8 décembre 1854, au milieu d'une allégresse dont Rome ne fit que donner le signal, mais dont la terre entière devint le théâtre.

Le pape avait parlé, la cause était finie : deux cents millions de catholiques reçurent de cette bouche auguste la règle de leur foi. Bientôt Pie IX voulut prouver au monde qu'il était roi, et que son peuple l'aimait. Le 4 mai 1857, il quitta Rome pour visiter ses États. Son voyage, qui dura quatre mois , ne fut qu'un long triomphe. L'archiduc Maximilien d'Autriche, le grand-duc de Toscane, le duc de

Parme, le duc de Modène, vinrent lui présenter leurs hommages. Quand on songe que le drapeau de la France flottait alors à Rome, que l'Autriche tenait garnison dans les légations, et qu'au retour de ce voyage l'Espagne alla prendre la place d'honneur près du monument commémoratif de la définition de l'Immaculée Conception, on conviendra que les nations catholiques étaient alors toutes fidèles à leur service auprès du Saint-Siège.

L'accueil que Pie IX reçut de ses peuples ne fut nulle part contraint ou équivoque. Les mécontents se taisaient; mais le peuple éclatait en transports de joie et de reconnaissance. Jamais accueil n'avait été plus mérité. Les sentiments de générosité dont le pontife est animé étaient bien connus. On savait que de ses revenus annuels, qui ne s'élevaient guère qu'à 3,228,000 fr., la moitié environ passait en embellissements et en constructions, et que le reste était employé presque tout entier en actes de bienfaisance. On saluait ce pontife qui ne connaît d'autre famille que son propre peuple, et dont les pauvres sont les plus proches parents. Au milieu de la foule, on pouvait démêler deux sortes d'esprits. Les uns, mécontents de ces démonstrations, cachaient leur dépit sous un silence affecté ; les autres, honnêtes autant qu'intelligents, ne souhaitaient rien tant que la consolidation d'un régime à la fois paternel, prudent et libéral.

Pie IX avait d'ailleurs tenu toutes les promesses du motu proprio. On s'en assurera en étudiant le gouvernement pontifical avec quelques détails, que nous allons retracer d'après les documents les plus authentiques. Ce tableau comprend l'administration centrale, provinciale et commerciale, la justice, les finances, l'agriculture, le commerce, l'industrie, l'enseignement, les sciences et les arts (1).

(1) Tous les détails qui composent ce chapitre ont été extraits de deux publications récentes, qui méritent de faire autorité sur la matière. L'une est l'Organisât un administrative des Etats d: l'Eglise, mémoire communiqué par le nonce du Saint- Siège au cabinet français le 12 janvier 1863 ; l'autre, V Inertie du gouvernement pontifical, traduit de YOsservatore Romano, par J. Chantrel, 1802.

Page 1