CHAPITRE V
Les différends que chaque État peut avoir avec TÉglise touchent à son gouvernement intérieur. S'il oppose des restrictions indues à la liberté religieuse du Clergé et des fidèles, les consciences catholiques seront blessées ; mais hors des limites de son territoire, aucun de leurs droits ne sera offensé. Sous ce rapport, ritalie se trouve dans une position spéciale, en tant qu'elle a la prérogative d'avoir sur son territoire le siège du Souverain- Pontife. Tout acte de la nation ou du gouvernement italien qui rendrait moins libre Texercice de l'autorité spirituelle dont il est investi, serait une violation des droits religieux des catholiques, puisqu'il formerait un empêchement à des actes que la foi religieuse leur commande. De cette prémisse on conclut que les catholiques étrangers ont le droit d'imposer à Rome et à l'Italie le pouvoir temporel du Pape, tant que celui-ci le juge nécessaire à son indépendance spirituelle. Ce système est en contradiction avec la tradition ecclésiastique et avec la tradition politique; il est en contradiction avec la tradition ecclésiastique, parce qu'aucun des grands écrivains catholiques n'a jamais soutenu que le catholicisme fût nécessairement lié au pouvoir temporel du Pape ; il l'est encore parce que la suprématie du Pape n'est pas essentiellement Jiée à son séjour à Rome. Il est en contradiction avec la tradition politique, puisque avant ce siècle le droit auquel les catholiques étrangers prétendent sur Rome, n'a jamais été invoqué, et que les conditions temporelles de la Papauté ont toujours rlo en harmonie avec l'état social de l'Italie. Fief de l'empire jusqu'à Grégoire VII, Rome, comme presque toutes les cités italiennes, devient ville libre. Assujettie à une souveraineté, elle se trouva soumise à la double souveraineté du Papo et de l'Em-
pereur. Depuis Alexandre YI, l'État-Bomain se place pariiii ces petites monarchies absolues de la Péninsule dont Texistence n'a pas été troublée tant que Tllalie est restée étrangère à la vie politique. Naguère quatre de ces monarchies ont disparu de la Péninsule devant le réveil de l'esprit patriotique.
Solidaires comme ils 1 ont toujours été des destinées de Tltalie, les Romains réclament aujourd'hui leur part dans la vie nationale qui s*est réveillée dans la Péninsule; ils réclament pour leur ville la prérogative que le Parlement du nouveau royaume italien lui a déjà promise, celle â*étre la capitale du nouveau royaume. Si Tétat de choses auquel Tltalie et les Romains aspirent était réalisé, que deviendraient les droits du Pape comme chef des fidèles? Le Souverain-Pontife exerce le ministère le plus éminent de TÉglise catholique : à ce titre, il a une dotation ; cette dotation consiste dans le pouvoir absolu qu*il exerce sur ses sujets. Le siège suprême de la catholicité ne doit pas rester sans dotation; mais il appartient à la société politique de déterminer la nature des biens qui doivent la composer. Cette société politique qui doit exercer ce droit, de quoi se cornpose-t-elle? De toute la catholicité, disent nos adversaires. A quoi il est facile de répondre que les catholiques forment une société religieuse et non une société politique, et qu'on ne saurait attribuer à une société religieuse des droits politiques sans nier le principe fondamental de la société chrétienne, la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel.
Depuis le moyen flge jusqu^à la paix de Westphalie^ on a pu dire que les nations catholiques de l'Europe formaient une société politique. Cet état de choses a cessé depuis, et aujourd'hui ce sont toutes les nations chrétiennes de TEurope qui forment une société politique fondée sur le droit international, ce qu'on appelle quelquefois un concert européen. J'ai parlé des nations chrétiennes, puisque la déclaration qui a donné place à la Turquie dans le concert européen est restée une lettre morte, et il y a toute apparence qu'elle le sera toujours. Les peuples catholiques voudraient-ils imposer aux populations romaines la domination absolue du Pape, ce qui n'a jamais été fait quand le catholicisme était le seul principe non-seulement de l'union religieuse, mais de l'union politique, et quand Tltalie ne réclamait
aucan droit politique? Ils le voudraient aujourd'hui, quand ce droit international européen est représenté par l'accord (bien imparfait, il est vrai) des cinq grandes puissances dont la majorité n'appartient pas à la communion catholique? Mais à Texception d'une seule qui est Tennemie naturelle de Tllalie, toutes ces puissances ont reconnu la royauté qui représente les droits et les espérances de l'Italie.
Quand la plus grande des puissances catholiques, celle qui s'attribue le rôle de protéger la Papauté, a détruit depuis longtemps non-seulement tous les privilèges, mais toutes les libertés légales du Clergé, quand elle a dit récemment à l'Italie qu'elle doit marcher sans obstacle dans les voies de l'ordre et de la liberté, on vient dire aujourd'hui que les Étals-Romains, et territoire et peuples, sont une propriété de la catholicité et de l'Église!. Quand à l'aide de celte grande puissance catholique, l'Italie constitue pour la première fois sa souveraineté et sa liberté I C'est au milieu de ces circonstances qu'on proclamerait qu'il appartient aux nations catholiques de fixer la dotation de l'Église romaine 1 qui certes ne doit pas être, comme aujourd'hui, uniquement un domaine avec droit de domination absolue sur six cent mille âmes (il y en avait naguère trois millions), qui ne subsiste que parce qu'il est soutenu par une force étrangère. Les Romains peuvent-ils accepter celte domination? La chrétienté, la catholicité môme, peuvent-elles se refuser à reconnaître leurs droits? « Devant Dieu et devant la « justice, l'homme ne peut pas être une propriété, parce qu'il « est un être raisonnable, moral, immortel, parce qu'il a été « créé pour développer des facultés divines et pour se gouverner « lui-même suivant une loi suprême écrite dans son cœur, et K que la parole de Dieu a une seconde fois promulguée. Toute « sa naluro défend qu'on s'en saisisse comme d'une chose; « c'est insulter son créateur; c'est porter un coup fatal à la « société (1). » Dans l'Europe civilisée, il n'est personne, je crois, prolestant ou catholique, qui puisse ne pas accepter cette noble protestation de Channing contre la domination personnelle que, aux États-Unis, le maître exerce sur l'esclave, et qui
(t) Channing. — De l'Esclavage,
soumet aujourd'hui à une si cruelle épreuve cette grande république. Affirmer que tenir une nation sous une domination politique dont il lui serait interdit de s'affranchir, est le même crime que réduire une personne libre à Télat d'esclavage, serait évidemment une exagération. Tant qu'on parlera le langage du bon sens et non celui do Texaltation politique, on ne niera pas que la servitude personnelle est un mal infiniment plus grand que la servitude politique. Cependant on ne saurait nier que la liberté des nations dérive des mômes prémisses qui ont servi à Channing pour réclamer la liberté des noirs. Il y a longtemps que les vieilles légitimités de droit divin s'en vont. Plus de trente-deux ans se sont écoulés depuis que les royalistes du trône et de l'autel ont disparu de France avec le vieux roi Charles X. A peu de distance, une révolution à laquelle a aidé ce parti catholique qui envoyait naguère ses volontaires à Rome, faisait surgir en Belgique un trône populaire et libéral qui ne tardait pas à recevoir le baptême de la diplomatie. C'était la souveraineté populaire qui berçait et qui protégeait contre les légitimistes cette innocente Isabelle 9 qui encouragerait aujourd'hui, si elle le pouvait, une croisade pour conserver au Pape la propriété de ses États. Dans cette Italie où la nullité politique de la nation, les baïonnettes de l'Autriche, la connivence de toutes les puissances ont longtemps fait obstacle à tout progrès politique, les Bomains ont vu tomber dans un an quatre dynasties que l'étranger y avait amenées quand elle ne réclamait aucun droit politique, et qui y restaient comme garantie de l'influence de l'Autriche.
En 1814, on pouvait se flatter d'être pris au sérieux en affirmant aux trois millions de sujets du Pape qu'ils n'étaient pas des hommes libres ayant droit de réclamer la participation à tous les progrès politiques de la civilisation moderne.
Aujourd'hui, en présence des changements accomplis en Europe et en Italie, en présence des provinces de l'État de l'Église qui se sont réunies au royaume d'Italie, faits que l'Europe a reconnus avec des réserves, mais qu'elle a pourtant reconnus ; prétendre que les populations du territoire resté sous la domination pontificale l'acceptent tout à coup avec cette foi inébranlable qui serait nécessaire pour prévenir ces révolutions qui ont toujours
couvé sous la cendre depuis 1830, devient une entreprise audessus de toute force humaine.
Si les catholiques étrangers à Tltalie veulent faire une dotation au Pape, ils en ont le droit ; mais cette dotation ne peut être celle qu'il possède actuellement, elle ne peut lui donner des sujets dont les catholiques étrangers ne sauraient disposer.
La position du pontificat telle qu'elle serait sans la souve* rainetésur le territoire actuel, peut-elle être acceptée par le droit international des peuples civilisés?
D'après les anciennes traditions de la diplomatie européenne, le droit international avait pour but principal, sinon unique, de protéger les droits des souverains. De nos jours, on reconnaît au droit international un but plus élevé. Si, d'un côté, les droits des nations qui ne sont pas représentées par un gouvernement régulier ne sauraient compter sur la protection de la loi internationale, cette protection est également refusée aux princes et aux gouvernements dont les intérêts ne se relient en aucune manière à ceux des nations. Ainsi, la loi internationale ne peut faire moins que de tenir compte de la civilisation actuelle, des intérêts qu'elle fait naître, des idées et des sentiments qu'elle réveille, des droits qu'elle consacre. Dans le Pape, le droit international moderne protège la personnification du pouvoir spirituel devant lequel s'incline la communion la plus nombreuse de l'Église chrétienne. Pour arriver à ce but, le pouvoir temporel, encore protégé par la France, est-il nécessaire ou seulement opportun ? Mais le pouvoir spirituel n'est-il pas éclipsé par le voisinage de ce pouvoir temporel au lieu d'en recevoir de Téclat? Les apologistes de la souveraineté pontificale répètent souvent qu'au milieu des pouvoirs de ce monde le Pape représente seul la puissance de la pensée, et ils ont raison. Mais, grand Dieu ! comment peut-il être le symbole du pouvoir de la pensée, celui qui tient, par la violence, un État dans la sujétion, et qui, ne pouvant contenir ses sujets par ses propres armes, va mendier l'appui d'une armée étrangère? Toute la catholicité est près d'arriver ou est arrivée à un état de choses où le principe de la division des deux pouvoirs, appliqué dans toute son étendue, fera voir qu aucune loi divine et immuable n'empêche les progrès des choses terrestres. Supposons qu'à la catholicité, organisée désormais
d'apr&s ces principes^ on TÎennp aujourd'hui proposer de constituer un État pour le chef de l*ÉgIise, dans des conditions telles, que trois millions d*hommes soient soumis à sa domination absolue; que toute pensée de réformes qui tendraient à altérer en quoi que ce soit les anciens privilèges du droit canon soit repoussée d*une manière absolue ; qu^une grande nation soit empêchée de s^organiser définitivement ; que la pacification de ses provinces trouve un obstacle dans des agressions criminelles, préparées sous la protection du Souverain-Pontife. Personne, assurément, n'accepterait cette proposition. Pourquoi donc laissel-on durer un tel état de choses? Parce qu'il a duré jusquMci. D'anciennes coutumes peuvent empêcher de discuter si une institution qui a ses racines dans Tantiquité doit ou non être maintenue. Elles ne sauraient empêcher la discussion quand des faits nouveaux attirent sur elles Tattention ; elles ne sauraient empêcher que la discussion ne produise son effet naturel : la condamnation des institutions que la justice et la raison condamnent.
Le pouvoir temporel du Pape a duré sans obtacles tant que ses sujets Tont supporté avec résignation. Aujourd'hui un grand fait est survenu. L'Italie veut l'organisation unitaire. L'expérience est là pour démontrer qu'elle peut seule maintenir l'ordre dans la Péninsule et donner des garanties à la paix de l'Europe. Les Romains veulent, eux aussi, faire partie de ce royaume d'Italie dont la Yille Éternelle doit être la capitale. Chaque jour voit nattre un fait nouveau qui constate leur volonté inébranlable de se soustraire à la domination temporelle du Pape (1). La chrétienté, la catholicité, doivent désirer une organisation qui améliore la situation de l'Italie et qui assure au Pape le libre exercice de son pouvoir spirituel. La chrétienté et la catholicité ne sauraient se laisser absorber par le parti catholique; elles ne sauraient renier tout ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus chrétien dans les idées modernes, en reniant le grand principe de la séparation des deux pouvoirs, pour persévérer dans la tradition du moyen âge qui confondait les droits du pouvoir spirituel avec les privilèges politiques de lÉglisc, et pour que le
(1) Voir Note IX.
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pouToif teûiporel dti Pape reste dans la métropole de la catholieité rx)mtne oii diea Terme qui arrête éternellement tous les progrès de la cirillsAtiob.
Quelque fotidéeâ que âoieiit les considératiobs qui réfutent ro^ltiion favorable au pouvoir temporel, on ne saurait nier que son abolition amènera un grand changement. Les intérêts religieut de la catholicité en seront-ils compromis? Comme représéntAtll des intérêts religieux le Pape a pour lui une mission ditiàe. GelA ti*empéche pas que TÉglise n*ait toujours été bien ou mAl ^utërnéë, ^elon les vertus ou les vices, la capacité ou l'ineptlë de ses chefs. Gomme tous les hommes, le Pape est sous Tinfluencedes motifs qui les invitent à agir. Bonne ou mauvaise, cette influence est plus oii moins puissante, suivant le milieu dans lequel elle se développe. Si, oubliant ou niant Thistoire, 4tletqtt*uh ai&miait que le Pape ne peut jamais abuser de son pouvoir spirituel, et que dans Texercice de son ministère il né participe* pas aux imperfections de la nature humaine, la question serait résolue contre le pouvoir temporel. Qu'on adlUetle qu'un secoilrs surnaturel préserve le Pape de toutes les erreurs dans lesquelles pourraient le faire tomber les espérances et les craintes des biens terrestres, et le pouvoir temporel, qu*on invoque pour garantie des intérêts spirituels, devient absolument superflu : rien n*excusera plus le tort et Toutrage qu'on fait aux sujets du Pape, contraints de supporter une domination détestée; à ritalie, empêchée d'établir définitivement son assiette politique; à la religion catholique, présentée comme complice d'une injustice.
Nous devons donc etaminer si pour les Papes, soumis comme nous à toutes les imperfections de la nature humaine, te pouvoir temporel est un encouragement au bien ou une occasion et une tentation au mal. Il convient de rappeler toutes les considérations que l'abbé Pleurjr tire des traditions et des exemples de Thistoire ecclésiastique, pour établir que la religion n'a pas eu de plus mauvais ministres que les évêques qui ont participé au pouvoir temporel. Comment une influence mauvaise pour les autres évêques serait-elle bonne pour le Pape?
L'impartialité et l'indépendance sont les deux considérations qu'on met en avant en faveur de la puissance temporelle du
Pape; on afirme avec raison qu'elles sont nécessaires & Tezercice de sa puissance spirituelle. L'impartialité est la plus essentielle des deux conditions. Même sous la dépendance d'autrui, rhomme Téritablement impartial ne dévie pas de la justice, et rindépendancene rend pas juste celui qui s^inspire de ses prédilectionâ ou de ses haines. Le pouvoir temporel rend-il le Pape plus impartial et plus indépendant? Avant d*aborder cette question, il convient de distinguer deux choses dahs le pouvoir temporel du Pape : la souveraineté et les prérogative^ personnelles reconnues au souverain. Commençons par la souve^ iraineté.
Le Pape, souverain de TÉtat-Romain, est-ij, suivant les probabilités ordinaires, mieux dispdsé à Timpartialité, son indépendance est-elle mieux garantie qu*elle ne le serait s'il ne possédait pà^ de territoire? Admettons qu'il ait pu en être ainsi, tant que les dissentiments politiques se bornaient aux intérêts rivaux de divers États. Aujourd'hui, parmi les causes politiqbes qui passionnent les esprits les plus sages, la grande lutte qui s'agite depuis la fin du siècle dernier entre la liberté et le pouvoir absolu tient la première place. Au milieu de cette lutte, le Pape, souverain absolu, ne peut être impartial ; il répugne plus que tout autre prince à ces concessions libérales auxquelles plusieurs ont fini par se décider; il se trouve nécessairement dans le camp des absolutistes. J'ai déjà montré combien la hiérarchie ecclésiastique est compromise par son alliance avec une faction qui la met sans cesse en opposition contre les aspirations les plus généreuses et lui fait prendre parti pour lès forts contre Jes faibles, à moins que son intérêt ne l'amène à protester contre l'abus de la force. J'ai rappelé les faits et les autorités qui démontrent combien cette alliance avec l'absolutisme est funeste à la hiérarchie ecclésiastique et au catholicisme lui-même. Chez le Pape, monarque immuable dans son absolutisme, cette alliance est plus manifeste que chez tout autre individu appartenant à la hiérarchie ecclésiastique, elle produit de plus graves inconvénients. Quand il déplorait la chute des ducs dépossédés; quand, dans une allocution au Sacré-CoUége des cardinaux, il déclarait détestable le principe de non-intervention, Pie IX s'inspirait-il i cette impartialité qui, seule, aurait convenu au chef de l'Église ?
Prince combattu et combattant dans les luttes contre la déli-vrance de lltalie, il ne pourait faire autrement Ainsi le pouToir temporel, bien loin â*assurer son impartialité, Toblige à faire cause commune avec un parti.
Quant à son indépendance, est-il bien vrai que la possession d*nn État serve à la garantir? Pour le Pontife comme pour tous les chrétiens, la meilleure garantie d*indépendance ne se trouTC pas dans le pouvoir, mais dans la foi et dans la conscience. L'indépendance nécessaire au Pontife est celle qui inspirait les martyrs lorsqu'ils résistaient aux menaces des empereurs; ce n*est pas celle que lui assure un territoire où il pourrait, soit tirer les verroux des prisons, soit allumer les bûchers de Tinquisition, si tel était son bon plaisir.
« L'indépendance, en face de Tiniquité qui s'appuie sur la <K force, l'indépendance qui nattdu sentiment d'un grand devoir « à remplir, la seule qui soit toujours possible, et qui suffise tou- « jours et à tout, ne fut pas enlevée à Pie YII, prisonnier du ff grand capitaine ; elle ne fut, elle ne pourra jamais être enle- « vée à un Pontife qui voudra en user, qui n'y renoncera pas ff lui-même. Là sont les belles résistances, les beaux combats, la « force invincible de l'Église et de la Papauté. Ici la Papauté et « son indépendance sont placées sous la sauv^arde de la civi^ « lisation tout entière. Ici sa faiblesse matérielle devient elle- « même une force ; car le faible qui lutte contre le fort peut « compter sur la sympathie de tous les esprits généreux. Est-ce « à l'Église de Jésus-Christ, à cette Église fondée dans le sang ce de Lin et de Glet, que cette indépendance pourrait manquer? ff Et si elle lui manquait, pourrait-elle espérer de s*appuyer sur <K l'étai pourri du pouvoir temporel ? Le Pape<-Roi ne peut-il « avoir de motif, de raison particulière qui l'entratne à caresser « les puissants de la 'terre, à leur complaire, à se les rendre « favorables? Les intérêts de sa souveraineté temporelle ne «c peuvent-ils jamais, je ne dis pas le mettre dans la nécessité, (( mais lui donner l'occasion, la tentation de manquer à ses « devoirs de chef de l'Église?
a L'indépendance véritable, spirituelle, qui ne se laisse fc émouvoir ni par les terreurs ni par les promesses du monde, a le monde ne peut la donner : les rosées célestes peuvent seules
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« nourrir les racines qui produisent la palme des martyrs (1). » Quelque graves que soient ces considérations , j'admettrais que rindépendance du Pape comme souverain d*un État est utile à son ministère religieux, si les faits prouvaient qu*il se trouve ainsi plus libre dans Cexercice de son pouvoir spirituel ; mais cette preuve, je ne la vois pas ; je vois, au contraire, que Jules Ily ayant attaqué Louis XII, roi de France, avec les armes temporelles, les rôles se trouvèrent intervertis d'une manière étrange, et que le roi chercha à se défendre en employant contre le Pape les armes spirituelles et en s*efIorçant de le faire déposer, d'abord par un concile d*évèques frant^ais rassemblé à Tours, puis par un concile général convoqué à Pise (2). Je vois que Léon X, ayant conclu avec François I^' le concordat par lequel l'élection des évèques était remise au roi, il refusa de la ratifier tant qu'il espéra voir les Français chassés de l'Italie, et qu il s'y décida quand l'entreprise de l'empereur Maximilien eut échoué. Si l'on étudie les négociations qui précédèrent le divorce d'Henri YIII et de Catherine d'Aragon, d'où surgit le schisme qui sépara de l'Église la noble Angleterre, on verra que le Pape fut toujours contraire ou favorable au divorce, selon que ses intérêts politiques lui conseillaient de se rapprocher de l'Empereur ou de ses ennemis. Daus notre siècle, les violences que Pie YII souffrit de Napoléon I*' vinrent de ce qu'il refusait de seconder sa politique.
c( Quand on a vu successivement^ dit un écrivain dévoué à la « Papauté, deux Papes, Pie YI et Pie YII, faits prisonniers « pour avoir attendu les événements, on a eu occasion de ré- « fléchir sur les conditions que les temps modernes avaient ff faites à la Papauté. Alexandre II ou Innocent II seraient pas- « ses en Sicile, et là, à Tabri de toute entreprise de la part de « leurs ennemis, sous la protection de l'Angleterre, ils auraient « continué à gouverner TÉglise. Pie YI et Pie YII étaient pro-^ ff fondement dévoués à leur devoir; cependant ils ont, en « quelque sorte, subordonné leur mission ecclésiastique à leur « souveraineté temporelle. Ils n'ont pas voulu abandonner ni
(1) GiorgiAî. — Du Pouvoir temporel des Papes. VI. (i) Guichardin. — Histoire cTItalie, liv. IX, cb. III, V.
a leurs États ni jeur peuf^l^ ; ^piQ^ ^^ sénateurs de l'ancienne n Borne, ils ont attendu les Gaulois sur leurs sié^. On ^t « convoient ils ont été traités (1). i»
Sx le Pontife n'avait été que le chef de l'Église, lEmpereur n'aurait eu aucun prétexte pour l'arracher de son siège et le faire prisonnier. Dans tqutes ces dbcasions, le pouvoir temporel de la Papauté ne se i^iontra pas seulement impuissant à la pror téger, mais il attira sur elle les plus graves dangerç. Pi^r contre, je ne connais aucune circonstance où les forces que le Pape tire de sa squver^inet^ aient conjuré les dangers qu'il pouvait couric dans l'exercice de son pouvoir spirituel.
Mais supposons même que l'indépendance du Pape, chef de l'Église, fût mieux assurée quand il exerçait une souveraineté incontestée, sans recourir à la protection des étrangers. Tout f^ changé depuis que le Pape ne se soutient dans ses États qu*avec la protection d'une armée étrangère. L'indépendance des monarqqes dépend de l'obéissance spontanée de leurs sujets et des forcés matérielles dont ils peuvent disposer. Que l'obéissance spontanée des peuples vienne à paanquqf, les forces manquent aussi, et la contrainte, possible contre quelques individu^, échou^ contrp les multitudes. Aujourd'hui le Pape, en tant que iponarque, a perdu et l'une et l'autre. Il n'a pas l'obéissance de ses sujets, qui se révoltent aussitôt qu'ils le peuvent; il n'(^ pas 1^ force de les dompter, puisque pour conserver son État il lui faut recourir aux étrangers. Le pouvoir temporel ne lui procure plus a'autre avantage que celui d'avoir sous sa domination six c^nt mille rebelles, et de donner au monde l'indigne spectacle d'un Pape qui mendie une intervention étrangère. En réalité, le fape dépend de ceux à l'assistance desquels il doit d'être encore souverain, et qui le feront tomber de son trône le jour où ils rappelleront leurs soldats. On dira : l'indépendance du Pape n'est pas diminuée. Aujourd'hui, aucune puissance ne réclame du Pape, en échange du secours qui lui est prêté, aucun acte dépendant de l'exercice de son pouvoir spirituel; le Pontife n'en conserve pas moins toujours la qualité de Souverain qui le préserve de la dépendance dans laquelle il se trouverait vis-à-
(1) DœlliDger. — Kirche tmd kirchen^ Pn^thum und Kirehenstaat.
tU de ceux qui riperaient sur son Èi^\ $lès Qi}6 MQ poqyoir temporel cesserait d'exister. — Ouït inajs |pu| ççt ^\%\ â® OhM^» en ce qu'il a encore d^avantageux pour le Pape^ pf^ dépend po du territoire dont il n*est plus le Souveraip, ppi^qu^l le tient d*autrui, mais des prérogatiyes personnelles q\ie lui conféra cette qualité, et qui pourraient lui être encore miqiix ^sgnréQS si elles étaient séparées dp toqt droit territorial, puisqi^'oq Itfi lui reconnaîtrait avec plus ^'unanimité 0t (}u'on v attaobfirait plus de respfîct.
Cette déplprable çpndition du Pape en face de se^ s^je(S9 i^T flue sur les conditions générales du catholicisme. J*ai déjà dér montré dans le chapitre précédent coipment Ton ne peut fdirp cesser Tantagonisme deTautorité religieuse et de la pensée librQ, ni assurer complètement la liberté légale du pouvoir spiri(i|(;)y si Ton n^applique pas aux matières ecclésiastiques les principfis sur lesquels se fonde le gouvernement des peuples libres, i*^! déclaré que Ton ne pourra Tobtenir que lorsque la l^iérarchie ecclésiastique, cessant de réclamer et de regretter le pass^, acceptera sans arrière-pensée les grands principes d^ droit morderne, c'est-à-dire Tabolition de tous les privilèges civiU dpnt les catholiques s*avantagent sur les dissidents et les clercs sur les laïques. Or, un tel bienfait ne peut être pleinement Qbteni}» tant que le Pape demeure le souverain de rÉtat-Ron^ain.
H. Albert de Broglie craint, à juste titre, que les théprie^ çl^ parti catholique français, qui se pose en ennemi 4e la liberté religieuse, ne compromettent le catholicisme devant Ifi civilisation moderne. Mais cet inconvénient ne subsistera-t-il pe|s ()£|pg toute sa gravité, tant que la plus grande autorité catholique $p prononce contre la liberté religieuse? Tant que le Pape conserve la souveraineté temporelle, peut-il en être autrepient? ]?eut-pn espérer qu'il consacre la liberté religieuse? Il en est de ffiêpfi^ de Tégalité civile et politique. Ta souveraineté est Qujoufd'tmi le privilège le plus énorme qui ait jamais existé daqç la cbrér tienté ; espérer qu'il consacre Tégalité, c'est comme lui demander de renoncer au principe sur lequel se fonde son pouvoir. J^ Pape représente officiellement TËglise, comme dans les qapniircbies le Roi représente l'État. L'Eglise est mal représentée par le Pape, souverain temporel, que cette souveraiaeté eiit^atqe
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à la négation des principes qui pourraient seuls le réconcilier avec la société moderne, sans compromettre aucune de ses traditions immuables.
De même que les sujets d'une monarchie peuvent désapprouver le système suivi par le Roi, sans pour cela lui être rebelles, ainsi les catholiques peuvent désapprouver le système suivi par le Pape, et ne 'pas être hérétiques. Il est toutefois certain qu'aux yeux de la multitude» soit qu'elle professe notre croyance ou qu'elle soit dissidente, le plus catholique est celui qui se tient le plus étroitement uni au Pape. Dans le passé, la catholicité a eu des hommes d'une très-grande autorité, tels que les Gerson et les Bossuet, qui croyaient qu'il suffisait à l'orthodoxie de se tenir uni au Saint-Siège dans les doctrines immuables du catholicisme, et que dans tout le reste il était permis aux fidèles de différer d'opinion avec le Pape et de combattre ses prétentions. Aujourd'hui, les partisans de ces opinions sont en petit nombre, et, que ce soit un bien ou un mal, un fait durable ou passager, la majorité des catholiques parait toujours plus aller vers ceux qui soutiennent des doctrines plus favorables à l'exagération des prérogatives papales. Le Pape maintient, de son côté, la tradition qui a eu son origine dans les coutumes du moyen âge. A ce point de vue, quel jugement doit-il porter sur la société moderne? Des États où toutes les opinions sont libres, où les hérétiques ont les mêmes droits que les catholiques, où les Évèques et les Prêtres n'ont aucune immunité personnelle, où l'Église ne peut acquérir de biensfonds sans le consentement du pouvoir civil, où les actes de la juridiction spirituelle n'ont aucun effet devant les tribunaux laïques, tout cet ordre de choses, loiti de lui paraître un progrès sur le moyen âge, sera à ses yeux une monstrueuse perversité. Si, depuis le concordat de 1801, il ne fait aucune opposition directe h cette organisation nouvelle, là où il l'a reconnue, ce ne sera jamais de sa part qu'une tolérance propter duritiem cordis eorum. De là vient qu'il ne pourra jamais voir autrement qu'avec un amer regret tout ce qui contribue à introduire ces changements, c'est-à-dire toute la civilisation moderne. De là les lamentations continuelles sur la perversité de nos temps, et la persuasion que tout ce qui a conduit à quelqu'une des inno-
TatioDS que nous avons indiquées s'est fait dans une intention hostile au Christianisme. Si» comparant la société moderne à cet idéal que la religion révèle à la conscience humaine» il y découvrait les traces d'une corruption trop visible au milieu des progrès dont elle est fière, il n*aurait que trop raison ; mais qu'on nous présente comme un type de perfection ces temps d'ignorance et de barbarie où le Clergé a acquis les immenses privilèges dont le Pape défend aujourd*hui les derniers restes ; que tout le progrès de la civilisation qui finit d'affranchir la société laïque de la tutelle de la hiérarchie ecclésiastique soit tenu pour une œuvre infernale, c'est une proposition qu'on ne saurait admettre, quelle que soit Tautorité qui l'affirme. La haute dignité du chef de l'Église, l'obéissance exagérée de quelques catholiques, le regret des prérogatives perdues, une aversion sincère et juste, mais souvent peu éclairée, contre les doctrines irréligieuses qui se sont attachées comme une plante parasite et malfaisante à la civilisation moderne, font que ces opinions du Pape se reflètent dans celles de toute la hiérarchie ecclésiastique et des catholiques plus timorés.
Ces opinions ont un pendant dans celles des hommes pour qui le Catholicisme est le représentant du moyen Age, et qui croient qu'il n'y a de vrai progrès que celui qui abandonne l'Église. A cette opinion s'en rattache une autre non exprimée, mais affirmée par plusieurs dans leur pensée intime, que la religion ne sert qu'à contenir la plèbe. Toutes ces causes maintiennent dans toute son ardeur cette lutte entre la religion et la civilisation moderne, qui a son siège principal à Rome et sa principale raison d'être dans le pouvoir temporel du Pape. Cette lutte ins* pire à Rome ces jugements sur les conditions du monde actuel, qu'on pourrait presque comparer à ceux d'un homme qui se serait endormi au moyen Age, pour se réveiller aujourd'hui au fracas de nos révolutions.
« L'intolérance religieuse, qui est maintenue dans toute sa « rigueur dans les Étais-Romains, compromet gravement les « intérêts de l'Église, dit l'abbé Dœllinger. Pour quiconque suit « le cours des affaires européennes, il est évident que trois inci- « dents, celui du prêtre Achilli, l'édit de l'inquisiteur Araldi et « le rapt de l'enfant Mortara, ont pesé plus qu'une bataille
« perdue dans la balaqce où se pèsent les destinées de VÈU\ de « rÉglise. n ne s*agit pas ici de jug^r ces faits, mais d'apprécié « leur influence sur Topinion publique qui finit toujours par c être victorieuse. L'Europe est aujourd'hui comme une maison « de Terre. II ne suffit plus de négocier avec les gouvernements. « Derrière les gouvernements se trouve Topinion publique dont c ils doivent subir l'autorité. Pour quiconque veut r^arder de « ses propres yeux, il est facile de voir qu'en Italie, en Anglec terre, dans la plus grande partie de l'Allemagne, Topinion est
« aujourd'hui hostile à la conservation du pouvoir temporel
(( Si la Cour de Rome restait quelque temps en Allemagne, les a préla|s romains se persuaderaient que pour être et pour de- (C meurer catholique, notre peuple n'a pas besoin de l'assistance <c de la police, et que la force du sentiment religieux donne c chez nous plus de garanties à l'Eglise qu'elle ne pourrait en « trouver dans les prisons épiscopales que nous ne connaissons a plus. Dieu merci! Ils verraient que l'Église allemande sait « bien se tirer (^'affaire sans le secours du Saint-Qflice, et que tf nos évoques, quoique ou plutôt parce qu'ils n'ont recours à « aucune coercition , sont honorés par notre peuple autant « que s'ils étaient des princes régnants. Ils apprendraient « que notre Église se fonde sur la base, large et incontestée, « d'une bonne organisation paroissiale et d'un bon système « d'enseignement religieux. Ils apprendraient que nous avons a lutté longtemps, sincèrement et sans réserve, pour affranchir <c l'Église des liens de la bureaucratie, et qu'il ne peut venir dans <c l'esprit de personne de contester aux Italiens ce que nous (( avons revendiqué à notre profit. • Ces observations, dont on pe saurait contester la justesse, ont une portée bien plus grande que celle que M. Dœllinger leur a donnée. En s'adressant au parti catholique français et en lui reprochant son intolérance, M. Albert de Brogliea dit : Si^ en France, la liberté religieuse était incompatible avec la foi catholique, elle le serait partout. Ce que cet illustre écrivain a dit de la France est encore plus vrai de Rome, et malheureusement l'intolérance du gouvernement romain compromet les intérêts religieux de l'Église autant que ceux de son pouvoir temporel. Les catholiques libéraux et éclairés, tels que M. de Broglie et l'abbé Dœllioger, auront
be^p ^ire que le C^tholipismQ ne repousse pas la liberté religieuse ; ils seront peu crus tant qqe le Pape sera le représentant le plus éminent d'un système contraire, et il le sera toujours tant qu'il gardera le pouvoir te^nporel.
Quand je parle ainsi des opinions du Pape, je ne veux attaquer ni Tautorité du chef de TÉglise, ni celui qui en est invest} aujourd'hui, ni les prélats parmi lesquels il est choisi. J*ai&rme que tel est l'effet nécessaire du pouvoir temporel du Pape. Je ne fais pas plus allusion à Pie IX qu*à tout autre Pape présent ou futur qui pourrait être sous l'influence du pouvoir temporel. Lg Pape natt et vit d'ordinaire dans un pays où Ton est j«|1qux dç tous ces privilèges des catholiques sur les dissidents, du Clergé sur les laïques, qui ont été abrogés partout où la civilisation (| progressé. Un prêtre né ailleurs ne serait pas devenu cardinal^ s'il n'avait accepté les préjugés de la Cour de Borne. On lui f^ enseigné que quiconque attaque ces privilèges est Tennemi de la religion. Homme de conscience timorée, il a accepté docjle-: ment ces opinions. S'il était autre, il serait probablement de ceux à qui l'ambition tient lieu de conscience, ^i, ap milieu de; influences de l'éducation ecclésiastique, il lifi était festé un esprit assez indépendant pour pe pas les accepter, il serait resté un catholique sincère, mais il ne serait pas devenu cardinal Son éducation Ta séparé de ceux qui professent des opinions liber raies. Dans leur influence sur les mœurs, sur les opinions, sur les lois des peuples chrétiens, il ne voit que l'effet de Tirréligion. Qu'ainsi élevé et ainsi disposé, il arrive au pouvoir suprême, qu'y aurait-il d'étonnant si dans le gouvernement de l'État et dans les rapports qu'il aura avec les nations de la Chrétienté, il applique les principes qui ont inspiré son éducation? Cet état de choses, dont on se plaint amèrement et avec raison, n'est le résultat ni d'une politique scélérate ni d'une ignorance $tupide; c'est l'effet naturel d'une institution encore moins mauvaise en elle-même qu'elle n'est en contradiction avec les conditions de notre époque. Que ce pouvoir cesse, que le Pape vive au milieu du peuple italien indépendant et libre, mais res* pectueux envers la religion catholique et le pouvoir spirituel^ et il connaîtra mieux les conditions de la civilisation actuelle. Sans doute, à considérer la véhémence des protestations et des çen^
sures de Rome, il semblerait que le différeod soit ioconciliable. Il n'y a pas à s^eo trop inquiéter. C*est le style que tient toujours la Cour de Rome, qui accepte» en fin de compte, les innovations que les circonstances rendent inévitables lorsqu'elles ne troublent pas Tunité de la foi. Aujourd'hui les grands chan* gements politiques survenus en Italie, la perte des principales provinces de TÉlat, la volonté de s*unir au royaume italien, que les Romains manifestent en toute occasion , sont r^ardés comme des anomalies qui doivent cesser. Pour arriver à ce résultat, le Pape emploie les paroles véhémentes que chacun connaît ; mais quand les faits auront démontré Tinanité de ses espérances, qu*adviendra*t-il7 J*ai déjà montré ailleurs comment la cessation de son pouvoir temporel ne peut faire croire au Pape que soient cessée, ni la mission qu'il tient de Dieu, ni TobligatioD de résider là où il a son siège pour en accomplir les devoirs.
Quand ils sont accomplis, les grands changements se présentent souvent à leurs adversaires sous un aspect nouveau et inattendu. Bossuet avait à lui seul bien plus de génie que n'en ont tous ensemble les défenseur^ du pouvoir temporel du Pape. Si on lui avait dit qu*il viendrait un jour où ces calvinistes qu'il remerciait Dieu de voir proscrits par Louis XIY, seraient admis à jouir des mêmes droits que les catholiques, où le Clergé de France cesserait d'être un ordre dans l'État et où il perdrait ses immunités, ses juridictions, ses propriétés ! Sans doute, à cette nouvelle, le grand évêque aurait reculé d'horreur. Et pourtant quiconque apprécie les faits avec impartialité, doit reconnaître que les conditions que le concordat de 1801 a faites au catholicisme et à sa hiérarchie, ont été plus avantageuses à la religion et à l'Église, que toute la protection que leur accordait ce prince vicieux et absolu, à qui la persécution contre les calvinistes, les jansénistes et les quiétistes, tenait lieu de toutes les vertus morales et chrétiennes que le Clergé de son temps lui attribuait et qu*il n'avait pas. Je n'espère pas convertir les défenseurs du pouvoir temporel du Pape, mais je voudrais exposer à ceux qui voudront étudier la question avec un esprit d'impartialité, quelles peuvent être les conséquences probables de son abolition. Elles me paraissent devoir apporter plus de profit que de dommage au pouvoir spirituel du Pape et de la hiérarchie
catholique. Quiconque désire ce grand changement, doit faire de son mieux pour qu'il en soit ainsi; sans insister sur des considérations morales et religieuses, il est certain que TEurope moderne, qui n*aime pas que sa paix soit troublée par des dissensions religieuses, ferait mauvais accueil à l'unité de Tltalie, si elle se posait comme une menace au catholicisme. Aussi, afin donc d'assurer au Pape Texercice de ses droits^ comme Chef de rÉglise, je crois qu'en perdant les prérogatives territoriales de la souveraineté, il devrait en retenir toutes les prérogatives personnelles, et principalement celle qui est la plus importante de toutes, rinviolabilité de sa personne, qui devrait être sacrée comme celle des rois. Cette inviolabilité assurée au Pontife, ne serait point une dérogation aux maximes du droit constitutionneU elle en serait une application. Le droit des peuples libres repousse les privilèges que le moyen Age avait établis au profit des puissants. Il admet, au contraire, les prérogatives qui se fondent sur des raisons d'utilité publique; telles sont celles que la monarchie toostitationnelle attribue au Roi,et telles seraient celles que nous proposons pour le Pontife. La maxime des peuples libres, Tindépendance des grands pouvoirs de l'État, des deux chambres du Parlement et des corps judiciaires, se place à côté de l'inviolabilité du monarque, et elle se reflète dans une inviolabilité relative attribuée à leurs membres. C'est là le principe de l'inamovibilité des magistrats, qu*on veut soustraire à l'autorité absolue que le gouvernement exerce sur les autres fonctionnaires. C'est là le principe de l'inviolabilité relative des membres du Parlement. L'indépendance absolue delà couronne est exprimée par rinviolabilité absolue du monarque.
Ce principe du droit constitutionnel se retrouve dans le droit international. Dans plusieurs cas, les lois de l'État sont appliquées aux étrangers. Jamais elles ne pourraient l'être ni aux souverains étrangers, ni à leurs envoyés qui représentent un pouvoir indépendant.
Appliquons ces principes au Pape, chef de l'Église catholique. Il est le représentant suprême de cette autorité spirituelle qui ne saurait être assez indépendante de tout pouvoir politique ; à ce titre sa personne, comme celle des monarques, doit être inviolable et sacrée.
tin sentiment confus de rînviolabilité, qui est la conséquence naturelle de Tindépendance des pouvoirs, a maintenu les immuiiilës ecclésiastiques. Aujourd'hui on ne saurait partir de ces principes pour réclamer, en général, rinyiolabilité [immunUas) des ministres du pouvoir ecclésiastique. Ce serait là un privilège que les mœurs actuelles ne tolèrent nulle part et qu'elles ne sauraient tolérer. D'un côté, les libertés constitutionnelles, franchement appliquées, assurent à TÉglise toute la liberté qui lui est nécessaire, bien mieux qu'aucun privilège ne saurait le faire; de Tautre, aucune des raisons qui condamnent Tinviolabilité des autres ministres de rÉglise, ne s'applique au Pape. L'iiiviolabiliié d'un individu ne saurait être dangereuse. Mais une inviolabilité qui est maintenue dans Tintérét religieux de toutes les nations catholiques, ne saurait être assez garantie par la constitution d'un État. Ainsi Tinviolabilité du ^ape devrait trouver sa sanction dans le droit international. L'indépendance de l'autorité religieuse est un si grand intérêt, qu'il doit avoir auprès de toutes les puissances humaines un défenseur qu'aucune de leurs lois ne puisse entraver.
Les défenseurs du pouvoir temporel du Pape partent du principe qu'il ne doit être sujet de qui c[ue ce soit, afin que le pouvoir spirituel soit absolument indépendant J'accepte pleinement ce principe, auquel il sera pleinement satisfait quand la personne du Pontife, déclarée sacrée et inviolable, sera entourée du même prestige que celle du Roi. Cela bien établi et la personne du t'^ontife rendue libre de toute contrainte, le pouvoir temporel ne lui apportera aucun avantage, et il pourra le perdre sans inconvénient. En effet, en quoi ce pouvoir est-il utile à l'exercice du pouvoir spirituel? Ce serait faire outrage au Pontife de supposer qu'il veuille le maintenir parce qu'il lui est une source de biens terrestres et qu'il lui procure la satisfaction de commander à des milliers de sujets. Le premier des avantages que le pouvoir spirituel retire de l'adjonction du temporel, consiste en ce que, sur le territoire soumis à sa puissance, le Pape maintient inviolée l'autorité du itoiX canon, auquel il conforme le gouvernement de son État, plutôt qu'au droit commun des peuples civilisés. Au point de vue religieux, celte considération n'a aucune valeur. Si le Pape exerce une autorité spéciale sur le diocèse de Rome,
il le fait en sa qualité d'évôque, qui ne lui confère d'autres droits que ceux de tous les autres pasteurs des diocèses. Quant à Tautorité spirituelle que le Pape exerce sur toute rËglise, il D*y a pas de raison pour que, dans les États-tlomàinsi ses effets doivent être autres que dans les autres parties de la catholicité. À ce seul État appartient le funeste privilège d'un gouvernement qui emploie la contrainte pour maintenir intactes dans toutes leurs parties les dispositions de Tantique droit canon. Ce privilège est intolérable pour les Romains, et parmi les étrangers qui voudraient les contraindre à le subir il n'en est aucun qui le voulût pour soi. Ainsi la prérogative territoriale du Pontife n'étant pas instituée pour que TÉtat-Romain soit gouverné plus catholiquement que les autres, ne saurait avoir d*autre but que de rendre plus inviolable son inviolabilité personnelle. Eh bien I c'est le contraire qui arrive. Les droits que la loi internationale de rEurope attribue au Pape sur le territoire romain ne protègent pas son inviolabilité personnelle; c'est, au contraire, * rinviolabilité, la dignité inséparable de la personne du chef de l'Église, qui tient encore debout TÉtat-Romain, qui serait tombé depuis longtemps s'il appartenait à un prince séculier. Mais cette dignité propre au Pontife, qui rend sa personne inviolable et qui est inhérente à sa qualité de chef de TÉglise, non à celle de souverain de TÉtat-Romain; est-elle inséparable de la domination territoriale? Loin de là; aujourd'hui la qualité qui soustrait le Pape aux conditions légales dans lesquelles se trouvent tous les particuliers, ne se conserve que grâce à la continuation dans la métropole de la catholicité d'une occupation étrangère qui ne pourra se prolonger longtemps. Quand elle cessera, le Pape devra^ ou s'eiiler de son siège, ou subir les conditions des particuliers. Certes, il aura toujours en sa faveur le respect que la suprématie spirituelle qu'il exerce sur la chrétienté inspire à tous les chrétiens, mais son inviolabilité ne sera plus légalement établie. En séparant du pouvoir temporel le spirituel et en consacrant l'inviolabilité de celui qui l'exerce, l'hommage que l'on rendrait au chef de l'Église serait d'autant plus digne de lui qu'il ne pourrait plus être confondu avec celui qu'on rend à des souverainetés souvent, hélas f bien odieuses et bien précaires.
Lorsque la dignité et rîDdépendancequi doivent rendre inviolable la personne du représentant d'une Église impérissable, seraient reconnues par un pacte international commun à toute TEurope, ou plutôt à ce que nos ancêtres appelaient plus proprement la république chrétienne^eWes seraient soustraites à ces vicissitudes politiques auxquelles les États-Romains ne pourront rester étrangers. L'Italie, nation catholique» reconnaîtra volontiers la dignité inviolable du pontificat dans la personne du Pape; mais elle a protesté et elle proteste de toutes les manières, qu'elle ne veut plus sur son territoire cette souveraineté temporelle da Pape, dont la conservation est une menace pour ses droits et ses intérêts politiques. Ainsi, la condition privilégiée et inviolable du Pontife ne courrait plus les dangers auxquels elle ne peut se soustraire tant qu'elle se confond avec une domination détestée et détestable, qui ne reste debout que parce qu'elle est appuyée par une force étrangère.
Afin que la personne et la dignité du Pontife fussent rendues encore plus inviolables, et afin que, quelles que soient les vicissitudes de la politique, les fidèles aient libre accès au siège du chef de TÉglise, on. pourrait stipuler la neutralité du territoire entre Rome et Civita-Yecchia. Cet arrangement ne nuirait ni au territoire italien ni à sa capitale. Son indépendance n*en serait pas moins entière parce que, comme cela a lieu en Angleterre, les appareils militaires et le bruit des armes seraient éloignés du siège du Parlement. Il devrait être pourvu à la garde du Pontife par le royaume italien, de manière à protéger sa sûreté et à honorer sa personne. Certes, on ne pourrait tolérer qu'il fût fait au Pontife une garde, soit de soldats étrangers, soit de satellites recrutés dans toutes les parties du monde parmi les sectaires les plus enragés de ce parti catholique, qui, depuis le seizième siècle, fait toujours de la religion un auxiliaire du despotisme. Rien ne s'opposerait toutefois, quand le Pape aurait accepté la nouvelle organisation, à ce qu'il fût pourvu à sa garde d'accord entre lui et le gouvernement du royaume d'Italie.
Dans les monarchies, Tinviolabilité des personnes royales et la dignité de leur rang sont rendues visibles par l'éclat qui les entoure. Les mêmes raisons conseillent la même conduite envers le Pape. Qu'arriverait-il si un Pape, déposant spontanément
tODt prÎTilége et toute pompe mondaine, reprenait le train de vie des évoques de TÉgiise primitive, et s*en remettait entièrement à TelBcacité de la foi, delà pensée, de la parole chrétienne, et à la puissance de la charité et de Teiemple pour concilier le respect au ministère qui lui est confié? Je ne doute point que cet acte sage et magnanime ne fit une grande impression sur notre siècle trop avide d'honneurs, de richesses et des plaisirs que la richesse procure; je ne doute pas que cette impression ne fît revenir à la foi beaucoup de ceux qui ont Tâme fermée à la lumière du Christianisme et de TÉglise. Qui sait si Ton ne verrait pas se renouveler en partie le miracle de ces siècles où le Christianisme et l'Église faisaient surgir, du milieu de la corruption romaine et de la férocité barbare, une nouvelle sainteté et une civilisation non moins nouvelle? Néanmoins, à nous, écrivains politiques d'un pays libre^ il appartient seulement de conseiller aux gouvernements les arrangements qui peuvent assurer la liberté légale du pouvoir spirituel qui appartient au Pape , sans imposer à ceux qui furent ou qui sont encore ses sujets, le joug d'un gouvernement théocratique. La société laïque de nos temps n'est pas assez austère pour adresser ces conseils de rigide vertu au chef de l'Église, et le rôle de Savonarole, aujourd'hui sans danger, nous irait trop mal. Ainsi, la fameuse phrase de notre Alfieri: Que le grand-prêtre retourne à ses filets (1), peut se répéter comme un mot spirituel, mais elle ne saurait être un programme politique.
Il ne suffit pas d'avoir déclaré quelles sont les conditions à établir pour que le Pape ait la garantie politique de son indé-
(1) Voici tout le prograoïme d*Àlfieri; il est remarquable par son laconisme énergique et par une sévérité qui contraste avec le ton liceucieui de Tépoque où il a été écrit :
Il maggior prèle
Torni alla rete :
Cardinal urne
Non tolga iumc:
Vescovi e preti
Pochi e quieti :
Monache e frati
Tutti sfralati :
Leggi e non rè
Lltalia c*é.
pendance ; il ooQTÎenl d'examiner comment elles pourront passer dans le droit public européen. Mais comme oes conditioni doivent faire partie du droit public européen, il conYient d'examiner encore» en supposant qu*un plan quelconque Tienne i fiire reconnu comme propre à cette fin, quelle serait la force à laquelle on de? rait recourir pour le mettre en figueur.
La garantie de Tindépendance du Pape peut se chercher auprès des puissances catholiques, de ce que Ton appelle officiel* lement TEurope, ou bien de Tltalie organisée en nation indépendante et maîtresse d'elle-même. En considérant la questîoB telle qu'elle se présente à première vue, un accord entre les poissanees catholiques paraîtrait le parti le plus propre à établir les droits temporels de la Papauté. Mais il suffit de s'arrèler sur cette idée pour voir à Tinstant toutes les difficultés et tous les inconvénients qui raccompagnent. La question de TÉtat-Romain touche plus que toute autre aux conditions de Tltalie^ et, par conséquent^ à celles de l'Autriche, à celles de tout l'équiUbre européen; aussi les États protestants ne sauraient permettre qu*un objet de cette importance fût réglé par une transaction dont ils seraient exclus. La solution d'une si grande question politique, préparée par la séparation de TEurope catholique et protestante, ramènerait la politique aux temps de Philippe II ; elle serait la négation de tout le progrès consacré dans les relations internationales par les traités de Westpbalie et poursuivi jusqu'à nos jours. En outre, les conditions à établir pour le règlement des prérogatives temporelles du Pape doivent se conformer aux opinions générales de la catholicité, c'est-à-dire de cette vaste réunion d'hommes qui, vivant répandue sur toute la surface du globe, se rallie à une foi et à un intérêt religieux commun. Or, comment les opinions de la catholicité peuventelles être exprimées par un congrès de princes où chacun est déterminé par des ambitions poliliques, et qui n'a d'action qu'en proportion de sa puissance et de ses alliances? Un tel congrès n*exprimerait pas les opinions de la catholicité, mais bien celles du parti catholique^ c'est-à-dire de ce parti qui a rendu et rend encore difficile l'accord de la hiérarchie catholique et du Pape avec la civilisation moderne.
Depuis 181& jusqu'à 1848, les droits temporels de la Pa-
paaté forent définis par ca qu'on appela officiellement V Europe, qoi ne fat autre chose qu*une ampbictyonie des cinq grandes .monarchies chrétiennes. Sans antre droit que celui de la force, «Uea délibérèrent seules sur tout ce qu'elles prétendaient ayoir rapport aux intérêts généraux de TEurope, et & ce titre^ elles s'entendirent pour garantir le pouvoir absolu des rois contre le danger des réyolotions.Ce fut cette amphyctyonie qui restitua au Pape r£tat-Bomain avec ses limites déterminées dans le mode qui résulte des traités de Vienne. Ce fut elle aussi qui, dans le Mémorandum de 1831, présenta à Grégoire XYI aes conseils de réformes politiques qu'il n'écouta jamais. Ce fut elle encore quif au congrès de Paris en 1856 , déclara que l'occupation étrangère ne devait pM se prolonger indéfiniment dans l'État- |U)main^ et qui renouvela au Pape des conseils de modération et de réformes aussi peu écoutés alors que quinze années auparavant» Si^ en 1860, on avait pu réunir le Congrès qui d^'à avait été convoquée il aurait délibéré sur les nouvelles questions auxquelles donnait lieu la volonté hautement exprimée par les représentants des Romagnes de vouloir s'unir avec la monarchie italienne et libérale qui avait son siège à Turin. Seulement les envoyés piémontais, admis au dernier Congrès un peu par contrebande et non sans quelque scandale des absolutistes, marquaient Vavénement d'un nouveau système, humble dans ses commencements, mais aujourd'hui devenu puissant, suivant lequel l'Europe officielle n'aurait plus à statuer sur l'Italie et sur Itome i les Italiens seraient appelés à décider par eux-mêmes de leur propre sort, comme les grands peuples d'Europe. Le nouvel état de choses inauguré en 1814 et conservé jusqu'à la dernière guerre, avait quelque chose d'étrange. L'assemblée qui protégeait la Papauté se composait de cinq puissances, dont trois, la Russie, la Prusse, l'Angleterre, étaient séparées de l'orthodoxie catholique ; une, la France, avait porté en Europe et maintenu chez elle cette révolution devant laquelle avaient disparui en même temps que tous les autres privilèges du moyen ^e, ceux de l'orthodoxie et de la hiérarchie catholique. Une seule puissance représentait le système sur lequel était fondé le gouvernement temporel du Pape : l'Autriche, maitresse d'une bonne partie de l'Italie, et, partant, ennemie naturelle de
llodépendance, de la liberté et de la cmlîsation de Tltalie. Ainsi, toutes les interrcntions de l'Europe officielle dans les affaires de Borne et de Tltalie, n*aboutirent qu*à j accroître la prépondérance autrichienne. UEurope, représentée exclusivement par les cinq grandes puissances , soutenait le pouvoir temporel du Pape, c'est-à-dire une institution qu'on regardait communément comme destinée à protéger les intérêts religieux de la catholicité. Elle se présentait quelquefois comme médiatrice entre le Pape et son peuple pour délibérer de quelle façon le pouvoir temporel devait se réformer pour tenir avec honneur la place qui lui était assignée dans Talliance catholique ; et si les choses eussent tourné selon les vœux du Saint-Siège, aujourd'hui encore elle forcerait les peuples à se soumettre à sa domination. Sous un certain point de vue, il y avait là un progrès non-seulement de civilisation, mais encore de religion , car les vieilles haines religieuses étaient abandonnées, et toute la chrétienté concourait à maintenir, dans une situation convenable & sa dignité, le chef de l'Église qui ne dédaignait pas d'accepter l'appui des dissidents. Mais ce fait est bien loin de présenter un progrès, si l'on réfléchit que l'Europe officielle protégeait dans le Pape moins le représentant de la tradition religieuse que celui de Tabsolutisme et des vieux privilèges du moyen âge qu'on voulait maintenir en Italie pour les opposer è l'esprit libéral de notre époque. Je crois donc qu'il faut accepter le progrès qui est indiqué par la marche des événements européens, et que, non-seulement dans l'intérêt de l'Église, mais dans celui de la paix générale, les droits de la Papauté doivent être protégés non-seulement par les nations catholiques, mais par toute la chrétienté. Je crois en même temps que cette protection ne fera que rendre la Papauté solidaire d'un parti odieux et compromettant, tant que les puissances chrétiennes ne rendront pas hommage à ces principes de civilisation et de liberté qui ont amené l'émancipation de l'Italie et qui doivent la compléter.
Selon les institutions de la religion catholique, le Pape doit avoir le siège de son pouvoir spirituel en Italie. L'intérêt de l'Église ne demandait pas que dans la province où il résidait on favorisât tel ou tel système politique, mais bien que Ton assurât la dignité et l'indépendance de ce pouvoir spirituel qui
représente aux catholiques une tradition religieuse qui ne doit jamais subir Tinfluence des partis politiques ni des pouvoirs humains. Cet intérêt sacré n'est protégé ni par la force maternelle, ni par Thabileté des politiques, s*il n'est entouré du respect que la religion inspire à ceux qui acceptent ses croyances. Supposons ce qui, grAce à Dieu et à la sagesse des Italiens, n'arrivera jamais, que Tltalie» siège du Pontificat, se sépare de la catholicité, le Pape ne pourrait plus j résider convenablement, quand même il serait maître absolu de toute la Péninsule. La dignité extérieure dont il est revêtu, les garanties légales données à son indépendance, n'ont de prix qu'en tant qu'elles sont l'expression du sentiment catholique des peuples qui entourent le siège principal du catholicisme ; elles commencèrent lorsque les peuples de la Bomagne et de l'Exarchat, s'étant séparés des Grecs iconoclastes, se rattachèrent au Pontife que la vénération universelle et les conditions de l'époque leur indiquaient comme leur chef naturel. Mais c'était dans ces conditions seules que les honneurs dont le Chef de l'Église était entouré^ avaient une grande valeur ; il en était de même du pouvoir temporel, accepté et invoqué par les peuples comme une protection et un bienfait Au contraire, le pouvoir temporel du Pape réveille les haines, et il compromet l'autorité spirituelle, lorsque, comme aujourd'hui, à l'obéissance que les étrangers réclament pour lui, la partie la plus civilisée de la nation où il a son siège répond par la révolte ou par des protestations qui la préparent. Aux yeux de l'observateur impartial, un tel contraste ne relève pas la dignité du souverain pontificat; il la ravale en tendant à faire croire qu'on en fait d'autant moins de cas, qu'on la regarde de plus près et avec des yeux plus clairvoyants. Ces considérations fournissent un nouvel argument contre le pouvoir temporel du Pape. Nous avons déjà démontré comment Tautorité morale de la hiérarchie catholique, et celle même de la religion, ont été compromises toutes les fois qu'elles se sont présentées comme les alliées de Tabsolutisme. Dans l'État-Bomain, la hiérarchie catholique et le Pape ne sont pas seulement les alliés de l'absolutiisme; ils exercent eux-mêmes la domination absolue de la manière la plus odieuse; livrent le pays aux mains d*une caste qui déclare n'avoir aucune relation plus étroite avec le
territoire qu*eUe gouternô, qu^avec les autres parties dé là catholicité, se refusent aul concessions qui ne soni {ilttl niées même par les monarcliies despotiques^ et eoni^tiiiient toute aspiration yers Tindépendance nationale et la libefté t>olitiqae. Au temps de la tlestauration, il a suffi au Clergé frdn^ de s^approcber du parti qui regrettait Taneien régitne et qui s* efforçait de restreindre les libertés publiques, pour éloigner là nation et pour rendre la religion catholique moins respectée. Que serait-ce donc à Bome^ où Tordre de choses actuel excité toutes les passions politiques, où les maux sont bien plus gratei et tous directement imputables, non-seulement aux prèti^eéi mais au Pontife lui-même? Car c*est à lui que d'après les rnàxi'*» mes du régime absolu, doivent être politiquement sinon moralement imputés les désordres énormes de son gouvernement.
Ainsi, il appartient aux puissances chrétiennes de r£ûtt)pé de garantir Tindépendance de la Papauté; elles ne peuvent lé faire que d*accord avec Tltalie, et cet accord ne pourra s^obtenir que par la chute du pouvoir temporel.
il est donc nécessaire qu'il cesse, ce pouvoir temporel dotlt désormais il ne reste plus qu'un vain nom, puisqu'il ti^àssut^ au Pontife ni autorité, ni force réelle, mais lui procure sëulé«> ment le dangereux appui des armées étrangères, et la po^ibiliié plus dangereuse encore de persévérer dans tiû système qtii lui aliène et ses sujets et tous les Italiens. Que le Pape conserve les prérogatives personnelles de la souveraineté qui lui doiltient la seule force réelle qui le maintienne I ftôme et qui lui eU dôiineront une plus grande et plus efficace, quaiid ellëâ Sebônt séparées d'un pouvoir odieux à toute l'Italie, et ^tiÀhd èésièt'ont ainsi les obstacles qui le mettent dans Tiinpoàsibilité d'être en^touré du respect et de la vénération des ttaÛens.
L'abolition du pouvoir temporel du Pape ih&r<}uëra pdiir l'Italie la fin d'un état de choses où la liberté de l'Église dépeh*dait des privilèges qu'elle avait obtenus, et l'a vénemènt d'tine hté nouvelle où elle se fondera sur le droit comiUun. Le comte de Cavour Tannonça en déclarant que désormais parmi l6S Italieds, l*Église devait être libre dans l'État libre. L'accueil qui fut fait k cette déclaration a montré comment Topinion de la nation italienne, exprimée par les hommes les ^lus éclairés, voyait
dans celte maxinie la seule soluUoti qui fût acceptable dé la gîite question & laquelle le pouroU temporel dtl Pape a dotitié lieu.
Mais en fait de liberté, les maximes générales A'on! d'importance qu'autant qu'elles conduisent aux applications pratiques ; et si celles-ci dépendent, jusqu'à un certain points des lois et des gouvernements, elles dépendent encore plus des dispositions des esprits. La liberté du Pontificat et de VÉglise ne marquera la fin des difficultés actuelles que si de bon gré et loyalement garantie par rÉtat, elle est en môme temps acceptée de bon gré et exercée par le Pontife et par la hiérarchie ecclésiastique. La liberté est si salutaire, que, malgré le regret des privilèges perdus, je suis sûr que même les plus opinifttres partisans de l'ancien régime s'habitueraient facilement aU nouvel état de choses» si ces bienfaits leur étaient bien assurés. Toutefois, les préventions sont si graves et les colères si excitées» qu*ils ne se résoudront que très-tard à accepter la liberté comme une compensation qui ne laisse pas regretter les privilèges. Ces dispositions aggravent les difficultés. Sans doute il n'est pas aisé d'assurer la liberté ft qui ne veut pas Taccepter comme lin bienfait. Cependant, quelles que soient les difficultés h vaincre» quelles que soient les dangers coutre lesquels on aura à combattre» on de doit jamais se départir de Tesprit libéral.
Mous ne pourrions nous en départir sans nous lier 1 un système qui appliquerait les coercitions et les mesures préventives contre les oppositions faites au nom de la religion ; ce système ferait surgir pour nous, comme il l'a déjà Cait partout où oh l'a suivi, des difficultés toujours renaissatites qui deviendraient insurmontables. Toute TEùrope a si peu les habitudes de la liberté, que toutes ses traditions rendent difficile de procéder par la voie libérale qui serait la plus expéditive et la plus aisée. Les difficultés naissent des traditions des gouvernements absolus, habitués à compter plus sur la Contrainte que sur la liberté, de celles de la démocratie qui a exagéré l'omnipotence gouvernementale, de celles des révolutions qui ont enseigné à recourir aut violences de la multitude là où manque la contrainte des gouvernements, de celles du parli catholique qui a fait un article de foi des privilèges du Clergé, de celles du prosélytisme
anti-catholique qui voudrait tenter une entreprise en désaccord avec les habitudes de Tépoque et du pa js, en travaillant en ap^ parence à introduire en Italie une foi nouvelle, en réalité à troubler ou à insulter Tancienne.
Le principe de la séparation de TÉglise d*avec TÉtat. exprimé par l'axiome que j'ai rapporté plus haut» est compris par quelques-uns dans ce sens que la religion est un fait dont le gouvernement civil n*a point à s'occuper. Les conditions politiques d'un peupledépendentsurtoutdes conditions morales, et celles-ci de la religion, qui est un trop grand fait pour que le gouvernement puisse ne pas en tenir compte. Il jugerait mal les conditions des nations chrétiennes en général, et des nations catholiques en particulier, le gouvernement qui croirait pouvoir marcher au rebours de la religion. Une telle opinion serait en Italie plus inopportune que partout ailleurs. Le siège principal du catholicisme est fixé parmi nous : ce fait a une immense influence sur les conditions de Tltalie. Cette influence ne diminuera pas, quand la Papauté sera séparée du pouvoir temporel. Dire autrement serait partager Terreur des défenseurs de ce pouvoir, qui raisonnent comme si ce pouvoir était le principal et la religion l'accessoire. Le catholicisme a toujours eu, il a encore trop de part dans la vie italienne, pour qu'il soit permis de le négliger à ceux qui s'occupent du gouvernement de la nation.
« L'Italie, disait à la Chambre des députés un historien illusic tre^ l'Italie sans sa religion ne peut se concevoir pour quicon- «r que a vu et étudié notre patrie ; Tltalie et sa religion sont deux « termes inséparables... Cherchez l'Italie dans la poésie, dans ce la philosophie, dans les arts, dans les sciences, dans tout ce c( qui a rendu admirable cette grande mère du génie et des « chefs-d'œuvre. Interrogez les poëtes depuis Alighieri jusqu'à R Manzoni, et vous entendrez leurs chants les plus nobles, les «r plus sublimes, les plus grands, inspirés par cette religion qui c< a racheté l'humanité, qui a fait des citoyens libres de ceux c( qui étaient des esclaves. (Vives approbations et applaudisse^
ments dam les tribunes). Regardez les tableaux, les statues, les « édifices, les coupoles élevées vers le ciel; étudiez les sciences f( philosophiques depuissaint Thomas d'Aquin jusqu'à Gioberti, « les sciences physiques depuis Galilée jusqu'à Yolta, et dans
« tous les chefs*d*œuYre de rimagînation et du savoir, vous « trouverez Tltalie et la religion réuuies ; et si, par aventure» « vous rencoDtrez une exception, quelque grande qu'elle soit, « la solitude qui Tentoure confirme bien mieux Tuniversalité « du fait (1). »
Aussi il ne conviendrait pas de juger de notre situation, en la comparant à celle de la France où la violence de la révolution avait interrompu les traditions du Christianisme et bouleversé tous les droits reconnus, lorsqu*il fut question de régler les droits du catholicisme et de sa hiérarchie selon les règles du droit commun, plutôt que selon les privilèges du moyen âge. Ce sérail commettre une grande erreur que de croire qu'il faut commencer l'œuvre de la liberté en privant la hiérarchie ecclésiastique de tous ses droits acquis, et en combattant l'autorité morale de la religion catholique. Qui ne sait qu'on rendrait impossible cette conciliation qui peut seule réaliser le grand changement qu'on veut accomplir dans les droits temporels de la Papauté et de la hiérarchie catholique? Nous donnerions gain de cause à nos adversaires, qui nous dénonceraient comme ennemis de la religion et persécuteurs^ acharnés de sa hiérarchie.
C'est pourquoi j'ai la conviction profonde que dans toutes les questions qui touchent à la religion, nous devons, plus que jamais, protéger et la conscience des catholiques et les droits acquis sous la protection des lois. Lorsqu'il s'agit de faire accepter à toute la catholicité un grand changement, celui par lequel le Chef de l'Église cessera d'être souverain, il faut que nos actes prouvent que nous ne sommes guidés par aucune in* tention hostile ni à la religion ni à TÉglise.
L'Italie doit s'approprier la réflexion que Bossi a faite à propos de Napoléon l^' : « Il fallait faire sentir aux peuples que les « ennemis de leur émancipation n'étaient point les vicaires du <( Christ, mais les princes temporels de Rome... Dans ce sjs- « tème, il fallait avant tout éviter toute discussion religieuse, « entourer la religion, ses institutions, ses ministres, d'un res- < pect profond et sincère. »
L'application de cette maxime aux différents intérêts tempo- Ci) Carutti. — SéoHCê du 47 avrU 1 861 .
rels aatqiielfl donne lieu Vexerclce de la religion dans on pajs catholique, pourrait deyenir le sujet d*iine suite de recherches qui seraient étrangères à l'objet que je me suis proposé dans cet ouvrage (1}» Je me eontenterai d'une seule réflexion. Dans ee qui tient à rexercicede la religion, comme en tout, le meilleur, le plus libéral de tous les systèmes, lé seul qui ait en sa fateur l'autorité de ceux qui ont su asseoir les franchises constitutionnelles sur un fondement solide, c'est celui qui est le plus éloigné de rendre tout-puissant le pouvoir qui veut, qui agit, qui commande au nom de TÉtat, qu'il s'appelle démocratie ou monarchie, c'est celui qui laisse le champ le plus libre à l'activité et à la liberté des individus et des associations, de la commune, de la province, de l'école et de TÉglise, la plus importante parmi toutes les associations.
Les considérations que je viens d'exposer tebdënt k montrer dans quel esprit on doit procéder pour avoir le droit de dire que la liberté est loyalement assurée à l'Église^ Cette œuvre est nécessaire à remplir afin que plus tard ses résultats puissent être acceptés de bon gré par le Pontife et par la hiérarchie catholique, et que la catholicité s'habitue à un état de choses qui doit compenser amplement le chef de rÉglisë de la perte de ce pouvoir temporel qui ne lui procurehait désormais que des embarras infinis^ s'il lui était possible de cohserver par force une domination contre laquelle toute l'Italie proteste. Les désirs de tout ce qu'il y a dans ses États de libéraux éclairés, tendent à une coticiliation qui accorde les droits de l'Italie qui veut, et veut avec raison, l'unification de son territoire, avec les droits de l'Église, dont les institutions exigent que le Souverain- Pontife réside à Bome, et qu'il exerce sa juridiction spirituelle avec plus de liberté, de sécurité, de dignité qu'il n'a fait jusqu'à présent.
(1) Voyez dans Tappendice le Mémoire sur les biens ecclésiastiques, que je donne eomme essai de \û itiailière dont il me paraîtrait convenable de procéder dans ces graves questions. Dans Tédition italienne de cet ouvrage^ j'avais exprima Topinion, qa*il ' Talait mieux laisser cette question intacte pour ne pas compliquer celle de Pabolition du pouvoir temporel. Si la cour de Rome avait ét6 aihenéd à céder sur ce point capital, il eût été facile d'en venir à une transaction amiable sur les autres questions. Aujourd'hui il serait impossible que l'opinion publique se résignât à un plus long délai. C'est un exemple qui prouve combien Tentétement avec lequel on défend le pdnvoir temporel eil funeste.
Lltfcli» ne peut fectilef Mt lA que^tiotl foniiilné; mais Ik au^^i elle d6lt porter encore Tesprit de modâratioti Qui a i^éildù ih Mtoltition remarquable entré toutes celleà (|ûi ont été acëôtnpUës dans les temps récents, qui lui & valu un suctès supérieur î seë espérances, et qui doit probablement marquer lé coi&iïienceméht d*une période nouvelle dans Thistoire de Tesprit llbêràL
Toute TEurope a les jeux axés sur la question italienne qui intéresse la catholicité, et» par conséquent, toute la chrétienté, dont la catholicité est une paKie si importante en tAnt (Qu'elle se lie aux destinées de la Papauté* Toute la Catholicité Se préocbupe de ces passions hostiles à là souveraineté du Pape, ^ui ne peuvent continuer à agiter les Ames sans menacer le pouvoir spirituel du Pontife. La Catholicité ne calmera pas ëes passions en soutenant un état de choses impossible, mais en appuyant un arrangement qui puisse concilier les deux grands intérêts qui sont aujourd'hui en présence : l'indépendance et Tunité de Tltalie, la dignité et la liberté du Saint-Siège. L'appui moral de TEurope accordé à l'Italie catholique apaisera ce grand débat, quand le Pape ne pourra plus se flatter d'être secondé en mettant en avant des prétentions qui tendent à confondre Tindépendance de son ministère spirituel avec son pouvoir temporel. Le Pape ne peut résider avec honneur qu'au milieu d'un peuple sincèrement affectionné à l'Église et au pouvoir spirituel qui la régit. L'histoire des trois derniers siècles démontre que ces sentiments se perdent, quand on veut les associer à des intérêts terrestres. Sous ce rapport, aucune situation n'est plus mauvaise que celle qui dure encore en Italie, ôfl, non-séuletnent le Qhef de YÈfiVisé est le Seul A\\à dès abtoîdtistés, mai» ôQ il est resté le seul prince italien hostile k l'indépendance et ft la grandeur de sa patrie. Un système qiii prolonge par force cet étal dé ehosé§, ne réconcilie pas les Ames Avec la Papauté, il fomente au eontraire toutes les passions qui lui soht le pliis hostiles. Les moderateurs du mouvement national ont réussi jUsqû^à présent à le contenir; mais ils n'y réussiraient pas IdngtempSi S'ils étaient laissés seuls médiateurs entré les exagérations de la Cour dé Borne qui n'admet pas de catholicisme sans un Pape souterAin absolu de TÉtat-Romain, et les exagérations de ceux qui voudMieâl détruire le catholicisme pour détruire et) raéine temt^ le
pouToir temporel du Pape. Amenée à ce point, Topposition qa*oa a jasqa*ici remarquée dans la cirilisation moderne, entre les pririléges de la hiérarchie catholique et Tesprit libéral, doit nécessairement ou provoquer une nouvelle perturbation morale et politique dont personne ne peut prévoir le résultat, ou se terminer par une conciliation qui ne ferait plus de la liberté une machine de guerre, mais un bienfait également assuré et è TÉglise et aux peuples. Les conditions de la conciliation qui serait le plus facile à établir dans l'intérêt des deux parties, seraient : Témancipation de Rome capitale du royaume d'Italie ; les prérogatives de la dignité souveraine attribuées au Pontife comme chef de rÉglise universelle et non comme monarque; la liberté du pouvoir spirituel pleinement reconnue par l'Italie libre et mattresse d'elle-même.