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vitatioD, et lui firent connattre leurs inquiétudes et leurs regrets. Il répliqua :
« Le protestantisme est appelé aujourd'hui à défendre les libertés du catholicisme en même temps que les siennes propres ; il a une occasion admirable de faire acte de fidélité libérale comme de charité chrétienne, et de donner ainsi à PEglisc catholique un de ces exemples qui confèrent, à ceux qui les donnent, le droit de réclamer un juste retour. » iDe rÈglise et de la Société ehrétiennes^ p. 99.)
M. Guizot possède, à un haut degré, Tart des coalitions. Sans remonter plus haut que ^839, ^1 fut Tâme de celle dont il recueillit les fruits les plus durables, par sept ans de ministère. Dès le lendemain de la Révolution de ^848» il demandait , dans sa brochure, la Démocratie en France^ que tous les modérés, sans distinction de classe, ni de culte, ni même d'opinion quant à la forme du gouvernement, s'unissent pour la restauration de Tordre matériel au dedans et au dehors. Et comme couronnement, il tenta d'opérer la fusion entre les deux branches royales qui, après une proscription de dix-huit ans de Tune par Taulre, étaient confondues dans un même exil. Aujourd'hui il provoque les catholiques, les prolestenls, les philosophes, à resserrer leur union pour la restauralion de Tordre moral, qu'il déclare ébranlé parTunité italienne. M. Guizot est guidé par la même pensée qui présida à la Sainte-Alliance, et de môme que tout en parlant de la fraternité des peuples et en invoquant la Sainlc-Trinité, les empereurs et les rois catholiques, protestants et orthodoxes qui la signèrent ne songeaient qu'à une assurance mutuelle contre Tesprit nouveau, la coalitioh à laquelle travaille M. Guizot n'a de rcli* gieux que l'apparence... Le génie de la civilisation prévaudra en Italie, comme en France, contre ceux qui, après en avoir célébré les bienfaits, en abandonnent les principes.
Il s'est trouvé des plumes maladroites ou aveugles pour demander que l'Empereur se fît chef de la religion en France! comme si Ton eût déjà trop de liberté et qu'il fallût encore livrer celle de l'âme.
Ainsi Ton put lire, un peu avant la guerre d'Italie, les lignes suivantes, données comme conclusion à un volume qui fit quelque bruit :
t Les gouvernements forts sont ceux qui ont tenu la religion sous leur main... La reine d'Angleterre et l'empereur de Russie sont les chefs de la religion anglicane et russe, et la métropole souveraine des Eglises de France devrait être logiquement Paris. • (Edmond About, Question romaine^ 1859.)
Puis vint Tinvocation que voici :
« Pour nous, peuples de France, nous n^avons pas les mêmes motifs
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que ritalie de nous désespérer. Si le Pape nous faisait défaut, nous nous tournerions vers le chef de TËtal el nous nous écrierions : Béni soit et Yiye l'Empereur qui a débarrassé l'Europe de la question romaine. » {Là Pape €i VEncyeliqai^ par Hippolyle Caslille, brocli. , 18G0.)
.Et un autre a formulé ainsi l'idée :
« Victoria d'Angleterre est reine et papesse;
« Le roi de Prusse est roi et pape...
« Alexandre II, empereur de Russie, est tzar et ponlife...
c Au nom du progrès humanitaire injiuguré en Ï789;
« Au nom de la lolérancc el du libre arbitre» ces deux grandes lois des temps modernes \
« Que le chef de TËlat réunisse enGn en un seul el môme faisceau le pouvoir politique el Tadminislralion des culles...
a De toutes les solutions la plus simple, et celle qui nous parait inéritable:
« C'est de rendre au clergé sa cooslitulion civile;
t C'est le chef de PElat réunissant les deux pouvoirs. > (Pape ei Empereur^ par J.-M. Cayla^ brocb., ^S60.)
Un ancien membre des Assemblées conslituanleel législative, en rclalaut de semblables projets, sp borne à dire :
« Mais est-il bien vrai que l'heure de recourir k ces ressources exlrômcs, à ces cures périlleuses, à ces remèdes héroïques, soit arrivée ? »
Nous croyons qu'il y a à juger de tels projets plus sévèrement. Quand on aurait remis un si grand pouvoir à un chef d'Ëlal, une constitution civile du . clergé serail-ellc plus à l'abri de brusques révisions qu'une constitution politique? En suivant l'exemple de la Russie, ne serait-on pas exposé à avoir aussi un jour un catéchisme du culte dû à l'Empereur? Si l'on nous oppose ce qui se passe en Ânglelerre, nous ferons remarquer qu'il n'y a poihl en ceci de comparaison à élablir entre un peuple qui jouit depuis trois siècles de la liberté d'examen et un peuple qui a eu à subir une discipline ecclésiastique séculaire.
Nous avons en France si peu Thabilude de l'inilialive dans nos actes, et le gouvernement se mêle déjà tellement de nos propres aflaires, que c'est bien le moins que le pouvoir ne se donne pas la peine de penser à notre place ni le souci de diriger nos consciences.
Quelques-uns ont cité Napoléon. Si, comme premier consul, il s'était prononcé contre l'union des deux pouvoirs, en disant : a Réunie au gouvernement, l'autorilé religieuse deviendrait le despotisme des sultans,» plus tard comme Empereur, aigri par les hoslililés de la Cour de Rome, il se laissa aller à la pensée de maîtriser Pautorilé spirituelle, el de la suballerniser ; peut être même rapportat-il du Kremlin, comme un souffle des Tzars, le rôve d'unir les deux puissances en sa personne.
« Celte union, disait- il à Sainle-ilélène, l'Angleterre, la Russie, les couronnes du Nord, une partie de l'Allemagne, la possèdent. On ne saurait gouverner sans elle. »
t Le comte de Las Cases a encore rapporté ces paroles : a J'allais relever
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le Pape outre mesure, rentourer d'hommages ; il fût demeuré près de moi; Paris fûl devenu la capitale du monde chrétien, el j'aurais dirigé le monde religieux ainsi que le monde politique; c'était un moyen de plus de resserrer toutes les parties fcdératives de TEmpire. »
La crainte de voir replacer la France sur la pente du Tzarîsme aveo la perspective de rétablissement d'une Église autocratique a-t-elle influé, réellement sur un certain nombre d'esprits? Il est du moins incontestable que les ennemis de Tltalie ont abusé de Targument.
Mais depuis quand inflige-t-on un mal immédiat à son voisin, en vue de se préserver soi-même d'un mal imaginaire? Et comment faire au peuple français l'injure de penser qu'il se laisserait ravaler au niveau des moujiki russes ?
Pour quel motif Toccupation de Rome, qui ne devait être que provisoire et qui dure depuis quatorze ans, se prolonge-t-elle ?
Lorsdc ladiscussion de l'adresse en -186^, M. Baroche, commissaire du gouvernement/disait « qu'au mois de mai 1860 le Saint- Père avait consenti au dépari des troupes françaises. Ce départ avait été arrêté d'accord entre les deux gouvernements ; un bataillon de chasseurs allait ouvrir la marche et partir le premier pour la France... En ce moment, notre ministre des affaires étrangères, à Paris, apprend par une dépêche télégraphique que Garibaldi vient de quitter Gênes... Immédiatement une dépêche télégraphique donna au général de Goyon, qui commandait à Rome, l'ordre d'arrêter le départ de nos troupes. » (Séance du Corps Législatif du 42 mars).
Plus de trois ans se sont déjà écoulés, et les Français sont encore à Rome. Le Pape n'est pourtant menacé d'aucune attaque extérieure.
Les Italiens l'ont observé à bon droit : « Si l'armée française reste pour protéger le Pape contre Tarmée du roi d'Italie, le seul drapeau de ht France sufGrait. Si elle reste pour protéger le Pape contre ses sujets, on avoue ainsi que le pouvoir temporel ne subsiste qu'avec l'appui des baïonnettes étrangères. »
Cette occupation indéfinie a donné lieu à des commentaires de toute nature.
Les uns disent : « Si on laisse les troupes à Rome, c'est pour avoir le Pape sous la main. Le Pape ne voulant point demeurer à Rome sans force armée, et la France ne pouvant admettre que rAutriche ou l'Espagne se substitue à elle, on s'exposerait en sortant par une porte à voir le Pape s'en aller par l'autre. Ne vaut-il pas mieux avoir le Pape pour soi en le protégeant, que contre soi en l'abandonnant. Aujourd'hui on peut AU besoin modérer par lui les évêques et les prêtres, tandis que, s'il se
relirait cbex les entiemis de la France, on aurait à redouter une agiiatiui ecclésiastique que l'on ne saurait comment contenir et qu1l faudrait réprimer. D^ailieurs n*j a*t-il pas arantage à ce qu-'un nouveau coneiaye ne s'ouvre pas sous une autre influence que la nôtre. Les troupes françaises doivent donc séjourner à Rome jusqu'à l'élection d'un nouveau Pape. »
D'autres disent: « Ne voycx-vous pas que le maintien de noire occupation à Rome nous conserve la tulelle do riialie. Si nous n'avons pu établir la confédération italienne, retardons du moins i*unité. L'achèvement de l'unité c'est Rome et Venise. Une fols dans Rome*capilnle, le Parlement italien ne pourrait résister au besoin de délivrer la Yénélie. L'Italie an Capttole se sentirait grande nation. Elle aurait sa politique à elle, ses alliances "propres. Ne s'annonce-t-eUe point déjà aujourd'hui comme sympathique également à l'Angleterre et à la France. En cas de conflit, nous serait-il indilTérent d'avoir pour nous ou contre nous les armées et tes flottes d'une puissante voisine. Que les troupes françaises restent donc à Rome jusqu'à la revanche de Leipzick et do Waterloo. »
Il y a des gens satisfaits, toujours prêts à applaudir le gouvernement et qui l'applaudissent double pour peu que ses mesures leur paraissent incliner Ters les idées vieillies qu'ils ont servies d'abord, qui poussent la flatterie jusqu'à trouver que les libertés laissées ou octroyées dépassent tes vœux de la nation, et qui consentent à admirer notre gloire pourvu qu'on s'en tienne là.
M. de la Guéronnière, s'est essayé à devenir leur organe, à voiler leur commun égolsme en se drapant dans une sorte de doctrinarisme impérial.
La sonorité des périodes du nouveau sénateur n'eût pas plus attiré Fattention que ne le fait aujourd'hui l'harmonie de ceUes de son premier maître, M. de Lamartine, si deux on trois brochures de lui n'eussent passé pour avoir l'altaehe oflicielle, et s'il n'eût à la un obtenu la concession d'un journal {la France) qui prenait pour programme de politique intérieure et extérieure de rallier les blancs en leur montrant tons les services que l'Empire poorraii leiir rendre, et de faire agréer des vieilles oumarchies les faits accomplis en leur donnant l'assurance que la France considérait son œuvre comme achevée, qu'elle en était fidre et ne désirait plus que la paix.
Les premières attaques du journal de M. de la Guéronnière furent pour les Italiens; et c'était prévu, puisque les coups à leur porter devaient avoir d'autant plus dé prix de la part d'un écrivain qui croyait pouvoir s'autoriser de certaines phrases antérieures pour dire : « J'ai plus qu'aueun autre peut-être montré mon dévouement à l'Italie. »
Saisissant le prétexte d'une circonstance douloureuse pour cette nation, il se bâta d'écrire : « §i nous étions à Rome par devoir, nous y resterons désormais par honneur. » Et peu d'instants après, au lendemain d'Aspromonte, se posant la question : « La Frasce doit-elle abandonner Rome ^ur laisser se consommer l'anité italienne? ■ il répondait : « L'unité
italienne^ c^est la servitude qu'on entend imposer au Pape qui ne serait plus que I*instrument des ambitions de Tltaiie; c'est la création près de nous d*un Etat rivàL II faut consacrer les divisions territoriales que la nature a créées et que l'intérêt général doit maintenir. » Et alors de proposer le partage* de l'Italie en trois États» en faisant garantir pour toujours Rome au Pape par l'Europe.
M. de La Guéronnière a eu le tort d'envisager comme but définitif ce qui ne pouvait être que des projets de circonstance. Il en fut déjà ainsi de la Confédération italienne, et, quoi qu'on en dise, il en sera de même de la souveraineté temporelle du Pape qui, réduite successiyement des Romagnes aux Marches et à l'Ombrie, l'est à Rome et doit l'être à rien.
On a noté la maladresse qu'il y avait à contester l'unité italienne, alors que Je gouyerneraenl français venait de la sanctionner et de la faire reconnaître par de grandes puissances européennes.
Dans le système de ju8te*milieu européen qu'a adopté le second empire, et au milieu des oscillations qui en résultent, il ne manque point de politiques qui mettent toute leur habileté à dénaturer les avantages déjà trop restreints qui sont faits aux peuples, et à exagérer les concessions •beaucoup trop grandes qu'on accorde à la vieille Europe.
Les Italiens, un moment attristés d'attaques dont ils s'expliquaient ma 1 Iç mobile^ se dirent : il est impossible que ceux qui nous ont reconnus nous renient, ni que Tunité qui a été notre aspiration constante, le but de nos eiTorts, qui est l'essence de notre vie nationale et sans laquelle nous ne serions rien, ne soit qu'un essai sans lendemain.
La raison la plus mauvaise et la moins noble qu'ait donnée M. de la Guéronnière et contre laquelle on ne saurait trop protester, c'est le danger pour la France d'une Italie forte* L'impopularité qui a accueilli la propagation de ces théories mesquines et peureuses a montré que la France est toujours la nation généreuse et dévouée. En quoi la force et la prospérité d'un frère est-elle jamais un afTaiblissement ?
La politique avouée du gouvernement français, c'est de conserver sa position à Rome jusqu'à ce que la conciliation se soit opérée entre la Papauté et l'Italie. Or, ni le Pape ne veut rien céder de son pouvoir temporel, nirilalie ne peut renoncer à son unité. Tant que les baïonnettes soutiendront le pouvoir du Pape, le Pape fermera l'oreille à tous les conseils. Et la France ne pourrait plus, même si elle le voulait, ce qu'on ne peut supposer, défaire ce qu'elle a fait à Magenta et à Solferino. Le gouvernement français tourne dans un cercle vicieux, au milieu d'impossibilités qu'ail s'est créées lui-même.
Quant aux motifs cachés que lui prêtent ceux qui s'ingénient à deviner les raisons d'une politique énigmatique, nous observerons que de montrer durablement aux populations l'autorité spirituelle no subsistant que par l'appui d'une force étrangère, c'est ruiner cette autorité dont on se dit le défenseur. D'autre part, faire trop sentir les services rendus, tout en en stérilisant l'effet, c'est compromettre la plus juste des reconnaissances et altérer dans les cœurs la plus naturelle des amitiés. Les Ita-
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liens disent : Nous devons à la France une reconnaissance éternelle de ce qu^elle a fait pour nous» mais que de mal nous vient d*elle ai^oard*hui !
Nous blessons les Italiens sans même satisfaire le Pape, qui tiouTc noire intervention insuffisante. Et notre Inlervenlion est jugée anormale par les Puissances. La logique de notre politique Ja condamne et cette contradiction nous affaiblit.
Voilà donc à quoi aboutissent toutes les habiletés d'une grande politique, c*est4-dire à entraver la constitution d'une nation amie par intérêt pour une institution golhique qu'on n'empêchera pas de crouler.
On est ainsi dans une impasse où l'on ne peut rester et d*où Ton ne sait comment sortir.
Il fut un jour où, comme par une grâce spéciale de la divine Providence, la solution se présentait d'elle-même : la retraite du Pape avait mis fin à sa souyeraineté temporelle ; c'était un fait accompli.
Par quelle fatalité la France a-t-elle donc relevé ce qui s'élait effondré, et comment a-t-elie pu ramener et replacer le Pape sur son trêne absolu, c'est-À-dire verser le sang de ses enfants et sacrifier des millions pour rétablir Tédifice féodal de la ruine duquel elle n'avait qu'à se réjouir, puisque c'était la consécration de ses propres principes proclamés en 89 pour elle-même et pour le monde.
L*un des grands arguments de ceux qui organisèrent l'expédition de Rome était qu'il fallait délivrer Rome de l'anarchie. Et l'on a répété : C'est la faute à la Révolution, à Mazzini^ à Garibaldi, comme on disait il y a cent ans : C'est la faute à la Philosophie, à Voltaire, à Rousseau. — Ce ne sont pas là des raisons. Et ce qui prouve que ce n'élail qu'une formule pour abriter les mauvais desseins des réactionnaires, c'est qu'aujourd'hui qu'ils sont en face d'une monarchie constitutionnelle, leur hostilité n'est pas moindre.
Rien ne nous autorisait à nous immiscer dans les affaires intérieures de l'Italie. Est-ce que les Italiens n'avaient pas le droit de chasser leurs princes, ou de les constltutionnaliser , de se confédérer ou de s*unir, de se mettre en république ou de s'unifier en monarchie ? Comment avonsnous répondu aux puissances coalisées qui, en ^792*et en 1793, avaient la prétention de nous aflhmchir de la tyrannie de la Législative, de la Convention et du Comité de salu^ public pour nous faire jouir des douceurs du gouvernement paternel ? Et quand, après vingt-cinq ans de glorieuses guerres, /lous avons dans un jour de malheur subi l'invasion, est-ce que nous avons accepté notre honte comme une délivrance; et le mot de restauration, loin de signifier un régime réparateoT) n'est-il4>as
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demeuré syaonyoïe d'un gouyernement d'ancien régime imposé par TéUaqger?
Ne pas faire aux autres ce i\ne nous ne voudrions pas qu'on nou4 fli à nous-mêmes, n'esl pas moins une régie de morale internationale que de morale privée ;
Tout peuple doit être maître de ses destinées au même titre que chaque homme doit jouir de la hberlc de conscience*
En dehors de ces principes, qui sont les axiomes du nouveau droit des gens, il n*y a qu'anarchie morale et abus de la force.
Nous n'avions pas plus le droit de détruire la république à Rome quo nous ne l'aurions eu do Timporter à Turin. Si les Romains étaient mécontents de leur gouvernement, ils Tauraient changé eux-mêmes : mais ce n^élail pas notre affaire.
Après ^830, les peuples qui, comme Pllalie et la Pologne, ont ^milé notre Révolution, ont été abandonnés. Et Ton en fit le juste reproche au gouvernement d'alors. Après 18/18, nous avons fait pis : car les Romains qui, à notre exemple, se proclamèrent en république, furent par nous envahis et rendus à leur souverain de la veille*
La Convention de Gaëte, où fut décidée l'occupation de Rome, ne fut pas moins coupable que la Convention de Pilaitf où avait été résolue l'invasion de la France.
La Convention de Gaéte a établi une complioité entre tontes les puissances qui y ont pris part, de même qu*en France le vote de l'expédition de Rome en a créé une entre les hommes de toute nuance qui regrettaient le passé ou qu'effrayait l'avenir.
C'est Tune des pages les plus douloureuMS de noire histoire contemporaine. Et Ton ne peut pas dire que lel homme seulement ou tel parti en est coupable. Ce que le président Louis-Napoléon a achevé, le général Cavaignao l'avait commencé. La Législative n'a eu qu'à continuer l'œuvre de la Constituante. — Il y eut, il est vrai, une minorité qui pro^ testa les armes à la main, liais la majorité de l'Assemblée, malgré le texte de la Constitution et malgré le bon droit des Romains, passa outre*
Deux années après, l'Assi^mblée ne pouvait se plaindre d'avoir élé dissoute: elle avait dissous l'Assemblée romaine; et le peuple put méditer sur cette vérité : celui qui enlève la liberté aux autres mérite de perdrix la sienne.
M. Ron-Compagni a donné dans sa préface des détails intéressants suir la façon dont le ministère Gioberti, en ^18/^9, entendait prévenir l'intervention étrangère en Italie. Nous y joindrons la révélation suivante de M* de Falloux :
t Lorsqu'au lendemain de l'élection du iO décembre 'IM8, le président do la République hérita du com(penceroent d'expédition romaine projetée par le général Cavaignac, il ne consentit point d'abord à y donner suite. Ses vues se tournèrent vers la nation piémontaise... Qu'il me suffise de dire que dès lors, entre la révolution maîtresse de' la Ville Éternelle et le Souverain-Pontife entouré à Gaële des représentants de tous le
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Étais européens, c'élail au Piémont que le principal r61e était résenré; c'était en sa faveur qu'on voulait abdiquer l'influence que notre pays avait jusque-là tenu à honneur de revendiquer en Italie. Le premier ministère de M. le président de la République était assez divisé d'opinions sur ce sujet pour que Gioberli, alors en pleine possession de son éphémère popularité, entreprît le voyage de Paris dans Tunique but de convertir à celte combinaison les dissidents du cabinet et de TAssemblée. rélais du nombre de ces dissidents... Ce débat fort animé en était là, quand le roi Charles-Albert, sourd à de sages conseils, courut au devant de la défaite de Novare. Dès lors, il ne pouvait plus être question de pousser le Piémont en Italie. Une expédition française à Rome fut sérieusement discutée par le président de la République, promptement résolue et bientôt accomplie.» (Antécédents et conséquences de la sUuatioa aduHUf par le comte A. de Falloux. broch., ^1860.)
L'occupation étrangère fut funesle à la nation italienne. A-t-elle du moins servi la cause de la religion?
Voici quelles étaient, dès octobre 4849, les réflexions d'un rédacteur du Jawmal du Débats, M. iobn Lemoinne :
« Ces soldats qui gardent le Vatican, ils viennent d'un pays où foules les religions sont égaies devant i'£tat, où l'enceinte de la législature est ouverte à l'israéiite comme au chrétien; ils sont membres d'une société où la loi ne demande au citoyen que son acte de naissance et non son acte de baptême ; où la séparation du spirituel et du temporel est un Dut aeeomi^.... Et l'on veut que cette prédication vivante et incessante ne porte pas ses fruits!... Nous n'avons pas besoin de prêcher ni d'endoelriner.... Notre propagande, c'est nous-mêmes. On s'est dit, avec les livres, que la France était la fllle aînée de TEglise, et on a oublié, qu'elle était aussi la fllle ainée de la Révolution. Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas dépouiller celle terrible investiture, qui est à la fois notre grandeur et notre malheur. Nous sommes les fils et les petits-fils de lu Révolution. Nous sommes le fruit de ses entrailles, enfanté dans le sang, dans le doute et dans la douleur. 0 catholiques! qu'avez-vous fait? Fils des Croisés, vous avez envoyé les fils de Voltaire à la conquête do la Terre^Sainte; vous avez fait prêcher la foi parles incroyants. Vous avez installé dans la chaire de saint Pierre la génération élevée par les ins« tituteurs primaires.... On ne porte au dehors que ce que l'on a dans le cœur; avant de vouloir convertir Rome, ne pouvlez-vous donc convertir Paris? y>
(iOrsqu'eH 4823, la France constitutionnelle alla renverser la constitution d'Espagne, on croyait rétablir d'une manière durable la royauté absolue! Quand les institutions sont vermoulues, on peut bien les restaurer un moment; mais dès que se retire la main qui les a relevées, elles tombent.
Et tel sera le sort du pouvoir temporel à Rome*
On disait, en avril 4849: il faut nous hâter pour empêcher les Autriehiens d'entrer à Rome avant nous. La France s'est hâtée, en eflTet, de
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remplir en Italie le rôle dont jasqaUci rAutriehe avail eu le monopole. El ritalie fut, dix aneées durant, occupée de compte k demi par nous et par eux. Nous les avons chassés des Romagnes, mais nous n'avons pas quitté Romp. Et nous qui allions pour faire cesser leur intervention, nous continuons U nôtre !
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Une VQix espagnole, celle de M. DonosoCortès, marquis de Valdegamas, ambassadeur à Berlin et député aux Gorlès, avail, dès le 4 janvier 1849, posé devant la chambre à Madrid, avec violence mais avec franchise, la question de Rome :
« Il faut que le roi de Rome retourne à Rome, ou qu'il ne reste plus à Rome pierre sur pierre. Non, le monde catholique ne peut consentir, et il ne consentira point, à la destruction virtuelle du christianisme par une ville isolée en proie à une folie frénétique. L'Europe civilisée ne peut consentir, et elle ne consentira point, à ce que Ton déshonore et Ton ruine le dôme sacré de Tédiûce de la civilisation européenne. Et qu'on ne dise point qu'il y a ici deux questions, Tune temporelle, l'autre spirituelle, et que la question a été entre le prince temporel et son peuple... Sans aucun doute le pouvoir spirituel est le principal dans le Pape ; le pouvoir temporel n'est qu'accessoire, mais c'est un accessoire nécessaire. Le monde catholique a le droit d'exiger que l'oracle infaillible de ses dogmes soit libre et indépendant ; et le monde catholique ne peut avoir la certitude dont il a besoin, que son chef spirituel est indépendant et libre, sinon quand il est souverain, parce que le souverain seul jouit d'une complète indépendance. Par conséquent, la question de souveraineté qui est dans tous les autres pays une question politique, est de plus à Rome une question religieuse. Le peuple qui, dans tous les autres pays, peut être souverain, ne peut l'ô^re à Rome: les assemblées constituantes qui peuvent exister dans tous les autres pays ne peuvent existera Rome; à Rome il ne peut y avoir d'autre pouvoir constituant que le pouvoir* constitué. Rome, non plus que les Ëtats-Pontifîcaux n'appartiennent point à Rome, n'appartiennent point au Pape; Rome ainsi que les Ëtats-Pontificaux appartiennent au monde catholique. Or le monde catholique les a reconnus au Pape, pour qu'il fût libre et indépendant, et le Pape même ne peut se dépouiller de cette souveraineté, de cette indépendance. »
Il était naturel que le premier cri de la croisade pour la restauration de l'absolutisme pontifical partît delà terre qui porta durant tantde siècles les bûchers de l'Inquisition, et qui par Loyola produisit la milice qui fut le Janissariat de la papauté. Le discours de M. Donoso-Cortèsfut accueilli avec enthousiasme par le parti catholique de France, car il exprimait
nettement et hautement oe que MM. de Falioux et de Monlalembert n'osaient encore que murmurer tout bas.
Une foix française, celle d'un philosophe historien, de M. Edgar Quinet, alors professeur au collège de France et représentant du peuple, exhala les douleurs de Tâme nationale blessée. Pendant le siège de Rome, il fit paraître une brochure éloquente : La Croisade autrichienne^ française, napolitaine^ espagnole, contre la république Romaine, On y lisait :
a Donner à la France, dans la politique étrangère, le rôle d'une puis» sance papiste, c'est premièrement contredire la Constitution, qui a aboli la religion d'Ëlat ; secondement, c'est ravaler l'autorité de notre pays. Depuis trois siècles, toutes les fois que la France a été puissante, elle a agi sans esprit de secte, dans le génie conciliant de la civilisation. Aujourd'hui, ramener la France à une politique de sectaire, c'est renoncer à agir comme membre de l'humanilé, c'est prendre le chemin de TEspagne, et se retirer des grandes aflaires... La vérité est que ce qui se passe à Rome a un caractère général pour l'Italie et pour le monde; il s'agit en eilet de l'universelle oppression ou de l'universel aflranchissement. La destruction du pouvoir temporel des Papes, fait culminant de l'indépendance de la société laïque, est la marque que l'Italie entre dans le chemin des peuples modernes. Rejetez-la sous le pouvoir temporel, vous lui interdisez la vie civile des autres peuples; vous la clouez au moyen âge. A l'égard des autres nations, il n'est pas moins évident que le foyer de la vieille Europe est dans Rome ; que là est le premier anneau de la chaîne qui lie les peuples sous le sceau de la Sainte-Alliance ; que la confusion des pouvoirs du prêtre et du souverain est l'empreinte du moyen Age dans le droit politique, le démenti le plus éclatant aux conquêtes de la société moderne, la négation du droit élabli par la révolution et par la philosophie, la consécration religieuse des traités de ^815, la marque de la défaite de la révolution française, la victoire du droit divin sur le suffrage universel, la sanctification de Waterloo. Oui, le ' nœud des choses humaines est encore là ; toute la vieille Europe a raison de se retrancher parmi ces ruines. »
Les conséquences que masquaient les habiles , et que les simples se refusaient à voir, éclatèrent à la fin. Lorsque la prise de Rome fut consommée, M. de Falioux, alors ftiinistre, dit : « Vous vouliez faire de Rome la capitale d'une petite république ; nous, nous voulons qu'elle reste la capitale de la grande république chrétienne. Rome, c'est la seconde patrie de tout le monde. • Ce qui était nier la nationalité : pour avoir l'honneur d'èlrc ]es«compatrioles de Tunivers, les Romains devaient vivre sans patrie 1 El M. de Montalemberl demanda que le gouvernement français fil «n^ guerre de Rome à rtnf^nettr, c'est-à-dire traitât les citoyens français comme les citoyens romains. El alors les libertés d'association, de réunion, de presse, et de suffrage furent successivement retirées ou amoindries; et même la liberté de l'enseignement, que le parti catholique avait si fortement réclamée pendantdix-huit ans, elle fut écartée; car le clergé trouva plus avantageux d'en partager le monopole avec