UN JUGEMENT DE M. MASSIMO D*AZBGUO
Dans la brochure déjà citée plus haut {du Mouvement italien^ première lettre à M.Guizot), M. Bon-Compagni produit contre son adversaire un témoignage assez important pour ôtre relaté :
(1) Voir page 118.
(2) Voir page 138.
— Xi2 —
<f Le gouTernement de Rome, disait M. d'Azeglio, s*appoie sur les « deQX forces qui sont les plus odieases à l'opinion, non-seulement de «riulie, mais de toute la civilisation chrétienne; snr deux forces « (qu*on remarque ces prophétiques paroles) qui lui manqueront tôt Cl ou tard et qui l'entratneront dans leur ruine. Ces deux forces sont « les armées mercenaires et les armées étrangères. Le seul fait de s'ap- « puyer sur une armée mercenaire prouve que le gouvernement du a Pape ne compte point d'amis parmi ses sujets, qu'il ne peut se fier à « personne, qu'il ne se fonde que sur la violence qui implique l'illé- <c giiimité; qu'il doit tomber quand cette violence viendra à cesser.
« L'armée étrangère, c'est-à-dire la protection de l'Autriche, con- « serve matériellement le gouvernement du Pape; mais, comme Tarn mée mercenaire, elle prouve qu'il ne peut compter sur ses sujets ; en « outre, elle le rend odieux aux Italiens, qui veulent, avant tout, leur « indépendance,, et qui ne sauraient pardonner à la Papauté de s'allier « contre la patrie avec les étrangers. Hors d'Italie, pour tous les hom- « mes honnêtes, môme pour les meilleurs catholiques , ce doit être un c( spectacle hideux que celui de l'Autriche tenant la Romagne par les « cheveux pour que le gouvernement du Pape puisse la maltraiter à a son aise. »
« Ces griefs inspirent à M. d'Âzeglio une apostrophe qui montre combien d'indignation le gouvernement du Pape soulève en Italie, môme ch^z le plus modéré des patriotes :
« Ou mes accusations sont des calomnies, et qu'on me le proav», ou '< il est vrai que celui qui proche la justice et qui a pour mission d'en c< ôtre le conservateur suprême sur la terre , commet une iniquité <c criante, et on a le droit de lui demander s'il existe deux Évangiles, et « s'il est bien persuadé de la vérité de celui qu'il enseigne aux hommes. « On est en droit de lui dire qu'il doit renier .ou la morale qu'il prêche, « ou le gouvernement qui agit en son nom. On est en droit de lui de- « mander s'il croit que, de nos jours, il soit permis, ou qu'il soit pos- « sible d'établir ou de conserver une autorité quelconque sur la néga- « tion flagrante et continuelle de son propre principe ; s'il y a au monde « un homme, quels que soient son rang et sa position, qui ait le droit a de déraisonner contre tous, et de les obliger à supporter les maux « infinis qui sont la conséquence du système qu'il veut conserver. On u est en droit de dire : c'est vous, gouvernement, et non vos malheu- « reux sujets, qui rendrez compte à Dieu des insurrections de la Roma- <c gne, de la mort, de l'exil, des larmeâ de tant d'infortunés. Leur sang « retombera sur votre tête; leurs douleurs, leurs larmes ne seront pas « cachées à ce tribunal auquel n'arrivent ni les couronnes, ni les scep- « très, ni les tiares perdues dans la poussière des tombeaux; mais où « les âmes se présentent seules, sans autre protection que celle de leur a innocence ; vos œuvres seront pesées à ces balances incorruptibles, « où la moindre des injures faite au moindre des hommes pèse plus « que tous les trônes et toutes les couronnes de l'univers. L'idée sur la-
« qoelle reposait la légitimité de la souveraineté du Pape, comme tant r< d'antres souverainetés, n*existe plus. Les bases en ont été ébranlées « par le temps, et de nos jours Tancien édifice ne peut plus s'étayer. Les « nouveaux fondements, les seuls sur lesquels il puisse désormais s'apa puyer, sont dans le droit commun, dans le droit admis par le consence tement universel. Sans entrer dans une discussion théoMque, on peut « affirmer qu'en pratique c'est là la seule base solide du droit. Pourquoi a le droit divin, la légitimité et tous les autres principes les plus oppose ses à la souveraineté nationale, ont-ils pu servir de soutien aux difTé- « rents pouvoirs qui ont gouverné lesbommes? Parce qu'ils étaient géa néralement reconnus, ou, ce qui revient au même, parce qu'ils étaient a acceptés par le consentement universel. Pourquoi le Pape a-t-il été « reconnu comme prince légitime, par suite des donations de Pépin, de f Charlemagne, de la comtesse Matbilde 7 Parce que le consentement « universel acceptait comme légitime cette manière d'acquérir la sou- « veraineté. Mais les temps sont bien changés, et de nos jours la dona- « tion des blancs ne saurait être regardée comme plus légitime que le «trafic des noirs.
« Le seul moyen de redonner un peu de vie à la souveraineté ponti- <t ficale aujourd'hui mourante, c'est de poser franchement en principe « que le Pape règne et ne gouverne pas; de confier le pouvoir aux cice toyens que le droit et leurs intérêts autorisent à parler au nom du « pays. Après les événements de 1831, cette réforme fut promise en « tout ou en partie. La promesse n'a pas été remplie, et ce fait, que « rien ne peut excuser, rend urgente la nécessité d'effacer la tache
« d'une première injustice aggravée depuis par le manque de foi
« Protester contre l'injustice, contre toutes les injustices, protester ou- « vertement, publiquement, de toutes les manières, en toutes les occa- « sions possibles, voilà la formule qui exprime pour l'Italie la plus a grande nécessité de notre époque, le moyen d'action le plus utile et a le plus puissant qu'il nous soit donné de mettre en œuvre.
« La première et la plus grande de toutes les protestations, celle que « nous devons faire sans cesse primer partent et toujours, doit être di- « rigée contre l'occupation* étrangère, pour la revendication de notre a sol, de notre nationalité, de notre indépendance.
« Nous devons ensuite protester contre les injustices» contre les abus, « contre les mauvaises institutions maintenues par nos gouvernements, a Plus sera grand le nombre de ceux qui discuteront publiquement et « sagement sur nos intérêts , en protestant contre les injustices qui « nous sont infligées, plus nous marcherons rapidement dans la voie de « la régénération. »
«Telles sont les paroles de M. d'Azeglio. Vous voyez. Monsieur, ajoute M. Bon-Compagni,que l'idée de la déchéance du pouvoir temporel du Pape n'est pas due à l'agitation de ces dernières années, mais qu'elle était hautement énoncée en Italie dès 1845 ; qu'elle ne vient pas du parti révolutioûnaire, mais d'un écrivain qui passe, parmi les publicistes
italiens, pour aussi modéré que vous. Monsieur, parmi ceux de la France; que cette idée était franchement exprimée dans une école politique dont tous les efforts tendaient à rapprocher le parti libéral et les royautés italiennes, en montrant aux uns et aux autres les dangers de leurs divisions.
« L'accueil que les écrits de MM. Gioberti, Balbo et d'Azeglio recevaient dans toute lltalle, prouvait qu'ils contenaient l'expression de Topinlon nationale. Ces écrivains appartenaient à l'école de Manzont et de Pellico^ à qui ils rendaient l'hommage d'une grande et juste admiration. »
M. Eugène Rendu a cité cet autre fragment :
« Les armes étrangères et les armes mercenaires, avait-on dit encore, « maintiennent seules le gouvernement ecclésiastique : elle le rendent « odieux aux Italiens, qui chaque Jour se passionnent davantage pour « l'indépendance. Ces deux forces lui manqueront le Jour où se produira a quelque grave perturbation dans l'équilibre européen. C'est pourquoi, a en Italie, les catholiques les plus dévoués au Saint-Slége n'attacheot « plus aucun prix au pouvoir temporel devenu gouvernement d'une « caste, le déclarent funeste à la foi, et voudraient le voir aboli et ré- « serve dans d'étroites limites. »
« Qui avait écrit ces lignes? Le plus illustre et le plus constant adversaire'deM.Mazzini, Massimo d'Azeglio.)) {UUimi casi di Romagna^ 1846. Voy. La Soiiviraineté potUificale et V Italie^ p. S4. [Note du traducUur.)
Yll
M. FfiCGUERAT (1).
Le ehagrin qu'éprouvèrent ceux qui étaient à la fois sincères libéraux et catholiques sincères, quand fut trompée l'espérance qu'ils avaient conçue de voir le catholicisme définitivement réconcilié avec la liberté, peut se reconnaître d'après cette relation de la mort de Feugueray décrite par M. Bûchez.
a Feugueray avait toujours été d'une faible sauté. Il avait une affec- « tion de l'estomac et des intestins que la médecine n'a su ni définir tt ni guérir. Ces troubles gastriques ne pouvaient être soulagés que <( par l'abstinence ; et il est arrivé rarement à notre ami de passer a quinze Jours sans être obligé de recourir à ce suprême moyen. Ce <c régime affaiblissait son corps, mais non son âme. La moindre dou« ce leur morale, une simple émotion triste suffisaient pour provoquer
(1} Voir page 181.
« ses soufFrances. Aussi la chute de la République n'améliora pas sa «c santé. Ce n'était pas tant révénement politique qui l'affligea» car la « politique est sujette à des retours subits et fréquents, que la conduite « des représentants de la religion ; car Feugueray n'avait pas seulement a la conviction philosophique de la vérité du Christianisme, il était arec rivé à la foi complète. Il était animé d'une piété vive et sincère. « Aussi, personne ne fut plus affecté que lui en voyant la majorité du « clergé s'empresser, en quelque sorte, de donner un nouvel et déA- « nitif argument, non-seulement contre lui, mais contre la religion « elle-même, agir enfin comme s'il n'avait pas pour juges ici-bas la na« « tion, et Dieu là- haut. C'était, selon lui, pour ce corps entier, un « échec moral, dont il ne pouvait se relever, si jamais il se relevait* <K que dans la persécution par le dévouement, la souffrance et une ré- « forme complète.
« Vers la fin de juillet 1854, Feugueray se sentit malade. Il prit ce fit malaise pour un de ses dérangemeLts dô santé habituels. D'autres se « seraient trompés comme lui ; il recourut à sa méthode ordinaire de « traitement. Malheureusement c'était le moment de la recrudescence « du choléra, ce que, dans le silence de la presse, ni lui ni personne ce ne savaient. Ses souffrances étaient les prodromes de cette terrible « maladie; on le reconnut trop tard, lorsqu'il ne fut plus temps, à ce « moment où on ne réussit pas à sauver un malade sur six cents, c'est- « à-dire à la période algide, à la période de l'agonie. Notre ami nous « fut enlevé en quelques heures. Il fut séparé de nou^ dans la nuit du « 28 au 29 juillet 1854, à minuit un quart. Dans ce moment suprême « il ne faillit pas à toute sa vie; il excita l'admiration du prêtre qui lui « administra les derniers sacrements (l). »
vm
DB LA LIBEaTfi RELIGIEUSE (i).
Les sociétés humaines existent moins par des intérêts communs, que par l'accord de tous sur certains principes moraux admis d'un commun consentement. La religion seule peut donner une sanction efficace à ces principes. En partant de ce point de Tue« il semblerait asseï naturel qu'on attribue au Pouvoir qui régit TÉtat, le devoir et Tautorité d'empêcher, par voie cocrcitive, la profession des opinions qui pour^ raient altérer l'unanimité de la foi. Défendre toute opinion contraire aux
(1) Bûchez. — Notice sur la vie et sur les ouvrages de JET.- A. Feugueray, p. zzi, précédant VEssai sur les doctrines politiques rfe saint Thomas cTAquin^ pnr Feugueray.
(ï) Voir page 193.
croyances immuables de la religion, base de tonte société, mais accorder la plas large liberté de discussion dans toutes les matières, Toilà quelle serait» à ce point de Tue, la règle générale suivant laquelle on devrait établir et modérer la liberté de penser. Mais là où ont pénétré le doute ou la négation, l'autorité coërcitlve du gouvernement devra-l« elle intervenir pour que la société demeure fidèle aux doctrines religieuses? Dieu réunit les bommes en société pour qu'ils pourvoient par des efiforts communs à leurs intérêts communs. Le gouvernement représente ces intérêts et dirige ces efforts. Les vérités religieuses et morales ne sont le fondement de la vie sociale qu'en tant qu'elles sont universellement et spontanément acceptées. Dans ce cas, Tintérêt commua exige que cette unanimité d'opinious ne soit point altérée» et l'autorité publique a le droit d'employer les moyens coëiciiifs pour arriver à ce but. Mais si l'unanimité est déjà troublée par 2'erreur, conservera-t-elle le droit de soutenir par ces moyens l'autorité de la religion? L'autorité publique ne serait plus Tinterprète de la pensée, ni le bras de la volonté commune : elle se poserait en apôtre, elle s'attribuerait une mission qu'on ne saurait lui reconnaiire. D'autre part elle emploierait au lieu des arguments de la discussion ceux de la force qui ne conviennent point aux apôtres de la vérité. Il faudrait, par conséquent, faire exception à eette règle générale là où l'unanimité religieuse est profondément altérée. — Considérée à ces points de vue, la liberté de la religion serait une anomalie qui dépend des conditions générales de notre siècle ou de celles de tel ou tel autre pays dans lequel ont pénétré le doute et la négation. .
Telle a été la doctrine que j'ai professée dans mon livre intitulé : Introduction à la science du droite imprimé à Lugano à la fin de 4847. Aujourd'bui encore, quand ma pensée se reporte sur ces principes, je n'y trouve rien à redire. L'erreur portait sur la manière dont j'appréciais les conditions de la société bumaine. Et je m'en aperçus en 1853, quand je fus appelé aux fonctions de ministre de grâce et de justice. Je m'occupais avec un soin infatigable des délits de presse contre la religion, et je dus reconnaître que c'était une véritable utopie que de vouloir appliquer la loi pépale à ces délits, de manière que la punition fût efficace. Sur cette matière, notre loi était rigoureuse, et le jugement appartenait aux magistrats et non aux jurés. Et pourtant qu'advenait-il? Souvent ou avait la certitude morale de rintention d'offenser la religion. Mais les paroles était telles qu'on pouvait les interpréter de manière à échapper à la condamnation. Tantôt le délit pa. raissait évident à d'autres et non à moi, tantôt il me paraissait évident et d'autres ne le voyaient point. Les acquittements compromettaient l'autorité, les condamnations ne la protégeaient pas parce que leur effet était détruit par la défense. Je me convainquis donc qu'au milieu de la liberté de discussion, la répression n^est pas un moyen efficace pour protéger les croyances religieuses et morales, J'étais trop dévoué anx institutions libérales pour être tenté d'en revenir à la censure préven-
tive, et si je ne FaTais point été, Je ne l'aurais point fait non plus^ sachant combien la religion perd de son antorité morale quand elle est invoquée contre la liberté.
Quand Je considérais qu'il en était ainsi en Piémont, c'est-à-dire dans un des pays, soit dit sans yanterie, les plus religieux et les plus honnêtes de la chrétienté, je me persuadai que Vinefflcacité des lois répresfliyes contre les délits de religion, tenait aux conditions générales de notre époque, et non anx conditions spéciales de tel on tel pays.
Quand je recherchai dans Thistoire les temps de cette unanimité religieuse et morale, que je m'étais figurée comme la condition normale de notre religion, Je ne pus les trouver qu*à ces époques où tout esprit d'activité était endormi. Je me convainquis donc que la condition naturelle des nations comme des individus est celle où le doute nait eomifitf un rejeton auprès de la vérité, et où les doctrines auxquelles est attachée la conservation de la société humaine, ne triomphent du doute qu'avec le concours de la libre discussion, qui ne saurait leur être mile quand elles acceptent la dangereuse alliance de la coercition (1).
RAPPORT DU COMITÉ NATIONAL ROMAIN AUX HONORABLES COMMISSIONS CUAR- GÉBS DB PRÉSENTER LA PÉTITION DBS ROMAINS A SA MAJESTÉ L'eMPE- REtJR DES FRANÇAIS NAPOLÉON III, ET L' ADRESSE A SA MAJESTÉ LE ROI D'ITALIE^ VICTOR-EMMANUEL T' (1).
(/( m'aparu opportun d'inêérer ce doeumenl comme une preuve que le pouvoir temporel du Pape ne saurait durer que toutenu par les baïonnettes étrangères; il montrera en même temps que les libéraux romains se sont abstenus de toute tentative imprudente.)
Les Commissions choisies pour présenter ces deux actes, bien qu'elles soient composées de citoyens connaissant parfaitement Tétat actuel de Rome, et, par conséquent, capables de porter eux-mômes un jugement
(1) ... Che giammai non si sazia
Nostr* ntelletto, so U ver non lo illustra Di fuor dal quai nessun vero si spazia. Posasi in esso corne fera in lustra Tosto che giunto T ha : e giugner piioUo Se noD, ciascuD dislo sarebbe frustra : Nasce per quelio, a guisa di rampollo,
exact sur ce qui s'y passe, n'ont cependant pas troQTé inutile que le Comité national romain joignit an mandat de présenter lesdits actes qnelqnes éclaircissements y relatifs. D'aillears, qnand même ce deyrait être an labeur inntiie pour les Commissions, ce serait toujoars un devoir qne le Comité aurait à remplir envers le pays et enTers laimême.
Quand on décida en principe la signature des deux adresses expri* mant le vote des Romains pour la délivrance de Rome, deux diiflcaltés se présentaient :
i» Léloignembnt des citoyens pour tout acte qui pût mettre dans les mains du gonvernement une preuve certaine contre eux; crainte justifiée par les maux soufferts pour des faits moins graves et moins constants» et par leur expérience que la mesure du dommage n'est poiot celle inscrite dans la loi, mais dépend de la volonté et de Tarbitraife des prélats qui gouvernent.
2» Le peu de probabilité de conduire à bonne fin la souscription sans que la police ne s'en saisisse. Et cette difficulté était et paraîtra fort grave, si l'on considère que la souscription devant s'effectuer sur une vaste échelle pour être l'expression des sentiments détentes les classes de citoyens, il fallait que des palais princiers elle descendit aux demeures du peuple, et que, par conséquent, elle passât par des mains nombreuses et diverses.
En outre, si, uae année auparavant, il eût été malaisé d'échapper à ces inconvénients, la difficulté grandissait quand la police avait redoublé de surveillance et joint ses agents des provinces aux inspoetenrs des présidences régionales, afin de multiplier et rendre plus efficace l'espionnage.
Pour vaincre la première difficulté, le Comité national s'aida du désir si ardent des Romains de se soustraire à la domination cléricale. Il fit comprendre qu'un acte de courage civil pourrait à lui seul avoir un grand poids dans la balance de la question romaine; que les démonstrations de la rue pouvaient être calomniées, représentées sous les couleurs de la défiance et du désordre.
La seule signature d'une adresse attesterait d'une manière concluante 1^ fermeté de leurs convictions, et l'esprit d'ordre et de disci-
Apple dei vero il dabbio : ed è natora Ch' al 8ommo pioge noi di coUo in colio.
(Dante, Paradiso, IIy. IV, ▼. iSl.)
Jamais notre intelligence ne sera rassasiée, si elle n*est pas illaminée par cette Térité, en dehors de laquelle il n*y en a pas d*autre. Noire intelligence se repose en elle, comme la bète tauve dans sa tanière, aassitêt qu^elle a pu la saisir, et il faut bien qu'elle le puisse, car sans cela tous nos désirs seraient yains. G'estpoor cela que le doute naît comme un rejeton au pied de la yérité, et il est dans sa nature de nous pousser jusqu'au sommet de colline en colline.
(Tradoction Fiorentiko.)
pline qai distingae le pays. Cette opinion devint en peu de temps uni. ▼erselle et ii y eut de dignes jeunes gens qui la firent entrer Jusque dans le patriciat.
Restait Tautre difficulté. Le Comité pensa à la surmonter en combinant la prudence et Tactivité, et voici la méthode qu'il suivit.
Il mit d'abord en circulation un seul exemplaire des Adresses, au moyen de deux personnes seulement d'une prudence et d*une foi éprouvées, et après qu'il fut couvert de signatures et mis en sûreté, il lança à la fois vingt feuilles portant chacune son titre respectif, et confia chacune d'elles avec une copie séparée des deux pétitions, à vingt citoyens dévoués, en leur enjoignant de terminer la souscription en une semaine, de ne jamais se dessaisir des feuilles, et de lire à chaque souscripteur le texte des deux pétitions.
L'opération fut exécutée avec tonte l'activité et toutes les précautions possibles ; mais, comme c'était prévu, le bruit de la souscription se répandit, les demandes de signature se multiplièrent.
On commença à parler publiquement en faveur de cet acte et de son utilité, si bien qu'il en vint à la police un vague soupçon. Alors commencèrent des perquisitions d'abord à domicile, puis sur les personnes dans les voies publiques le jour et la nuit. Le Comité jugea opportun de retirer toutes les feuilles de la circulation. Visées par un notaire, et scellées, celles qui étaient remplies furent mises en sûreté, et on lança de nouveau les incomplètes.
L'action de la police devenant chaque jour plus vexatolre (elle avait promis une prime de trois cents écus par chaque feuille qui lui serait livrée) le Comité retira peu à peu le texte des feuilles, les remplaçant par les bulletins qui terminaient les adresses. Cela avait sur le premier système le double avantage d'être plus vite couvert de signatures, de disparaître presqu'aussitôt après la mise en circulation, et de limiter à peu d'individus le danger de tomber sous la main de la police.
Mais les perquisitions devenant plus fréquentes, et les citoyens, trop assurés de l'heureux succès de cetacte, défiant pour ainsi dire les efforts de la police, le Comité, eu égard au nombre des signatures déjà recueillies, sentit le devoir de ne pas braver davantage la situation, et ordonna de retirer tous les bulletins signés ou non, et de clore définitivement la souscription.
— Celle-ci s'est donc accomplie dans un délai de deux mois, et ce temps paraîtra bien court si l'on pense au mode suivant lequel on était forcé d'agir et à ses résultats.
D'où les honorables Commissions peuvent déduire facilement :
i* Que chez les Romains le désir de se soustraire au Pouvoir temporel du Pape est au-dessus do tout sacrifice personnel. En effet, chacun des signataires ne pouvait ignorer que si la police l'eût découvert, il devait s'attendre à l'exil et au cachot, ou pour le moins à la perte de sa position sociale et à la ruine de sa famille.
2» Que chez les Romains^ la moralité est bien plus saine qu'on ne
pourrait le penser ea songeant au goavernement corrompu qui les domine depuis si longtemps; car il est à remarquer pour tout esprit impartial que dans une masse d'environ dix mille personnes, il ne s'en est trouvé aucune qui trahit le secret et mit l'amour du gain auHlessus de ses convictions politiques.
Les signatures sont au nombre de neuf mille cinq cent quatre-vingttrois. Elles représentent un cens d'environ soixante millions de francs, c'est-à-dire les trois cinquièmes du mouvement industriel et commercial de Rome, et tout ce qu'il y a de plus illustre dans l'intelligence et les arts, sauf peu d'exceptions. Encore faut-il remarquer que ces exceptions n'ont pas leur raison d'être dans. une opinion favorable au gouvernement papal, mais dans des convenances personnelles qu'il faut respecter et dans rextrôme timidité de quelques-uns... (Sutbent quelques nomt que nous omettom pour des raisons que chacun comprendra facilemeni).
Du reste, les Commissions ne doivent pas ignorer que les signatures auraient été encore bien plus nombreuses, si la souscription avait pu être prolongée. On dut publier que les pétitions étaient parties pour arrêter les demandes de signatures. Le danger qu'aurait fait courir la remise en circulauon de quelques bulletins, imposait au Comité le devoir de sauvegarder les pétitions, pour que, même au prix de quelques milliers de signatures, elles pussent arriver à destination.
Il est aussi nécessaire que les Commissions n'ignorent pas que si le Comité avait voulu se servir de l'appui des illettrés, il en possède une liste de plus de deux mille qui ont déclaré vouloir que leurs noms figurassent au bas des pétitions. Ce Comité n'a pas cru deyoir les utiliser pour que la souscription n'eût pas l'air d'un acte où l'on avait épuisé toutes les ressources. Mais il croit devoir noter ici qu'une partie de ces individus appartenait an quartier de la Regola, que les ennemis de Rome se plaisent à représenter comme infecté de mazxinisme, pour qu'on sache quels sont les sentiments de la population prolétaire.
D'autres adhésions particulières ont été transmises par le Comité à qui de droit et séparément, parce que, pour des raisons fort graves, elles ne purent figurer dans les adresses.
Finalement, les honorables Commissions réfléchiront qu'un pareil chiffre, eu égard aux conditions dans lesquelles la souscription s'est effectuée, équivaut à un vote presque complet de la ville tout entière.
Rome pourrait, suivant la statistique, présenter à l'état normal vingthuit à trente mille citoyens habiles au vote ; mais on ne peut compter le vote de cinq à six mille prêtres, moines, frères et clercs qui s'y trouvent.
D'autre part il faut y compter, bien qu'ils ne figurent point dans les pétitions, mais dans la statistique, environ trois mille emprisonnés, exilés et soldats de l'armée italienne. Leur vote n'a pas besoin d'être écrit pour être connu. Si l'on ajoute les illettrés, qui sont certes les plu) nombreux, on verra la vérité de notre proposition.
Voilà tOQt ce que le Comité national ayait à déclarer quant aux denx pétitions. Vnes et scellées par un notaire public de Rome, etc., revêtues de toutes les autres formalités légales exigées, il les a expédiées, en recommandant aux deux missions élues de les présenter comme l'expression des sentiments des Romains au souverain à qui elles sont adressées.
Quant à leur authenticité, mise en doute par les Journaux cléricaux, nous n'avons point à en parler. Outre que leur langage même laisse percer le peu de foi qu'ils ont dans leurs propres paroles, il suffit de penser que chaque signature a été apposée en double pour renverser tout rédifice de leurs calomnies.
Le Comité national se fie au sage patriotisme des [honorables Commissions, qui sauront saisir cette occasion de servir la cause de Rome le mieux qu'il leur sera possible et s'acquerront ainsi un nouveau titre à la reconnaissance de leurs concitoyens. Rome, 3 juin 1861.
(Suivent le$ iignatum de$ membres du Comité.)
ADRESSE DB LA CHAMBRE DBS DÉPUTÉS DU ROTAUMB D'JTALIE A SA MAJESTÉ VICTOR-EMMANUEL, PRÉSENTÉE A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS PAR LE DÉPUTÉ G. BON-COMPAGNI, RAPPORTEUR DE LA COMMISSION DE l'aDRESSE, ET VO- TÉE A l^unanimité a la Séance du 17 juin 1862.
Sire,
Des évèques presque tous étrangers à lltalie, assemblés à Rome pour une solennité religieuse, ont lancé contre notre patrie des imputations outrageantes, rendues encore plus graves par la négation de notre droit national et par l'appel à la force étrangère.
A cette doctrine inouïe qui prétend faire de Rome un domaine du monde catholique, et rendre la religion incompatible avec l'indépendance de la Péninsule, nous répondons. Sire, en nous ralliant autour de Vous et en proclamant aux Italiens et aux Romains, que nous sommes résolus à maintenir dans tonte son intégrité le droit de notre capitale retenue sous le jong d'une Ûomination qui lui répugne.
Nous nous inspirerons, Sire, de cette constance inébranlable dont Vous donnez un si grand exemple à notre patrie et au monde. A nos ennemis quels qu'ils soient, nous opposerons la coofiance sereine du peuple italien dans la justice de sa cause, dans la puissance salutaire des iostitutions libérales, dans la valeur de l'armée et des citoyens prêts à prendre part avec elle aux batailles nationales, mais surtout, Sire,
dans Votre Taleor, dans Votre loyaaté, dans le respect qu'inspire partout Votre nom.
Voilà les raisons pour lesquelles Topinion universelle des nations civilisées déclare qa*il faut aujourd'hui admettre lltalie parmi les natiens maîtresses d'elles-mêmes.
Certains de voir venir à nons tons ceux qui, par nature et par droite appartiennent à la famille italienne, nons croyons que le moment n'est pas éloigné où seront levés les obstacles qui s'opposent à l'accomplis* sèment du vote quf a proclamé Rome capitale du royaume.
Les paroles qui vienneut^de retentir au Capilole, déclarent impossibles ces tempéraments que la diplomatie avait crus conciliables avec le pouvoir temporel qui outrage dans Rome le droit de l'Italie identifié ayec celui de Votre couronne. Ce langage ne nous effraie nullement; il a enlevé tout motif à ces hésitations qui soumettent à une dure et rude épreuve la modération de votre peuple.
Tandis que les prélats étrangers, oublieux de la cature toute religieuse et toute spirituelle de leur auguste ministère, affirment si solennellement un vœu de réaction politique; tandis que du territoire gouverné au nom du Pape, des scélérats portent la désolation dans les provinces méridionales du royaume, l'Europe devra se convaincre que Votre autorité, Sirb, et celle des lois d*nn peuple libre, glorieux de Vous avoir à sa tète, peuvent seules donner uue solution pacifique à la question de Rome, en délivrant l'Italie et l'Europe de cette conflDsioD des pouvoirs et de ce conflit qui trouble les consciences et qui comnromet la paix du monde. [Note du traducteur.)