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trop de respect pour n'en pas tenir grand compte devant le public comme dans mon âme. »
Toutefois, M. Guizot a persisté dans sa manière de voir, ainsi que le témoigne son ouvrage V Église et la Société chrétiennes en 'I86'l, en tôle duquel il a placé les lignes que nous venons de citer. De son côté, M. Bon-Compagni n'a été ébranlé par aucune des raisons do son contradicteur, puisqu'il a écrit un volume pour démontrer la nécessité de l'abolition immédiate et radicale du pouvoir temporel du Pape.
Si les esprits d'élite forment par la presse une sorte de Parlement international permanent où se débattent toutes les idées et tous les intérêts, il est bien rare que les chefs de parti qui prennent successivement la parole, se convertissent les uns les autres; et pourtant on n'en continue pas moins la discussion, comme dans une Cbambre constitutionnelle; car on a surtout en vue le public, et c'est la majorité qui décide.
Le grand ouvrage de M. Bon-Compagni fera sans doute d'aulant plus d'impression sur l'opinion publique française, que, non-seulement c'est l'un des écrits les plus savants et les plus complets qui aient paru sur la matière, mais qu'il émane de l'un des hommes les plus modérés et les plus écoutés en Italie. Ancien magistrat, ancien garde-des-sceaux, ancien professeur de droit constitutionnel auprès du prince royal d'Italie, M. Bon-Compagni a eu la double fortune d'aider à l'annexion de la Toscane, et, par conséquent, à l'unité italienne, et de proposer le mémorable ordre du jour qui, à l'unanimité, déclara Rome capitale du royaume.
On doit regarder comme un fait très-signiûcatif qu'une telle opinion sur la Papauté soit exprimée par celui qui souvent déjà, dans le Parlement, s'est trouvé Torgane de la majorité. Ce n'est pas là une opinion de parti, mais une opinion réellement nationale.
L'Italie, en effet, est encore plus unanime pour l'abolition du pouvoir temporel du Pape que nous ne le fûmes en France, en 4789, lorsqu'il s'est agi de faire que le clergé cess&t d'être, un Ordre dans l'ÉtaU
L'épiscopat français a organisé une agitation générale en faveur du pouvoir temporel du Pape. 11 a publié des écrits par centaines, sous forme de mandements, de lettres pastorales et de brochures. Mais l'opinion publique ne s'en est pas plus émue qu'elle ne le fut en -1790 des verbeux discours de l'abbé Maury. Il est aussi impossible d'empêcher la sécularisation de rÉlat pontifical, qu'il l'était alors d'empêcher la sécularisation des biens de l'Église en France. Quand des institutions humaines ont été sapées par des siècles d'abus, quelques fleurs de rhétorique ne sauraient en prévenir la chute.
Dans la parole des évêques, on a senti non le souffle du ciel mais Tac-
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cenl de lu lerre. Tel, par exemple, a donné des raisons comme celles-ci : • Tant que les hommes ne scronl pas de purs esprits, ils auront besoin de voir un peu d'éclat autour des choses saintes pour les bien apprécier; cl plus rËglise brillera, plus elle sera comprise par les masses que ne séduisent point les rêves du sentiment. * (Instruction paitorale, de M. Desprez, archevêque de Toulouse et primat de la Gaule narbonnaise, 4860.} Comme si ce n'était point renier Jésus pauvre et cruciûé que de croire que pour agir sur les hommes on ne peut se passer de richesses et de puissance! — Tel autre écrivait : « Voici plusieurs mois que quelques misérables rebelles ont payé, sur les bords de l'Adriatique, les bienfaits du plus clément et du plus généreux des rois par la plus atroce des ingratitudes. B {Lettre de M. Plantier au clergé de son diocèse.) Or, c'est l'unanimité des habitants des Romagnes que M. Tévéque de Nimes appelle dédaigneusement • quelques misérables rebelles. » En effet,
■ dans les Légations surtout, le vote a été unanime; il n'y a eu que deux cent trenle-trois voix contre l'annexion, ■ ainsi (^ue le constatait, en 486^, devant le Corps Législatif, au nom du gouvernement, M. Baroche, aijgourd'hui minisire des cultes. Quant à la générosité et à la clémence du Pape en tant que roi, les massacres de Pérouse par les Suisses mercenaires de Sa Sainteté en sont une éclatante manifestation I
Les évoques n'ont point épargné les reproches au gouvernement.
■ Prenez, garde; vous uniriez par nous blesser, « disait M. l'évéque d'Orléans; et M. l'évéque d'Arras, après avoir exprimé la douleur de.ses diocésains, • qui s'abordaient partout les yeux pleins de larmes et se serraient la main en étouffant leurs plaintes, » ajoutait: « Pour faire rentrer le Saint-Siège dans la plénitude de son pouvoir souverain et pour Ty maintenir, il faut et il suffit que la France le veuille de cette volonté absolue à laquelle rien ne résiste. » Un semblable raisonnement équivaudrait à dire que le gouvernement doit redevenir à toujours, en tout et partout, le brassécuUer de l'Eglise I Enfin, M. l'évéque de Poitiers, perdant patience, s'écria : • Lave-toi les mains, Pilate. *
L'unanimité des évéques à prendre la défense de biens terrestres dont les Sainles-Êcritures recommandent le détachement, a fait dire à un historien renommé : « Tel est aujourd'hui l'esprit de discipline au sein du clergé, que pas un évoque n'ose rappeler tout haut les enseignements de l'Evangile. » {Les Papes princes italiens^ broch., 4860, attribuée à M. Duruy, actuellement ministre de l'Instruction publique. )
Le clergé inférieur est-il d'accord sur cette question avec le haut clergé? Pas une voix contraire ne s'est élevée : cela tient en grande partie à la dépendance absolue dans laquelle les articles organiques du Concordat ont mis l'immen&e migorité des curés, réduits à Tétat de desservants amovibles au gré de Tévéque. (Voy. Pourquoi la France est resiée cathotigue^ par Laurent de i'Ardèche.)
Le plus empressé parmi le clergé français fut M. Dupanloup, évéque d'Orléans et membre de l'Académie; à ses mandements et brochures, il a joint un gros livre : La souveraineté pontilicale seton le droit catholique et
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le droit européen. Eu 1844, M. Dupanloup écrivait : « Nous acceptons, nous invoquons les principes et les libertés proclamés en -1789... Ces libertés si chères à ceux qui nous accusent de ne pas les aimer, nous les invoquons pour nous comme pour les autres.» {Paeipeaiion religieuse,) — Pourquoi donc alors les dénier aux Romains? Vous qui célébrez la fêle de Jeanne d'Arc, l'héroïne de la patrie française, pourquoi fermer votre cœur aux douleurs de la patrie italienne et à ses besoins d'indépendance et d'unité ?
On a observé que les plus ardents, soit clercs, soit laïques, à défendre le pouvoir temporel, étaient ceux qui avaient auparavant le plus parlé de liberté. Et M. Guizot en a ainsi exposé les motifs : « La cour de Rome a été trop souvent et trop longtemps ralliée du pouvoir absolu, pour que sa cause ne soit pas suspecte aux amis de la liberté politique et religieuse... Et quand les partisans, déclarés ou présumés, de la réaction absolutiste, prennent les premiers en main la défense de TÈglise, ils la compromettent bien plus qu'ils ne la servent. * Parlant du parti catboli^ que, il dit encore : « C'est dans ce groupe que TËglise catholique, attaquée dans sa constitution générale et dans ses libertés par les événements d'Italie, a trouvé naguère et trouvera toujours ses plus utiles comme ses plus fermes défenseurs. Ceux-là seuls sont en mesure de la bien défendre et d'obtenir crédit dans le pays en la défendant. » {L'Église et la société chrétienneSy chap. XII.) On emploie de la sorte à une œuvre antilibérale les réputations acquises dans le camp du libéralisme.
Les trois principaux disciples de M. de Lamennais, MM. Lacordalre, Monlalembert et Gerbet,qui lous les trois l'ont abandonné, ont tenu à se signaler comme champions du pouvoir temporel.
Après avoir demandé dans V Avenir de ^831 l'abolition du salaire des prêtres, M. Gerbet, devenu évoque de Perpignan, s'élève de même contre la prétention que pourrait avoir l'Europe de salarier la Papauté : « La servitude, dit-il, entrerail au Vatican sous la forme de ce budget. x> [De la Papauté^ br. 4860}; mais lui, qui veut aujourd'hui qu'on maintienne à tout prix l'union des deux pouvoirs à Rome, et qu'on empêche ainsi la nation italienne de se constituer, nous lui rappellerons les lignes souscrites par les rédacteurs de VAoenir en suspendant leur œuvre :
« Nous n'avons pas cessé de parler bien haut pour la séparation de l'Ëghse et de lËlat... Nous avons déterminé que le cleigé de -1830 ne de* vait plus accepter le salaire, gage de servitude, qui lui est alloué par l'État,
ni permettre que l'autel soit orné de cette boue Médiateurs entre la
liberté et la religion, nous avons soutenu de tout notre pouvoir les insurrections delà Belgique, de l'Irlande, de la Pologne.. .• L'Italie elle-même a entendu la voix régénératrice qui l'appelle à la liberté : Rome est dans l'effroi; sous leurs tentes étrangères, les prétoriens ont tremblé. Il est vrai que la révolution n'y est pas faite encore; mais Tllalie pensive et souffrante la cache dans son sein comme une espérance. Le peuple romain, secouant le dernier anneau par lequel le chef de l'Église rattachait encore à la crosse pontiûcale un reste de société politique, entre dans
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une position de progrès. Le Vatican est bâti partout où est la paix, et Rome, ce ne sont pas les pierres, Rome» c'est la liberté. De conquête en conquéle, la liberté s'apprête à étendre sa domination sur le monde entier. Voilà ce que nous avons fait dans treize mois. » (No?. 183-1.)
M. fabbé Laeordaire a publié, lui aussi, sa brochure : De la Liberté de Vltalie et de VÈglUe. 11 craignait, aToue-t-il, qu'on ne i'accusAt de s'être tu. 11 a fait réloge de la Nationalité, mais en la sacrifiant. Il a découvert que Funité n'était point nécessaire à l'Italie, et il admire « la sagesse divine,* qui, selon lui, «aurait placé le domaine temporel de la Papauté au cœur même de l'Italie, comme un obstacle étemel à son unité. » Et
il conclut en ces termes pour le pouvoir temporel : « Sur le front du
Pape et dans un seul de ses cheveux blancs repose la liberté chrétienne tout entière, ce qui l'expose à des séductions et à des violences telles, qu'une longue continuité d'hommes n'est pas capable d'en soutenir répreuve dans une situation qui n'est pas elle-même un secours permanent. Ce secours est dans la souveraineté. 11 est vrai qu'elle entraîne bien des condescendances; mais cela même est voulu de Dieu. » L'Esprit-Saint ne serait donc point ce secours permanent? Et Dieu même voudrait des condescendances et des faiblesses I
M. de Montalembert ayant, au Congrès de Malines (août ^863), flétri « cette horrible confusion des deux pouvoirs, qui est l'idéal de toutes les tyrannies, » quelques-uns crurent qu'il avait voulu désigner le pouvoir temporel du Pape. Mais il se h&ta de faire connaître qu'on s'était trompé,et il ajoutait cette phrase bizarre : « La souveraineté pontificale, exception unique et distincte sur ce seul point des autres pouvoirs do la terre, est la conséquence de la séparation des pouvoirs, loin d'en être la contradiction. * il a tenu à ce qu'on sût qu'il restait dans la pensée qui inspira Texpédidition de Rome.
Seulement comme M. de Montalembert a pour tactique dé toujours parler de liberté, bien qu'en travaillant dans les faits à perpétuer ou à restaurer Tabsolutisme ecclésiastique, il dit : « Beaucoup d*en(re les catholiques sont encore, par le cœur, par l'esprit, et sans s'en rendre trop compte, de l'ancien régime, c'esl-à-dire du régime qui n'admeltait ni Fégalilc civile, ni la liberté politique, ni la liberté de conscience. Cet ancien régime avait son grand et beau côté : je ne prétends pas le juger ici, encore moins le condamner. 11 me suffit de lui reconnaître un défaut, mais capital : il est mort, et il ne ressuseilera jamais ici ni nulle part. > (LÊsiliie lilfre dam VÉtat libre, br., >l863.)^Or, « le gouvernement romain est un gouvernement d'ancien régime, » a dit le R. P. Laeordaire.
M. de Montalembert déclare que « réclamer pour la religion catholique une liberté privilégiée comme un patrimoine inviolable, ce n'est pas seulement le comble de l'illusion ; c'est lui créer le plus redoutable des dangers. • Mais alors, peut-on lui répondre, si vous ne voulez pas de position privilégiée pour l'Eglise, au milieu des nations, pourquoi lui voulezvous un territoire privilégié au milieu de l'Italie?
Quant à M. Louis Veuillot, désespéré de l*état présent du monde, H Toît la chute de la Papauté temporelle comme déjà accomplie, et il pleure sur ses ruines. (J> Pape et la dipUmatie^ broch. 4864.)
Autrefois, quand la Papauté faisait appel au monde, c'était pour les intérêts généraux de Thumanilé : elle éiait écoutée et elle florissail. Aujourd'hui elle s'absorbe dans ses intérêts matériels, et|elle s'étonne de dépérir I Les écrits épiscopaux, vides de tout souffle religieux, ressemblent à des mémoires d'avocats, etd'avocals malhabiles. Aussi, dans la défense actuelle de la Papauté, le premier rôle esl-U rempli par les laïques, et d'entre les laïques par ceux qui ont un certain renom d'hommes politiques.
Les Italiens ont été étonnés et affligés de trouver parmi leurs adversaires nos illustrations parlementaires, les hommes' que, pendant de longues années, ils s'élaient accoutumés à considérer comme les chefs du libéralisme européen et à étudier comme leurs maîtres, et qui sont devenus tout d'un coup les ennemis de l'unité italienne et les apologistes du pouvoir temporel du Pape.
Ainsi M. Thiers, qui avait jeté les premiers fondements de sa réputation par son Hittoire de la Révoluiian française ^ par la défense des principes de 4789 et la gloriflcation de ceux qui avaient héroïquement assuré Tindcpcndance du sol national^ on le vit l'un des premiers, en 1849, condamner la Révolution italienne et applaudir à Tinvasion qui devait détruire le germe de la liberté dans les États- Romains; lui qui, en ^Sliht présentait à la Chambre des députés le rapport pour l'expulsion des Jésuites, il ne tarda pas à en rédiger un autre pour la Restauration pontiûcale. Après avoir, vingt-cinq années durant, préconisé la formule :aLe roi règne et ne gouverne pas, » il en venait à demander que le Pape fût rétabli comme souverain absolu dans Rome I
il recourait à l'argumentation suivante : a Les puissances catholiques s'étaient réunies à Gaëte pour concerter le rétablissement d'une autorité qui est nécessaire à l'uiiivers chrétien. En eUet, sans l'autorité du Souverain-Pontife, l'unité catholique se dissoudrait ; sans cette autorité, le Catholicisme périrait au milieu des sectes, et le monde moral, déjà si fortement ébranlé, serait bouleversé de fond en comble... Pour le Pontificat, il n'y a d'indépendance que la souveraineté môme. C'est là un intérêt de premier ordre qui doit faire taire les intérêts particuliers des nations, comme dans un Etat l'intérêt public fait taire les intérêts individuels,, et il autorisait suffisamment les puissances catholiques à réla* blir Pie IX sur son siège pontifical. » (Rapport à VÂtsemblée nalionaU^ e 43 octobre 1849.)
Il est peu probable qu'un voltairien enduroi ait été bien fortement ému