‹ Le pouvoir temporel du papeChapitre 10 sur 37 · DE L'EDITION 1TAL1E.\>E · texte numérisé non relu

DE L'EDITION 1TAL1E.\>E

Notre siècle es( aujounrhiii témoin d'un t^rand fait. Le pouvoir lemporel du Pai)e dcvienl, \xn\v la pi'omière fois, le sujet d'une solennelle et libre discussion, après avoir élé déjà depuis 1797, d'abord deux fois renversé, ensuite rétabli eu 1814 sans que cela ait soulevé aucun débat. Parmi les discussions qui ont eu lieu récemment, celles qui se sont agitées dans le Parlement du royaume d'Italie lionnent une place importante.

A la Chambre des déput''\s, je prononçai un discours pour appuyer une motion qui fut acceptée comme l'expression des intentions de la nation et du gouvernement par rapport à la question romaine, je n'avais eu que quelques heures pour préparer mon improvisation (1). L'importance de la question me décida à imprimer mon discours avec qucKpies légères variantes pour faire ressortir plus clairement ma pensée, et a le faire précéder de quelques mots d'introduction pour mettre la question dans tout son jour. Les quelques mots dont je voulais faire précéder ce discours (iî'vinrent un livre. A ces pages, que le lecteur trouvera [)ent-étre déjà trop longues, je n'en ajouterai [)as ^l'aulres pour expiinior

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les intentions dont je me suis inspiré. Je dirai seulement que je me suis efforce de porter la discussion dans une région plus calme que celle où Tentretiennent des polémiques irritantes» et assez élevée pour que la question pût être envisagée aux points de vue divers du droit et de l'histoire, de la politique et de la religion. Le lecteur jugera si Tœuvre a répondu à l'intention de l'auteur.

Je terminerais là ma préface si je ne devais parler de deux événements importants arrivés en Italie pendant l'impression de cet ouvrage. Ces deux événements sont : la mort du comte de Cavour et la reconnaissance du royaume d'Italie par l'Empereur Napoléon III.

L'Italie a perdu dans Camille de Cavour son plus . grand homme d'État; moi, l'un de mes meilleurs amis. Je le connus en 1837. L'occasion de notre intimité fut l'institution des salles d^asile; nous y travaillâmes ensemble, ce qui me donna l'occasion de reconnaître en lui une bonté de cœur à laquelle on n'a* pas toujours rendu justice. Un autre principe de sympathie nous rapprochait : c'était l'amour des libertés constitutionnelles. Déjà le culte du gouvernement absolu n'était plus professé que par les esprits vulgaires. Mais, il faut bien l'avouer, la liberté n'inspirait souvent qu'un vain dilettantisme. Pour Camille de Cavour, elle fut toujours l'objet d'une foi inébranlable et de méditations profondes. Libéral sincère, formé à l'élude de cette sage monarchie anglaise qui réunit au culte de la liberté un respect profond de l'autorité de la loi, il repoussait la politique révolutionnaire. Il regar-

dail la révolution comme une guerre à laquelle les peuples doivent recourir quand il leur est absolument impossible de défendre autrement leurs droits. Mais il était persuadé qu'un peuple, pour qui la violence qui accompagne les révolutions deviendrait une habitude, serait à toujours incapable de liberté.

Devenu ministre, alors que, sur tout le continent européen, les institutions libres reculaient devant le triomphe de la réaction qui avait succédé à la révolution de 1848, il eut le grand mérite de conserver dans toute sa vivacité et de professer ouvertement la foi politique de ses jeunes années; il eut le mérite plus grand encore d'employer pour la première fois la liberté constitutionnelle à fonder l'indépendance d'une grande nation qui était soumise à la domination étrangère depuis des siècles. Tandis que les monarchies restaurées par la réaction politique, regardaient les libertés constitutionnelles et l'indépendance italienne comme un principe d'agitation révolutionnaire, M. de Cavour voulut les obliger à reconnaître que le Piémont, sincèrement libéral et sincèrement dévoué à l'indépendance de toute lltalie, réalisait seul ces conditions d'ordre que les gouvernements absolus de la Péninsule ne pouvaient espérer. Le 6 février 1853, quand Milan vit une tentative de révolution démagogique, fomentée par Mazzini, M. de Cavour était depuis quelques mois h la tête de l'administration. En prenant des mesures vigoureuses pour empêcher que cette tentative ne fût secondée en Piémont, il alla au devant de tous les reproches que 'Autriche aurait été bien aise de nous adresser ; il l'o-

blîgea même d'avouer que nous avions rempli toutes les obligations de bon et loyal voisinage. Peu de temps après, sans tenir compte ni de la légalité, ni du droit international, sans aucune forme de jugement, sans distinguer les innocents des coupables, confondant ceux qui étaient restés ses sujets avec ceux qui étaient devenus citoyens piémontais, TAutriche séquestrait les biens de tous les émigrés lombardo-vénitiens. L'administration du comte de Cavour dénonça hautement cette énorriiité à l'Europe civilisée. Il devint évident, même pour les hommes d'État les plus opposés à la liberté, que la violation constante de tous les droits n'était pas imputable au gouvernement constitutionnel piémontais, mais à l'Autriche qui dominait dans la Péninsule.

Depuis lors, l'administration du comte de Cavour fui un défi porté à l'Autriche et à toutes les monarchies italiennes ses alliées, de conserver dans leurs États cet ordre qui était en Piémont le résultat d'un accord admirable entre le Roi et le peuple ; il était visible que l'autorité absolue ne pouvait se maintenir sans violer les règles les plus ordinaires de la justice et de l'équité. Il devenait clair pour tous qu'en Italie deux principes contraires se trouvaient en présence, que leur opposition mettait continuellement en danger la tranquillité de la Péninsule et la paix de l'Europe. L'Empereur Napoléon III reconnut qu'un tel état de choses ne pouvait durer et, le premier de tous les monarques étrangers, il résolut de prêter la main à l'indépendance de l'Italie, qui, reconstituée en nation grandeetlibre, pourra être un puissant auxiliaire de cette politique civilisatrice et libérale que la

France a pour mission de faire prévaloir en Europe. Il déclara la guerre avec ce magnifique programme qui appelait l'Italie à être libre depuis les Alpes jusqu'à l'Adriatique, et qui promettait aux populations de ne mettre aucun obstacle à la réalisation de leurs vœux légitimes.

Aux triomphes de Palestre, de Montebello, de Magenta, de Solferino, succéda une paix oii l'Empereur ne se présenta plus comme l'allié des Italiens, mais comme un médiateur entre l'Italie et l'Autriche. La médiation avait pour base une confédération qui aurait empiré la situation de l'Italie, puisque toute l'action politique du Piémont, pour lequel M. de Balbo avait dès 1843 exprimé l'espérance de le voir préparer un jour l'indépendance de l'Italie entière, aurait été subordonnée à celle de l'Autriche et des princes qui gouvernaient les provinces italiennes dans l'intérêt de 1 étranger et de leurs dynasties, mais non dans celui de la nation. M. de Cavour abandonna Tadministraiion de la chose publique, l'âme pleine d'amertume et de douleur.

Mais tout en posant les bases d'une organisation de l'Italie ioacceptable et impossible, l'Empereur des Français reconnaissait solennellement que les Italiens avaient le droit de se constituer comme ils l'entendraient, et il opposait un obstacle insurmontable aux interventions étrangères. Une question redoutable se présentait alors. Abandonnée à elle-même, cette nation jusque-là opprimée par des maîtres étrangers, qui avaient tout fait pour la corrompre, pourrait-elle faire face aux difficultés que la paix de Villafranca avait fait naître? La conduite de ritalie centrale prouva combien la pensée qui

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