DES FINANCES, DE L'AGRICULTURE , DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
Les finances du gouvernement romain ont été dans ce siècle constamment ruinées par la Révolution, constamment réparées par les papes. Pie YIII les avait laissées prospères en 1830 ; l'insurrection de 1831 imposa à Grégoire XVI de rudes sacrifices, dont son règne fut consacré à effacer les traces. La république de 1848 avait légué à Pie IX 43,000,000 de papier-monnaie; le saint-père les a pris à sa charge et les a remboursés. Et malgré cet énorme sacrifice, malgré l'accroissement de dépenses occasionné par les occupations étrangères, dix ans après les événements de 1848, l'administration financière était parvenue à force d'économies à mettre le budget en équilibre. Ce but avait été atteint au moyen de légères augmentations dans les impôts, de réformes douanières qui diminuaient la contrebande et de prudentes économies dans les dépenses. L'administration du sel et des tabacs, reprise par le gouvernement à l'expiration du bail de la ferme, produisit, grâce à une meilleure gestion, une augmentation de plus d'un million. La réforme des tarifs douaniers abaissa notablement les droits, au grand avantage de plusieurs industries nationales et des consommateurs, qui obtenaient à meilleur marché les produits étrangers, et cependant le revenu des douanes augmenta d'année en année d'une façon considérable.
On ne saurait trop s'étonner de voir' comment des finances si bornées peuvent suffire à tant de besoins.
L'agriculture a été constamment encouragée par les moyens les plus propres à la rendre florissante. Citons les vallées marécageuses du Fcrrarais, où, dès 1856, huit puissantes machines à vapeur, de la force de soixante chevaux, opéraient d'importants dessèchements; les marais d'Ostie, confiés à une société qui les exploite; les marais Pontins, dont l'amélioration rend chaque année de nouvelles terres à la culture. Huit cent mille pieds d'arbres ont été plantés sur le littoral dans les premières années de la restauration pontificale. Les oliviers et les mûriers se sont multipliés presque à l'infini dans les provinces d'Àncône, de Bologne, de Fermo, de Bénévent ; les récoltes du coton et de l'huile, devenues chaque année plus abondantes, sont dues aux primes que le gouvernement décerne aux planteurs.
Afin de former de bons agriculteurs, Pie IX a fondé à ses frais, aux portes de Rome, l'institut agricole de la Vigna-Pia, qui renferme déjà plus de deux cents élèves. Une chaire d'agriculture a été érigée à l'université de Rome; le jardin botanique, agrandi et perfectionné ; la pépinière, riche de plus de cent quarante mille arbres fruitiers, forestiers ou de pur agrément, a reçu des embellissements notables. Des dépôts de graines établis sur différents points du territoire fournissent des semences aux cultivateurs les plus pauvres. Une société d'horticulture, fondée à Rome dans ces derniers temps, excite par des expositions annuelles une louable émulation entre les propriétaires. Enfin de nouvelles foires, concédées à quelques villes, facilitent l'échange ou la vente des produits agricoles.
C'est une erreur généralement répandue que l'industrie est en souffrance dans les États romains. L'exposition universelle de Paris en 1855 et celle de Londres en 1862, ont démontré suffisamment le contraire aux esprits sans préventions. Il s'est établi depuis 1850 cinq nouvelles papeteries, des filatures, des fabriques de laine, de cire, de stéarine, de terres cuites, de briques, de faïence, et des raffineries de
sucre. De nouvelles usines mécaniques ont été agrandies ou créées à Rome et à Bologne pour la construction des machines à vapeur qui font mouvoir la plupart de ces établissements.
Le commerce et l'industrie des États pontificaux sont servis par plusieurs chemins de fer. Ceux de Rome à Civita- Vecchia, de Rome à la frontière napolitaine avec embranchement sur Frascati, sont terminés. Celui de Rome à Bologne est en voie d'exécution. Un embranchement doit relier Rome à Tivoli, et un projet pour relier Civita-Vecchia à Orbitello est actuellement à l'étude. Parmi les travaux d'art qui ont été exécutés sur ces voies ferrées, les visiteurs admirent le pont d'Arricia, long de 312 mètres et élevé de 200 au-dessus de la vallée qu'il traverse, et le grand pont en pierre, d'une seule arche, jeté sur le Samone à Faenza.
Les voies de communication ouvertes sur les fleuves deviennent chaque jour plus faciles. Le gouvernement a des bateaux à vapeur pour le remorquage ; il a accordé la libre navigation sur le Pô ; il a obtenu pour le pavillon pontifical les honneurs rendus aux couleurs des grandes puissances ; il a restauré plusieurs anciens ports sur l'Adriatique et sur la Méditerranée. C'est à lui que revient l'honneur d'avoir réalisé le premier, au profit de la navigation, le système qui relie les observations météorologiques de terre et de mer.
Ajoutons, pour compléter ce tableau de la prospérité matérielle des États ecclésiastiques, la consolidation de la banque pontificale, la création d'un grand nombre de caisses d'épargne , l'établissement des lignes télégraphiques , l'agrandissement du port franc de Civita-Vecchia , les docks fondés dans cette cité, les travaux de l'arsenal et du port d'Ancône, la restauration et l'agrandissement des ports de Pésaro, de Sinigaglia et de Ravenne. Des embellissements et des améliorations se succèdent de jour en jour à Rome et
dans toutes les villes de l'État pontifical. Comacchio, Anagni, Frosinone, ont des eaux potables, soit au moyen de puits artésiens soit au moyen d'aqueducs. Partout les murailles sont réparées, les rues rectifiées, les promenades embellies. Rome, éclairée au gaz, a déjà vu refaire la porte Pie et la porte Saint- Pancrace. La place d'Espagne, l'une des cent quarante-huit que l'on compte dans la Ville sainte, a reçu le monument érigé en l'honneur de l'Immaculée Conception. La nouvelle place Pie a été agrandie. Parmi les six cent soixante fontaines publiques, un grand nombre ont été restaurées, et l'on voit s'élever, aux frais du saint-père, sur la place qui porte son nom, une nouvelle fontaine qui comptera parmi les plus monumentales de la cité. La restauration du palais de la chancellerie et des ministères, les salles des congrégations ecclésiastiques et l'édification d'un monument pour la fabrication des tabacs datent encore du règne de Pie IX. Il n'y a guère de pierre nouvellement remuée ou consolidée qui ne porte son nom. Mais on le lit, avec plus de plaisir encore, sur les asiles qu'il a ouverts à l'enfance dans les trois quartiers les plus pauvres, la Régola, le Transtévère et les Monti. Il a adopté les orphelins du choléra et en a secouru et élevé plus de mille. Il a fondé à Bologne et à Ferrare un hospice pour l'éducation des sourds-muets et a augmenté la dotation de celui de Rome. Vingt lieux de refuge recueillent les jeunes filles mendiantes pour les sauver du déshonneur et de la faim. Tous les hôpitaux destinés aux malades ont été ou améliorés, ou agrandis, ou plus richement dotés par le pontife. Celui du Saint-Esprit va posséder un nouvel édifice qui servira à la clinique, et l'hospice ecclésiastique situé près de Ponte-Sixto a été rouvert en 1855 pour les prêtres les plus nécessiteux. L'amélioration des prisons n'est pas moins sensible. Trois maisons de correction sont destinées aux femmes : celles des Prisons-Neuves, de Teninni et du pénitencier Pio, dans la Longara. On y a introduit une telle discipline, une telle activité et de si bonnes habitudes, qu'elles
peuvent servir de modèles aux établissements du même genre. Les frères de Saint-Michel et ceux de la Miséricorde se partagent dans les prisons destinées aux adultes la surveillance du travail et des mœurs. L'ordre et la salubrité régnent partout, et parmi les prisons où l'on a le plus dépensé en agrandissements ou en améliorations, la reconnaissance publique cite celles de Pérouse, de Spolète, de Vino, de Rocca-Sinibaldo , de Poggio, d'Orviéto, de Narni, de Riéti et de Bavagna.
Mais ce ne sont encore là que les besoins matériels du peuple romain ; ses besoins intellectuels et moraux sont compris et satisfaits avec la même grandeur et le même zèle.