L'ITALIE ET LA QUESTION ROMAINE DISCOURS DU DÉPUTÉ BON COMPAGNI
SÉANCK DU 5 DÉCBMBBB 1801.
Messieurs,
Je ne suivrai pas l'exemple de l'illustre orateur (M. Rattazzi), dont l'éloquent discours a clos la séance d*bier. J'examinerai priuci paiement si la politique du minislère a suivi l'esprit de la délibération prise par la Cbambre ie 27 mars dernier, et si ses actes ont élé à la bauleur des grands intérêts qui lui étaieni confiés.
Aulanl que l'honorable M. Rattazzi, je suis éloigné de vouloir susciter ' aucune quesliou qui pourrait diviser les esprits el diminuer l'accord entre les minisires de la Couronne et les députés de la nation..
Mais je crois au.^si que la prérogative essentielle du Parlement, c'est de demander compte de leur politique à ceux qui gouverneut, et qu'uu accord parfait entre les deux pouvoirs ne peut &e maintenir que par des explications francbes et loyales.
Avant d entrer dans le sujet que je me suis proposé de traiter, je prie la Chambre de me permettre d'appeler un instant son attention sur ;oâ conditions dans lesquelicb se trouvait ritalie, !< r>qoe It-s deux Clumbres du Piîrlcment furent sa^'cs de ccltp. question iinpoi lante, el sur Its tiïeLs que sa délibération piudui^it sur l'opinion publ.que de notre pays.
Le *2.7 mars de cette anuee, un vote de la Cbambre des députés uu nouveau royaume d Italie, oéclarait :
4<> Que Rome devait devenir la Capilale de l'État ;
2^ Que la liberté de l' Église, la dignité et l'indépendance du SouYerain- Pontife seraient garanties de la manière la pins solennelle;
3^^ Que l'on devait marcher d'accord avec la France, en insistant auprès de cette puissance pour Tapplicatlon pleine et entière du principe de nonintervention. Le Sénat, cette assemblée si éloignée de tout entrainement révolutionnaire, proclamait les mêmes principes auxquels le gouvernement adhérait sans hésilalion, par l'organe de M. de Gavour.
Je me reporte d'abord à l'état de 1 Italie, tel qu'il était lorsque les deux Chambres du Parlement prirent l'importante délibération relative aux affaires de Rome, et à l'impulsion que l'opinion publique en reçut. L'Italie avait fait une révolution, et elle venait d'inaugurer un nouveau gouvernement. La révolution tendait à rendre notre pairie maîtresse d'elle-même, à détruire tous ces gouvernements qui ne pouvaient garantir les droits du pays, puisqu'ils n'avaient de raison d'être que dans l'intérêt des étrangers. La révolution faisait naître un gouvernement nouveau ; il ne tirait pas son origine de l'agitation populaire, mais de la ferme volonté des Italiens qui venaient de se réunir autour du brave et loyal représentant de la seule dynastie qui ne leur eût pas été imposée par l'étranger, et de proclamer, comme loi fondamentale du nouveau royaume, ce Statut qui donne une consécration solennelle aux droits de la monarchie héréditaire en même temps qu'aux libertés publiques. Dèi lors, les deslioées du gouvernement et celles de la révolution furent unies par un lien indissoluble. Aucun gouvernement ne pourra obtenir la conGance du Parlement et de la nation, s'il perd de vue un seul moment le but que notre révolution s'est proposé, de rendre à elle-même TltaKe tout entière. La révolution ne répondrait plus aux espérances qu'elle a fait naître, elle ne serait acceptée ni par l'Europe ni par l'Italie, si elle se séparait du principe qu'elle a accepté en proclamant la dynastie de Savoie et le Statut constitutioanel.
Les gouvernements de Toscane et de Modène, établis dans Tintérêt de l'Autriche, étaient tombés ; leur chute avait été suivie de celle des gouvernements de Parme et de Naples, qui avaient été établis, jadis, dans l'intérêt de la Maison de Bourbon, mais qui n'avaient plus accepté d'autre influence que celle de l'Autriche, depuis que la royauté française avait cessé de s'immiscer dans la politique italienne.
Le nouveau royaume se trouvait en présence de la monarchie pontificale, dont la désaffection de ses sujets avait amoindri le territoire, mais que le droit public européen consacre encore comme une garantie nécessaire à la liberté de rÉglise catholique, à rindépendance et ^ la dignité de la Papauté. Devant cette grande difficulté, qu'a dit le Parlement, qu'a dit le gouvernement, en acceptant les ordres du jour de la Chambre et da Sénat? Tous, d'un commun accord, nous avons dit : la révolution italienne ne s arrête ni devant le patrimoine de saint Pierre, ni devant les murs de Rome; nous sommes bien loin de croire que les grands intérêts en faveur desquels l'Europe maintient le pouvoir temporel du Pape, que la dignité et rindépendance de l'Église doivent être indifférents k l'Italie, mais nous croyons qu'ils ne trouvent aucune garantie sérieuse dans un pouvoir qui
ne subsiste plus que par le bon plaisir d'un souverain étranger, qui intervient à Rome, mais qui a déjà déclaré, à plusieurs reprises, queson intervention ne saurait se prolonger indéfinimoRt, et qu'il ne voulait pas impofer aux Romains un gouvernement qui ne serait accepté que par force. Noos avons déclaré à la face de l'Europe que l'Italie indépendante et libre donnerait à la Papauté des garanties plus sérieuses qu'elle ne peut les at-> tendre du pouvoir temporel dans ses conditions actuelles.
Quels devoirs le vote imposait-il au gouvernement du Roi? Avant de répondre à cette question, je rappellerai les paroles d'un publicisle dont le nom est une grande gloire de Tltalie, et dont la mort tient encore aujourd'hui en deuil tous les amis des libertés constitutionnelles. Dans un article publié en 1832, M. Rossi blâmait la politique de Napoléon l*' à Rome, et il traçait en même temps celle qu'il aurait dû suivre : a Tandis « qu'on proclamait hautement, comme principe, la destruction du pouvoir a temporel du Pape, il fallait e|p appeler à l'opinion des peuples, et leur ce faire sentir que les ennemis de leur émancipation n'étaient pomt les a Vicaires du Christ, mais bien les princes temporels de Rome. Dans ce « système il fallait, avant tout, éviter toute discussion religieuse, en- «t tourer la religion, ses institutions et ses ministres d'un respect profond ce et sincère. »
Cette pensée était- celle qui avait inspiré la délibération de la Chambre : elle avait été hautement prodamée par l'illustre homme d'État qui présidait alors les Conseils de la couronne.
Mais quelqu'un de vous, Messieurs, me demandera peut-être : dans les conditions où se trouve l'Italie, avec les hostilités déclarées de la Cour Romaine et d'une grande partie du clergé contre le nouvel ordre de choses, était-il possible de se montrer animés d'un respect sincère envers l'Église^ d'une bienveillance sincère envers ses ministres 7 Ici encore je citerai les paroles qu'écrivait quinze ans après l'émigré italien de 1815, le publiciste libéral de 1832, devenu ambassadeur du roi Louis- Philippe à Rome. Voici ce qu'il écrivait à M. Guizot : c Le parti pational en Italie ne s'est pas seulea ment étendu, il s'est profondément modifié. En idio, et môme en 1820 et « 1821, il n'était encore qu'un parti qu'on pourrait appeler une imitation « de 1789, conçue par les classes lettrées et une partie de la noblesse. Il ce n'était guère national dans le sens propre du mou Je crois qu'il en est « autrement aujourd'hui. Â Côté de ce parti impuissant, qui est surtout « représenté par les émigrés, il s'est formé dans le pays un parti national <c moins* impatient, mais actif et irrité, qui, soil conviction, soit calcul, c au lien de fronder l'Église, l'honore et en cbercne l'appui. Sans doute « le haut clergé, et le clergé qu'on appelle jésuitiaue, et qui est assez noma breux, lui est toujours hostile; mais tout ie resie des gens d'Église se « place ou tend à se placer dans s€S rangs. On se tromperait en croyant (c que les ecclésiastiques, qui prêchent ouvertemeiit la liberté et Vitalia- « nisme considérés dans leur rapport avec la catholicisme, ne sont que « des accidents, des excentricités individuelles : ils sont par leur doctrine « un symptôme, et par leurs paroles une révélation précoce sans douter
« exagérée peut-être, mais vraie au fond, du travail qui se fait dans les a coiisciences au sein et avec l'aide de l'Église (!)• d
Je ne puis, Messieurs, me rappeler sans émotion les vicissitudes, les agiuuoiis, les espérances et les uecepiions éprouvées par i Italie depuis lbf7 juaqa'dujourd uui. Je ma sent» eiuu eu Voyaut la grandeur de noire iiaiic ic.a dddtile Udiia Mju uuiie, ^rauueurqucjo ii avais pas espeie satuer. Ci po aaul, mémo eu prodence de ces grauas cUaugeiiienls^ Je crois que le» c^uuiiioUa eddi3iiiiuld6 do i opiuiou u<ilienut) par rapport au caihv^li- Cidni.' bOnl encore aujourd'hui celles que Peliegrino Hos^i décrivait en îhAl.
ta 1647, 10 i'dpo etaii regarde comme le chef du ^arti italien; aujourd'hui sou altitude est ctUe du plus grand «^unemi de Tunuéy de l'independauiuî, de la liberté de ritalie. Sous ruispiration de la Cour de Kome, le citrrge hodii.e a It^prit uaupuâl, que &I. Kossi signalait en 1847, est de- Vcuu aujouid hui ua parti dominateur du dergo itaiien. ue parti s'agite pdiioui couirc uoire luae^enaaiice tît coulre notre hherte. Èin preseuce u (lu Ici eiai do cUOdO^, je crois qu'il est du sirict devoir du gouveruement uo puui-M Md avec tuuio la ri^^ueur de^ lois, les piéties qui cuuspirout coiiirc 1 i^Uk &0U6 10 pietexto uo servir la cau&e sacrée de la loiigiou. Aftais u vei eu ujOiiio teujpd do &ou devoir ^ei j'eapere qu'eu euouçaul ce princi^iO jO no laiA ICI qu luler^reler ses luloiitious;, ue u'adupier a 1 égard du cierge u'auires lue^ured que Celles qui s'accordent avec les lUfiUtutioos et lea huuiiuQes d uu peuple libre; il est de son devoir de ne jomais |iermeare à &es agent» de mettre l'arbitraire a la placd de la loi, les soupçons a la place ues laiis légalement constatés.
Je cruiA, Messieurs, qu il y a dans le clergé une faction infatigable dans salureur quia jure la perte de nos libertés -, mais je persiste a uire^ comme le diaait Koddi eu li$47, que la couciiiatiun doit so laire^ qu'elle est dansUi nature ces chose», qu eile est couloruie aux vœux des peuples iiauens. Quelles que soient les apparences du contraire, je crois que le jour ou la Papauie aura ced^e d'eue dans la position que le pouvoir temporel lui a laite, le lapprocheoient euire TEgiiae et l'eaprit libéral de noLre époque sera pius lacile cu Italie que partout ailleurs.
Dans 1 Eji^libe il y a d'abord les laïques qui sont sincèrement uliacbésà leura cioyances religieuses. J ailirnie qu il n'e^t en Europe aucun pays où ces convictions religieuses sincères soient plus dégagées de tout piejugé Contran e a la liberté. On a dit avec raison*que la littérature est I expression de la société. Ëh bien I cette disposition a dégager la religion de toat préjuge politique a trouvé une expression sublime dans le plus grand monument de notre littérature, dans la Divine comédte. De nos jours l'écrivain Italien le plus illustre et le plus aimé de notre époque, Alexandre Mdizuiii, nouâ Qonue daus ses écrits et dans sa nuble vie lexpressioo la piUd cicvoe dune rcligiuu bieiivciîiaiite, eoiaireo, amie du pays, go sa grandeur, de non unité, de sa liberté.
(Ij Gh. de Maxade. — M. Batsi, V Italie et la Papauté dans 1 x Revue des Deux- Mondes. — !«' décembre 1860.
Quant aa clergé, il est plus difficile de juger de ses dispositions ; la crainte rév^rentielle oblige les évéques à rester soumis aux idées de Rome, et le clergé inférieur à celles du haut clergé. Un devoir de conscipnce et d'honneur prP5crit à chaque eci-lésiastique de placer les devoirs de son ministère audessus des idées politiques, et lui défend, dans les cas ordinaires, tout acte qui le mettrait àzm le cas de se faire inter^lirel exercice dp> son ministère. Enfin l'ignorance de tous les prétre<9 qui n'ont reçu d'autre instruction que celte qui se donne dans les séminaires, est immense. Par conscience ou par timidité, ces prêtres sont nos adversaires: s'ils sont nombreux, ils ne sont pas acharnés, ils regrettent de se trouver en opposition avec le gouvernement, et ils verraient avec joie le moment où cette nécessité cesserait pour eux. Après avoir fait ces réserves, j'affirme sans hésiter que la partie la plus éclairée et la plus respectable du clergé italien accepterait volontiers une combinaison qui serait de nature à concilier les intérêts de rÉglise et ceux de la religion^ en supprimant le pouvoir temporel du Pape.
Dans une question qui rend impossible de mettre en avant des noms propres, et où il est difficile de citer des faits publics, il doit m'étre permis, Messieurs, de recourir à des souvenirs personnels. La part que j'ai eue dansja direction des établissenoents d'instruction populaire et de bienfai-* sance publique^ les fonctions que j*ai remplies dans la magistrature, m'ont souvent mis en rapport avec des membres du clergés J*ai toujours recherché tout ce qui pouvait me faire connaître les idées et les dispositions de cette dasee de citoyens, parce que j'ai pensé depuis longtemps que les rapports entre l'Église et une société libérale présentaient une des plus graves questions de notre époque. Par suite de toutes ces circonstances, j'ai toujours eu, dans le clergé, des amitiés dont je m*honore. D'un autre côté, on sait que j'ai toujours été opposé aux prérogatives temporelles de l'Église. Par mes discours et par mes écrits, je me suis placé parmi les adversaires du pouvoir temporel do Pape. Eh bien 1 tout cela ne m*a pas fait perdre, dans le clergé, une seule amitié, une seule sympathie. Des ecclésiastiques que Je ne connais pas personnellement; que je me garderai de nommer ou de laisser soupçonner, qui tiennent un rang élevé dans la hiérarchie ecclésiastique, qui sont vénérés de tous pour leurs vertus, ont bien voulu m'exprimer leur approbation, même leur reconnaissance de mes efforts, hélas 1 trop faibles et trop impuissants, pour concilier les intérêts de la religion avec ceux de la liberté.
Après le vote du 27 mars, peu de jours après que j'eus proposé Tordre du jour qui fut accepté par la Chambre, mes électeurs ont voulu me faire l'honneur d'une démonstration politique. Le clergé de mon arrondissement électoral n'a pas plus manqué, que toutes les autres classes de citoyens, à une réunion qui était une adhésion à notre politique.
Par les motifs que j'ai expliqués, les faits publics sont difficiles a se produire, mats ils n'ont pas manqué, et dans ces derniers tpmps nous avons vu des ecclésiastiques d une grande autorité invoquer les intérêts de la religion pour défendre le principe que nous soutenons. Il y a dans les pays voisins de l'Italie» il n*y en a que trop dans toutes les contrées catholiques,
UD parli qui s'appelle catholique^ et qui associe sans cesse les vils intérèis de la terre avec les Intérêts éternels de Dieu et de TËglise. Il y a parmi nous UD parti catholique beaucoup plus respectable, qui travaille à concilier ces deux principes, et qui combat ceux qui voudraient les mettre en opposition. Dans notre clergé, des noms depuis longtemps vénérés viennent de mériter la reconnaissance du pays par des écrits qui tendent à empêcher que l'abolition du pouvoir temporel du Pape, inévitable âi une époque plus ou moins rapprochée, ne vienne jeter le trouble dans les consciences. Tels sont ceux de Mgr Tiboni, de l'archiprêtre Salvoni, du chanoine Ambrosoli, du Père Reali, de l'abbé Perfecti, du Père Proto de Tordre des Dominicains, du prêtre Rinaldi. Il eiiste un ordre religieux (il n*e6t pas nécessaire que je le nomme), qui a toujours été fameux pour avoir exagéré les prérogatives du Saint-Siège; le plus illustre de ses théologiens s'est rangé parmi les défensears de Tunilé italienne en combattant tous les arguments qu'on a prétendu tirer de l'orthodoxie religieuse. Son livre a été condamné, et cette condamnation a été accueillie par le Père Passaglia avec la conscience du prêtre qui ne s'écarte jamais du respect qu'il doit à ses supérieurs hiérarchiques, mais aussi avec la fermeté du citoyen à qui les injonctions du pouvoir ecclésiastique ne font pas abandonner la cause |)olitique dont il a reconnu la justice (1).
Je crois donc, Messieurs, que la conciliation entra le catholidsme et i'nnité de l'Italie n*est pas une chimère h laquelle nous devions renoncer. En soutenant ce principe, je ne parle pas au nom d'une croyance religieuse : personne n'a le droit de demander compte à qui que ce soit de ses croyances \ mais je pense que les législateurs d'un peuple, quel qu'il soit, seraient bien imprudents s'ils ne tenaient grand compte de ses croyances religieuses. Quand je considère l'autorité qui entoure les noms que j'ai cités, je crois pouvoir affirmer aujourd'hui ce que disait Tillustre M. Rossi : a qu'en Italie un grand travail se fait dans les consciences, au sein de « TËglise : » que le résultat doit être favorable à l'alliance de la liberté avec le Catholicisme, au moyen de l'abolition du pouvoir teiftporel do Pape ; que nous devons nous garder de tout ce qui pourrait troubler ce travail. En présence d'un tel état de choses, les devoirs que les votes des deux Chambres imposaient au gouvernement étaient nettement tracés. Faire comprendre à l'Europe, et surtout à la France, que le pouvoir temporel du Pape ne pourrait se maintenir sur aucune partie du territoire italien sans une violence continuelle; persuader à l'Europe et à la France (ce qui n'est que l'exacte vérité), que l'Italie est disposée à donner les garanties les plus sérieuses en faveur de la Papauté; enûn accélérer la solution d'une question qui ne peut se prolonger sans danger pour les intérêts du Catholicisme aussi bien que pour la tranquillité de l'Europe et de l'Italie.
Deux mois venaient de s'écouler après le vote du 27 mars, et notre patrie était frappée d'un grand malheur. Le ministre qui l'avait guidée vers
(1) V. Pressensé. - Opinions nouvelles au sein du clergé catholique. — {Hevui nationale, 25 janvier 1862.
sa délivrance n*était plus. L'Italie perdait le pins grand de ses hommes d État, et, qu'il me soit permis de le dire, je perdais Fami avec lequel je m'étais habitué depuis longtemps à défendre la cause de la liberté politique et religieuse. Le Roi mettait à la tôte de son gouvernement M. Rîcasoli. L'Europe le connaissait par la ténacité avec laquelle il avait soutenu l'annexion de la Toscane, qq^une voix puissante avait conseillé au Piémont de refuber parce qu'on y voyait une pierre d'attente pour Tanité italienne. Par ce choix, la GouronDe prouvait la ferme intention de ne pas séparer son gouvernement de la révolution italienne.
Le premier événement politique qui se soit produit après que le baron Ricasoli eut pris la présidence des Conseils de la Couronne, a été la reconnaissance du royaume d'Italie de la part de la France. Il n'est pas nécessaire d'employer beaucoup de mots pour démontrer l'importance de oe fait. Jusqu'alors la France avait donné son appui à l'idée de la fédération. Quand il fut question du congrès de Varsovie, M. Thouvenel se réservait de nous proposer ce système, « si Tltalie, frappée par des revers que son imprudence aurait provoqués ou désabusée des passions qni l'agitaient, était disposée à accepter des mains de l'Europe, comme un bienfait, ce qui lui aurait paru alors un acte de violence. » La reconnaissance d'un royaume unitaire fermait la voie à de telles propositions. Tout en maintenant la préférence qu'elle avait toujours professée pour la fédération, la France déclarait implicitement, mais sans ambiguité, que le système unitaire était actuellement le seul qui pût donnera l'Italie one organisation stable.
Cet acte du gouvernement français est honorable pour le président du Conseil. En s'empres&ant de reconnattre le royaumin d'Italie, au moment même où la perte si regrettable de M. de Cavour venait s'ajouter aux difficultés de la situation, la France prouvait combien l'honorable caractère de l'homme que la sagesse de la Couronne avait appelé à la tète de son Conseil, inspirait de conBance à l'Europe.
La reprise des rapports diplomatiques avec la France était encore importante à un autre point de vue. Le Parlement et le gouvernement avaient hautement proclamé la politique qui mettait en tète de son programme que Rome devait être la capitale de son royaume, il devenait donc évident que ce programme ne compromettait pas noire position en Europe, puisque la puissance qui occupe Rome pour y protéger la Papauté et le catholicisme n'y voyait pas un obstacle ,à resserrer avec nous ses anciens liens d'amitié.
La circulaire du 24 août a été le premier acte important de la nouvelle administration. Le brigandage qui désolait les provinces de l'ancien royaume de Naples plus rapprochées de Rome et qui s'accomplissait en proclamant François II, avait fourni aux ennemis de la cause italienne une occasion d'affirmer que les provinces napolitaines repoussaient l'annexion au royaume d'Italie. Que faisait le ministre des affaires étrangères?... Il contestait absolument que les faits qui se passaient à Naples pussent exprimer la volonté nationale ; il disait que les résistances oppo-
fiées aa gouverDement ne pouvaient en rien se comparer à celles que d'autres gouvernements avaient rencontrées des partis contraires au mouVe* ment libéral; il dirait que parmi ceux qui résistaient au gouvernement italien dans les provinces méridionales, pas un seul homme ne présentait les conditions d honorabilité nécessaire pour se poser comme représentant d'un parti politique. Le président du conseil avait raison ; des scélérats tels que Chiavone, Donatf llo, Cipriano^ ne peuvent se comparer ni à La Rochojaquelein, ni à Gathelineau, ni à Quesada, ni à Zumalacarregui, qui ont laissé un nom glorieux dans leur parti, respecté chez leurs adversaires, sans parvenir à sauver des causes à jamais perdues, parce qu'elles étaient en opposition avec l'esprit libéral des temps modernes.
Le ministre des affaires étrangères répondait à ces insinuations par une accusation grave : il disait que la résistance l'encontrée par le gouvernement du Roi dans les provinces napolitaines n'aurait pas eu lieu si elle n'avait pas été fomentée par toute la réaction européenne; que le centre de cette réaction était à Rome; qu'elle était forte parce qu'elle y était protégée par le gouvernement, et qu'elle se mettait à l'abri du glorieux drapeau de la France venu à Rome pour des motifs d*un ordre bien plus élevé et pour y protéger des intérêts bien plus sacrés Qu'est-il arri\é? La circulaire diplomatique de r honorable M. Ricasoli a acquis l'importance d un événement européen Nos adversaires se sont récriés; pas un n'a articulé un nom, n'a avancé un fait qui vint donner un caractère honorable à la résistance soulevée dans l'ancien royaume de Naples. Le cardinal Antonelli a prétendu que le gouvernement romain avait été calomnié. Soit ! renonçons à soutenir ici que le denier de saint Pierre ait servi au brigandage; renonçons à affirmer qu'il y eût aucun rapport entre le gouvernement de Rome et les brigands qui désolaient les provinces napolitaines. Il restera toujours ce qui résulte de toutes lès correspondances particulières, de- tous les rapports diplomatiques, de tous les récits des journaux les plus accrédités, à savoir que le brigandage s'organisait à Rome, ouvertement, effrontément^ de manière à ne pas laisser supposer un instant que ce fait fût ignoré du gouvernement romain. Ce qui reste également incontestable, c'est que les brigands, poursuivis par nos troupes, trouvaient un asile inviolable sur le territoire pontifical.
En France, une certaine presse a reproché à M. le ministre de.4 affaires étrangères d'avoir posé une espèce d ultimatum au gouvernement de l'Empereur. Le reproche est si peu fondé que la circulaire dé M. Ricasoli s'abstient non seulement de traiter, mais môme d'indiquer la question de savoir si le même principe qui a fait rappeler de Gaetd la flotte de Tamiral de Tinan, n'exige pas que le drapeau français cesse de couvrir un territoire où la réaoïion napolitaine, encouragée par la présence de François II et par la tolérance dr gouvernement, s'organise d'une manière d autant phis sûre qu'il nous est impossible d'aler l'y chercher.
Pourquoi donc ces reproches. Messieurs? Un philosophe illustre, qui malheureusement n'est pas de nos amis, mais qui n'en est pas moins un des écrivains les plus spirituels de la nation qui a le plus d'<^sprit, a dit
que le temps était le plus puissant de tous les logiciens; mais ce puissant logicien a un grand défaut : c'est qu'il est quolquofois sujet à trop de lenteurs, surtout pour ceux qui souffrent. La conclusion qui ressortait des faits si nettement posés par le ministre des affaires étrangères, c'était, qu*av(?c le principe de non-intervention hautement proclamé, l'Empire français ne pouvait pas protéger de sa présence la connivence du gouvernement romain avec le brigandage des provinces napolitaines. C^tte conséquence s est dégagée depuis que les commandants ûq^ troupes françaises le long de la frontière romaine, ont reçu l'ordre d'empêcher la formation de nouvelles bandes de brigands dans PÉtat pontiGcal et leur entrée dans les provinces napolitaines.
Pour moi, qui ne suis pas un logicien aussi puissant que le temps^ mais qui ne suis pas assujetti à toutes ses lenteurs, je vois dès à présent dans ces faits la déchéance du pouvoir temporel du Pape.
Messieurs, un gouvernement qui n'empêche pas des scélérats de porter hors de ses frontières^ chez des populations pacifiques, le brigandage, le meurtre, l'incendie, le pillage, un tel gouvernementale peut être toléré par l'Europe chrétienne et civilisée. Si un tel gouvernement prétend que sa conservation est nécessaire à la religion qu'il compromet, cette assertion est trop contraire à la vérité pour ne pas être repoussée par tous ceux que des préjugés incorrigibles n'empêchent pas de reconnaître une évidence qui saute aux yeux. Les faits nettement formulés par M. le ministre des affaires étrangères dans sa circulaire, lui ouvraient la voie pour soutenir le système qui lui éiait indiqué par les ordres du jour des deux Chambres, pour affirmer à l'Europe que le pouvoir temporel de la Papauté ne pouvait subsister plus longtemps; pour faire connaître que-nous étions disposés à donner les garanties les plus sérieuses à son pouvoir spirituel. C'est ce qu'il a fait par les propositions qui ont été soumises au Parlement. Je n'entrerai pas dans la discussion des principes qui ont inspiré ces propositions.
La seule chose que je demande est celle-ci : En faisant ces propositions, le gouvernement du Roi s'est-il inspiré du sentiment de la dignité et des intérêts de l'Italie; ne s'est-il pas écarté du profond respect qu'il devait à la religion de son pays? S'il s'était écarté de l'esprit général d'une révolution qui ne tend qu'à rendre ritafie maltresse d'elle-même, au même titre que les grandes nations qui nous entourent, et qu'il eût fait dépendre du bon plaisir du Pape l'abolition du gouvernement romain et l'émancipation des populations qui lui sont soumises, le gouvernement du Roi se serait mis en opposition directe avec la politique nationale et libérale qui peut seule lui valoir la confiance du P-rlement et de la nation. Heureusement que tout prétexte manque pour un blâme aussi sévère, aussi ses adversaires les plus déclarés n'ont pas songé à lo lui Infliger.
Si M. le ministre des affaires étrangères n'avait eu d'autre but que d'entamer une négociation avec la Cour de Rome, si ses propositions ne pouvaient s'expliquer autrement, je n'hésiterais pas à déclarer qu'il n'aurait pas prouvé qu'il a la connaissance des hommes et des choses néces-
saires à ceux qui gouvernent les intérêts de TËtat. Je lui rappellerais que
par suite de la position que lui a faite le pouvoir temporel, la Cour de Rome
vit dans le passé; et pour elle Je passé n'est pas le moyen âge, ce n*est
pas ce temps où la résistance que Grégoire Vil opposait à l'empereur i
Henri IV faisaii surgir ces communes italiennes qui ont été le berceau de !
toutes les libertés et de toute la civilisation de l'Europe.
Le passé dans lequel la Cour de Rome vit encore, celui qu^elle voudrait évoquer, c'est celui où l'Italie a cessé d'être une nation, c'est le temps où la souveraineté du Pape subordonnait tous les droits des populations aux privilèges de la ftrélature^ et faisait disparaître toutes les libertés locales qui avaient rendu supportable le gouvernement de KËglise. |
Mais. Messieurs, la démarche de M. le ministre des affaires étrangères >
s'explique par des vues plus pratiques et plus élevées : elle a appelé l'at- I
tention de la France et de l'Europe sur les inconvénients d'un état de choses qui ne saurait se prolonger sans compromettre les plus grands intérêts de l'Église et de la religiqp, et sans susciter les obstacles les plus fâcheux à i
la paci6cation dé6nitive de l'Italie; elle a fait connaître la liberté que le gouvernement du Roi est disposé h accorder à l'Eglise.
Dans les débats qui ont précédé le vote du 27 mars, le comte de Cavour a résumé la politique que noua acceptions tous, dans un mot qui a fait le tour de l'Europe. Ce grand ministre a dit : Que l'Église soit libre dans un État libre; mais, Messieurs, une question de liberté n'avance pas vers sa solution, tant qu'on ne laisse pas entrevoir comment on entend appliquer ce grand principe. L'Autriche n'a-t-elle pas promis la liberté à la Vénétie, ne lui a-telle pas offert une Constitution que, dans le sentiment de sa dignité, ce pays a repoussée dédaigneusement? Ces explications étaient d'autant plus nécessaires que la civilisation moderne se troave en présence de deux systèmes politiques procédant également du principe de liberté, mais qui arrivent à des résultats entièrement opposés quoique semblables en apparence. Il y a une liberté qui appelle le pays à se gouverner lui-même, et qui consacre en même temps Tindépendance la plus complète de la province, de la commune, des Églises, de 1 école, de toutes les associations. Il est un autre système quLs'est souvent prétendu plus libéral, qui réclame, pour les populations, une part plus ou moins directe, plus ou moins large dans le gouvernement de l'État, mais qui invoque, pour les pouvoirs issus de la Eouveraineté nationale, une souveraineté souvent plus absolue que celle que rancien régime invoquait jadis pour le pouvoir royal. Ce système ne respecte aucun droit acquis, il ne reconnaît aucune liberté ni à l'Église» ni à l'école, ni a la province, ni à la commune. Ce système a presque l'air d accorder un privilège à la famille quand il lui permet de pourvoir à ses propres intérêis, et 8*il reconnaît la liberté des citoyens, ce n'est que pour opposer à chaque instant les entraves de ses règlements et de ses prohibitions. ^
Je crois que pour quiconque est habitué à s'élever au-dessus des polémiques du jour et à observer la marche générale de la civilisation européenne, il est évident aujourd'hui que les privilèges consacrés par le vieux
droit canon et par la protection des royautés absolues, ne pourront dosormaid assurer à lÉglise colle liberté sans laquelle elle ne saurait remplir la grande mission qu'elle a reçu de Dieu. Les garanties de liberté ne pourront désormais lui éire assurées que par les mêmes principes qui ga* rantissent la liberté des peuples. Mais les garanties que 1 Église acceptera tôt ou tard ne seront jamais celles de cette liberté qui envahit tous les droits, qui élève la démocratie sur les ruines de la monarchie constitutionnelle, et le pouvoir absolu des agitateurs bur les ruines de la démocratie. Sans examiner' le mérite des propositions du ministère, je crois pouvoir afOrmer que si la Gour de Rame les avait discutées avec impartialité, elle aurait dû reconnaître que le nouveau royaume d'Italie ne présentait pas à rËglise la perspective de cette liberté envahissante redoutée par elle avec raison. Si, auprès du chef de l'Ëglise, il n'y avait lieu d*espérer aucun résultat pratique et iif^niédiat, il y avait au moins lieu d'espérerque l'opinion générale de l'Europe prendrait ces propositions en grande considération, et que ce résultat serait d'une importance suprême pour le* triomphe définitif de la cause italienne.
En effet, Messieurs, i! se présente à Rome deux* questions. Le gouvernement du Pape peut-il se soutenir par ses propres forces? Goniinuera-til d'avoir l'appui d'une puissance étrangère? Pour cous, cette seconde question est la seule qui ait une importance pratique. Si le pouvoir temporel du Pape avait pour lui ce qui est la plus sincère expérience du suffrage universel, c'est-à-dire l'obéissance libre et spontanée de tous les hommes honnêtes, nous ne saurions sans injustice faire aucun acte tendant à violenter la volonté du peuple de Rome. Mais la position du gouvernement pontifical est tout autre. Ce que le gouvernement de Rome deviendrait sans l'appui des étrangers n'est plus une question pour personne en Italie; le peuple romain l'a déjà exprimé en recourant à tous les moyens qu'il pouvait employer sans se mettre en lutte contre l'armée françai!^e, pour exprimer son immuable volonté de se soustraire au pouvoir actuel. Ge pouvoir a perdu depuis longtemps le caractère d'un gouvernement régulier. Un pouvoir qui résiste depuis trente ans aux conseils de toute 1 Europe pour refuser à ses peuples ce qu'on accorde partout, ce qui e$t voulu par les plus simples exigences de la civilisation moderne; un pouvoir à qui per!^on ne n'obéit spontanément; un pouvoir qui mendie partout quelques milliers de baïonnettes étrangères contre ses sujets; un pouvoir qui entretient par sa connivence un infâme brigandage, un tel pouvoir n'existe plus comme gouvernement régulier; car, dans notre langue comme dans celle de tous les peuples civilisés, gouverner ce n'est pas imposer par force une domination repoussée par la conscience publique, c^est pourvoir aux intérêts et au bien-être d'un pays(i).
En présence de la ruine inévitable du gouvernement pontifical, TEmpe-
(i) GouvemeTy pourvoir par des pensées et des actes aux besoins et au bienêtre de ce qui dépend de votre autorité et administration.
(Dictionnaire délia Cnuca,)
reo'r des Français s'est demandé, ainsi qu'il Ta dit à Farcbevéque de Bordeaux en 1859: « Que restera -t-il ë Rome? Sera-ce la paix? Sera-ce <( lanarchie? Sera-ce la terreur? » Ces terribles questions doivent préoccnppr tous les esprits, et nous en sommes préoccupés. Le vole du 27 mars a dit à rEuro|)e que nous nous proposions de les rés<mdre en portant à Rome le siège d*un gouvernement fort et libre, et en entourant la Papauté de ces garan<ie8 d'indépendance et de dignité qu'elle ne peut désormais trouver dans le gouvernement temporel, qui n'est plus qu'une action. Les propositions de M. le ministre des affaires étrangères sont venues expliquer à l'Europe la nature et l'étendue de ces garanties. Qaand elle sera persuadée que nous pouvons et que nous voulons les réaliser, la grande question de l'abolition du pouvoir temporel sera résolue, et la Cour de Rome renoncera à mettre en avant des prétentions qoi ne trouveront plus d*appui. La publication des propositions de M. le ministre des affaires étrangères nous approche-t-elle de ce résultat? Je crois que oui. En effet, l'opinion européennoi cblle surtout des pays les plus compétents en fait de liberté les a en général jugées avec faveur. Il va sans dire que je ne parle pas ici de la presse cléricale. En Italie, quelques objections se sont élevées; mais de qui venaient-elles? Des ennemis les plus acharnés du clergé et de la Papauté, de ceux qui regardent la lutte dans laquelle nous sommes engagés avec le chef de rË><lise, non pas comme une nécessité douloureuse, mais comme un déG que nous devons accepter avec joie« et qui doit se terminer par uoe déroute complète du pouvoir spirituel de TËglise. En même temps' le journal officiel de Rome publiait un article dans lequel on répondait à ces propositions par les invectives habituelles à la polémique de ce pays et de ce gouvernement.
Il résulte de là, Messieurs, que l'opinion du monde civilisé est disposée à accepter les conditions que le gouvernement veut accorder, du moment où elle se persuadera qu'elles sont sérieuses ; elles ne sauraient manquer de l'être, le jour où l'Europe nous demandera ce que tous nous sommes prêts à lui concéder, c'est-à-dire d'assurer les intérêts religieux de la catholicité, |
sans sacrifier les droits d'aucune partie du territoire italien. Il résulte que c>8t en. vain qu'on se flattera de réussir avec la Papauté, dans une négo- !
ciation qui tend à faire cesser un état de choses funeste pour elle et pénible pour tous, tant que l'Europe ne fera pas cesser l'appui qu'elle aocorde à un pouvoir condamné à périr. Il résulte^ enfin, que le gouvernement constitutionnel de l'Italie ne se présente pas oomme l'allié d'un parti acharné contre la Papauté, mais comme un pouvoir protecteur de tous les droits et conciliateur de tous les intérêts. . |
J*ai confiance dans le temps, dans ce grand logicieui qui saura, je l'espère, déduire les conséiuences naturelles d'un tel état de choses. J'espère que la sagesse du Parlement et du gouvernement l'aideront à se dégager de &es interminables ienteuis.
La France, Messieurs, changera-t-elle sa mission, se posera-i-elle iodé-
finimeDt à Rome, non plas comme auxiliaire, mais commo ua obstacle à l^accomplissemeot des destinées de Titaiie, ea attendant de l'avenir le fait imprévu qui est aujoard'hui en dehors de toute probabilité, mais qui devrait ramener un jour les populations de TÉiat de 1 Église et de toute l'Italie, a ac4 epier cette conciliation avec le pouvoir temporel, qu elles repoussent aujourd'hui? Mais qu'est-ce qui pourrait désormais rendre possible celte conciliation.? Sera-ce la Cour de Home? Loin d'apprécier les dangers qui menacent son pouvoir, loin do se prêter à ces transaciioos qui auraient . peut-être pu sauver son pouvoir temporel si elles avaient été acceptées plus tôt, elle s'inspire d'une foi qui est la plus noble prérogative de l'âme humaine lorsqu'elle aspire à Dieu et aux biens éternels, mais qui n'est plus qu'une stupidité absurde lorsqu'elle s'acharne à conserver une insiitutioo dont tout annonce la chute inévitable et prochaine. Sera-ce le peuple romain? Ce qu'il veut^ ce ne sont pas des garanties qui ne sauraient être sérieuses; c'est de s'unir au royaume d^italie pour constituer un grand État libre et indépendant qui le fasse entrer en p.eine jouissance de tous les bienfaits de la civilisation moderne : cette intention il Ta proclamée dans toutes les occasions d'une manière bien plus solennelle que ne le sera la formalité du suffrage universel q^ui^ probablement un jour, mettra un terme à ctt<e grande question. Sera-ce le royaume d Italie? La France se connaît trop en matière d'honneur pour croire qu'il puisse oublier rengagement que le Parlement et les ministres de la couronne ont pris le jour où ils ont proclamé Rome la capitale naturelle de l'Italie.
La France doit donc voir que l'obâtination dd la Cour de Rome, que les intentions si souvent exprimées par les populations romaines, que l'honneur de la couronne, que l'honneur du pays, que l'honneur du Pdrlement, rendent impossible tout accord qui repousserait la podsibiiitô de l'abolition du pouvoir temporel. L'Empereur des i^raoçais se présente à l'Europe et à l'Italie comme le protecteur do la Papauté; nous ne contestons pas cette qualité au chef de la grande nation qui constitue l'État te plus puissant de la catholicité; en même temps qu'elle marcbe a la tèie de la civilisation des peuples du continent européen. Mais ce n'est pas en prolongeant l'agonie du pouvoir temporel, que l'Empire français pourra garantir au Pape et à r£glise la liberté à laquelle ils ont droit. Ce sera en les amenant à accepter des arrangements qui concilient tous les intérêts, Cdux de l'Église et ceux de ritaiie, ceux de la religion et ceux de la civilisation moderne. Dieu veuille qu'à tous ces projets qui s'inspirent d'un amour sincère pour l'Église et la Papauté, d'autres hommes, exaspérés par une trop longue résistance, ne viennent pas opposer un jour ce moi toujours terrible en temps de révolution ; Il est trop tard t
Je n'ignore pas combien de nouvtvmx di»laus sont ptîrublos pour co pavi, dont 1 attente est deja si longue; je n ignore pas combien ils sont surtout pénibles pour les populations soumises au gouvernement du Pape. Je voudrais que tous les Italiens, et surtout ceux des provinces romaines, plus particulièrement dignes de notre intérêt, comprissent bien que, sans per*
sévcrance, on ne vient à bout d'aucune grande entreprise, et que celle vertu est plus que jamais nécessaire dans une révolution qui s*est inspirée, grftco à Dieu, plutôt de la sagesse politique que des passions populaires. Nous sommes en présence de ce pouvoir temporel de la Papauté qui dore depuis plus de dix siècles, que les habitudes des peuples ont associé] usqn*à ce jour à ce qu*il'y ade plus sacré p.ottr la conscience humaine, à la religion.
Hier encore, le grand parti constitutionnel, qui a eu une si grande part à notre régénération, regardait sa destruction comme impossible; il y a à peine un moment (que sont quelques mois dans la vie d'une nation? ) que . nous avons voté que Rome doit être la capitale dejltalie. Qu'on ne s'étonne donc pas que l'Europe, qui en est à f^a première surprise des changements accomplis en Italie, n*ait pas encore consenti à la destruction du pouvoir temporel de h Papauté.
Oui, Messieurs, Tltalie doit s'inspirer à des conseils de persévérance et de longanimité. Mais on serait dans une étrange illusion si Ton croyait que le provisoire actuel peut se prolonger sans danger pour ceux mêmes que l'on entend protéger, et qu'il est sage de retarder le moment où il sera donné satisfaction complète au droit de l'Italie, aussi bien qu'à ceux du Souverain-Pontife, en tant qu'il est le représentant supréiue du pouvoir spirituel. Le gouvernement et les hommes politiques français seraient dans une grande erreur s'ils ne voyaient dans l'insistance avec laquelle nous demandons la cessation du système qui impose à Rome le pouvoir temporel du Pape, qu'un enlrainement qui nous fait mettre en avant des Itrélenlions immodérées. Ce que nous voulons. Messieurs, ce que nous voulons avant tout, c'est cette conciliation de la religion et de la liberté, hors de laquelle il n'est point de salut possible pour la civilisation moderne. Cette conciliation ne s'obtiendra jamais en Italie, tant que la Papauté associera ses destinées à ce pouvoir temporel contre lequel s'élèvent dans notre pays tous les sentiments généreux et patriotiques.