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Tuniversité. Et le parti catholique se réjouissait que les libertés fus* sent ainsi restreintes, se flattant d'être seul à en jouir. Mais la Providence ne permet point le triomphe de tels calculs : et tous éprourôrent ce qu^est le manque de liberté.
Dixannéess'écoulèrent.Enfin Texpédilion d'Italie vint. Etelle fut saluée avec bonheur par tous ceux qu'avait désolés la guerre de Rome en '1849. Chacun de nous sentait que la liberté nous revenait. Et le peuple appela ensuite de ses vœux une expédition d'Italie à Fintérieur^ c'est-à-dire que les entraves à notre liberté fussent brisées comme Pavaient été celles à la nationalité Italienne. Mais de môme que la délivrance des Italiens demeura incomplète et leur œuvre inachevée, ainsi la liberté française reste encore imparfaite.
En réalité nous ne retrouverons qu*ensemble la liberté qu'ensemble nous avons perdue.
On a souvent dit que, en France, les consciences étaient alarmées de la situation faite 'au Pape, et même profondément troublées. L'un des grands corps de l'Etat s'est fait l'écho de ces bruits, à dessein propagés par les partisans du pouvoir temporel.
S'il était d'usage que la nation fût consultée dans ses asseiMblées communales sur certains points importants, et que la question fût posée au peuple français de savoir s'il approuve ou non la continuation de i'oceupation de Rome, il nous paraît évident que, à une immense majorité, il serait répondu : Non. Car il n'y a personne qui voulût croire que nous ayons plus de droit d'être aujourd'hui à Rome, que les Autrichiens ou les Prussiens n'^en auraient eu d'être à Paris en ^1792, ni qui osât voler que l'unité nationale que nous avons fondée chez nous par les plus grands sacrifices ne soit pas l)onne pour les autres.
L'occupation de Rome est, au point de vue de la France, le drapeau de la réaction cléricale. Cette réaction a diminué depuis quatre ans, mais non cessé. Lorsqu'au siècle dernier, les jésuites furent expulsés, la France se trouva allégée. Il n'y avait d'écartée qu'une poignée d'étrangers ; mais cette poignée pesait sur le cœur de la France , et le cœur désoppressé put battre librement. Vienne donc le jour où le petit territoire pontifical aura disparu dans l'unité nationale, et non-seulement ritalie, mais nous-mêmes et le monde nons sentirons délivrés.
L'occupation de Rome fait un grand mal à la France, à l'extérieur comme à Tintérieur.
Une fausse position amène la fausseté du langage, fait perdre le prestige de la parole, et engendre la défiance des ^gouvernements et des peuples.
Comme tout s'enchatoe en ce monde, les bons et les mauvais actes : le précédent de l'expédition de Rome n'a-t-il pas aidé à l'expédition du IViéxique? Le Times disait dès l'origine : la France ne sortira pas du Mexique, Et il pouvait arguer de notre occupation indéflnie à Rome. — On a remarqué la coïncidence du temp? d'tfrrêt survenu à la minovembre 4862 dans la question romaine, avec la vigueur imprimée
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aux opérations militaires au Mexique, secondées par les évoques du pays.
De telle sorte que les deux questions ont tour à tour influé Tune sur Tautre, et que la France, liée par de doubles embarras, est entravée dans ses actes les plus urgents au centre de l'Europe.
M. Tévéque d'Orléans a cru pouvoir citer les paroles suivantes de M. Rossi : « Quant au trône pondGral, la chose est plus sérieuse encore. 1/indépendance du Souvcrain-Ponlife est sous la garantie commune de la conscience des catholiques. Rome, avec ses monuments élevés par les trésors de l'Kurope entière ; Rome, centre et tôle du catholicisme, appartient aux chrétiens encore plus qu'aux Romains mômes. Tenez-vous bien pour avertis que nous ne vous laisserons pas décapiter la chrétienté, et réduire le Pape fugitif à demander un abri qu'on pourrait faire payer cher à sa liberté. » Mais ces mots ne sont tirés ni d*un discours, ni d'une dépêche, ni même d*une lettre, ce ne sont que de vagues on-dit, de prétendues conversations de M. Rossi comme ambassa* deur de France, relatées par un chroniqueur, sans indication de date ni dMnterlocuteur. Et c'est ce que M. l'évèque a oublié de dire. (Voyez Revue des Deux Mondes^ tome xxiv, -15 dcc. -1868, page -1037.)
M. Bon-Compagni a cité plus d'une parole authentique de M. Rossi contre le pouvoir temporel. D'ailleurs nous avons peine à comprendre en quoi les défenseurs actuels du Pape ont intérêt à invoquer M. Rossi en leur faveur. Ministre du Pape en ^8/i8, M. Rossi chercha, mais en vain, A constitutionnaliser le principal romain, à concilier le pouvoir temporel du Pape avec la liberté et la nationalité. Et quand il mourut, il était poursuivi par la double colère du clergé rétrograde et des révolutionnaires. Et là où il a échoué, qui donc pourrait se flatter de réqssir?
Le R. P. Lacordaire a écrit en -1860 : « Comment avouerai-je qu'il n'y a rien à espérer de Rome, quoi qu'il arrive, qu'une muetle et implacable immobilité? Que ceux-là le disent qui croient à la mort du Christianisme et à la chute préalable de la Papauté. » Eh bien ! de même que pour les Jésuites il avait été dit: Sint ut sunt aut non sint, le Pape et les cardinaux répondent aujourd'hui : Tout ou tien.
Quand lord John Russell disait :• La tyrannie du gouvernement romain est intolérable, » l'épiscopat objectait que c'était une calomnie protestante. Or un agent autrichien adressait en novembre -1822 à son gouvernement des rapports où on lisait :
« Rome est à présent, on peut l'assurer, au spirituel, le foyer de la démoralisation, au temporel celui du désordre... Dans ce gouvernement de cardinaux, de prélats et de prêtres, la politique est un jeu continuel
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de pbarisaïsme et de machiaYélisme ;... Tinfidélîté des ministres et leur impérilie font dtns le trésor des ^ides considérables ;... dans tout PEtat pontifical, lajnstice est vendue ouvertement. •
Et dans un autre rapport du 8 juin ^1824 :
f A part les légions de prôtres, de frères et de vieux fanatiques, les populations non-seulement sont froissées, mais indignées et irritées contre le régime actuel... Les causes d*une telle situation les voici : « Inquisition en vigueur dans toute retendue de TElat, et se donnant carrière sans aucune entrave... système qui tend à faire vivre les hommes de toute condition en moines et non en citoyens... Voilà ce qui provoque le dégoût populaire. »
Enfin un rapport du 6 octobre -1825 porte :
« Décidément Baby lohe est le nom qui convient à Rome. Tout s*y obtient à prix d^or, et, sans or, n'y espérez rien... Le corps sacerdotal, à Rome, est composé, pour deux bons tiers, d'hypocrites et de simoniaques : les prédicateurs sont pour la plupart indiflerenis ou athées... C'est un gouvernement théocratico-turc. ■ {Carte tecrete, 9 alti ufficiali delta polt»a amttriaca, trouvées dans les archives de Milaù et de Yenise,après Texpulsion des Autrichiens de ces deux villes en -1848).'
Est-ce le rôle de la France de faire durer un tel état de choses, et notre protection ne nous en rend-ellç point complices? Et comment nier la vérité de cette parole de Lord Clarendon : t L'occupation du territoire du Pape sanctionne un mauvais gouvernement. >
En ^848, le Pape a renié le principe de nationalité ; en ^1858, il a, par le rapt de l'enfant Mortara, violé le sanctuaire de la famille ; et l'année suivante, par le massacre de Pérouse, il offensa Thumanité.
Rome est devenu un Coblentz contre l'Italie et contre la France, le foyer du brigandage napolitain.
Le Pape, identifiant sa cause à celle de la légitimité, s'est fait solidaire de tous les rois absolus. ■ Nous ne pouvons abdiquer, a-t-il dit, les provinces qui relèvent de notre domination, sans affaiblir les droits, non -seulement des princes de l'Italie qui ont été dépouillés injustement de leurs domaines, mais encore de tous les princes de l'univers chrétien, qui ne pourraient voir avec indifférence l'introduction de certains principes très-pernicieux. » (Encyclique du '10 janvier ^1860.) — Et de la sorte le Pape se déclare l'aliié des Césars centre les peuples?
Que de solutions de la question romaine n'a-t-on pas mises en avant ?
Les uns posant le problème dans ces termes : qu'il faut au Pape « assez de sujets pour ne pas être assujetti lui-ipéme » et pour être souverain dans l'ordre temporel, ont reconnu qu'il était essentiel de restreindre sa souveraineté temporelle à Rome et à la campagne de Rome : tPlus le
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territoire sera petit, plus le souverain sera grand. ■ (Le Pape et le Can" grès. Broch., 25 décembre 4869.)
M. Veuillot, dans son indignation, traduisit ce projet, considéré comme semi-officiel, par les mots : le Vatican et un jardin autour. Et M. révéque d^Ârras, Parisis, repoussa atec tous les évoques la moindre diminution du territoire pontifical, n'y voyant qu'une • hypothèse mystique. »
D'autres ont protesté contre la situation tout exceptionnelle qu'on voulait faire à Rome, en la mettant hors le droit commun de la nationalité et de rhumanité, et ils ont demandé que le domaine temporel du Pape fût réduit à la rive droite du Tibre, sur laquelle sont situés Saint- Pierre et le Vatican, la. Sainte* Inquisition, de superbes palais et le populeux Transtévère.
■ Pour que le Pape trône A Rome et siège au Vatican est-il nécessaire que toute la ville de Rome lui appartienne Âmes et bien^ ? Rome, qui a 27 milles (9 lieues) de circonférence, est divisée en deux parties inégales par le Tibre... Sur la rive droite existe la Ville Eternelle; sur ]a rive gauche, la Reine des nations, la capitale future de ritaiie vivifiée... Il faut que les sujets du Pape soient des sujets volontaires qui aillent spontanément se mettre sous sa main pastorale, el puissent à volonté se retirer le jour où le gouvernement du chef de l'Eglise ne leur convient plus. » {Rome et le Con^r^, par un Romain, broch. 1860.)
L'année suivante, le même point de vue était développé avec éclat devant le Sénat.
7roM^6pr6»/0^ — a Rien.de plus facile pour assurer l'indépendance du Pape que de recourir au droit des gens, c'esl-àdire de lui attribuer^ à lui, à sa suite et à sa demeure, la même inviolabilité qu'à un ambassadeur... Point dé budget ofticiel. Ce que nous voulons pour le Pape, c'est le denier de saint Pierre, c'est-à-dire le tribut volontaire des chrétiens... Que dans chaque Eglise soit placé un tronc pour le Pape. • Cette idée a été développée dans une brochure : L*indépendanee du Pape et les droits des peuples, >I860, par un républicain catholique, ancien représentant du peuple, M. Arnaud (de l'Ariége) qui, en ^18^9, vola contre la fatale expédition de Rome, et qui, dès le lendemain de Viltafranca, demandait ce quMI appelait « le grand bienfait de l'abolition du pouvoir temporel. » {La Papauté temporelle et la nationalité italienne,)
Les évéques estiment qu'un simple tronc ne fournirait que des ressources précaires, et combattent la dotation que les pays catholiques seraient appelés à constituer au Saint-Père, rejetant comme injurieuse l'idée d'un a Pape subventionné et pensionnaire de l'Euroie. »
Dn autre écrivain qui, dit-il, est aussi démocrate sincère que catholique convaincu, M. F. Huet, a cru pouvoir soutenir la thèse qu'il faut que le Pape soit si^et, c'est-à-dire soumis au droit commun du pays qu'il habite, ni plus ni moins qu'un curé de village ; et cette égalité du Pape devant la loi lui semble indispensable pour en finir avec la théocratie et assurer le triomphe des principes de la Révolution française. • Autre-
ment, dit-il, on aurait, non point PÉglise libre dans TËlal libre, mais la Papauté maîtresse dans TÉtat asservi. La sujétion temporelle des Papes déliTre l'Italie, affranchit la Papauté et TEglise, met le sceau à /'affranchissement de TElat. » {La Sujétion temporelle dei Papes^ solution politique et catholique de la question romaine, br., ^862.)
Un journaliste académicien, Tun des derniers représentants du jansénisme en France, M. de Sacy, est surtout préoccupé de la crainte d'un schisme : « Le Pape, le chef spirituel de deux cents millions de catholiques, sujet du Piémont I... Un schisme prochain^ inévitable, est au bout de celte prétendue séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, qui ferait du chef de la catholicité le sujet particulier d'une puissance quelconque ? ■
Enûn, l'une des lumières du protestantisme, ^r. Guizot, est tourmenté de la pensée que l'autorité spirituelle du Pape ail à souffrir de la diminution de son pouvoir temporel. <x II faut reconnaître, dit-il, que, dans la Papauté, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sont intimement unis et nécessaires l'un à l'autre, et qu'ils doivent subsister ou tomber ensemble; il faut dire tout haut qu'en attaquant et en renversant le pouvoir temporel du Pape, on attaque et on renverse aussi son pouvoir spirituel, c'est-à-dire l'Eglise catholique elle-môme. » (LÊglise et la société ehrétiennesj chap. XIX. »
Des utopistes, à la recherche d'un meilleur séjour pour le Pape, ont imaginé de lui offrir : celui-ci Venise, la ville la plus anti-papale de toute la Péninsule ; celui-là, Constantinople, où les catholiques ne forment qu'une infime minorité, et un troisième, Jérusalem, où le Pape, à supposer qu'il pût s'y établir, se trouverait en face, non plus seulement d'Italiens mécontents, mais du quadruple fanatisme des Turcs, des Grecs, des* Russes et des Arabes, sans parler des réclamations du peuple juif.
M. Jules Favre, comme député de l'opposition, a, lui aussi,- proposé sa solution : c Rome n*est ni au Pape ni aux Italiens : Rome est aux Romains. » Mais tout Français doit dire : Rome est à Tllalie comme Paris est à la France. Los Italiens ont raison d'invoquer le suffrage universel à Rome; car l'unité italienne, n'ayant jamais encore existé et se formant par annexions volontaires, il est bon que Rome n'entre pas autrement dans Tunité. Les sentiments unitaires des Romains sont d'ailleurs incontestables ; ils en ont donné maintes preuves. Mais quand même le Pape fût parvenu à peupler Rome de gens d'église étrangers à toute idée de patrie, les Italiens auraient plein droit sur Rome, leur capitale.
Rome est chère au cœur de tout Italien, non-seulement pour les souvenirs religieux qui s'y rattachent, mais pour elle-môme. Ce n'est pas de la Rome papale que Dante a dit dans son Banquet :
« La naissance et l'avancement de la Cité sainte, furent spécialement conçus et ordonnés par Dieu. Oui, j'en ai la ferme conviction : les pierres mêmes qui ont formé ses murs sont dignes de respect, et le sol où elle trône en est digne, au delà des plus éclatants témoignages fournis par les hommes. ■ (Quatrième traité, chap. V.)
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L'Italie a soufierl de rAulriche et de la Papauté. Manin a dit : « La domination autrichienne est comme un fer de tance dans la plaie, il faut Tôler avant de faire le pansement. » Eli bien l cette comparaison peut s'appliquer au pouvoir temporel.
M. Joseph de Maistre a laissé échapper cet aveu dans ses Considéralions sur la France : « Le sacerdoce avait besoin d'être régénéré, les richesses, le luxe et la pente générale des esprits vers le relâchement avaient fait décliner ce grand corps ; et dans les temps qui précédèrent immédiatement la révolution, le clergé était descendu, à peu près autant que Tarmée, de la place qu'il avait occupée dans Topinion générale. » Ce que M. de Maistre disait du clergé d'alors s'applique à la Papauté d'aujourd'hui.
On lira avec intérêt les projets de M. Bon- Compagni sur les libertés de l'Eglise. Puissent les passions cléricales ne pas amener en Italie d'autrçs temps, une lutte et les nécessités de la lutte.
Lorsque M. de Montalembert et son parti parlent de liberté, leur parole n'a pas d'autorité, puisque le Pape dans son Encyclique du ^5 août^S32 a condamné la liberté de conscience et la liberté de presse dont, selon lui, a on ne saurait avoir trop d'horreur. »
L'Italie maîtresse d'elle-même, indépendante et libre^ peut constituer toutes les libertés générales, sans s'inquiéter comment elles seront acceptées par tels ou tels et sans autre préoccupation que celle de la justice.
Pourquoi la France s'épuiserait -elle indéfiniment en tentatives infructueuses pour réconcilier la Papauté et les nationalités? Aidons d'abord les nationalités à'se relever et à se compléter, et laissons au Pape le soin de s'entendre ensuite avec elles.
A quoi bon chercher perpétuellement de^ solutions de la question romaine, spécieuses ou subtiles, et cacher notre indécision sous de mauvais prétextes et de fausses doctrines?
La seule solution, pour la France, qui soit à la fois logique et équitable, c'est de quitter Rome immédiatement et sans conditions.
L'abolition du pouvoir temporel du Pape est avant tout une question de droit; elle est d'une nécessité inéluctable ; et, comme Français, j'ai éprouvé le besoin d'ajouter qu'elle importe au moins autant à la France qu'à l'Italie.
ARMAND LEYY.
Décembre 1863.