‹ Le pouvoir temporel du papeChapitre 7 sur 37 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Le poaYoir temporel est nuisible à l'indépendance de tous les peuples. Cest aux nations catholiques à s'élever le plus fortement contre lui ; car elle^ en pâtissent doublement. Si ce pouvoir a retardé Tunité de ritalie, il a entravé raffranchissement de la Pologne en précipitant le Saint-Siège dans Falliance des cabinets absolutistes et en Vy maintenant.

C'est parce que le Pape était roi, qu'il a abandonné et maudit tes insurrections nationales qu'il eût dû bénir et soutenir.

C'est parce que ses intérêts terrestres étaient contraires à ceux de la nation italienne, que le Pontife se prononça contre le principe de nalionalilé.

C'est pour conserver son trône, qu'il recommanda et pratiqua la censure de la presse et Tasservissement des consciences. En plaidant près des souverains la cause de la religion, il reniait celle de la liberté. La liberté y perdit et la religion n'y gagna pas.

Il sufGt de suivre attentivement l'histoire de Pologne, pour arriver à uue conclusion identique à celle que M. Bon-Compagni déduit de l'histoire de ritalie, â savoir, que les Polonais ont souffert du pouvoir temporel dans leur passé, en souffrent dans leur présent, et eux aussi en désirent la destruction.

Plus d'un évéque de France a fait intervenir la Pologne dans sa polémique contre rilalie. Pour n'en citer qu'un, nous rappellerons que M. l'évéque de Perpignan, M. Gerbet, a dit qu'aux protestations catholiques contre la suppression du pouvoir temporel, ce se joindraient celles de la Pologne, si elle n'était tenue d'ôtre silencieuse, a {De la Papauté^ br., 1860.)

(1) La traduction a été revue par i^auteur : parfois il a modifié lé texte original pour compléter sa pensée; et il a ajouté plusieurs chapitres nouveau]^.

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Les fails contredisent une telle manière de voir.

Les légions polonaises naissantes contribuèrent à forcer le Pape à la paix de Tolentino avec la République française. Quand Pie YI se fut allié de nouveau aux ennemis de la France, le général Dombrowski marcha sur Rome et y entra 16-14 floréal an Vl (3 mai HQS), jour anniversaire de la glorieuse Constitution polonaise du 3 mai ^79^. Le général Kniaziewicz occupa le Capitote où fut établi le quartier-général polonais; mais les Polonais ûrent ouvrir en même temps leur Église nationale de Saint-Stanislas; car c*est non au Souverain-Pontife, mais au roi quMIs faisaient la guerre.

Le Consulat romain, reconnaissant de la bravoure des auxiliaires polonais, fit hommage au général Dombroi^ski de Tétendard de Mahomet, envoyé par Sobieski au Pape après la délivrance de Vienne.

Les légions polonaises quittèrent la Ville Eternelle pour aider les Français à repousser l'agression du roi Ferdinand; elles prirent une part glorieuse au premier affranchissement des provinces napolitaines du joug bourbonnien. Elles rentrèrent à Rome le U floréal an Vil (3 mai -1799).

Quoiqu'elles fassent placées dans la nécessité de disperser les bandes de paysans que soulevait le clergé, les légions n'en laissèrent pas moins de bons souvenirs aux populations. Chacun sentait que ces volontaires, qui avaient risqué leur vie pour venir s'engager dans ces rangs, et qui avaient quitté position et patrie, étaient d'un désintéressement inniabie et n'avaient que des mobiles élevés.

C'est ce que reconnaissait le Directoire lorsqu'il disait dans sa proclamation aux troupes polonaises du 9 floréal an VII (28 avril >I799) :

« Braves Polonais I vous n'avez pu arracher votre patrie à l'asservissement ; mais vous avez juré de défendre la liberté partout où elle portera ses étendards. »

En -18489 une légion polonaise» formée par Adam Mickiewicz, défendit la cause italienne en Lombardie d'abord et ensuite à Rome.

« Après Novare, ce n'est qu'à Rome que les Polonais espéraient pouvoir combattre contre l'Autriche, leur éternelle ennemie... En chemin, ils apprirent le débarquement des Français à Civita-Vecchia. H élait douloureux d'avoir à combattre d'anciens frères d'armes; mais le devoir ordonnait de surmonter ces répugnances...

« Le gouvernement populaire romain déclara « que par son martyre, « sa persévérance et l'immortalité de sa foi, la Pologne esi sœur de l'Italie « et sainte parmi les nations. »

< C'est dans la nuit du ^6 au ^17 mai, que les légionnaires polonais entrèrent à Rome. La population les salua par des cris de joie.

« Il régnait dans la ville un ordre admirable. La police papale une fois écartée, les assassinats et lesvols cessèrent comme par enchantement... (\)

(1) Lopd Palmerston a dit, il y a plusiears annèâs : « La Ville Sainte n'a jamais été mieoz gouvernée qu'en rabscnce du Pape, a

Tout Romain, lettré ou ignorant, n'a?ait qu'an seul ^œu : « Unité et in-* « dépendance de lltalie libre du pouvoir temporel des Papes. »

f Roselli commandait en chef. Il divisa la ville en deux parties dont il conûa la défense à Garibaldi et au général polonais Isenschmidt^ tout en prenant avis dans les dispositions générales de Garibaldi et du ministre de la guerre Âvezzaoa.

• Le siège de l^ome dura du 3 juin au 3 juillet. La légion polonaise avait à soutenir presque tous les jours un combat de tirailleurs, soit à. la porte Saint- Pancrace, soit à celles Del Popolo ou de Cavallegieri. S'il se présentait un jour où la légion n'avait point à soutenir le feu de Tennemi, alors les Polonais se joignaient en volontaires aux détachements italiens qui faisaient des sorties. Ils firent ainsi si bien illusion sur leur nombre, que quand, après la capitulation, on procéda à leur désarmement, les Français n'en voulaient pas croire leurs yeux.

« Les Polonais demandèrent et obtinrent des passe-ports pour Corfou, dans Tespoir de rejoindre ceux de leurs frères qui, à cette époque, luttaient en Hongrie (\), o

Reprochera-t-on aux Polonais d'avoir deux fois versé leur sang pour la chute du pouvoir temporel ? Qu'on relise ces paroles que les scrupules que Marie-Thérèse jugea utile à sa réputation de feindre, firent écrire au Pape Clément XIV en ^770, pendant que les trois Cours délibéraient sur les moyens de consommer la ruine de la Pologne :

« L'invasion et le partage de la Pologne sont non-seulement politiques, mais dans l'intérêt de la religion; et,pour Tavantage spirituel de l'Eglise, il est nécessaire que la Cour de Vienne étende sa domination en Pologne aussi loin que possible. » (Voir J. Lelewel, HUt, de PoL, 1 1, p. 60.)

Les tzars, en s'efTorçant d'extirper le Catholicisme dans leur empire, n'en soutenaient pas moins presque toujours le pouvoir temporel. Catherine 11 écrivait à Pie VI, en mars '1793 : « Je sais que Votre Sainteté est très-embarrassée... Que Votre Sainteté bannisse toute crainte; car je soutiendrai de tout mon pouvoir les droits que vous avez reçus de Jésus- Christ, » Plus tard, quand SouvarolTse présenta en Italie, c'était comme allié du Saint'Sjége.

Notons que dès le 23 février ^792 et le 3 novembre de cette même année, Pie VI avait annoncé à l'impératrice Catherine II que les princes se coalisaient contre la France, et l'avaient priée de se joindre à eux et d'envoyer contre les Français une flotte puissante. D'autres lettres dans le même sens furent adressées par lui à l'empereur d'Autriche, au roi d'Ânglelerre,. etc. {Archives romaines, Corresp. de Pie VI, fol. 4 et fol. 187î — fol. 70 et 74 — -104.)

. Pendant l'insurrection de 4830, Grégoire XVI, qui reprocha dans la suite aux Polonais de ne s'être pas donné la peine de l'éclairer sur le véritable état des choses, avait reçu du comte Ladislas Ostrowski, maré-

il) souvenirs d'un soldat de la Ugion polonatse^ sammandée à Rome, en 1849, par Alexandre Pijalkawaki.

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chai de la Diète^ une lettre datée de Varsovie (!•' mars 1831), où Sa Sainteté était priée* au nom de la Pologne, de faire appel en sa fateur aux souverains d'Europe. Le cardinal secrétaire d'État Bernetti répondit au nom de Grégoire XYI, le 1** juillet 183^9 pour décliner tout appel comme inutile ; mais quand la Pologne eut succcombé (septembre -1834), la Cour de Russie fit remettre au Pape, par son envoyé, prince Gagarine, le 7/20 avril 4832, une note où elle lui demandait d'anathématiser le mouvement national, c'estrà-dire de frapper les Polonais dans leur âme; et le Saint-Père fit, le 9 juin ^1832, une encyclique qui condamnait rinsurreclion et enjoignait aux Polonais, comme devoir de conscience, la soumission au magnanime empereur Nicolas, leur souverain légitime ! Nous ne citerons point ici ces pièces. (Nous les avons rapportées dans notre volume sur la Quettion pohnaûeJ)

Mais ce qui est généralement moins connu et ce que nous devons rappeler, c'est, comment le pouvoir temporel a été la vraie cause de la faiblesse du Pape envers le tzar et de son délaissement de la nation polonaise. M. de Lamennais a raconté dans quelles circonstances fut écrite la lettre papale et quels motifs y ont plus particulièrement décidé le Saint-Père :

<c Le bref aux évoques de Rome fut le premier acte public qui annonça une détermination arrêtée du Pape au sujet des questions de politique sociale de la solution desquelles dépendra le sort futur de Tbumaniié. Ses pensées, sans doute, n'étaient incertaines pour personne auparavant. Il évitait toutefois de se prononcer d'une maaière solennelle, non-seulement à cause de la sage lenteur qui préside aux conseils de Rome^mais parce que la complication de ses intérêts et de ses devoirs comme prince temporel et comme Pontife, les graves conséquences de ses paroles dans l'ordre religieux à une époque d'ébranlement presque universel, lui commandaient une réserve extrême. Pour comprendre ce qui le décida, il faut remonter plus haut.

« Après les journées de Juillet, encouragée ou non par le gouvernement français d'alors, l'Italie crut à sa délivrance. Des insurrections éclatèrent à Bologne, à Parme, à Modène; Rome même se souleva pendant le conclave assemblé en ce moment, et cette tentative menaçante contribua beaucoup à hâter l'élection vivement disputée jusqu'à cet instant, et qui s'acheva trop hautement peut-être sous l'influence impériale. »

Après avoir expliqué comment le Pape, dans son impuissance à soumettre les provinces qui avaient échappé à sa domination, eut recours à l'Autriche;, puis comment la France, n'osant adressera Vienne une injonction sérieuse de cesser son occupation, prit le terme moyen de dire : Vous intervenez, eh bien, nous interviendrons aussi, et fit flotter le drapeau tricolore sur la citadelle d'Ancône ; enfin comment, placé entre les projets ambitieux de l'Autriche et les défiances que lui inspiraient les principes de la France, la Cour de Rome tournait ses regards vers Saint-Pétersbourg, M. de Lamennais sjoute :

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c La Russie sut tirer habilement parti des craintes qui assiégeaient Grégoire XVI. On ne pouvait la soupçonner de songer à se former un établissement territorial en Italie ni de favoriser Tesprit révolutionnaire. Elle offrit au Pape de mettre éventuellement à ça disposition un corps de troupes, destinées au besoin à le protéger contre toute atlaque, de quelque part qu'elle vînt* Un traité se conclut sur cette base, et le bref aux évéques de Pologne fut le prix exigé par la Russie en échange de ce qu'elle promettait. On voit donc que cet acte du Pontife trouve dans les nécessités fâcheuses du prince temporel une explication plus que suffisante pour la sagesse politique : il fut, au reste, longtemps tenu secret. Un très-petit nombre de cardinaux le connurent avant le public, qui lui-même ne le connut que par les gazettes d'Allemagne. En cette occasion, comme en plusieurs autres, Grégoire XVI, dérogeant aux anciennes coutumes dont Tobservation eût apparemment entraîné des inconvénients, ne consulta que son conseil intime, composé des cardinaux Bernetti, secrétaire d'État, Lambruschini, Zurla et di Gregorio... d {Affairée de Rome,)

Un apologiste de la Cour de Rome, le R* P. Lescœur, constate également que ce sont les craintes qu'inspiraient à Grégoire XVI la Révolution de Juillet et l'insurrection des Romagnes, qui le jetèrent dans les bras de Nicolas..

L'empereur de Russie fit partout répandre cette encyclique, « où le Souverain-Pontife, défenseur-né de toutes les infortunes que consacre l'Ëvangile, parut en avoir déserté la plus grande, lo {VÊglise catholique m Pologtie sota le' gouvernement russe ^ par le R. P. Lescœur, prêtre de l'Oratoire de l'Imroaculée-Conception.) .

Lamennais, alors à Rome, écrivait, le 9 octobre 1832 : « Grégoire XVI et Nicolas... ceux-là s'entendent : les ukases sont d'accord avec les brefs et les brefs avec les ukases. » Et le 40 février : a Le Pape, immobile dans les ténèbres qu'on épaissit autour de lui, pleure et prie... Dieu l'a remis entre les mains d'hommes au-dessous desquels il n'y a rien... Fanatiques imbéciles qui invoquent les Tsrtares pour rétablir en Europe ce qu'ils appellent Vordre^ et qui adorent le sauveur de TËglise dans te Robespierre couronné qui accomplit en ce moment même son 93 impérial. ■

Malheureusement, cette encyclique ne fut pas un accident dans le pontificat de Grégoire XVI; ainsi, le -16 août ^832, le cardinal Pacca écrivait à Lamennais:

« Ce qui a mis le comble à l'amertume du Saint-Père est Pacte d'union proposé à tous ceux qui, malgré Ic'meurtre de la Pologne, le démembrement de la Belgique et la conduite des gouvernements qui se disent libéraux, espèrent encore en la liberté du monde et veulent y travailler, d L'aveuglement de la Papauté, qui, au lieu de songer aux choses du ciel et au bien des nations, s'enfermait de plus en plus dans le cercle de ses intérêts temporels, arrachait au véhément abbé breton de douloureuses réflexions, dont quelques-unes étaient réellement prophétiques :

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d QuVl-on vu en Espagne et en Portugal ? La moindre note diploma«> tique n'oblient-eHe pas plus d'attention, n*exerce-l-elîe pas plus d*înfluence qu'aucun des rescrils de la Cour de Rome ? Quel compte les gon* \ernemenCs tiennent- ils d'elle? En quoi est-elle présente à la pensée du peuple?... Qu'est devenue en France, en Allemagne, en Pologne même, surtout depuis quatre ans, la puissance qu'autrefois elle exerçait sur les esprits?... Hors quelques rares fidèles, hommesd'un autre temps, presque étrangers au milieu de la foute, qui s'informe seulement de ce qu'elle dit? Oubliez les cotories et leur misère, regardez les masses : où sont celles que la Papauté dirige et remue? Si, dans les contrées dont nous parlons, les souverains n'avaient d'autre appui que ses dogmatiques enseignements, dormiraient-ils tranquilles sur leurs trônes élayés de bulles et d'encycliques? Or, tout a sa raison : quelle est celle de celte décadence profonde, universelle, de l'autorité pontificale?

a Rome le sait, cette autorité n*a depuis long-temps nulle part moins de racines qu'en Italie. Ce n'est pas que le peuple ne la respecte par habitude en tout ce qui ne contrarie trop ni ses idées, ni ses penchants, ni ses intérêts... On la hait d'une haine implacable, comme la cause principale des maux de la patrie. Que rjlalie fût pendant un jour, un seul jour, laissée à elle-même; que l'ordre existant n'y eût d'autre soutien que les admonestations du chef de l'Égiise, ses défenses et ses commandements, le lendemain, la révolution s'étendrait de Turin à l'extrémité des Calabres. » (4836)

La lettre de Grégoire XVÎ à l'empereur Nicolas, en date du 4 janvier >I834 , confirmative du bref du 9 juin >! 832, et que rapporte le comte d'Angeberg dans son Recueil diplomatique sur les affaires de Pologne, montre que l'attitude de la Cour de Rome était Teffet non de l'entraînement du moment, mars d'une politique réfléchie. Le Pape pouvait bien chercher à se faire illusion à lui-même et à se persuader qu'il avait en vue le bien de la religion; mais, dans le vrai, il pensait à ses possessions temporelles et à la nécessité de ménager les puissances. On sent dans son accent moins le successeur des Apôtres qu'un petit souverain protégé.

Les persécutions religiet]scs croissantes de l'empereur Nicolas ne changèrent point la déplorable altitude du Saint-Siège.

« Jusqu'en -1837, l'accès et le séjour de Rome furent interdits, sauf de rares exceptions, aux émigrés polonais : leur présence ne manquait jamais d'y provoquer, de la part d'une des trois légations hostiles aux Polonais, des réclamations que la police de Rome avait la condescendance de traduire en ordre de départ. » {Labbé Lescceur.)

Un des documents les plus écrasants pour Grégoire XVT, c'est une conversation qu'il eut en ^837 avec le comte Ladistas Zamojski, et que ce dernier a dictée au K. P. Lescœur. Le Pape déclara qu'il avait anathématisé les Polonais, afin que Nicolas les maltraitât moins.

« Que puis-je faire, dit le Pontife, envers un gouvernement qui m'aborde toujours en me menaçant de se venger sur mes fils de Pologne, si

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je refuse de les inviter à la soumission? Cette soumission au pouToir établi esl le précepte de TËglise, qui ne le sait? Je crois donc pouvoir, pour ajourner au moins les violences de Tennemi, rappeler ces préceptes; mais je n'entends pas assurément blâmer ni réprimander ceux de mes fils ou de mes chers évoques qui font leur devoir en résistant aux mesures qui portent atteinte aux droits et aux intérêts de la religion. »

Or, tout évéquequi résista aux prétentions les plus iniques du cabinet de Pétersbourg, fut toujours sacrifié par la Cour de Rome.

Les capitulations avec le mal sont bien. tristes. Le Pape dit avoir parlé des droits et des intérêts de la religion; mais, non content de trahir les droits et les intérêts de la nation , il ordonnait encore d'obéir au persécuteur de ta religion, et il en faisait Téloge.

Plusieurs cardinaux comprirent Tabime qu'une telle politique creusait entre la Papauté et les peuples. L'un d'entre eux, le patriarche de Jérusalem, prélat d'un grand âge, avait hautement blâmé en consistoire la lettre apostolique de juin 1832, et dit au Saint-Pére :

a Le bruit se répand que des millions de catholiques en Pologne, ceux surtout du rite-uni, sont entourés de menaces et de séductions. Il est à craindre que, blessés dans leurs affections les plus chères , un grand nombre ne faibli^e. La perdition de ces âmes et des nombreuses générations qui les suivront peut-être , restera à votre charge, Saint-Père, pour avoir eu le malheur de signjBr cette lettre apostolique. »

Or, quatre millions de Polonais du rite-uni furent jetés à coups de lance dans l'Église russe et forcés à coups de bâton de pratiquer, eux et leurs enfants, les prescriptions du culte russe!

Dans la suite de sa conversation avec le comte Zamojski, le Pape dit :

(c Oui, j'ai été trompé" sur le compte des Polonais. J'ai déploré vos malheurs; mais enûn vous aviez succombé, tout semblait fini pour vous; la religion restait seule à sauver devant un vainqueur irrité. Les menaces m'ont ébranlé... »

Le Pape se rejetait sur ce qu'en recommandant la soumission, il Bravait pas manqué d'ajouter que, • dans aucun cas, il n'était permis à ce pouvoir d'ordonner ce qui était contraire aux lois de Dieu et de TËglise. » Il montrait un exemplaire de son Encyclique, où il avait souligné ce passage : « Que fallait-il de plus à vos consciences? disait-il. Les droits de l'Eglise et de la religion n'élaient-ils, pas, au moment même où ma lettre vous parvenait, sufOsamment foulés aux pieds ? »

Mais l'action de fouler aux pieds la religion, pourquoi le Pape l'avait-il appelée « le rétablissement de l'ordre? » Pourquoi avait-il loué le monarque qui s'en rendait coupable? Si le membre de phrase souligné annulait, dans la pensée de son auteur, la valeur des phrases et des citations concernant le devoir de se soumettre à l'envahisseur étranger, c'était là une subtilité digne des pères jésuites les plus décriés.

Le Pape dit encore au comte Zamojski : a J'ai peut-être le droit de vous reprocher de m'avoir lu sans attention et de n'avoir pas vu dans le

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retard même que j^aTais mis à me prononcer la eontrainle à laquelle j'avais cédé. »

Les Polonais périssaienl dans les supplices et ne ccdaieni pas. Et le Pape cédait à la conlrainle... de l'ambassadeur de Russie I Les essais de justiiication qu'il tenta près du comte Zamojski ne sont pas heureux.

Ainsi il' invoque son retard (Varsovie avait succombé le 8 septembre ^834, et la lettre apostolique était datée du 9 juin ^k32). Il convient d'observer que la note par "laquelle Nicolas réclamait cette pièce n'avait été remise au Pape que le >I0 avril -1832. Nous trouvons d'ailleurs dans Lamennais celle seconde explication :

a Tant que Tissuc de la lutte entre la Pologne et ses oppresseurs demeura douteuse, le journal ofticiel romain ne contint pas un mot qui put blesser le peuple vainqueur en tant de combats. Mais, à peine eut-il succombera peine les atroces vengeances du tzar eurent-elles commencé le long supplice de toute une nation dévouée au glaive, à l'exil, à la servitude, que le même journal ne trouva point d'expressions assez injurieuses pour flétrir ceux que la fortune avait abandonnés. On aurait tort pourtant d'attribuer directement cette indigne làcheié au gouvernement ponliûcal : il subissait la loi que la Russie lui imposait. Elle lui avait dit : a Veux-tu vivre , tiens-toi là, près de l'échafaud, et, à mesure a qu'elles passeront, maudis les victimes. » {Affaires de Rome.)

Lamennais écrivait au comte Rzewuski, le B février ^833 :

« Le Pape n'est pas neutre, comme vous paraissez le dire ; il a pris hautiment et activement parti en faveur du despotisme antichrétien contre les droits de l'humanité réclamés par les nations, au nom de la justice éternelle; et telle est la chaleur avec laquelle il a embrassé la cause de toutes Its tyrannies, qu'il n'hésite point à sacritier la religion, dont il est chef. Vous en savez quelque chose, vous autres Polonais. • (OEuvrei posthumes de Lamennais. Correspondance, vol. II.)

Et il exprimait une pensée analogue, le 23 mars '1834 :

a Je vois comme une voûte de fer s'abaisser sur les peuples... La Pologne marche la première dans ce cortège funèbre de nations martyres... On me racontait hier qu*en ce lamentable pays tout prêtre est obligé de commencer ses prédications par la lecture du bref aux évoques polonais, suivie d'une exhortation fondée sur ce môme bref, d'obéir à l'empereur en embrassant le schisme ; ordre, en conséquence, de bàlir une église grecque partout où existe une église catholique. » [OEuv. posth. de Lamennais. Gorresp. 11.)

On a fait beaucoup de bruit de l'allocution du Pape, dans le consistoire secret du 22 juillet ^842. « Que Je monde apprenne le danger qu'il y a de toucher au Pape! » s'écriait-on. On prétendit que cette allocution avait sauvé l'honneur du Saint-Siège. Nous croyons qu'elle prouve, au contraire, que les peuples n'ont rien à espérer du Pape, tant que sa souveraineté temporelle le met dans la dépendance des souverains plus forts.

« Ce que nous avons fait sans repos ni relâche, disait Grégoire XVI,

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pour protéger et défendre, dans toutes les régions soumises à la domina* lîon russe, les droits inviolables de TËgiise catholique, le public n'en a point connaissance; on ne Ta point su, dans ces régions surtout, et il est arrivé, pour ^goûter à notre douleur, que, parmi les fidèles qui les habitent en si grand nombre» les ennemis du Saint-Siège ont, par la fraude héréditaire qui les distingue, fait prévaloir le bruit, qu'oublieux de notre ministère sacré, nous couvrons de notre silence les maux si grands dont ils sont accablés, et qu^ainsi nous avions presque abandonné la cause de la religion catholique. Et la chose a été poussée à ce point que nous sommes presque devenu comme la pierre d'achoppement, comme la pierre de scandale pour une partie considérable du troupeau du Seigneur, que nous sommes divinement appelé à régir, et même pour l'Eglise universelle.- »

Or, en -1840, le chevalier Fûrhman avait été envoyé par la Russie pour obtenir du Saint-Siège Tinstilution canonique de Mgr Pavt^lowski » archevêque nommé de Mohilew, un misérable bien connu, dont Nicolas voulait récompenser les faiblesses, et Téloignement du courageux évéque Gutkowski, coupable d'avoir été invariablement fidèle à ses devoirs. Le Pape se prêta à cette double exigence de la Russie.

Les ultramontains ont voulu voir dans les mots • fraude héréditaire » un reproche allusionnel à Nicolas. Mais le Pape ne parie dans toute cette allocution et dans ÏExposé qui y est joint, que de « la justice de Tempereiir, de Télévation de son âme, de sa magnanimité, de la noblesse de son caractère et de sa bonté naturelle ■. Il y refait Tapologie de Tencyclique de 1832, disant « qu'il avait senti le devoir de rappeler de nouveau la subordination à la nation polonaise, de peur que les passions du temps et les conseils trompeurs de ceux qui osaient abuser du saint non de la religion pour leurs desseins pervers, ne réussissent à Taltérer et la détruire. »

Le Pape nous fait ainsi mieux voir encore comment la pression de la diplomatie temporelle a aidé aux inspirations du Saint-Esprit, et il avoue que le but de l'encyclique était a de» perpétuer Tordre rétabli à Varsovie. »

Il termine en racontant combien il avait été heureux de recevoir à Rome le prince héréditaire de toutes les Russies et de lui recommander la religion catholique en Pologne, a Dans sa réponse, Tempereur et ro i a promis, disait-il, la plus large protection. »

Or Nicolas, après avoir remercié le Pape du bon accueil qu'il avait fait à son fils, avait ajouté d'un ton magistral (>l3/25 février ^839) : • Au milieu du désordre universel qui afflige le monde, il importe plus que jamais que TËglise prêle son assistance morale à Tautorilé souveraine, afin que celle-ci puisse veiller avec une entière sécurité au repos des consciences. »

Vers ce temps-là, les sœurs Rasiliennes polonaises de Minsk souffraient le plus épouvantable martyre. Siemiaszko, un Polonais renégat, qui, dMvêque catholique, s'était fait archevêque russe de Vilna, par la grâce de Nicolas, tenta la conversion de ces sœurs pour s'en faire un

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mérite prôt do iob maître. Après trois mois de Tains efforts, il arrita avec la force armée, brisa les portes du couyent, et fit tfaloer toates eta saintes femmes, les fers au» mains et aux pieds, jusqu'à Witebsk, o& elles furent données comme servantes an couvent schismatique des FiUes Noires, congrégation bisarre, recrutée de veuves de soldats et de fsm* mes perdues, qui passent leur temps sans tmvail, et dont Tunique prière est le cantique du Tsar. On les changea souvent de lieu et de suppliée ; ^ on les employa à la construction d^un palais archiépiscopal orthodoxe. On les tenait sans feu et presque sans nourriture; elles eurent la douleur de Yoir leur ancien confesseur chargé de les torturer. Siemiassko venait lui-même s'assurer des progrès de la grâce moscovite, et dans sa colère il cassa en plusieurs fois et à coups de poing neuf dents à la supérieure Makryna Mieczyslawska. Un jour, au milieu d'un souper avec les popes et les Filles Noires, il donna les Basiliennes à violer aux diacres et ser-^ vants du couvent. Cette cohue ivre tua plusieurs sœurs, et les blessa toutes. Le persécuteur avait inventé encore ce supplice étrange : les sœurs, liées dans des sacs et la corde au cou, étaient plongées dans un lac glacé, promenées à la suite d'une barque d'où on leur criait : Abjurea ou vous êtes noyées. Pas une ne céda, plusieurs furent noyées. Les juifs plisuraient, les popes riaient et les Filles Noires applaudissaient. Enfin, la scBur Makryna et plusieurs de ses compagnes parvinrent à s'échapper. Leur supplice avait duré sept ans. Le 6 novembre 184V, la sœur Makryna venait à Rome exposer au saint-père les douleurs et les persécuUons de la Pologne catholique. Grégoire XYI lui dit t L*emperear Nicolas ne l'a sans doute pas su. Elle put lui citer l'ukase que lui avait montré Sie^iaszko, et qui portait :

(X Tout ce que le très-vénérable Siemiassko a fait et tout ce qu'il fera pour éiendre la foi orthodoxe, tout cela je le confirme et je le déclare saint et irès-saint ; et, en cas de résistance, j'ordonne qu'à chaque appel on donne au très-vénérable Siemiassko autant de troupes que besoin sera, et cet oukase, je le signe de ma propre main. Nicolas. ■

En décembre ^845, c'esl-à-dire un mois après l'audience que sœur Makryna avait reçue au Vatican, TEmpereur Nicolas se rendit à Rome. Saint Ambroise avait dit à l'empereur Théodose, en lui refusant l'entrée de Téglise : « On ne peut pénétrer ici les mains souillées de sang. » Mais le Pape reçut l'empereur Nicolas et le fêla.

Le R. P. Lacordaire avait dit : « A supposer même» ce que je ne crois pas, que, dans l'espérance d'apaiser un prince irrité contre une portion de son troupeau, le pasleur ait excédé par les expressions, je ne me persuaderai jamais que Priam fit une action indigne de la m^esté d'un roi et des entrailles d'un père quand il prit la main d'Achille, en lui adressant ces sublimes paroles : Juge de la grandeur de mon malheur, puisque je baise la main qui a tué mon fils 1 » {LeUre sur le Saint^Siég$,)

D'abord, la comparaison est singulière; car quel rapport y a«>t- il entre Achille et Nicolas ? Et, d'ailleurs, serait-ce chez les Troyens que le Vicaire de Jésus-Christ a maintenant à chercher ses exemples?

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Le Pape se serait-il imaginé agit sur Tespril de Nicolas par une bien* ▼eillanee qui accusait sa faiblesse, et qui n*était que de l'inertie spirituelle ? On n'a jamais yaincu le mal en s'inclinant devant lui.

Qu'on ne dise point que c'est une pensée religieuse , l'espérance de convertir la Russie, qui a déterminé l'attitude du Pape envers le Tzar schismatique ; car il s'est conduit de même envers S^ M. Apostolique.

Ainsi^ en ^1822, le cardinal Bernetli, forcé de persécuter les étudiants, disait au Jeune Marquis d'Azeglio : « Ce sont là choses odieuses... L'Autriche nous y force, le duc de Modène nous Ta fait dire. Ils sont plus forts que nous. » {La Politique et le Drùit chrétien, par Massimo d'Azeglio, vol. 4860.)

Lors des massacres de Galicie, qu'un ministre français a si justement nommés une Jacquerie gouvernementale, et de la conGscation de la ville libre de Cracovie en février i846, le Pape écrivit un bref à i'évôque de Tamovr, où il disait :

a Au milieu des très-graves sollicitudes el chagrins dont nous sommes accablé et afQigé dans cette grande perturbation de la république chrétienne et civile, nous avons appris avec beaucoup de peine que, dans le pays soumis à notre très-cher fils l'empereur d* Autriche, roi apostolique de Hongrie et illustre roi de Bohême, on a entrepris une détestable conspiration contre la souveraineté de ce sérénissime prince, conspiration clandestinement tramée par les machinations de ces hommes qui, dans ces tristes temps, n'écoutent que leurs passions, et, tom'ours agités comme les flots de la mer, méprisent toute domination et blasphèment la majesté du trône; de ces artisans insidieux de mensonge qui abusent d^une manière impie du prétexte du bien public et de la religion, et sWforcent de tromper les esprits inexpérimentés de la multitude, de l'induire en erreur et d'exciter des séditions afin de renverser, sMI était pos« sible, les droits et l'ordre établi de toute puissance. »

Il terminait, comme pour le bref aux évoques de Pologne de 4832, en rappelant le devoir de conscience d'obéir aux puissances. Nous devons ajouter que, comme la Russie, l'Autriche avait fait intervenir son ambassadeur : un courrier extraordinaire envoyé de Vienne à M. le comte de Lutzow, qui représentait l'Autriche à Rome, était arrivé dans cette ville le 26 février. Le Pape, déférant aussitôt à la demande de M. de Met* temich, signa le 27 le bref à l'évèque de Tarnovir.

Ce fut l'un des derniers actes de Grégoire XVI : de telle sorte que son pontificat, inauguré par l'abandon de la nationalité polonaise aux Russes, U clôt par Tabandon de la même nationalité aux Autrichiens. Il mourut à cet égard dans Timpénitence finale. Son pontificat ne fut qu'une longue trahison des intérêts des peuples : toujours il les immola à ce qu'il regardait comme les nécessités de sa position do prince temporel. Et pour qu'il devint évident, même pour les plus aveugles, que c'était la faute non de l'homme, mais de l'institution elle-même, la Providence a permis que Pie IX, le mieux intentionné des Papes que l'on eût eu depuis longtemps, après avoir commencé au milieu des espérances et des acclama-

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fions des peuples, reprit la même eondaite de Grégoire XYI et les mêmes anathèmes. Le pouvoir temporel est romière de la Papauté.

Nous Yoyons dans Touvrage de M. Farini sur rElaURomain, que le ministre de Russie, Boutenieff, et celui d'Autriche, n'ont pas été sans influence sur Tencyclique du 29 avril 4848; dés la veille, ils la savaient, et se réjouissaient d'un acte qui devait procurer tant d'utilité à la monarchie autrichienne. (Stato romano^ livre 111, chapitre Y.)

Quand l'Italie était au moment le plus critique de sa lutte pour l'indé* pendance, le Pape se refusait à bénir ses armes, disant : <x Tous les hommes sont mes enfants, je ne puis ni faire ni encourager la guerre aux Autrichiens, s II s'agissait alors de nationalité. Peu de mois aprèsi il faisait appel à une véritable croisade en Italie : il s'agissait de son pouvoir temporel

Pour défendre ses Etats et contenir ses sujets, on avait vu sous Pie VU le Saint-Siège s'allier dans le môme moment contre la France aux Anglais, aux Turcs et aux Russes. On le vil, sous Pie IX, soutenu à Gaëte aussi fortement par l'Anglelerre et par la Russie que par l'Espagne et l'Autriche.

« L'empereur Nicolas, malgré sa politique anti-catholique, applaudissait il y a dix ans à l'expédition de Rome, et disait que, s'il Teût fallu, il aurait volontiers envoyé des soldats pour le rétablissement de Pie IX. ■ {Les DroiU du Pape, par M. Poujoulat, br., 4860.)

Les évéques de France ont de môme applaudi les paroles de lord LansdoTvne à la première Chambre du Royaume-Uni, le 24 juillet 4849 : « Tout pays qui a des sujets catholiques romaius est intéressé dans la condition des États-Romains, et il doit veiller à ce que le Pape puisse exercer son autorité sans ôlre entravé par une influence temporelle de nature à aflecter son pouvoir spirituel. » Mais les évoques ontils réfléchi qu'ils acceptaient par là une véritable tutelle de la part des Etats non^catbpliques.

L'historien allemand Yoigt, dans son histoire du Pape Grégoire VII, a dit que la plus intolérable et la plus absurde de toutes les tyrannies est celle de la réunion dans la môme main du pouvoir spirituel et de la puissance temporelle.

Le Pape manque d'autorité morale pour réclamer contre cette confusion des deux pouvoirs en Russie et dans tous les pays où le chef du gouvernement Test en môme temps de la religion, puisqu'il est lui-même pontife et roi.

Si, dans les siècles antérieurs, on peut attribuer Tabandon par le Saint-Siégo des droits de telle ou telle nation en faveur de tel ou tel souverain étranger, à la préoccupation exclusive de propager partout le catholicisme en dehors de toute idée de patrie, il est évident que depuis le partage de la Pologne et la Révolution française, ce sont des intérêts purement mondains et spécialement le désir de s'assurer son pouvoir temporel, qui ont dévoyé la politique de la Cour de Rome.

Les Papes, par le fait qu'ils avaient la possession d'une couronne ter-

restre et que leur infaillibilité spirituelle les empochait de se dessaisir de leur autorité absolue, entrèrent dans le concert des rois absolutistes, et, à leur exemple, combattirent la tendance des peuples modernes qui aspirent à la liberté et à la nationalité.

Pendant que l'ambassade russe signait à Rome, en ^1847, un concordat en faveur des catholiques, le tzar publiait contre eux en Russie, pour le royaume de Pologne, un Code criminel qu'un historien des persécutions de TEglise catholique dans TEmpire de Russie a apprécié ainsi :

« Blâmer la religion russe par parole ou par écrit, engager une personne orthodoxe à passer à une autre confession, voilà quelques-uns des cent quatre-vingt-quinze délits qui entraînent les travaux forcés ou renvoi en Sibérie, aoee la cessation des droits de famille ! »

En août ^1850, pendant que les Autrichiens protégeaient à Bologne rindépendance du Saint- Siège, les ministres de Vienne obtinrent de Pie IX le sacrifice de Tévèque de Léopol, Woytarowicz, coupable à leurs yeux du refus d'absolution aux paysans qui avalent égorgé les nobles en 4846 et né s'en repentaient point. Le Saint-Père n'avait pas cru devoir refuser celte gracieuse concession à la cour qui avait été l'ardente promotrice de sa restauration temporelle.

En 4862, le Pape vint en aide à l'Empereur de Russie au moment où le mouvement de Varsovie avait pris un caractère si éminemment religieux, et où les âmes étaient montées à une telle hauteur morale, que chacun, prêtre ou laïque, préférait affronter le martyre plutôt que de céder. Le clergé se refusait à rouvrir les églises tant que des garanties n'auraient pas ét^ données par l'autorité russe, contre le retour des profanations. Le Pape consentit toutefois à consacrer comme évéque celui qui venait d'être choisi par la Russie, lequel s'était engagé à rouvrir les églises sans conditions et qui, sauf à s'en repentir, avait signé la pastorale où il était dit qu'il ne devait pas rester plus d'espérance aux Polonais d'aujourd'hui qu'aux Juifs du temps de Titus.

Et, en outre, le Pape interdisait le chant des hymnes nationaux dans les églises polonaises de Galicie, par bref du 47 mars ^862.

Et en 1863, que fait le Pape pour la Pologne? Voici tout ce qu*il a trouvé à dire :

« En empêchant les réguliers d'être en correspondance avec leurs évêques et de recevoir leurs visites, et surtout en mettant un mur de séparation entre le troupeau et le pasteur universel, on ne peut s'étonner qu'il soit porté atteinte à la sainteté de la religion; que les principes d'obéissance et de sujétion enseignés par elle n'aient pu s'enraciner profondément; que les ministres du sanctuaire aient commencé à faiblir en certams lieux; que quelques-uns même du clergé séculier ou régulier aient manqué à leur devoir et participé à des actes contraires à leur vocation et à leur auguste caractère... Nous prions Votre Majesté de vouloir se persuader que tout ce qu'Elle fera pour la tranquillité de TEglise et la dignité de notre sainte religion tournera au bien et à l'avantage de l'empire, et que, en soutenant l'Eglise avec une faveur manifeste.

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Voire M<M®^^é pourra compter sur le respect et la fidélilé de toute la naiion polonaise.t (Lettre de Pie IX èi, Alexandre II, 22 avril 4863.)

Daus celle môme lelire, le Pape (ail valoir ses allenliona délicates envers PEmpcreur de Russie. El Toq facuse, Pqq approuve les faiblesses de ses concessions, mcme religieuses, au Tiarl Mais on ne supporle pas ridée que le Pape puisse faire pour la paix et le bien temporel des peuples aucun sacriiicede ses terres.

Compares le langage du Pape sur Violo^ Emmanuel et ses minisires, avec son langage à l'Empereur de Russie. El vous verrei combien ses in-, térôls temporels sont, à ses yeux, supérieurs aux inléréls spirituels de PEgUse.

Le Pape se plaU h, dire : si Je délaisse la natiooalilé polonaise, du moins je sers la cause de la religion catholique. Mais en Pologne, c'esl une. disli^clion subtile. On ne peut abjurer l'une sans abjurer Tauire : tout PolQ^ais qui se fail Russe, deviendra orlhodoxe lui ou les siens ; e'esl une question de lemps, Torlhodoxe seul est bon Russe. — En livrant .la nalionalilé polonaise, il livra la foi de 20 millions d'honunes. Comme souverain temporel, il ne peut soutenir la nalionalilé polonaise, et, par conséquent, il manque à ses devoirs spirituels.

Que dire de Taveuglemenl d'un parti qui écrit des choses comme eelles-ci : t J'ai dit et redit depuis trente ans que le grand intérêt de la IVussie-esl de tendre à la réconcilialion de son Eglise avec l'Eglise romaine. C'e^t la condition infaillible de sa prédominance sur celle vieille Iplurope qui lombe partout en lambeaux... • (L$ Pap«-0l U Czat^ par M|. Laurenlie, réducteur de VUnian^ journal Légitimiste et clérical, broch. 48Q2.)

Un aulrc écrivain catholique rapporte avec un pieux élonnemenl ces (aroies du Tzar Alexandre i*"" au Congrès de Vienne : t Le Pape est une grande institution de Tordre européen. » Un autre a recueilli eelles-^oi, gravées, nous dit-il, par l'Empereur Nicolas, en haut de la coupole de Saint-Pierre : « ici, j'ai prié pour le monde. »

Est-ce que les Empereurs de Russie oseraient penser de telles choses, c'est-à-dire se considérer comme supérieurs religieusement au Saint- Père, si dans le Congrès de Vienne le représentant de la Cour de Rome eût élevé la voix pour l' indépendance des nations. Il s'est fait tout petit au contraire, et lrès« humble pour obtenir quelque parcelle de territoire. 11 réclamait Avignon. 11 ne songeait qu'aux Romagnes. Le Pape avait enfermé là son àme. Et l'orgueil du Tzar, Empereur et Pontife orlhodoxe, s'en est accru.

Le Pape, comme Souverain Temporel, a été restauré lui aussi par les traités de -IS-IS. 11 l'a été comme instrument des intérêts absolutistes; et il n'a pas été plus libre que les petits princes Italiens inféodés à la Cour de Vienne. Le Saint-Père, par son pouvoir temporel, n'est que le Pape-lige des Cours européennes ; même quand il a pu jouer à Tindépendanee vis^-vis des sujets de son petit territoire, il se Irouvalt réeliemanl le vassal des grandes puissances.

Et, ehose bien remaniuable, les partisans de la souteraineté du Pape applaudissent aux liens qui font sa serTÎtQde ei dans lesquels ils voient un honneur :

«... Ce ne sera pas moins un mémorable hommage à la grandeur de Rome et à la sagesse éelairée de son Pontife,.que ce rendez-Yous du petit*neTeu de Frédéric II et de rarriôre-petit-neveu de Henri YIII, au pied du trône de saint Pierre... Cette mémoire de Thospitalité romaine parlera aussi au prince-régent de Prusse. Le frère dont il doit occuper le trône et le fils qui est appelé à lui succéder ont visité Rome tour à tour; ils y ont vu le néant des calomnies et la réalité des bienfaits. Ce prinee compte sept millions de sujets catholiques. Les catholiques ne devaient pas moins espérer du souverain qui a pris pour devise de son régne TaShmchissement et la paix. Lliérilier de Tempercur Nicolas avait voulu consacrer six mois de sa jeunesse à connaître Rome. Il y a laissé des impressions profondes, et il en a rapporté des sentiments de justiee... Au jour de la guerre de Crimée, quand le drapeau catholique et le drapeau protestant s'unissaient au croissant contre la croix grecque, le Souverain-Pontife a refusé de faire d^une guerre politique une guerre religieuse, et sa neutralité bienveillante au milieu des divisions chrétiennes de rOrient a rappelé la généreuse politique d'Innocent III. L'empereur Nicolas lui-même, peu de temps avant de mourir, avait voulu faite porter ses remerciements solennels à la ferme impartialité du Père de tous les fidèles. Alexandre II a accompli ce vœu en y joignant le témoignage de sa propre reconnaissance ; il peut la prouver aujourd'hui ta&s nuire à son pouvoir... S'il a des griefs centre le cabinet de Vienne, il ne peut en rendre le Pape responsable... Le Saint-Siège peut donc espérer même dans les princes dissidents. » {Rome devant l'Europe^ par M. Sauzet, ^860.)

Grâce au pouvoir temporel, il n'y a pas eu d'Italie durant des siècles : e'est Tobstacle à TUnilé sans laquelle il n'y a pas de vie nationale possible* Par lui le partage de l'Italie exista et dura. Que pouvait-il opposer eemme réclamation contre le partage de la Pologne?

Beaucoup de défenseurs du pouvoir temporel se sont plû à répéter : « Y a-t-il quelque souverain qui sente et ose se dire plus légitime propriétaire die ses Etats que le Pape ne l'est du domaine de Saint-Pierre? Est-ce la Russie, la Prusse, l'Autriche de la Pologne? » (Nettement, Appel au bon êene, an dtùit et à Vhietùire, broch., ^9000

Oui, le Pape a sur les Romagnes et la campagne de Rome le même droit que la Russie, la Prusse, l'Autriche sur la Pologne.

Comment ces avocats ecclésiastiques ne sentent-ils pas que de tels •fguments sont la suprême condamnation du pouvoir temporel ?

La Pologne a un reproche grave à adresser à ceux qui s'intitulent en Frauee le parti catholique, c'est d'avoir voulu la faire passer pour complice de leurs passions anli*ilaliennes. Si la Pologne est restée éminem* ment eatholique, elle a mérité d'être appelée le défenseur armé de la mienalilé sur la terre. La Pologne a su vivre chrétiennement comme

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nation , c^est-à-dire se dévouer pour la liberté des autres peuples. Le clergé polonais a conservé ses libertés religieuses avec autant de scrupule que le fit TÉglise gallicane ; il y persista môme davantage, puisqu'il ne perdit son indépendance qu'en môme temps que la nation.

Si la France eut le malbeur de faire une croisade à l'intérieur, le Nord contre le Midi, et qui aboutit à l'extermination de la langue d'oc et des sectes albigeoises, ce qui assura, dit-on, son unité, mais la maintint séculairemenl affaiblie, la Pologne put réaliser tout à la fois l'union politique d'un grand pays : la Lilbuanie, et l'union religieuse d'un rit important : le grec-uni des provinces méridionales.

Si la Réforme engendra en France dé terribles guerres de religion, la Sainl-Barlhélemy et la révocation de l'édit de Nantes, la Pologne sut conserver son intégrité religieuse, sans léser chez personne la liberté de conscience.

Si quelques milliers de juifs ont paru dans l'Occident un danger pour l'Église et pour l'Etal, la Pologne en admit dans son sein plusieurs millions, sans en souffrir dans sa foi ni dans sa prospérité.

Est-ce bonté de cœur, grandeur d'àme ou gr&ce de la Providence ? Toujours est-il qu'une telle tolérance pratique, générale et surtout spon-* tanée, fait le plus bel éloge de la Pologne et de son clergé.

Sous le régime parlementaire, plus d'un écrivain constitutionnel aimait à rappeler que la formule nouvelle en France : « Le roi règne et ne gouverne pafs, » avait toujours servi de règle au gouvernement de Pologne; Et lorsqu'on France et en Italie l'élection est devenue la base du pouvoir, on a pu remarquer que les rois de Pologne n'avaient jamais régné que par la volonté nationale, en môme temps que par la grâce de Dieu. Aujourd'hui que le royaume d'Italie a pris pour programme : L'Églite libre dans l'État libre^ il n'est pas sans utilité de noter que la nation polonaise l'a pratiqué durant des siècles, et môme elle n'a jamais soupçonné qu'il pût en être autrement. Nous croyons qu'un tel exemple est un argument très-fort en faveur de sa réalisation par les autres peuples.

Mais, dlra-t-on peut-être, la Pologne a succombé. — Youdriez-vous supprimer la liberté par ce fait qu'un peuple libre aurait péri? Parce qu'un honmie ou un peuple bon et confiant aura été écrasé sous le nombre de ses ennemis, en tirerez-vous la conséquence que l'on ne doit vivre que selon la devise de Hobbes : Homo homini lupus?

L'esprit de tolérance des Polonais est proverbial et n'a pas besoin d'èlre prouvé. Que si toutefois on invoquait les plaintes des dissidents qui ont servi de thème aux immixtions des puissances partageantes , nous^ répondrions que, sans nier le mal que les jésuites nous ont fait par leurs tracasseries ecclésiastiques, l'affaire des dissidents est précisément la démonstration de notre extrême tolérance, puisque ce sont les étrangers admis à Thospitalité de notre territoire qui ont servi de prétexte à la protection hypocrite des Cours voisines.

Aucun pays d'Europe n'a subi d'aussi cruelles persécutions religieuses que la Pologne depuis son partage. L'empereur Nicolas a converti, au

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moyen de sappliees atroces, plusieurs millions de paysans polonais à Tortliodoxie russe.

Comment les Polonais dans Taf enir pourraient-ils violenter la conscience d^autrui, eux qui, à la seule pensée de ressembler en ceci à leurs bourreaux, reculeraient d'horreur, quand bien même leur tolérance traditionnelle et instinctive n'aurait pas été renforcée chez eux par les durs enseignements du malheur?

Or, Tesprit de tolérance et de charité a, chez les Polonais, acquis une force d'expansion telle qu'il a accompli des miracles. On a vu, à Varsovie, les masses populaires se porter aux synagogues, y prier et y chanter à côté des israélistes ; les Israélites, émus, accoururent aussitôt dans les églises catholiques confondre leurs invocations patriotiques avec celles des chrétiens; les prolestants ne résistèrent pas à cet entraînement sublime.

La Pologne a donné le double exemple de la fraternité Internationale et de ce que nous pourrions appeler la fraternité interreligieuse.

Or, lorsque toute une population s'unit manifestement dans une môme prière, c'est-à-dire dans la plus haute communion morale, c'est un signe irrécusable que les barrières religieuses sont tombées. Et, pour que ces barrières, les plus fortes de celles qui divisent encore les hommes, disparaissent à un jour donné, il faut bien admettre que ce résultat a été préparé par le travail des générations précédentes.

C*est ainsi que, pour quiconque est habitué à tirer des faits leur conclusion philosophique, les événements de Varsovie démontrent rétrospectivement la tolérance de rancienne Poio^ne.

En Pologne, l'Eglise était libre dans l'Etat libre. Et, en effet, iiucune entrave n'était apportée à la communication des évoques avec Rome. Si les prélats avaient des sièges réservés au sénat, et si même l'archevôqueprimat exerçait une quasi-royauté à chaque interrègne, jamais non plus le clergé n'y opprima les autres ordres de la nation. 11 n'y eut ni guerres de religion, ni censures de livres. Les sectes se produisaient librement; elles étaient combattues pacifiquement.

Nous voyons dans nos annales qu'en 4332, la diète abolit la sainte-inquisition en Pologne, où elle n'avait jamais eu qu'une existence nominale; que» par deux fois on refusa au Pape et à l'Espagne le bannissement des juifs, et que les évoques polonais ne voulurent point participer au concile de Trente. A la diète de Vilna, en ^1563, Sigismond-Auguste déclara que tout Polonais chrétien pouvait prétendre à toutes les fonctions publiques. En ^1569, la diète de Lublin reconnut de nouveau que les protestants et les grecs étaient aptes à parvenir à* toutes les dignités du royaume. Nous avions des églises arméniennes; les juifs avaient obtenu de nombreux privilèges, surtout de Casimir le Grand. Nous avions même des mahométans. a Ce sont des Tartares dont Witold, grand-duc de Lithuanie, transporta autrefois une colonie dans ses États, a dit un diplomate au dernier siècle : on leur laisse leur liberté de religion. Pour cet effet, ils ont quelques mosquées où personne ne les inquiète ; en récom-

peine, iU serfent fori bien la république. Elto ^'a guère de troupes plus . fidèles, ni qui jouissent d'une plus constante réputation de valeur et de probité. » {Jâéâ de to A^. de Pokgnt^ manuso« du dix-haitiàaie siècle, publié à Paris en 48^0, p. 265«)

A eeux qui croiem que le pouvoir lemperel est une garantie, d'indépendanoe pour le Saint-Siège, noue pouvons rappeler cette réponse que fit un' Autrichien, ministre des cultes, à un eeelémstique polonais, M. Pneeborski, à qui il disail : « Agissez eomme s'il y avait dispense. -^ Mais, Excellence» o'esl contre lea canons, et le Pape lui-Btéme ne le peutpas^ — Ohl dit le ministre» avee nous le Pape signe sans lire.» {PlaiHêes d'un prélre galitim^, Skmrfi Galicu}skUgQ fUbam. — X. Prz€h eborski, 1847.)

A ceux qui calomnient notre nation et notre clergé» dans son avenir comme dans son passé, en essayant d'exploiter les senlimenls catholiques de la Pologne, nous opposions ees lignes d^une dépêche d*un envoyé secrel du 8aint<Siége : « En vérité, c'est ici un étrange pays, et qui

• semblerait d'une religion particulièrei n'étaient ses prêtres, qui ofû- « oient eomme ches nous; encore eux-mêmes sont-ils fort étranges,.. « La résistance de leurs eeclésiastiipies seconde si bien U furie de leur « ordre équestre que je ne doute point que tous, d'un commun aooord, « n'hésiteraient pas même h dénier absiolument toute obéissance à Sa « Sainteté plutôt que de permettre en quoi que ce soit le refréneraent des « opinions. Et il serait trop douloureux qu*en ce mement-ei une nou- % velle et énorme dissidence pvivàt le Saint-Siège d'un royaume très- « pieux, maid malheureusement animé de peu de respect et de beaucoop

• de défiance pour notre Cour, dont ils traitent parfois les envoyés au- « dessous même des émissaires des dissidents... Je sois dans une grande « perplexité.; ear ces gens^i sont dans un si profond aveuglement que « c'est moi-même qu'ils veulent prêcher, et qu'ils blâment ouverlement « notre Cour..., à ce point qucydevinssent-ilshérétiques» c'est nous qu'ils « accuseraient d'hérésie, soutenant qu'eux seuls ont la vraie connais- « sance du Christ. » (Bisàtti^ Varim d4$MêrtaêUmeê. Dêmok UwéUcU. tome 11, page 67.)

On a pu lire dans l# Mo/néê en 26 octobre des nier : • Le prince Constantin Gxarloryski a dit au congrès catholique de Bfalines (août -1863 ) : « Si la Pologne eût existé indépemiante, le Pape a'auraii pas perdu les « deux tiers de ses ËtaU. » Nous déplorons les paroles de Londres ; nous ne voulons nous souvenir que du discours de Maltnes. »

Le prince Ladislas Czartoryski avait (Ht à Londres, au meeting de Whittiogtoa : • Nos ennemis ont recours à des insinuations perfides, et spéeialemeni à celles qui peuvent tromper l'opinion publique en Angle levve. Cette assertion, que notre luUe pouv rindépendanee n'est pas sans avait une couleur nltramofttaine, est évidemment une mancrnsfie de ee «Mie. » (Oct. -1863.)

Nous n'avons pas à recheroher ici pourquoi deux coasins^rmaÎBS, inlimement liés pac une même politique, ont cru pouvoir^ à peu de jooiia

de disUmee, tenir, an nom de la Polegnot un langage diamétralement opposé et esaajé de eapter des applaudissements oontradietoires. Ce que npus devons répéter, e'est que, sauf une infime minorité, toute la Fologne est ardemment sympathique à la cause de l'unité italienne, présage eertain de la sienne propre.

Un de nos grands patriotes a eiprimé, dans son magnifique langage, la pensée de la Pologne sur la Papauté, quand il a dit :

« Aijûourd'bui encore, les fils des Polonais, fidèles à la mission de « leurs pères , se sont levés contre la barbarie orientale et Tapestolat

• armé de la Sainte-Alliance qui s'était formée pour étouffer, au nom de

• la Sainte-Trinité, la Pologne d'abord, ensuite la liberté des peuples....

• Il y eut des siècles de fanatisme : vous ne le partagiei p&q,

« vous tenant purement à Tamour chrétien» Il y eut des siècles d'irré-

• ligion : vous n'avez point déserté Tautel, tandis que les docteurs et les « monarques TinsuHaient

• Vos pères n'allaient sur la terre étrangère que lorsqu'ils espéraient « porter la foi ou qu'ils voyaient la néeessité d'y secourir Ptglise en « danger. L'élise seule récoltait les fruits de leurs travaux guerriers ; « seuls, dans le Nord , Us ne l'ont point abandonnée.

c Ton dernier refuge, le successeur de saint Pierre, te renie 1 Mais

• tous ces sentiers épineux que tu as traversés et même ta dernière ■ agonie sont l'augnre de ta résurrection et de ta gloire. » {Muêmçê aux frèru espOdij par G. Brodainski » 4S37.)

S'il arrive que Pie IX iasae pour la Pologne autrement que n'a fait Grégoire XVI , cela tiendra à ce que les puissances cUes-mémes agiront difleremment. Comme Pontife, le Pape désirerait sans doute pratiquer une conduite de sacrifice ; mais comme prince et petit parmi les princes, il est à la remorque des puissances : il* reçoit l'impulsion, il ne k donne plus.

Notre insurrection a éclaté en janvier 4S6I^ et c'est en septembre que le Pape ordonne pour bous... une procession 1 Et noua reeueiilûiis de Rome cet avantage que nos bandes béroiques sont mises par les organes cléricaux sur le même i^M que lea brigands du Napolitain.

VArmonia /de Turin , dans un article consacré à Pie IX, vfm défmsewr dcf ta Pologne, diaait le 25 septembre : « Le Seigneur prépare un nouveau triomphe pour Pie IX I La question polonaise, qui n'a pu être résolue par toutes les puissances de l'Europe réunies en un seul sentiment, péfatt devoir être résolue pai l'intervention de Pie IX... C'est ici que BOUS attendions la Russie ; elle pourra tenir tôle aux puissances, sinon par la force, du moins par la ruse; elle ne pourra pas lésistei à Rome. Alexandre II et Pie IX se trouvent face à face; le neuvet Attila est en présence d'un nouveau Léoa le Grand. La vietoire ne peut être douteuse, a

UÂmwnia et le parti que ee journal représente auiaieni voulu persuader que le Pape^ en ordonnani une pseeession pour la Pologne, a esses fait pour cette Inné dont, selo& le mai de saint Pie V, ebaque poi-

goée est une reliqae; car elle est toute trempée do sang des martyrs.

Mais quand les Papes songèrent à délivrer le Saint-Sépulcre, est-oe qu*ils se sont bornés à ordonner une procession à Tintention des chrétiens de Judée? Ili ont appelé rois et peuples d'Europe à une croisade; ils ont eux-mêmes ouvert leurs trésors, armé des soldats, équipé des flottes, envoyé des missionnaires pour prêcher de par le monde la guerre aux infidèles et pour guider les bataillons des croisés.

Depuis trois années surtout, quel secours moral le clergé polonais a-til lire de la Papauté? Il a été admirable de patriotisme et de sacrifice chrétien. Celui même sur qui la Russie avait compté, rarchevéque Felinskiy s'est laissé enlever de son siège de Varsovie et jeter sur la route de Sibérie. Le clergé polonais est unanime. Mais d'où tire-Uil sa force ? EsUce de Rome ou de la nation?

En qui la Pologne espère-t-elle le plus aujourd'hui? Est-ce de la Papauté ou des peuples ? De quoi se préoccupe-t*elle le plus ? De ce qu'on pense à Rome ou de ce qu'on projette à Paris?

Et cette circonstance qu'une nation catholique dans son épreuve su« préme attend son salut d'autres que de la puissance qui, durant des siècles, fut la plus haute autorité sur la terre, devrait faire réfléchir la Cour de Rome, lui montrer combien le pouvoir temporel a déjà compromis sa puissance spirituelle.

a On envoie des missionnaires en Cochinchine et en Chine parce que le Sacré-Collége né craint pas la puissance de ces potentats païens ; mais il se garderait bien d'envoyer un missionnaire dans les Etats de l'empereur de Russie, » disait mon père, il y a vingt ans. Et Ton peut ajouter: Qu'est-ce que la Papauté fait en ce moment pour coQjurer les proscriptions et les massacres de Vilna? Et cependant, si les peuples sont les membres vivants du Christ, où dbnc le Christ souffre-t-il le plus aujourd'hui?

Le Pape a préconisé l'expédition du Mexique ; mais a-t-il demandé la guerre pour la Pologne? Cette apathie pontificale est navrante. La Pologne en accuse le pouvoir temporel, car elle se refuse à penser que )e Saint-Siège, libre de toute préoccupation terrestre, n'eût pas fait plus pour elle. ^

• Rendez-moi les Romagnes, » c'est la réponse à tout. Mais vous les avez eues en -1772, en 4794, en 4830, et en 1848, qu'avez-vous fait pour nous? Et pomment après les enseignements de l'histoire, ose-t-on nous présenter comme une garantie d'indépendance spirituelle,, ce qui fut la chaîne de l'Église et sa chape de plomb. Ceux qui ont tant souffert pour Dieu, la Patrie et la Liberté ne peuvent comprendre que l'indépendance de rame soit attachée à la possession d'un bout de territoire. Est-ce que la Pologne rêve de se relever avec aucun privilège féodal ? Pourquoi la Papauté ne se transformerait-elle pas, harmonisant d'elle-même sa vie avec les conditions nouvelles de la société moderne?

Youdra-t-elle assurer ainsi son avenir et en même temps le bonheur des nations?— «Tout philosophe chrétien, a dit M. de Maistre, doit opter

entre ces deux hypothèses: ou qu'il vas^ëleTer une nouvelle religion sur la terre, ou que le Christianisme se rigeunira de quelque manière extraordinaire. »

LaDISLAS MlCKIBWlCZ.

S9 Novembre iSSS.

ERBATA.

Urc, page IV, noie i EDcyeliqnes des 18 Jain 1859 et 10 Janvier 1860.

— XVII, ligne h : rencontra ; — ligne 17 : 20 a vril.

— XXDL — 2ft, 25: mettre un guillemet avant : la soaTeraineté, et on autre

après: sacrilège.

— LVI, noiei ligne 5 : mettre après x but, nn guillemet et on point. Supprimer

après : Rome le guillemet finaU —Ligne 10, lire : Il Test devenu quand il a vu.

— 3 note : Reffimen tyrannicum»

— 10 note : 2 perdons... c iiu

— 15 ligne 5 : en leur attribuant

— 20 — 20 : ignorance et de cette grossièreté auxquelles. - Note 1. Ant, lU

— 22 — 2ft : occupée. — Note 2 : 1108.

— 2ft — 8 : (2) — Ligne 11 : la ville. — Ugne 15 t (S)

— 25 — 12 t le caractère légal.

— 26 — 17 : et de s'interposer

— 27 — ft : appelées Jusqu'alors des abus — Note 2 : livre VII. — Ligne 25 : / le frère du cardinal Julien

— 20 — 1 : le Pape ne pourrait pas même prétendre. — Note 1 : c. V.

— as — 0 : SI l'on remonte à l'époque — Ligne 10 : fit recouvrer à — Ligne

dernière : du gouvernement

— 55 — 97 : les Garaffa

— ftO — lA I on paraît contredire — Ugne 18 : leur gouvernement.

— ftS note t liv. L

— ft5 Ugne ft : se firent Jour. — Note : liv. VII.

— 5ft note : cta. yiL

— 62 ligne ft : qu'ils demeurent

— 70 — 91 : après: iulie, mettre un point et virgule.

-> 79 . 13 : qu'elle demeure

— 81 — 20 : tant que

— 09 — 91 : leurs interventions

— Oft — 18 : Barroi, président du Conseil des ministres, que

— 105 — 6 : même au Corps législstif. — Ligne 91, après : nombreux, meUie

une virgule, et ligne 92, un point après : impériale

— 115 — 86 : qui ne fut troublé chez nous

— 116 — 16 : les vertus

— 119 — 8 : les limites que ses pères -> 156 — 9 t puisqu'il y en a qui

— 160 — 27 : Wittemberg

— 168 — 11 : membres

— 179 — 14 : les prérogatives de l'aristocratie

— 200 — 12 : empêcher longtemps de discuter

— 215 — 92 : Sa souveraineté

— 221 — 29 : Ce principe de droit

— 2ft5 note : rapport du ift mai ^

— 906 ligne 91 : proscription

— 91/1 note : dt regimine prineipum

— S97 la note IX se rapporte à la page 200.

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