‹ Le pouvoir temporel du papeChapitre 12 sur 37 · ETAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ETAT DE LA QUESTION

Dieu a voulu que les hommes fussent réuuis en sociétés, et que celles-ci, secondant les intérêts communs, protégeassent les droits de chacun des individus qui les composent. La mission des gouvernements a pour objet de remplir cette intention divine. Quand le pouvoir est habituellement employé dans un antre but; quand il n'est plus un moyen, mais une fin à laquelle sont contraintes de servir toutes les forces de la société; quand, au lieu de favoriser les intérêts communs, et de sauvegarder les droits individuels» il empêche de poursuivre le but pour lequel la société est organisée, alors il perd sa raison d'être. La société ne se dissout point pour cela, mais le pouvoir échappe des mains de ceux qui n*en remplissent pas les fonctions» et les sociétés .cherchent la protection de ceux qui peuvent et qui veulent sauvegarder leurs droits et leurs intérêts.

Il est impossible de déterminer à priori les circonstances qui font perdre aux chefs des États le pouvoir dont ils étaient investis ; mais toute Thistoire montre que chez les peuples oà l'étranger ne

domine pas, chaque fois qu*on crut uni?ersellement qu*ils ne pouvaient le conserver sans préjudice pour les droits de l'État et des citoyens, le pouvoir leur échappa et fut transféré à ceux qui, à tor| ou à r^i^Q, é|aieQt réputés plus prppres ^ Texeraer. Ç^ doctrines sent conformes aux traditions du Christianisme. L*Évangile dit : Iteges terrœ dominantur eorum, vos autem non sic; et saint Thomas, le plus grand interprète de la doctrine catholique dans les écpbs du moyen ftge, enseigne que le pouvoir royal dégénère en une tyrannie à laquelle il est permis de résister, lorsqu'il ne se propose pas le bien de la communauté, mais celui du roi (1). Le consentement des peuples accordé ou nié à Tautprité des princes, non par caprice, mais selon que leur gouvernement répond ou non au but pour lequel il est établi, confère ou enlève Tautorité souveraine. Cette souveraineté exercée par force dissout les liens de la société, qui ne saurait durer dès qu'il n'y a plus un but auquel tous coopèrent par une volonté commune.

Les propositions qui viennent d'être énoncées ne tendent à appuyer aucuns systèmes, récents ni anciens, à l'aide desquels on s'efforce de renverser les États ; elles expriment un fait nécessaire. Les coutumes antiques, dont l'observance est le plus solide fondement des États tant qu'ils ne sont pas agités par les révolutions, supposent un consentement universel. Tous les principes auxquels on recourt pour rendre stable l'autorité des gouvernements, sans en excepter ceux du droit divin et de la légitimité» son( invoqués pour obtenir le consentement des peuples.

Un gouvernement qui ne.règne que par la force est toujours vicieux, et jamais il n'en est aucun, même des plus violents, qui avoue être dans ces conditions. Comme celle de Guillaume III, qui inaugura en Angleterre la monarchie yraiment libérale, l'autorité dç Louis XIV, qui inaugura en France le gouverne-

{{) De reg. principum 1, cl. Sumroa 2. 2% q. XUI. u Requiem tyraoQi^m « noQ est jusliim quid non ordinatur ad booum commune, sed ad bonum priva- • tum re^^ntis, si idco perlurbaiio hujus regiminis non h&bet rationem sedia tioni«. Ji

ment le plus absolu qui ait jamais été dans ce royaumet fut aceeptée volontairement par les peuples ; et elle le fut parce qo^on }a regardait généralement comme plus apte que toutp autre i servir les intérêts communs et à défendre les droits des citoyens.

Parmi tous les gouvernements/ aucun pe va autant à rebours des fins pour lesquelles il est organisé, que celui que maintient par la force une domination étrangère. L'autorité que s'arroge un vattrç étranger est nécessairement la négation du premier droit des individus et des sociétés : celui de pourvoir à ses propres intérêts. Le maître étranger qui. s'impose par la force, ne cherche point l'avantage de ses sujets, mais il veut en faire les instruments de sa propre puissance. Entre un gouvernement étranger et les gouvernés, il ne saurait y avoir de société plus vraie qu'entre les prisonniers et le geôlier qui reste auprès d'eux pour empêcher leur fuite. On peut en dire autant des interventions étrangères. Il n'y a plus de société, quand l'un des membres veut commander par force à tous les autres, pour* voir, selon son bon plaisir, aux intérêts communs, les empêcher d'agir en aucune façon par eux-mêmes, et de demander compte de ce qu'il fait dans l'intention vraie ou supposée de travailler à leur bien. La monstruosité de cette société léonine n'est jamais aussi évidente que lorsqu'une puissance étrangère intervient pour soutenir celui qui prétend dominer. Il n'a pas même pour soi un parti qui le maintienne sur le trône ; s'il l'avait, il n'aurait pas recours à l'appui de l'étranger.

De nos jours, l'Italie a tourné pour la première fois toutes ses pensées et tous ses efforts vers Tindépendance. Sur ce points les intérêts des souverains s'accordaient avec ceux de la nation. Sans l'indépendance, les monarchies italiennes ne pouvaient avoir ni honneur ni sécurité, et leur indépendance no pouvait être réelle, si celle de toute la nation n'était véritable et absolue. Cependant les princes italiens firent cause communo avec l'Autriche qui dominait en Italie, ils se séparèrent de leurs peuples qui voulaient une patrie indépendante. Ils persécu-

tèrent les bons citoyens qui repoussaient toute domination et toute intervention étrangères ; ils appelèrent ou acceptèrent Toccupation autrichienne. Les peuples no renoncèrent pas à Tindépendance, mais ils se séparèrent de leurs princes. Ainsi tombèrent les monarchies de Toscane , de Modène et de Parme, puis celle des Deux-Siciles, et le Pape perdit d*abord les Légations, ensuite TOmbrie et les Marches. Une seule monarchie , qui avait grandi en Italie avec la fortune d*un peuple italien, maintint les libertés loyalement concédées; elle lutta pour rindépendance de la patrie commune; vaincue» elle n'abandonna*point ceux qui avaient combattu sous son drapeau, mais elle les accueillit généreusement sur son territoire; elle obtint de la France une puissante alliance ; elle combattit de nouveau ; elle vainquit» grâce à la valeur de ses soldats, à Télan des volontaires qui étaient accourus sous son drapeau, et grftceaa puissant secours de son allié. Les peuples italiens délivrés de leurs princes la reconnurent comme la seule qui pût garantir leurs droits. Ainsi furent évités les mauxqui accompagnent ordinairement les révolutions ; ainsi s'établit Tunité, seul parti qui donne la possibilité d*assurer la paix de l'Italie sous une autorité librement acceptée de tous. A côté du royaume italien, il ne subsiste plus aujourd'hui qu'une seule des anciennes monarchies, celle du Pape, diminuée, non détruite, parce qu'elle est protégée par le drapeau français et par Topinion de beaucoup de catholiques; mais elle est combattue à l'intérieur et à Textérieur de TÉtat- Romain, sinon par les armes, du moins par la pensée et par la parole des Italiens.

L'Italie peut-elle se résoudre à la conserver?

La catholicité peut-elle consentir à sa destruction?

Tous les esprits sont aujourd'hui préoccupés de ces questions, et je me propose de les traiter ici.

L'autorité du Pape, comme souverain de l'État romain, est d'une nature tout à fait différente de celle qui lui appartient comme chef de l'Église. Gomme catholiques, les Italiens ont Tobligation d'obéir au Pape dans les matières qui appartiennent

à sa juridiction spirituelle. Mais en tant que souverain^ le Pape a une autorité qui est soumise aux mêmes limites et conditions que tout autre. Tous les autres princes d*Italie ont été dépossédés. J'ai exposé, dans un autre ouvragée (1), les raisons qui justifiaient ces révolutions. Gomme ce n*est point le sujet spécial de celui-ci, je m'abstiendrai de les répéter ; je considérerai la proposition comme prouvée. J'affirme que les mêmes arguments sont vrais à l'égard du Pape : c'est ce que j'entreprends de démontrer.

(1) Considerazioni stUl' Italia centrale ^ Torino 1859. — // Regno italiam t Nûpoli, — Rivista contemporanea, ecc, 1860.

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