‹ Le pouvoir temporel du papeChapitre 15 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

IMS coroinoM twifiuis» m iotbs ivoQiiv ss larusaiT a la coRsaiVAviOM

DU POUVOIR TiaUPOREL 9U P4PS.

Avant que la Révolution française n'eût débordé en Italie, on pouvait affirmer que tous les catholiques voulaient le pouvoir temporel du Pape : ceux qui étaient étrangers aux États-Ro-

mains s'inclinaient devant la majesté du Pontife, unie à celle du Souverain. Nul ne pensait à attaquer Vindépendance du chef de rÉglise, ni à la fonder sur d'autres garanties.

Depuis 1433, aucune rérolte n*avait forcé les Papes à Teiil : la domination incontestée du Pontife sur les États que les vicissitudes politiques avaient fait tomber sous sa domination, durait depuis des siècles, et contents ou non de son gouvernement, ses sujets lui rendaient spontanément une obéissance fondée sur d'anciennes habitudes et sur l'impossibilité de renverser Tautorité établie, pour élever sur ses ruines un pouvoir nouveau.

Les 200 millions de catholiques dont on fait aujourd'hui tant de bruit, se seraient levés contre le factieux qui aurait voulu imiter Texemple de Golà Rienzo et d*Étienne Porcàro : et les sujets du Pape ne voulaient pas s'exposer aux maux qui accompagnent les révolutions, sans aucune perspective d'obtenir un gouvernement meilleur. Cependant, au milieu de ce calme uni* versel» le mauvais régime imposé par les prélats préparait les germes d'une révolution. L'alternative était inévitable : c Ou c le gouvernement clérical pesant de tout son poids sur les pro- « vinces sujettes réveillerait une résistance favorisée par Tesprit et des temps et le souvenir des antiques privilèges, ou bien la « Cour romaine devait mettre la main aux réformes et suivre « Texempledes autres États italiens (1). •

La Révolution française et la guerre qu'elle porta en Italie précipitèrent les événements, et firent crouler la base du pouvoir temporel.

Pie YI, contraint en février 1797, par le -général Bonaparte, de céder les Légations par le traité de Tolentino, fut à la fin de la même année gardé prisonnier en Toscane, puis à Valence en France. Danf la métropole du catholicisme, comme dans toute ritalie, la domination étrangère fut déguisée sous une apparence de liberté» et le grand nom de république romaine faisait ressortir tout ce qu'il y avait de cruel dans ce contraste. Napoléon, premier consul, rappela Pie YIl a son siège et lui rendit son pouvoir temporel. Quand, devenu empereur, il voulut assujettir l'Europe

(1) GaleoUi. -^Deiû Souveraiiuié elfdu Gomemewunt tttnpwêi du Pape^ liv. lec lY, art. l.

à sa politique, le Pape refusa de le seconder en invoquant ses prérogatives de prince souverain : il fut alors arraché de son siège et emprisonné.

Rome, métropole du plus grand empire et de la plus grande religion qui aient jamais existé, ne fut plus que le chef-lieu d'une préfecture française. Le monde civilisé avait applaudi à la résistance que Pie YII opposait à un despotisme devant lequel se courbaient toutes les tètes ; il vit avec indignation Toutrage qui était fait à la personne sacrée du pontife et du prince. Rome et ritalie fêtèrent la restauration du Pontificat et de la souveraineté ecclésiastique, parce qu'elle signalait la fin de la domination étrangère et du régime militaire.

S'il n'était resté aucune trace des changements qui s'étaient accomplis, le pouvoir temporel aurait été plus fort que jamais. Mais la Révolution française avait semé en Europe des idées de liberté qu'elle n'avait pu satisfaire et que le despotisme impérial avait'comprimées sans les détruire : la religion avait devant elle la libre discussion ; la hiérarchie cléricale avait perdu son prestige, et le pouvoir temporel du Pape, qui avait survécu à toutes les souverainetés ecclésiastiques, ne retrouvait plus les mêmes dispositions dans l'Italie qui s'était réveillée à la vie politique, après un sommeil de trois siècles^ et qui ne se résignait plus à rinfériorité que les traités de Vienne voulaient encore lui imposer.

Les modifications qui s'opèrent dans les limites des États, dans leur puissance, dans les lois qui règlent le sort des nations, ne constituent pas la véritable importance des faits. Tout cela peut disparaître ; mais les idées survivent, et c'est dans les idées que réside le principe des grandes révolutions. Les vicissitudes auxquelles la Papauté fut soumise pendant la Révolution et TEmpire, amenèrent des modifications profondes dans les opinions des Italiens. Ce changement fut peu remarqué en présence des déclamations révolutionnaires qui laissaient peu de place à la réflexion paisible ; il le fut peu sous le despotisme impérial ; il le fut peu sous la Restauration qui ne laissait guère parler que pour maudire le régime tombé. Mais les opinions nouvelles survécurent à la chute de ceux qui avaient détruit le pouvoir temporel, et elles préparèrent de nouvelles révolutions.

La puissance absolue de Napoléon ne permettait pas de discuter sa politique^ et les anatbèmes da Pape, laissés par les catholiques sans protestation, ne faisaient guère entrevoir le cours nouveau qu*avaient pris les idées, qui se fit jour cependant dans quelques écrits des contemporains. Je citerai trois témoins de ces événements, dont Tautorité est grande : le général Goletta, Pellegrino Rossi et le cardinal Pacca.

Yoici dans quels termes Goletta raconte la déchéance du pouvoir temporel du Pape :

« Un décret de Tempereur Napoléon arriva daté de Tienne, c qui enlevait au Pape son pouvoir temporel , unissait à la c France les États-Pontificaux, déclarait Rome cité libre, imc périale, et pourvoyait d'une manière peu large, mais convena* c ble, à rentretien du Pape resté chef du sacerdoce... Aussi c le Pontife publia la bulle d'excommunication contre Tauteur • et les ministres de cette spoliation ; et bien que la Papauté fût < encore populaire, Texcommunication n'eut aucun effet, et le c changement servit aux intérêts des États nouveaux, qui se mon- « traient jaloux de favoriser les progrès de la civilisation, et se c mettaient ainsi au-dessus des préjugés et des haines populaires. « Mais par la suite, cet acte d'autorité raisonnable dégénéra en c tyrannie par la captivité qu'on fit subir au Pontife, ce fut un c acte inique et impolitique et une grande faute (1). »

Ces paroles de Goletta expriment l'opinion de ceux qui acceptèrent volontiers la prépondérance et la domination françaises en Italie ; de ceux à qui il ne répugnait pas de voir Rome chef-lieu d'un département français, qui se réjouissaient de la guerre avec l'Église comme d'un progrès dans les voiej de la civilisation. Les esprits honnêtes abandonnaient ce système lorsqu'il dégénérait en tyrannie. Ils ne réfléchissaient pas que les germes de cette tyrannie étaient dans le fait de la domination étrangère, et qu'ils s'étaient développés au moment où, dans l'intérêt de son ambition, un conquérant étranger foulait aux pieds en même temps les droits d'un peuple italien et ceux d'un prince revêtu de la double majesté qu'impriment la religion et la souveraineté. Nous n'avons plus aujourd'hui à réfuter ces idées, qui ne sont

(1) ColetU. — Hiiioire de Ifaples^ liv. III, chap. If.

plos de notre temps; Tétude des faits qu'elles ont proToqaés'doit 'DOus rendre persévérants dans les roies nouvelles où Tltalie est entrée; elle doit nous préserver de l'erreur de nos pères qui ac* eeptaient la domination étrangère, et qui applaudissaient à l'un des actes les plus odieux du gouvernement napoléonien, celui qui arrachait au Pape sa souveraineté. Pour expliquer ce fait, il ne suiBt pas de rappeler la succession de diverses dominations étrangères qui, après Tinvasion de Charles Ylllf furent acceptées des Italiens avec une résignation qu*il nous est douloureux de rappeler. En Italie, comme ailleurs, le dix-huitième siècle finissait et le dix-neuvième commençait par une réaction contre les idées et les coutumes anciennes. En persistant dans la plus funeste des erreurs de leurs pères, les Italiens ne croyaient pas suivre leur exemple ; s*ils acceptaient la domination française, c'était en haine du passé dont elle les débarrassait et par amour de la civilisation moderne dont les gouvernements précédents ne leur avaient jamais laissé goûter tous les fruits. Ces sentiments, bons au fond, expliquent, sans Texcuser, Terreur énorme de ceux qui, tout en invoquant la liberté, acceptaient avec joie la domination qui nous apportait une république, bientôt remplacée par la gloire militaire et le despotisme de TEmpire. Plus que tout autre gouvernement italien, celui des Papes avait occasionné cette erreur : hostile à la civilisation moderne, il fermait toute issue à Tactivité politique, il faisait de ce gouvernement le privilège des prélats ; il n'acceptait pas la discipline militaire, sévère mais salutaire école des fortes vertus. C'est ce qui explique les opinions qu'exprime Coletta et que Tltalie partageait au moment où il était dans la fleur de l'Âge et des espérances.

C'est le devoir des générations nouvelles de conserver les vérités transmises par ceux qui les ont précédées, en les séparant des erreurs qui s'y sont mêlées.

Sous l'Empire, les intelligences les plus élevées conservaient, avec l'amour de la civilisation et de l'activité politique, l'aversion pour la domination étrangère ; s'étaient-elles réconciliées avec la domination papale ? Un passage de Pellegrino Rossi nous exprime leurs opinions : il blâme sévèrement l'Empereur d'avoir occupé les États du Pape. Voici suivant lui, le parti auquel Napoléon aurait dû s*arréter :

u Napoléon pootaît s*en tenir an concordat et s'en remettre « poar le reste & Taction lente, mais certaine du temps et de «r i^eiemple. Entourée de gouvernements nouveaux, de nouvelles <K institutions, de peuples imbus de nouvelles docU*ines sociales « et politiques, réduite à Timpossibilité d*empécher l'entrée de « ces doctrines dans ses États, que pouvait Rome?

€ Le pouvoir temporel serait un jour tombé de ses faibles <r mains, sans combats, sans efforts, comme cela est arrivé hier, « CMnme cela arrivera demain, si demain l'étranger lui retire c son appui. Napoléon n'avait qu*à déclarer qu'il regarderait « comme un cas de guerre, et il en avait le droit, tout débarque* t ment dans les États du Pape, d'une force étrangère qui aurait ff ainsi pris position entre son royaume d'Italie et le royaume ff de Naples.

« Livrée à elle-même, à ses propres forces, aux chances des « choses humaines, comme royauté ; honorée, respectée, vénérée « comme suprême pontificat, Rome aurait nnfin compris que si a la religion, le Catholicisme, la Papauté, sont choses saintes, « nécessaires, indestructibles, les conquêtes progressives de « l'humanité ne le sont pas moins ; que le Christianisme, loin de

< les repousser, en a été le principe, le moyen, la sanctification ; « que si le Christianisme, en se répandant dans l'espace, s'est

< mis en harmonie avec des organisations spéciales et des formes « politiques très-diverses, s'il a travaillé à les épurer, sMl les a ff toutes acceptées, il est contraire à son esprit de ne pas se « mettre en harmonie avec les réformes sociales qu'il rencontre « dans la succession des temps. Si le Christ est venu pour le juif « et pour le pnfen, il est aussi venu pour les hommes de toutes

< les époques. Il ne nous a point apporté la religion d'un lieu ni « la religion d'un siècle. Malheur à ceux qui voudraient rabaisa ser le catholicisme au rôle d'un statut municipal, ou d'un ana- « chronisme. Le catholicisme est de tous les lieux, de tous les c temps. Il est, et c'est là sa gloire, sa force, son miracle, il est

< immobile comme la foi, progressif comme la raison. Rome le « sait ; si elle conserve ce dépdt des croyances immuables, elle « a plus d'une fois abusé de ce qu'il peut y avoir de variable et

< de cireonstantiel dans l'organisation et renseignement catho- « liques. Le jour où la Papauté comprendra ces vérités, et ce

< jour viendra, si réellement elle est assise sur la pierre aogu*

< laire, ce jour-li, le catholicisme, qui a si facilement triomphé (c de la crise d*incrédulité, triomphera d*une maladie bien plus « redoutable, bien plus dii&cîle à guérir, de Tindifférence reli- « gieuse{l). »

Né en Italie, Rossi passa sa jeunesse à Bologne, d*où il fut obligé de s*exiler en 1815, pour avoir secondé Murât qui avait tenté une entreprise trop au-dessus de ses forces et de son époque, en voulant fonder son pouvoir sur Tunité et Tindépen* dance de Tltalie. Le passage que nous venons de citer fut écrit en France, peu après la révolution des Bomagnes en 1831. Les opinions qu'il y exprime s'étaient probablement inspirées à celles qui étaient généralement admises en Italie quand il y demeurait. La maturité du jugement avait tempéré ce qui pouvait avoir été excessif dans les opinions et dans les espérances du jeune avocat bolonais, qui s*était jadis attaché à la fortune de Joachim Murât. Il n'y a rien dans ses paroles d'exagéré ni d'hostile contre le chef de l'Église catholique. Les dernières années de sa vie et surtout sa mort, font voir qu'il s'était dévoué au Pape, quand il put croire que ce dévouement était un devoir d'honneur et de patriotisme. La position tout à fait indépendante dans laquelle il se trouvait quand il écrivait ces paroles, fait présumer qu'elles expriment sa pensée intime (2). Son opinion peut se formuler en deux propositions :

1^ Le pouvoir temporel tombera aussitôt qu'il n'aura plus l'appui des étrangers ;

2^ L'influence de la Papauté serait plus salutaire si elle était séparée d'une souveraineté qui est devenue impossible.

Ces opinions sont les nôtres ; elles remontent aux premières années de ce siècle ; dès lors elles commençaient a se répandre en Italie, et elles furent acceptées par M. Bossi,

Mais que pensaient les catholiques zélés de ce pouvoir temporel de la Papauté qu'ils s'étaient habitués à regarder comme une condition essentielle de son pouvoir spirituel, et qui avait

(1) Rossi. — Mélanges d'économie politique^ d'histoire et de philosophie^ Tol. II ; Histoire de France sous Napoléon^ p. Î78. (%) Voir note III.

fini par être accepté par le consentement unanime, quoique tacite, de la catholicité. Voici ce qu*en disait le cardinal Pacca : <v Je pensais que la perte du pouvoir temporel et de la plus « grande partie des biens ecclésiastiques aurait fait cesser ou du c moins s'affaiblir cette jalousie universelle et ces dispositions ff hostiles qui se manifestent partout contre la C!our romaine et

< le cerlgé ; que, débarrassés du pesant fardeau des affaires tem- • porelles, qui les oblige trop souvent à sacrifier aux affaires c mondaines un temps précieux, les Papes auraient ' tourné c toutes leurs pensées et tous leurs soins au gouvernement c spirituel de l'Église ; que TÉglise romaine n*ayant plus la ff splendeur et les pompes royales non plus que Tattrait des c biens temporels, n'aurait plus vu entrer dans son sein que des c hommes dévoués à Tœuvre sainte qu'elle doit accomplir, et tf enfin que les Papes n'auraient plus eu besoin pour l'avenir «d'avoir autant égard, en choisissant leurs ministres et con-

< seillers, à la grandeur de la naissance, aux sollicitations des « puissants de la terre, aux recommandations des Souverains, ce « qui fait qu'on peut dire des ppomolions romaines : — Mulli- « plicasti gentem; sed non magnificasti lœiitiam. — Je pen- « sais que, dans les délibérations des affaires ecclésiastiques, on <c n'aurait plus vu figurer le pouvoir temporel parmi les motifs « adoptés pour prendre ou rejeter une ré^olution; car ce motif,

< mis dans la balance, pouvait faire pencher du côlé d'une exf cessive et vile condescendance (1). »

Telle était l'opinion de l'un des cardinaux les plus dévoués à la Papauté, et cette opinion s'était formée en présence de l'attentat le plus odieux auquel elle a été en butte dans notre siècle. Ce cardinal ne l'aurait probablement pas révélée, s'il avait prévu que vers la seconde moitié de ce même siècle, la question du pouvoir temporel serait de nouveau soulevée en Italie, et que celle fois elle ne le serait plus par l'ambition d'un conquérant étranger, maïs parles Ilaliens décidés aujourd'hui à renverser tous les obstacles qui les ont arrêtés sur la roule de la civilisation, el à prendre place parmi les peuples forts et libres. En face dos dangers qui mennconl le pouvoir temporel, l'exemple du cardi-

vi) Mémoires du cardinal Pacctu Preli!iiiadirc^.

nal Papca (]evrqi( enseignfir ^ni ça\\iÇi\\qx\es qai en désirent la conservation, ^ ne pas confondre la destinée de Vf^glise dont la perpétuité est i|S9urée par les promesses ^e pieu, avec celle d*une instjtutioi) qui a toujours été sujette k tpvites les vicis^jtudes des choses hun)(iin^.

W ]f ^\^\ VH^M» d^s le commenceipent de ce siècle, une ten* dance générale quj porta les uns h inyoqi^er ^abolition du pQU* voir temporel, et les autres à s'y résigner.

{In 1814, ce pouvoir fut restauré, comme tous les anciens pouypirs poonarçhiques, et ses p^rtis^ns, vpyant tou|e^ choses si iperveilleusemept répises sur Tanci^n pied, purenUacilement croirç, comme Je disaient à Turin les mipistres de Victor-Emmanuel I, que les cbangemi^nts survenus depuis la Révolution française n'avaient été qu'un songe. Au milieu de ces illusions, trx)is difficultés se dressaient pourtant dev^int le gouvernement romain, pour l'avertir que les temps étaient bien changés.

I. — L'établissement du pouvoir absolu des rois avait porté une grave atteinte à la civilisation et à la justice sociale. Une fois enraciné dans les habitudes, il eut au moins ce boa résultat que les gouvernements ne durent plus lutter pour garder le pouvoir qui était généralement accepté. Ainsi l'intérêt des rois s'était identifié avec celui de leurs sujets. Il en fut autrement après la Restauration : ennemis de la liberté, les rois absolus prirent le caractère de chefs de parti et de chefs d'un parti odieux, car il s'opposait au progrès politique des nations. A Rome,, cette opposition fut plus acharnée que partout ailleurs. 3 il répugne aux idées et aux habitudes de notre époque de vok le pouvoir politique aux mains des prêtres, il répugne encore plus au caractère sacerdotal d'employer la force pour obtenir l'obéissance.

II. — Avant la réforme, les richesses de tout le monde catholique alQuaient vers Rome. Il en fut autrement depuis, et à leur tour les souverains catholiques voulurent empêcher que la reh'gion ne servît de prétexte à dépouiller leurs États. La Révolution française vint abolir le peu qui restait des couturnes favorables à la richesse et au pouvoir de la Cour de Rome, et vers Tépoque contemporaine les lois qui furent établies chez tous les peuples catholiques, continuèrent l'œuvt'e delaRévolution. Ayant

per4a oette source d^ riohesses» la Cour de Romo fui obligée d'iipcahler d*i(npôU ses sujets, ce qui ne rendit pas le gouverne-» ment plus facile au Pape et moins odiéui aux populations.

III. ->- D'anciennes coutumes tempéraient autrefois le pou-^voir du gouvernement romain, et laissaient subsister quelques vestiges de libertés communales. La Révolution fit disparaître ces coutumes, que la Restauration ne releva point. Ainsi Bologne pouvait invoquer des bulles qui langaient rexeoromunic-alion contre quiconque violerait ses privilèges, A la restauration, le gouvernement pontifical menaça de peines sévères ceux qui lea invoqueraient. D'uu côté, ces coutumes n'étaient guàre en rapport avec les mœurs actuelles ; de l'autre, sans l'avouer, les gouvernements avaient accepté sous bénéfice d^inventaireThé^ ritage de la Révolution et de l'Empire français; ils en avaient conservé tout ce qui tendait à exagérer leur pouvoir, et repoassé tout ce qui favorisait la liberté et l'égalité civiles. L'avidité du pouvoir suggéra ces mesures, dont le temps dévoila le$ dangers que les gouvernements n'avaient pas voulu reconnattre. A Rome, ces dangers étaient plus grands qu'ailleurs. Le pou« voir temporel se fondait sur des traditions qui ne pouvaient plu"^ être respectées quand elles étaient séparées de tout ce qui les avait fait accepter.

Machiavel disait des souverainetés ecclésiastiques : (c Elles « sont faciles i conserver parce qu'elles sont appuyées sur do « vieilles coutumes de religion qui sont toutes si puissantes que» a de quelque manière qu'on se gouverne, Ton s'y maintient toute jours.

a H n'y a que cos princes qui ont un Élat et qui ne le défonce dent point, qui ont des sujets et qui ne les gouvernent point; « il n'y a qu'eux qui ne sont point dépouillés de leurs États^ « quoiqu'ils les laissent sans défense, et qui ont des sujets qui «L n'ont ni la pensée ni le pouvoir de s'aliéner d'eux. Ce sont « donc laies seules principautés assurées et heureuses, parce « qu'elles sont régies et soutenues par des causes supérieures « où Tesprit humain ne saurait atteindre (1). » A la fin du dix-huitième siècle, les opinions qui avaient doiMié

(\) Du nince, chip. XI.

tant de force au gouvernemeot temporel da Pape avaient beaucoup perdu de leur prestige, mais elles conservaient encore quelque influence. En ISlâ, lorsque Pie YII rentra dans Rome, elles avaient entièrement disparu. Son gouvernement se trouva vis*à-vis de difficultés qui, toujours croissantes, finirent par devenir insurmontables.

Dans les premières années qui suivirent la restauration du gouvernement pontifical, le plaisir de voir cesser la dominai i. m étrangère, la lassitude qui était la conséquence de longues guerres et de profondes perturbations, le bon sens du cardinal Ck)nsalvi, homme d*un esprit peu libéral, mais prudent et conciliant, firent passer inaperçues ces difficultés, qui devaient devenir des impossibilités. Alors, mais alors seulement, quelques uns purent croire que les auteurs des traités de Vienne avaient assez fait pour la tranquillité et pour le bonheur de lltalie. N'avait-on pas tenu compte de tous les droits dynastiques? On n*avait oublié qu'une chose, c*est qu'à côté des souverains, il existait en Italie une nation, et que cette nation avait de justes exigences auxquelles on devait satisfaire.

Après s'être manifestés peu à peu, tous les maux qui provenaient de la restauration du pouvoir temporel firent explosion sous le pontificat de Grégoire XVI. On ne doit pas les attribuer exclusivement à ce Pape; c'était lui que Chateaubriand, protecteur des intérêts libéraux, aurait voulu voir sortir du conclave qui élut Pie YIII. Ces maux incombent, non à la personne des Papes, mais au système qui est essentiellement vicieux. Plus on excuse ou on loue les Papes» plus on est conduit a accuser une institution dont les inconvénients sont toujours les mêmes, quelles que soient les vertus des personnes. En 1830, la Révolution française et Tespérance que la nouvelle monarchie libérale maintiendrait en Italie le principe de non-intervention, fit éclater la révolution des Romagnes, devant laquelle Rossi écrivit ces mots qui résument l'histoire contemporaine et qui prophétisent les destinées futures du pouvoir temporel : Demain le pouvoir temporel du Pape tombera de ses faibles mains^ si demain Cétranger lui retire son appui.

Gomme en 1820 et 1821, Tltalie entra dans la vie politique par la plus mauvaise voie, celle des révolutions qui agitèrent les

États-Romains plus que toute autre partie de l'Italie ; mais les intenreutions autrichiennes qui les avaient comprimées tendaient à derenir permanentes, et les moments où elles cessèrent ne furent plus qu*une rare exception, troublée par une menace perpétuelle. Je n'ai ni à raconter, ni même à résumer Thistoire du règne de Grégoire XYI» pendant lequel l'Europe put roir les inconvénients et les dangers du système suivi à Rome. Les Italiens connaissent trop bien ces détails, si brillamment exposés par M. Farini dans son Histoire^ et qui furent le thème des VUimi casidi Romagna^ de M. d'Âzeglio, cet homme d'État si modéré, qui donna à notre patrie le premier et le plus magnifique exemple de faire comparaître les gouvernements comme des accusés devant le tribunal de Topinion publique. Depuis lors, les apologistes du pouvoir temporel ne défendent guère le gouvernement de Grégoire XVI ; ils supposent que tous les vices de ce régime ont disparu avec lui.

En effet, avec l'élection de Pie IX une époque nouvelle commença pour l'histoire de l'Italie et du pouvoir temporel en 1846. Les espérances données par le Pontife étaient une condamnation implicite du système qu'avaient suivi ses prédécesseurs; elles devaient devenir une condamnation anticipée de ses propres actes quand il viendrait à changer de conduite.

Au lieu de combattre les souverains, le parti libéral italien secondait et appuyait ceux d'entre eux qui se proclamaient comme les défenseurs de Tindépendance nationale. Pie IX fut le premier que l'opinion publique salua du titre de régénérateur de l'Italie. Pendant que les agitations démagogiques de 1848 qui faisaient disparaître le prestige du principe monarchique, s'étendaient à ritalie, Pie IX renonçait au grand rôle que l'Italie lui avait attribué, le jour où il déclarait que, chef de l'Église, il ne pouvait combattre contre l'Autriche pour l'indépendance nationale. L*assassinat de Rossi et de Mgr. Palma le séparèrent du parti libéral et le repoussèrent dans les rangs des partisans de l'ancien régime. Mais ces horribles excès n'excusent pas le gouvernement du Pape d'être entré dans la voie de la réadtion. Nulle liberté, nulle autorité, nulle institution humaine ne pourrait exister, si les excès commis en son nom donnaient une raison pour la détruire. Les démagogues qui voulaient s'emparer de Rome

avaient commis ce crime odieux» et ils avaient peut**6lre des complices chez les partisans de la Gourde Rome, qui étaient ennemis des constitutionnels autant que des absolutistes. G*est aui constilutionnelsque le Pape aurait dû se confier; ils lui offraient leur concoursi et auraient voulu qu*il fût rappelé. La Cour de Rome répondit que le parti libéral modéré serait impuissant h défendre le Pape contre les partis extrêmes.

Si pour a<;surer cette sécurité un appui étranger aux Étàts^ Romains était nécessaire* le Piémont était là. État italieti et libre qui ne lui aurait pas fermé la voie de la réconciliation avec ses peuples; par Torgane de 6ioberti« ministre des affaires étran* gères, il lui avait offert sa coopération, la seule qui pût être ho^ norablement acceptée. La Cour de Rome opposa un refus dédaigneux à toutes ses propositions de conciliation : elle ii*avait pas honte de soutenir que, pouvoir cosmopolite^ le Pape devait ap^ peler les étrangers à intervenir en Italie (1).

G* est ainsi que les partisans du pouvoir temporel du Pape, en lu déclarant disposé à faire cause commune avec Tétranger^ mirent au grand jour le vice qui le rend odieux o Rome et à Tltalte. L'intervention de l'étranger condamne toujours les gouverne^ ments qui acceptent ce honteux appui, parce qu'elle éloigne d'eux tons ceux qui ne sauraient se résigner à Thumiliation de la patrie* G'est ainsi que depuis quatorze ans, le gouvernement pontifical se trouve pris dans un cercle vicieux : l'intervention étrangère le rend inacceptable aux peuples, et la répulsion qu'il inspire autour de lui fait prolonger Tinter vention.

Il 7 a trente ans que ce problème dîQicile occupe l'Europe officielle aussi bien que l'Europe libérale. Depuis 1831, on a re* connu que la condition des États-Romains est mauvaise ; que le gouvernement ne peut se maintenir tel q\Cil est; que les occupations étrangères doivent cesser et que leur cessation amènerait des perturbations inévitables; qu'un changement de système est absolument nécessaire pour la pacification de TÉtat^Romain. Sauf quelques ambiguïtés diplomatiques, le fameux Mernoran-

(1) Farini. — Vktat-nomaln de 1815 à 1850, liv. IV, chap. Itl et X. Les documents dtplomàliqdes qui s'y troavent rapportés sont dignes d'ane atteation paN tiouliôre.

dum de 1831 posa ces propositions ; elles furent encore plus explicitement t-econtlues AU congrès de 1856 et dans plusieurs avis offibieui donnés par le gouvernement français ; elles furefat enfiri publiquement énoncées dans les discours tenus, eh 1861, par les ministres français devant le Séiiat et le Corps législatif; Mais un changement dans le goayernemënt du Pape qui le hende acceptable par les populations, est-il possible? S'il ne l'est pas, la France et l'Europe monarchique doivent le laisser tomber. Elles ne sauraient donner leur appui à un gouvernement qui compromet le principe d*autorité et la stabilité dé Tordre social. Ybjons s*il existe Un moyen pour que le gduverhëmenl pontifical, librement accepté par les populations, puisse subsister sans le dangereux et honteux appui de Tétranger.

Page 1