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péiiiion de Rome à ^intérieur. La réaction, en combattant les tendances anarchiques, ne s'est malheureusement pas arrêtée devant les libertés constitutionnelles. En juin 1861, l'Autriche et TEspagne proposaient à la France d'intervenir à Rome par une action commune des puissances catholiques. Si celte proposition avait été accueillie, on aurait eu une politique catholique qui se serait inspirée du principe de la théocratie politique, et une politique protestante ; et la réaction aurait pu se réjouir d'avoir fait reculer l'Europe jusqu'à Fépoque qui a précédé la paix de Westphalie. Dans les premiers moments qui suivirent l'expédition de Rome en 1849, il ne manqua pas de gens qui crurent que l'esprit libéral avait fait son temps. Heureusement, il n*en a pas été ainsi, l'esprit libéral vit encore, il a ressuscité l'Italie; sans avoir réussi à amener sur le continent européen le triomphe des libertés constitutionnelles, il en a déjà fait disparaître le vieil absolutisme : il a derrière lui cinq siècles de progrès, et ceux qui pencheraient pour le programme de l'Autriche et de l'Espagne doivent comprendre que quiconque le provoquerait pourrait bien se préparer de sérieuses difficultés.
La politique française d'un côté élude le programme italien, et de l'autre se sépare des idées théocratiques invoquées par l'Autriche et l'Espagne, puisqu'elle n'admet pas c le système d'après lequel les États du Pape, et « la ville de Rome constitueraient pour ainsi dire, une « propriété de main-morte, affectée à la catholicité tout
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< entière et placée, en vertu d'un droit qui n'est écrit c nulle part, au-dessus des droits qui régissent le sort « des autres souverainetés (1). >
La lettre de l'Empereur, du 20 mai 1862, contient le programme de la politique française à Rome, qui vomdraît réconcilier le Pape avec Tltalie et avec Rome, sans sacrifier son pouvoir : Le Pape doit être maître chez lui, et pour cela l'indépendance doit lui être assurée, et son pouvoir accepté librement par ses sujets. C'est là le point essentiel de la question , c'est à le résoudre que tendent toutes les négociations ouvertes avec la Cour de Rome, au sujet des réformes à introduire dans ses États. Aussi tout ce programme ne peut. avoir de valeur sérieuse, qu'autant qu'il aboutira à faire cesseï* l'occupation étrangère à Rome.
Tant qu'un pouvoir a derrière lui une armée étrangère, qui est là pour empêcher toute protestation, personne ne peut affirmer qu'il est accepté librement. Dire aux Romains que le gouvernement du Pape doit être accepté librement, pendant qu'on leur inflige l'humiliation de l'occupation étrangère, de peur qu'il ne soit renversé, c'est une contradiction trop flagrante eti;ine dérision trop amère. En prolongeant indéfiniment l'occupation de Rome, la politique française sanctionnerait les idées de ceux qui disposent comme s'il était mort, d'un peuple qui demande à vivre ; et le gouvernement du Pape serait placé au-dessus des lois qui régissent le sort de toutes les autres souverainetés.
Ainsi, pour la France et pour l'Italie, une seule base de négociation peut conduire à la solution delà ques-
(t) Noie de M. Tbouvenel à FAuiricbe et à l'Espagne (6 jaia 4861).
tion romaine, rapplication franche et sincère de part et d'autre du principe de non-intervention, sans lequel / on ne pourra jamais dire que Tindépendance du Papelai est assurée et son pouvoir accepté librement par ses sujets. Ce principe ne sera réellement pratiqué que lorsque la France aura fixé un terme raisonnable, audelà duquel l'occupation ne pourra plus se prolonger, et lorsque de son c6té Tltalie aura assuré le Saint-Père contre toute menace de voir les États qui lui restent, envahis par une force régulière au irrégulière. C'était là la condition que l'Empereur des Français fixait à l'évacuation de Rome, dans la lettre par laquelle il annonçait au Roi Victor-Emmanuel la reconnaissance du royaume d'Italie. Contre cette condition ainsi exprimée, aucune objection ne pouvait s'élever, puisqu'elle n'aurait été de la part de l'Italie que l'application du principe de non-intervention, en vertu duquel ce royaume existe et a le droit de réclamer en faveur de Rome. Le Piémont, qui a représenté l'Italie jusqu'en 1859, n'est entré à Florence, à Modène et à Parme, que quand il a été bien établi que les gouvernements de ces États n'étaient plus acceptés. Le royaume anonyme qui est résulté de l'annexion au Piémont de TÉmilie et de la Toscane, n'a interrogé le suffrage universel à Naples que lorsque les faits accomplis dans ce royaume eurent prouvé qu'il n'existait plus aucun lien entre le roi et ses sujets. Devant les difficuliésde toute espèce qui entourent la question de Rome, il n'est en Italie aucun homme pratique qui prétende arriver à la solution en mettanten avant le droit de la nationalité italienne d'une manière plus absolue qu'on ne l'a fait dans les autres États dont l'autonomie a disparu devant Tunité italienne.
Jai in(lic|uélo [mhmI sur loqnol los (huix politiques de la France ei <lo Tlialio so rapproiliont. Je dois indiquer celui sur lequel elles sont en opposition. A peine consiitué, le nonvonu royaume critalie a déclaré qu'il regardai! le pouvoir l'nip'jrel du Pa[îe comme condamné à une fin prochaine, cl il s'e>t associé au vœu national qui proclamait Rome [lonr sa capitale.
De son ct'^té, la France proi<''ji,e encore à Rome le pouvoir temporel dont elle proclame la nécessité ou du moins l'uiililé. Sur ce point, aucune négociation entre la France elTlialie ne saurait aboutir.
L'Italie n'uhiiciHlia j;îuiais de la France qu'elle lui livre Rome, où elK» a jus(iu*ici protégé le pouvoir temporel; d'un autre cote, la France n'obtiendra jamais du gouvernement italii^n <;u'il se mette en opposition avec le vote du Parlement, 11 se mettrait en contradiction directe avec ses dcHoirs constitutionnels et avec le vœu national ; et en se rap[)rochant de ces gouvernements qui ne subsistent que parce qu'ils sont imposés par une force étraiif^ôre, il s'acheminerait veis leur destinée. Mais la décision de la (juislion relative à la consécration ou à l'abolition du |)Ou\oir temporel, serait prématurée si elle arrivait avaiii qu'on sût si ce pouvoir sera librement accepté, et Ton }w s^uhc.uiîiera à la résolution de cette première question (jne lors<|U(^ l'occupation de Rome aura cess('\
Quand celt(» (juestion sera résolue, Tllalie devra modifier son sy^h'hu» si b» pouvoii' le:iîporcl est accepté ; la France (bnra nuxi; 'vv 1(* si<Mi s'il est repoussé. Qu(îls (|ue soiiMU |ps ri'i.;rcis qu(* sa cliuu* j^ourra exciter chez (iuci<[i(es-uus, il y a la un*' éventualité qu'il faut regarder en face, La di()b.nialie emploie souvent un
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langage qui représente comme absolument impossibles des événemrats dont tout le monde a la prévision prochaine. Si les hommes d'État ont quelquefois de bonnes raisons pour employer ce jargon conventionnel, la prudence la plus vulgaire leur ferait défaut s'ils ne regardaient pas plus loin. En présence des événements qui se sont accomplis dans toute TEurope depuis un siècle, en présence de Tunité italienne reconnue par les puis* sauces, en présence des dissentiments politiques qui séparent le Pape de ses sujets, en présence de l'histoire contemporaine qui condamne tous les pouvoirs qui ont dû leur existence à l'intervention étrangère, il est impossible de croire à la conservation du pouvoir temporel du Pape, avec la foi robuste du dix-sepiième siècle. L'Empereur entrevoyait un avenir bien différent, lorsque le H octobre 1859, il disait à l'archevêque de Bord^ux : f Le gouvernement qui a ramené le Saint-Père « sur son trône s'inquiète avec raison du jour qui ne c saurait être éloigné où Rome sera évacuée par nos « troupes; car l'Europe ne peut permettre que l'occuc pation, qui dure depuis dix années, se prolonge indé- € finiment, et quand notre armée se retirera, que lais- « sera-t-elle derrière elle? L'anarchie, la terreur, ou « la paix ? >
Ainsi, il y a plus de trois ans que l'Empereur prévoyait la possibilité d'événements bien plus graves que l'abolition du pouvoir temporel du Pape, sans que cette perspective le lit reculer devant la nécessité de faire cesser l'occupation de Rome ; et ce qui s'est passé depuis n'a pas consolidé ce pouvoir sur l'avenir duquel il exprimait des pensées si peu rassurantes.
On a recours a un argument d'un autre genre, lors-
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qu'on dit que la France reste à Rome dans Tîntérèt de ritalie, aussi bien que dans celui du Saint-Siège, parce que la chute du pouvoir temporel pourrait amener une invasion autrichienne. Cette raison, bonne pour laFrance tant qu'elle croit que d'autres motifs lui conseillent de prolonger roccupation, ne pourra plus être admisequand elle verra, comme l'Empereur le voyait à la fin de 1859, dans un avenir très-rapproché^ le jour où le principe de non*intervention devra être appliqué à Rome comme ailleurs. Ce jour-là, si la France prolongeait encore indéfiniment l'occupation pour empêcher l'intervention de l'Autriche, elle déclarerait qu'à Rome elle n'a d'autre moyen de s'opposer aux projets de cette puissance^ que de se charger elle-même de la réalisation du programme autrichien. Ainsi quatorze années d'occupation française aboutiraient à laisser la solution de la question romaine dans les mains de l'Autriche, et les conséquences de la guerrede 1859 aboutiraient à réintroduire pour un temps indéfini l'Autriche dans le centre de l'Italie I En maintenant avec fermeté le principe de non-intervention, la FVance a conservé la paix de l'Italie, et elle lui a donné le moyen de se constituer. L'attitude de la France, et la formation du nouveau roy:kume, ont décidé TAutriche à rester étrangère à ce qui se passe dans les provinces de l'Italie, sur lesquelles les traités ne lui reconnaissent aucun droit. En quittant Rome, la France ne saurait renoncer à y maintenir la non-intervention. Si l'Italie y éiait attaquée par l'Autriche, et qu'elle dût succomber, la France ne resterait pas spectatrice indifférente de sa défaite, à moins de renoncer à la politique civilisatrice et libérale qu'elle a inaugurée dans la Péninsule. Depuis qu'en octobre 1859, l'Empereur a déclaré que
le moment ne pouvait être éloigné où Rome serait éva* cnée par les troupes françaises, on a cru plus d'une fois qu'il allait arriver. Après Aspromonte, il fut constaté que, du côté de Tltalie, le Pape était assuré contre le danger de voir ses États envahis par une force régulière ou irrégulière, aussi toute l'Europe libérale s'attendait -elle à ce que l'occupation de Rome cessât. M. Drouyn de Lhuys, qui avait succédé dans le ministère des affaires étrangères à M. Thouvenel , a de suite dit aux Italiens que dans l'ensemble des faits qui venaient de s'accomplir, le gouvernement français ne voyait que la révélation d'une situation troublée par les passions anarchiques. La France a repris ses négociations avec la Cour de Rome, pour en obtenir des réformes, qui n'arrivent jamais et qui seraient insuflisantes si elles étaient accordées, parce qu'aucune réforme ne pourrait faire accepter un gouvernement imposé par l'étranger. Ainsi, aucune difficulté ne se trouvera aplanie tant que l'occupation étrangère durera à Rome, et la continuation indéfinie de l'état de choses actu(^l ne saurait se justifier d'après les principes du droit internaiional. La prolongation de ce qui n'est plus la vie, mais Tagonie du gouvernement pontifical, est la cause véritable d'une situation qui peut être à chaque instant troublée par les passions anarchiques, et elle rend impossible pour l'Italie cette réconciliation avec le Pape, qui se présente comme l'ennemi de son indépendance et le partisan le plus dévoué de la réaction.
Saint Augustin a exprimé une pensée empreinte d'une profonde sagesse philosophique, lorsqu'il a écrit : Deus pattens quia œternus. Gomme Dieu, les causes
justes sont patientes^ parce qu'elles ont avec elles le droit et la vérité qui sont éternels. Mais leur patience n'est pas celle qui se résigne à l'injustice, c'est celle qui persévère^ qui veille et qui attend. En attendant le jour qui doit décider la grande question à laquelle j'ai consacré mes veilles, j'ai cru servir la cause de la justice, en présentant au public français les arguments qui ont porté dans mon esprit une conviolion eonaciencieuse et profonde.
Turin, 19 avril 1863.
AVAM-rilOPiJb