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PRÉTEXTES INVOQUÉS POUR JUSTIFIER LE RENVERSEMENT DU POUVOIR TEMPOREL

orsque le but que l'on veut atteindre est un but criminel, jamais on ne le laisse voir au public dans toute sa laideur. On le dissimule, on emploie des détours pour y arriver, on allègue des prétextes pour le justifier. C'est la marche invariablement suivie dans tous les temps et chez tous les peuples.

Dans la question qui nous occupe, les sectaires ne pouvaient guère parler en toute franchise qu'à leurs amliés. La masse du public en Italie, comme à l'étranger, eût reculé devant l'iniquité ; il fallut biaiser, et chercher des motifs plus ou moins plausibles pour expliquer, pour tenter de justifier les attaques contre un pouvoir dont aucune personne raisonnable n'avait à se plaindre.

Des prétextes, on en trouve toujours, lorsqu'on en a besoin ; mais l'important était de mettre en avant ceux qui pouvaient le mieuxfaire illusion. Les hommes en général, à part une élite rare chez tous les peuples, sont superficiels ; occupés de leurs travaux, de leurs affaires ou de leurs plaisirs, il leur manque le temps, le goût ou la capacité nécessaire pour étudier les principes, pour connaître les faits, et pour les contrôler; le plus souvent ils forment leurs opinions d'après ceux qui ont leur confiance, d'après leur entourage et d'après leurs journaux...

Dans tous les pays, et dans toutes les classes de chaque pays, on rencontre une foule de braves gens, de patriotes sincères, mais naïfs, dont la portée d'esprit est peu étendue, qui seront tantôt des utopistes ou des enthousiastes faciles à entraîner, tantôt des mécontents qui aiment les changements parce qu'ils espèrent en tirer profit. Plus que partout ailleurs peut-être, ils étaient nombreux, en Italie, les hommes dont on pouvait exploiter la haine de l'étranger, l'amour si légitime de l'indépendance et de la grandeur nationales, les ardentes aspirations à des richesses plus ou moins chimériques, à des réformes plus ou moins possibles.

En faisant valoir la nécessité où l'on était de constituer l'unité italienne, pour grandir la nation et la faire respecter, pour contenter les justes désirs des populations, pour remédier aux abus de leurs gouvernements, on était sûr de faire de nombreuses dupes, car en définitive ce sont les ignorants qui composent,

même chez les peuples les plus civilise's, la grande majorité des hommes.

C'est ainsi que l'on trouva le moyen de voiler sous des formes acceptables le crime odieux que l'on voulait commettre.

Ces deux prétextes, celui de l'unité italienne et celui du mauvais gouvernement des Etats du Saint-Siège, étaient habilement choisis; le premier parce qu'il pouvait avoir un fond de vérité, le second parce qu'il avait des apparences de générosité, et que d'ailleurs il y a toujours dans ce qui est humain des abus inévitables et des améliorations possibles. Aussi ne se fait-on pas faute de les reproduire encore aujourd'hui lorsque l'on traite ces questions devant des hommes peu instruits. Nous ne pouvons nous dispenser de les examiner rapidement et de montrer combien, en ce qui concerne les Etats pontificaux, de tels motifs étaient mal fondés.

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S 2. De la question de l'unité italienne nous ne voulons parler qu'avec re'serve, et ne dire que ce qui est indispensable à notre sujet, d'abord parce que c'est une question délicate, et ensuite parce que, sur tous les points où elle ne touche pas Rome, elle regarde les Italiens et non pas nous, elle est politique et nationale ; ce n'est qu'autant qu'on y fait rentrer les possessions du Saint-Siège qu'elle devient religieuse et internationale.

Nous n'avons donc pas à nous occuper des griefs justifiés ou non des habitants de Naples, de Florence, de Modène, de Turin..., contre leurs anciens gouvernements; nous n'avons pas à rechercher leurs aspirations anciennes ou nouvelles, leurs intérêts publics ou privés; c'est affaire aux Italiens, et aux seuls Italiens.

Nous ne nous demanderons pas quel besoin éprouvaient les peuples de la péninsule, d'obéir tous à Victor-Emmanuel et à ses successeurs, plutôt qu'au duc de Toscane ou au roi de Naples, plutôt que de garder leur autonomie, plutôt que de former entre eux une fédération ?

Nous ne rechercherons pas le rôle important qu'a

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pu jouer l'ambition du roi Victor-Emmanuel, prince aussi courageux, dit-on, sur les champs de bataille que faible en face des entraînements sensuels (i), dominé en tous cas absolument par d'astucieux ministres, qui, tantôt en le flattant du titre de fondateur de l'unité italienne, tantôt en le menaçant de laisser proclamer la République, l'ont, à la lettre, contraint et forcé de s'emparer de Rome (2), malgré les protestations de sa conscience d'honnête homme, malgré les remords de sa conscience de chrétien.

Nous n'insisterons pas non plus sur les fameuses proclamations du Piémontais Cialdinià ses officiers, dans les Etats napolitains: « Faites publier que jefusille tous lespaysansarmés que je prends; j'aidéjàcommencé...»

Ni sur la guerre d'extermination annoncée par les Pinelli, les Fumele... ni sur les 18 mille fusillés, qui n'avaient commis d'autres crimes que de défendre leur nationalité. Ce chiffre a été donné dans le rapport officiel du marquis d'Ulloa, ministre de la guerre du roi de Naples ; il en est qui le réduisent à onze mille. M. de Gramont, l'honorable mais faible ambassadeur que la France tenait à Rome, a confirmé la réalité de ces abominables massacres dans ces régions qui, disait-il, « sont censées avoir voté à l'unanimité pour Victor-Emmanuel ». Il ajoute dans une dépêche confidentielle à M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, à Paris :

(1) V. Pièce justificative G.

(2) V. Pièce justificative Û.

« A Turin, la Farina demande qu'on envoie des Piémontais en Sicile, pour y assurer la spontanéité' du vote d'annexion » (i).

Tout cela sans doute ne laisse pas supposer un bien vif empressement à se soumettre au gouvernement de Sa Majesté Sarde et à former sous sa direction cette unité qui, si elle était désirée, eût pu naître sans doute autrement que par la conquête à main armée.

§ 3. Il est inutile d'entrer dans le détail des moyens employés pour annexer les divers duchés et le royaume de Naples. Nous admettrons, si l'on veut, que les Piémontais se sont imposés au reste de l'Italie par les moyens moraux, par la douceur, par l'ascendant seul de leur supériorité.

Mais dans les Etats de l'Eglise! mais à Rome! puisque c'est de Rome et des Etats de l'Eglise que nous nous occupons, sont-ce les moyens moraux qui ont fait la brèche de la Porta Pia ?

Que de tristes choses il y aurait à rappeler! quand ce ne serait que cette fameuse comédie du vote.

On sait, en général, comment se faisaient les élections en Italie. Un ancien agent de Cavour a raconté la manière de procéder que l'on connaissait déjà, mais qu'on aime à entendre narrer par un de ceux qui y

(«) V. Thouvenel, le Secret de V Empereur.

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prirent une part active. Voici quelques passages de sa déclaration :

« Nous nous étions fait remettre les registres des paroisses pour dresser les listes des électeurs. Nous préparâmes tous les bulletins pour les élections des parlements locaux, comme plus tard pour le vote de l'annexion. Un petit nombre d'électeurs se présentèrent pour y prendre part ; mais au moment de la clôture des urnes, nous y jetions les bulletins, naturellement dans le sens Piémontais, de ceux qui s'étaient abstenus; non pas tous pourtant, cela va sans dire, nous en laissions un certain nombre suivant la population du collège. Il fallait bien sauver les apparences, du moins vis-à-vis de l'étranger, car sur les lieux on savait à quoi s'en tenir. »

Voilà ce qui s'appelle consulter les populations ! Ecoutons la suite :

« On s'explique donc sans peine la facilité avec laquelle ont pu réussir de telles manœuvres dans des pays encore neufs à l'exercice du suffrage universel, et dont l'indifférence et l'abstention servaient merveilleusement la fraude en faisant disparaître tout contrôle. Nous nous y prenions du reste de façon à rendre parfaitement illusoires les garanties de publicité et les moyens de surveillance. Dès avant l'ouverture du vote, des carabiniers encombraient les salles du scrutin et leurs abords. C'était toujours parmi eux que se choisissaient le président du bureau et les scrutateurs. Nous n'étions donc pas gênés de ce côté-là. Dans certains collèges cette introduction

en masse dans l'urne des bulletins des absents, nous appelions cela compléter le vote, se fit avec si peu d'attention que le de'pouillement du scrutin donna plus de votants que d'électeurs inscrits... En ce qui concerne Modène, je puis parler savamment de tout cela, puisque cela se fit sous mes yeux et ma direction » (i).

Ainsi se faisaient les élections dans ce bienheureux pays, délivré de ses tyrans.

Pour Rome, on y mit moins de façons encore, et les apparences ne furent pas même sauvegardées. Après la prise de la ville à coups de canon, pour avoir l'air de légitimer le fait accompli, on simula que la population allait voter librement sur son annexion au Piémont, et le soir du vote, lorsqu'on fit le dépouillement des urnes, on trouva seulement 46 votes négatifs ! Nous disons bien 46 votes, 46 unités!!! Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit un proverbe. Quelque temps après, plus de 27,000 Romains, tous majeurs, nés à Rome ou domiciliés à Rome, et pouvant être électeurs, ne craignirent pas d'apporter à Pie IX une déclaration de fidélité qui était une protestation contre l'abominable comédie qui venait de se jouer. Le gouvernement usurpateur comprit qu'avec ses 46 votes négatifs il n'avait pas commis seulement une fraude criminelle, mais encore une invraisem-

(1) Révélations d'un agent du comte de Cavour (Carletti). V. Les Sociétés secrètes et la Société, par Deschamps et Claudio Jannet, 4' édition.

blance des plus grotesques. Cependant le tour était joué; on tâcha d'oublier et de faire oublier l'affaire. Toutefois les étrangers qui en furent témoins ne l'oublièrent pas ; les Romains non plus. Ils trouvèrentque l'effronterie eût été du plus haut comique, si l'odieux ne l'eût encore emporté.

Aujourd'hui, des détails rétrospectifs manqueraient d'intérêt; il serait inutile de montrer la façon dont étaient accueillis, aux abords des salles de vote, les électeurs qu'on savait opposés à l'annexion, de parler de ces trains de chemins de fer qui amenaient gratuitement les frères et amis qui voulaient aller voter à Rome... A l'heure où nous sommes, après vingt et un ans d'un travail de séduction et de corruption, l'Italie officielle, malgré ses quatre-vingt mille Romains d'al- Invion, ainsi qu'on les a appelés, n'est pas encore bien rassurée sur les résultats électoraux, même en faisant voter cette tourbe d'individus que le transfert de la capitale a amenés dans la ville éternelle, population que dépeignait par avance, et d'une façon tout à fait piquante, le journal révolutionnaire la Na\ione. Qu'on nous permette d'en citer ici deux passages qui méritent d'être connus :

« Nous allons à Rome, écrivait le correspondant de ce journal, nous allons à Rome faire une grande expérience, si grande que nous croyons qu'elle n'a pas sa pareille dans l'histoire... etc. Vous ne devez pas croire, mesamis, que Rome reçoive aveevotre capitale un avantage certain. Elle s'arrange de manière à la recevoir comme une indemnité pour le tort immense

que nous lui apportons. En l'enlevant de son grade de cité mondiale pour la réduire en ville italienne, nous changeons sa condition moralement et matériellement d'une manière tellement grave, qu'il n'est pas possible d'en mesurer les effets. A ce préjudice, toute compensation au pouvoir de l'Italie est sans proportion. Il faudrait que les Italiens fussent disposés, comme les anciens Socii, à conquérir pour la ville Reine la Macédoine, l'Asie, l'Afrique et l'Ibérie. Or, sachez que les Italiens modernes n'ont pas de ces intentions, et qu'à un tel prix le nom et les droits de chns Romanus paraîtraient trop chers même à Sella, le plus Romain des Piémontais. Le seul tout petit encouragement (il me semble qu'on dit fiche de consolation dans les courses de chevaux) que nous puissions donner à cette grande cité, qui de mondiale va être réduite à italienne, c'est du moins de lui envoyer nos ministres, nos sénateurs, nos députés et quelque quarante ou cinquante mille personnes, employés, solliciteurs, oisifs, filous, trompeurs, voleurs et courtisanes, qui composent le cortège naturel et nécessaire d'une capitale moderne...

« ... Sait-on ce que c'est que la capitale de l'Italie ? N'y a-t-il pas danger qu'on prenne une chose pour une autre ? Il pourrait y en avoir qui croient que nous, pauvres diables, ministres, sénateurs, députés, employés, journalistes du royaume d'Italie, vrais représentants de la misère et de la vermine sur la terre, nous sommes quelque chose de semblable aux Empereurs et aux Rois, qui avaient coutume de visiter le

tombeau des Apôtres, ou aux cardinaux, archevêques, évêques, patriarches et abbés qui allaient au Concile. Certes, s'il en était ainsi, ils auraient une amère déception. En général, qui gouverne, qui fait la politique, qui administre les choses publiques en Italie (si c'est un bien ou un mal, là n'est pas la question)? ce sont les classes moyennes, et parmi nous les classes moyennes sont plutôt pauvres. Il s'ensuit que si Rome s'attend à ce qu'une session du Parlement apporte dans la ville autant d'or que, par exemple, le centenaire de saint Pierre, elle se tromperait. Sur ce point encore, il faut que Rome descende : des sterling, il faut en venir aux lires italiennes. »

Voilà du moins un journaliste révolutionnaire q-ui se faisait peu d'illusion sur les avantages que les Romains allaient retirer du nouveau régime.

§ 4. L'unité italienne en définitive, à supposer qu'elle fût non pas un prétexte, non pas un rêve prétentieux, un assemblage factice qui se disjoindra à la première guerre ou à la première révolution, mais bien une véritable aspiration nationale, une nécessité du temps, l'unité devait se faire et pouvait se faire dans d'autres conditions.

Il en est qui ne sont pas partisans des grandes unités avec le système de centralisation moderne; il en est qui disent que c'est l'apoplexie au centre, la paralysie aux extrémités; il en est qui prétendent

que les petites nationalite's distinctes, soit qu'elles aient, soit qu'elles n'aient pas entre elles un lien fe'de'ratif, sont dans une situation beaucoup plus favorable au développement des libertés civiles et politiques et à l'épanouissement des lettres et des beaux-arts, et que c'est là justement le motif pour lequel l'Italie compte les villes les plus remarquables du monde, et peut citer avec un juste orgueil, au lieu de banales préfectures ou souspréfectures, des villes comme Rome, Florence, Venise, Gênes, Naples, etc.

Mais n'insistons pas sur ce point. Tout ce que nous devons constater, c'est que si les Italiens voulaient faire l'unité de l'Italie, ils pouvaient la faire fédérative, et proposer à Rome, qui ne s'y était jamais refusée, de se joindre à eux; que s'ils la voulaient centralisée sous un seul sceptre, ils devaient alors laisser en dehors Rome et les possessions du Saint-Siège, ne pouvant en disposer, car l'univers catholique y a des droits auxquels il n'est pas permis de toucher. Voilà ce qu'indiquaient la raison et le bon sens.

Ainsi que le déclarait récemment un illustre Anglais, il n'était pas nécessaire de détruire l'indépendance temporelle du Saint-Siège pour établir l'unité italienne et un royaume italien. La principauté de Monaco et la république de Saint-Marin (qui a gardé son indépendance durant quatorze siècles) ne fontelles pas partie toutes deux du sol italien? elles ne sont pas annexées cependant. Et l'Etat indépendant

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d'Andorre, qui date du huitième siècle, situe' au sud de la France, nuit-il à l'unité de la France ? et la neutralité' du Grand-Duché de Luxembourg, est-ce qu'elle a nui à aucune unité nationale? Le Portugal, qui est comme enclavé dans la péninsule ibérique, empêchet-il l'Espagne de former une grande et fière nation ? « Pourquoi donc le maître de l'Italie nouvelle, au lieu de détruire l'indépendance de la ville de Rome, au lieu de la subjuguer (amenant sa banqueroute et finissant par lui enlever même son indépendance municipale), au lieu de frapper la chrétienté, de frapper chacun de nous en détruisant l'indépendance du Souverain Pontife, pourquoi le maître de l'Italie n'a-t-il pas respecté la capitale du monde chrétien et l'indépendance temporelle du Saint- Siège? (i) ».

« On invoque, écrivait en 1890 le comte Alexandre de Hubner, ancien ambassadeur d'Autriche à Paris, on invoque le droit de nationalité pour justifier la spoliation dont le Saint-Siège est la victime, personne ne contestera que les liens de race sont ceux qui sont les plus solides et les plus durables entre individus qui forment une nation; mais vouloir en faire la règle suprême, ce serait vouloir renverser toutes les frontières territoriales, provoquer la guerre de tous contre tous, et rejeter l'Europe dans la barbarie de l'époque des invasions » (2).

(1) Mgr Vaughan au congrès de Liège, en 1891.

(2) V. la suite de cette citation, pièce justificative E.

L'unité italienne n'était qu'un prétexte, ou tout au plus une cause secondaire de la destruction du pouvoir temporel. Est-ce l'unité italienne qui demandait la suppression des ordres religieux, ces nécessaires collaborateurs de la Papauté dans tant de branches de son ministère ? Est-ce elle qui demandait une loi qui empêchât le recrutement du clergé et arrachât les clercs des séminaires pour les fermer dans les casernes? Est-ce elle qui voulait qu'on enlevât législativement à l'Eglise ces fondations de bienfaisance qu'elle avait établies avec tant d'amour et à tant de frais? Est-ce elle, enfin, qui voulait qu'on arrachât à la surveillance et à l'autorité de l'Eglise l'enseignement de l'enfance et de la jeunesse, et qu'on la confiât à des hommes qui parfois ont fait publiquement profession d'athéisme? (i) est-ce l'unité italienne qui demandait cela ?

Et ces injures contre le vicaire de Jésus-Christ en plein parlement, et ces blasphèmes contre l'Eglise? ces statues pour les moines apostats, pour les impies, pour les insulteurs de la Papauté ? est-ce l'unité italienne qui les réclamait ? est-ce elle qui voulait ces calomnies infâmes, ces caricatures indécentes dans la presse, dans les théâtres, dans les processions carnavalesques, sur les murs de Rome ? et ces menaces de mort et d'incendie proférées jusque sous les fenêtres du Vatican?

En vérité, il faudrait avoir un triple bandeau sur

(i) Pie IX, allocution du 12 mars 1877.

les yeux pour ne pas voir qu'il y avait là l'exécution d'un programme antireligieux longuement prépare', et qui de Rome devait s'étendre sur les autres nations. On voulait, suivant la parole de Ricazoli, en détruisant le pouvoir temporel, changer les destinées non pas seulement de l'Italie, mais du monde entier.

§ 5. Quant au second motif invoqué pour justifier le renversement du pouvoir temporel, à savoir le mauvais gouvernement de l'Etat Pontifical, il devra nous arrêter un peu plus longuement. Il y a eu à ce sujet une telle abondance de calomnies, une telle audace de mensonges, qu'on a pu cre'er des doutes chez beaucoup d'esprits honnêtes.

Mais auparavant il ne sera pas hors de propos de se demander si des philosophes, des législateurs, des hommes politiques admettraient qu'un peuple qui a des griefs contre son gouvernement a le droit de le renverser et de s'annexer à un voisin dont le gouvernement lui plairait davantage et avec lequel il aurait des affinités de race, des sympathies de religion, de moeurs... Nous ne croyons pas qu'un homme sérieux, pas même un utopiste, comme l'était Napoléon III, puisse accepter une thèse aussi générale et aussi absolue.

En fait, nous ne voyons pas que ce droit soit reconnu nulle part, ni dans l'ancien ni dans le nouveau monde. L'Europe n'a pas permis à la Belgique de préparer son annexion à la France en i83i. L'Angleterre n'admettrait pas que l'île de Jersey, par exemple, ait

le droit de se donner à la France si l'envie lui en prenait; il ne nous paraît pas davantage qu'elle soit prête à s'incliner devant le vœu des populations, si l'Irlande re'clamait son autonomie ou son annexion à une nation plus sympathique. Les Etats-Unis d'Amérique, et ceci était une question bien plus contestable, n'ont pas même permis aux Etats du sud de rompre le lien fédéral.

Au surplus, si ce droit de révolte, d'annexion ou de séparation existait quelque part sans limite et sans contrôle, ce ne serait pas là où il se trouverait en contact avec des intérêts généraux et internationaux qui viendraient l'annuler; et Rome certainement serait le dernier pays au monde où il pourrait s'exercer.

Pourquoi cela? pour deux raisons, dont l'une est la conséquence de l'autre.

La première, parce qu'il y a à Rome le Pape dont la souveraineté temporelle, garantie de son indépendance, est d'un intérêt supérieur universel.

« Pour le Pontificat, disait M. Thiers à l'Assemblée nationale française le 3o avril 1849, ^ n'y a d'indépendance que la souveraineté même. C'est là un intérêt de premier ordre qui doit faire taire les intérêts particuliers des nations, comme dans un Etat l'intérêt public fait taire les intérêts individuels. »

C'est ainsi, ajoutait M. de Rosière, que l'Europe a pu frapper de neutralité certaines nations telles que la Belgique, la Suisse, le grand-duché de Luxembourg; elles ne peuvent faire la guerre, elles ne peuvent contracter d'alliance, quels que soient leurs goûts, leurs

penchants, leurs affinités ; l'intérêt de l'Europe s'y oppose. (V. rapport de M. de Rosière, 1849.)

La seconde raison, c'est que Rome n'appartient pas seulement aux Romains. Rome, ville des Papes, siège du Catholicisme, constituée depuis des siècles capitale du monde chrétien, et comme telle vingt fois défendue, sauvée, restaurée, enrichie aux frais des autres nations, si bien que, si elle devait restituer tout ce qu'elle leur doit, on l'a remarqué, ses finances n'y suffiraient jamais, Rome n'appartient pas seulement à l'Italie, mais aussi à l'univers catholique, qui Ta donnée à la Papauté. Elle ne saurait, de son autorité privée, passer librement de la paternelle autorité des pontifes au joug d'un roi de Piémont ou de tel autre souverain, comme une ville indifférente aux autres peuples, comme une chose sans la moindre valeur.

Le célèbre historien protestant Macaulay écrivait, il y a quelques années : « Rome n'appartient pas plus à l'Italie que Washington n'appartient à l'Etat de Colombie. La Rome moderne est une création et up héritage du monde catholique. Toutes les pierres et toutes les colonnes de ses majestueuses basiliques ont été placées, on peut le dire, par les catholiques du monde entier. Ses collèges et ses séminaires, ses musées et ses bibliothèques sont le produit de la générosité du monde, et, comme l'Eglise elle-même, ils sont destinés au service du monde entier. »

Même en admettant qu'elle ait des sacrifices à subir pour rester la ville des Papes, la capitale des chrétiens, la ville mondiale, comme disent les Italiens, la ville

par excellence de la Religion, des arts et des plus grands souvenirs, Rome devrait être heureuse de les accepter comme une faible compensation aux glorieux privilèges dont elle jouit et qu'elle doit à son antique histoire et bien plus encore à la Religion catholique et à la Papauté, dont elle est le siège depuis bientôt 19 siècles.

Est-ce que l'on comprendrait la ville de Washington, par exemple, et l'on peut tirer de là un argument a fortiori, est-ce que l'on comprendrait la ville de Washington se plaignant de n'être pas gouvernée exactement dans les mêmes conditions que les autres cités d'Amérique, de n'avoir pas un conseil municipal semblable, etc., tandis qu'elle a le privilège d'avoir chez elle la représentation des Etats et la présidence de la République? En vérité, si elle se plaignait, ce qu'elle n'a garde de faire, on ne l'écouterait pas.

Rome se trouvant malheureuse de sa gloire tant de fois séculaire, de ses splendeurs religieuses et artistiques, de sa vie si aisée et si douce, de son paternel gouvernement ; Rome enviant les conditions vulgaires des cités banales, serait-ce acceptable? Ne serait-ce pas, qu'on nous passe la comparaison, l'enfant gâté qui se plaindrait d'être de trop grande et trop noble famille?

On le remarquera, nous n'avons parlé que par hypothèse; nous avons supposé que les Romains aient voulu se révolter, rejeter la souveraineté temporelle du Pape. Mais nous savons très bien qu'il n'en est

rien; que le gouvernement piémontais s'est imposé à eux par la ruse et la violence; qu'il n'a jamais été ni appelé, ni désiré par une population qui aimait Pie IX, qui en était fière et qui n'avait jamais reçu de lui que des bienfaits. Nous n'avons parlé que pour prévenir des objections théoriques, que pour instruire ceux qui, ignorant le droit et l'histoire, ne savent pas que dans certains cas l'Europe, et non seulement l'Europe, mais le monde civilisé, peut imposer sa volonté à une cité et même à une nation; et cela d'une manière parfaitement légitime, lorsqu'il s'agit de questions d'une importance capitale, parce que, encore une fois, il peut arriver que des intérêts généraux et supérieurs dominent de très haut des volontés et des intérêts particuliers.

S 6. Pour parvenir à faire croire au monde que les Etats du Pape fussent plus mal gouvernés que les autres nations de l'Europe, il a fallu une diabolique habileté et comme une sorte de gageure contre le sens commun.

Qu'il y eût à Rome des imperfections comme ailleurs, moins qu'ailleurs, cependant; qu'il y eût des réformes à étudier, des modifications à introduire, par suite des changements qu'amènent les temps et les mœurs différentes, ce n'est pas nous qui le nierons; là où il y a des hommes, il y a des misères et l'on peut toujours mieux faire. Le progrès n'est pas plus fermé à Rome qu'ailleurs. «Rome ne saurait être

immuable dans l'ordre temporel pas plus qu'elle n'y est infaillible. » Mais nous croyons qu'il faut poser en fait, que, sans le mal venu du dehors, causé par les étrangers, par les excitations des révolutionnaires cosmopolites, il n'y aurait pas eu une population plus heureuse que celle des Etats de l'Eglise, sous le gouvernement des Papes; de sorte que, si Ton a pu dire, au moyen âge, qu'il faisait bon vivre sous la crosse, les Italiens sujets pontificaux pouvaient dire qu'il faisait très bon vivre sous la tiare.

Et qu'on ne croie pas à une exagération : un peuple chez lequel la vie était à un bon marché unique en Europe, qui, ainsi que nous venons de le dire, n'aurait presque pas payé d'impôts (i), si l'on n'avait pas tenu à acquitter les dettes des révolutions précédentes ; (il a fallu près de 200 millions pour payer les frais des révolutions; et le retrait du papier monnaie de 1848 à lui seul a coûté plus de 40 millions) (2);

Un peuple qui avait un degré d'instruction vraiment exceptionnel : Rome sous la Papauté comptait (en 1862) plus de six cents écoles primaires, et quant à l'instruction classique, tandis que les pays qui se disent les plus avancés la font toujours payer, à Rome, les institutions gratuites d'enseignement se-

(1) En 1857, le budget des de'penses dans les Etats Pontificaux est arrêté à 71. 733. 333 fr., c'est-à-dire à 22 fr. g5 par tête, et le montant de la dette publique en capital est de 370.551.996 fr., soit 118 fr. 5g par tête, c'est-à-dire que si chaque italien, sujet du Pape, avait payé une seule fois ce que tout français paie chaque année, il n'y aurait plus eu de dette du tout, le capital de la dette eût été éteint!

(2) V. pièce justificative F.

condaire abondaient, le collège romain avec ses onze cents élèves en tête, si bien que ce petit Etat de trois millions d'âmes n'entretenait pas moins de sept universités pourvues de toutes les facultés (1);

Un peuple qui n'a point de conscription militaire, qui est assuré contre les périls de la guerre;

Un peuple chez lequel fleurissent à un degré unique au monde la Religion et les beaux arts;

Un peuple duquel on pouvait dire avec le marquis d'Azeglio : « Il y a donc un peuple sur la terre qui ignore la misère et la faim! » en effet, les souffrances inséparables de l'humanitéy étaient merveilleusement secourues, à un degré même que n'atteindront jamais les work-house, les dépôts de mendicité, les hôpitaux et les médecins des pauvres de nos cités; c'est ici le cas d'observer que par la charité on était arrivé, à peu près dans toutes les provinces, à cet idéal vainement cherché ailleurs : chaque commune possédant un médecin, un pharmacien et un instituteur gratuits ;

Un tel peuple, disons-nous, pouvait bien n'être pas riche, mais il ne pouvait être malheureux. Il y avait des pauvres, mais point de paupérisme; des malades, des infirmes, mais aucun sans abri, sans pain, sans remèdes. Voltaire lui-même le constatait déjà de son temps, et il écrivait, malgré ses préjugés : « Les Romains ne sont plus conquérants, mais ils sont heureux. »

Tout cela est absolument hors de doute. Le rap-

(t) P. Sauzet, Rome devant l'Europe, p. 341.

port officiel de M. de Rayneval, les travaux comparatifs de MM. Sauzet, Dupanloup, Margotti et de tant d'autres ont vengé la vérité vingt fois, cent fois outragée par la calomnie.

Comment se fait-il alors que tant de gens honnêtes ont erré et errent encore sur ce point? Cela ne peut s'expliquer que par l'habileté et la persévérance des calomniateurs d'un côté, par la frivolité et l'indifférence des gens de bien de l'autre. Les adversaires de la Papauté ont mis en relief constamment et bruyamment tout ce qui semblait venir à l'appui de leurs affirmations; et ils ont caché avec le plus grand soin la contre-partie. Ils savaient que ce qui pénètre dans l'esprit public, c'est ce qui est souvent répété. C'est pourquoi le mot d'ordre était donné partout; il n'y avait pas un crime, pas un délit grave commis à Rome ou dans les environs qui ne fût aussitôt transmis au monde entier par les mille voix de la presse, qui les amplifiaient ou les dénaturaient à l'envi, et souvent parvenaient à faire illusion non seulement aux masses crédules, mais encore à une foule de braves gens fort intelligents, mais n'approfondissant rien dans ces sortes de choses.

Qu'on nous passe à ce propos un trait qui nous est personnel. Il nous souvient qu'à l'occasion d'un assassinat commis à Rome, un homme distingué, voulant tirer argument de ce fait et d'un autre semblable, fut mis par nous dans un grand étonnement. Combien, lui dîmes-nous, pensez-vous qu'il y ait eu de crimes de ce genre cette année dans votre départe-

ment? — Aucun, peut-être, répondit-il. — Eh bien, vous pouvez consulter le rôle des assises; trois affaires de meurtre ou d'assassinat y sont inscrites pour ce seul trimestre, et vous ne le saviez pas, et c'est dans votre ville même qu'elles vont se juger? Pourquoi l'ignoriez-vous, sinon parce que les journaux n'attirent pas l'attention publique d'une manière spe'ciale sur votre de'partement ou sur votre ville, tandis qu'à cette heure la presse de l'Europe entière doit dire et redire tout ce qui paraît pouvoir battre en brèche le gouvernement pontifical? Notre interlocuteur ne répondit rien et se mit à réfléchir.

S 7. Nous n'avons pas nié qu'il y ait eu à Rome certaines réformes désirables-, où n'y en a-t-il pas? Toutefois, lorsqu'il s'agit de réformes à conseiller aux autres, il faut être très prudent, très modeste, de peur de mériter la fameuse réplique : Medice, cura teipsum. Combien de fois, par exemple, Napoléon III n'a-t-il pas publiquement demandé, presque imposé, comme principale réforme, l'adoption à Rome du Code civil français, et par conséquent de nos lois successorales ? Or, la plupart des peuples regardent ces lois comme funestes : les Anglais, les Allemands, les Russes, les Américains... prétendent trouver dans la liberté testamentaire, ou dans leurs lois spéciales, une source de stabilité et de richesses, tandis que le partage égal amène, disent-ils, la division indéfinie, la misère et finalement la décadence; beaucoup de fran-

çais aujourd'hui, suivant l'école de M. le Play, sont de cet avis.

Et la question du suffrage universel, et celle de la liberté de la presse, et celle de la laïcisation et celle du parlementarisme, et celle de la garde nationale si souvent recommandée au Pape, surtout par l'Angleterre, qui l'a toujours soigneusement écartée de chez elle... Toutes ces questions ne présentaient-elles non plus aucune difficulté?

Que devait donc répondre le gouvernement de Pie IX aux obsessions de ces zélés réformateurs?

Il répondait à Napoléon III : Vous voulez que nous adoptions votre Code, vos mœurs, vos usages... patience (le patien\a des Italiens), patience, attendez d'avoir assuré chez vous, par ces fameuses lois et par ces fameux principes, l'ordre, la prospérité, et surtout la stabilité gouvernementale.

Ce langage, sous l'Empire, ne rencontrait que des sourires ironiques dans les régions du pouvoir et ailleurs; aujourd'hui à coup sûr il serait mieux compris.

A lord Palmerston, représentant de l'Angleterre et qui a tant travaillé contre le pouvoir temporel, le ministre du Pape ne pouvait-il pas répondre :

Vous trouvez malheureux, mal gouvernés les sujets des Etats Pontificaux, mais ne pleurez-vous pas sur des malheurs imaginaires, et n'êtes-vous pas impitoyable pour les misères trop réelles qui sont chez vous? Est-ce que nous avons à Rome des suicides comme à Londres?

Est-ce qu'à Rome on meurt de faim? Plus de vingt un mille Irlandais sont morts ainsi chez vous dans une seule année; cela a e'té officiellement constaté par vous-même; et pendant ce temps les Anglais marchent sur l'or.

Est-ce que les sujets du Pape s'expatrient en masse? des centaines de mille de vos sujets Irlandais y sont obligés par la misère et par vos lois terribles. La population d'Irlande depuis le commencement du siècle a diminué de plus de moitié, mais non pas celle de Rome et des Etats Pontificaux. Est-ce chez vous ou chez nous que chaque année des milliers de personnes sont chassées de leurs pauvres chaumières?

Nos sujets ne sont pas riches, soit; nous n'avons pas d'évêques qui touchent 55o mille francs d'appointement annuel, comme l'évêque anglican de Londres (i); de simples particuliers dont la fortune dépasse cent millions de francs ! (2) Non, sans doute,

(1) Qu'on se rappelle la discussion qui eut lieu au parlement anglais au mois de juillet i856, alors que le docteur Blonfield réclamait une pension de retraite de 262.000 francs par an.

(2) On n'a aucune idée en France et en Italie des fortunes fabuleuses qui existent en Angleterre, à côte' d'une horrible misère qui surpasse aussi ce que nous pouvons imaginer. Les étrangers superficiels jugent qu'on a supprimé la misère parce qu'on a retiré les mendiants de la rue, parce qu'on a fait disparaître les pauvres des places publiques comme on balaie les immondices; est-ce là la charité (Margotti) ? Que le lecteur lise les diverses enquêtes qui ont été faites sur le paupérisme de Londres, sur la misère des paysans irlandais; qu'il examine ensuite les richesses territoriales et mobilières de certains grands seigneurs anglais, et qu'il dise si ces puissants millionnaires n'avaient pas quelque chose de mieux à faire que de

mais si l'on n'est pas riche dans les Etats du Pape, il n'y a pas un individu qui ne sache où trouver un lit pour passer la nuit, un repas pour calmer sa faim, tandis que toutes les enquêtes ont re'vélé que chez vous, au milieu du luxe colossal de quelques centaines d'individus, il règne une effroyable misère dont on n'a nulle idée dans nos pays et qui dépasse toute imagination. Et c'est vous qui trouvez que les sujets du Pape sont malheureux !

Vous trouvez aussi qu'ils n'ont pas une assez grande liberté de conscience! Mais quelle est donc celle que vous donnez à ces pauvres Irlandais? Le monde entier est rempli de leurs gémissements, qu'ils vont porter jusqu'aux rivages de l'Amérique. Oseriez-vous bien comparer, l'histoire à la main, les lois soi-disant

discourir sur le mauvais gouvernemen du Pape et que d'envoyer l'or

de leur souscription aux insurgés italiens.

Voici, d'après le Financial reform almanac pour i883, la liste des

plus grands propriétaires fonciers de l'Angleterre :

Nombre d'hectares. Valeurs en francs.

Duc de Norfolk 18.000 225. 000. 000 francs

Marquis de Bute 47.000 ig3.ooo.ooo

Duc de Buckleugh i85.ooo 192.000.000

Duc de Northumberland.. 75.000 147.000.000

Sir Ramsden 28.000 146.000.000

Duc de Devonshire ' 78.000 143.000.000

Comte de Derby 26.000 142.000.000

Duc de Bedford 35. 000 118.000.000

Duc de Hamilton 63. 800 117.000.000

Duc de Portland " 65. 000 116.000.000

Comte Fitz-William 46.000 11 3. 000. 000

Duc de Sutherland 488.000 108.coo.ooo

Lord Tredegar 16.000 104.000.000

Comte Dudley 10.000 io3.ooo.ooo

Lord Coelthope 3. 000 102.000.000

Voici la liste des plus grosses fortunes de valeurs mobilières en

tyranniques qui ont régi les sujets du Pape, y compris les Juifs, avec les lois spoliatrices et sanguinaires de vos rois contre les catholiques anglais?... Vous parlez de la cruauté' du gouvernement Pontifical parce qu'on a emprisonne' ou exilé quelques révolutionnaires incorrigibles, mais vous ne dites rien de vos fusillades et de vos pendaisons récentes dans les îles Ioniennes, de vos tortures et de vos massacres dans les Indes (i).

Vous avez voulu favoriser, dites-vous, le désir légitime des populations qui voulaient secouer le joug du Pape, et vous avez, en pleine paix, fait des souscriptions publiques pour envoyer de l'argent et des armes aux émeutiers; vous les avez poussés, encouragés, protégés de mille manières. Mais est-ce donc,

Angleterre ayant donné lieu ces dernières années à des mutations fiscales :

BaronL.-N.de Rothschild.... 68.000.000 francs.

M. Pemberton Heyvood 47.000.000

Comte de Dysarl 42.000.000

J. Williams 40.000.000

Duc de Porland 37.000.000

T. Baring 37.000.000

Th. Wigley 32. 000. 000

M. Craswshag 3o. 000. 000

J. R. Mills 3o. 000. 000

M. Langworth 3o. 000. 000

Sir David Baxler 27.000.000

M. Joseph Levi 25.ooo.ooo

M. E. Makensie 23. 000. 000

Pour être juste, nous devons dire que parmi ces puissants personnages quelques-uns, et notamment le plus grand propriétaire foncier,

le duc de Norfolk, sont d'une charité et d'un dévouement vraiment admirables.

(1) V. Pièce justificative G.

comme le disait un homme illustre, est-ce donc par un élan d'amour que l'Irlande reste liée à l'Angleterre? Et trouveriez-vous bon que de puissants voisins, en paix avec vous, agissent comme vous avez fait vousmêmes? Rappelez-vous la fameuse phrase de lord Byron : « L'Angleterre est lie'e à l'Irlande comme le requin l'est à sa proie; l'un dévore l'autre et cela fait une union. »

Ah ! gardez bien vos larmes pour vos propres misères; recherchez bien les réformes à faire chez vous, et ne nous obligez pas à dire quel nom il faut donner à la pitié de vos grands seigneurs anglais pour nos sujets italiens.

Voilà ce que Pie IX et ses ministres pouvaient répondre aux naïves doléances ou auxhypocritesconseils qu'on lui présentait avec tant d'insistance et de menaces.

Les diplomates de la France, de la Russie, ceux de l'Autriche, d'autres encore, il faut le dire, ne paraissent pas avoir été toujours dupes ou complices des révolutionnaires cosmopolites qui travaillaient en Italie pour le compte des sociétés secrètes ; ils ont parfois vu clair dans leurs menées, et ils les ont dévoilées. C'est qu'aussi les calomnies étaient par trop visibles et par trop criantes. Les hommes impartiaux, les voyageurs sincères, étaient stupéfaits, quand ils comparaient la réalité aux fables répandues impudemment dans le monde entier : « On ne revient pas de surprise, d'étonnement et d'indignation, écrivait l'un d'eux en 1 858, quand, en parcourant la métropole du monde catholique, on lit les effrontés mensonges qui se publient à ce sujet. »

Déjà, dix ans plus tôt, un voyageur anglais M. iMac Farlane), membre de l'Eglise protestante, visitant les Etats pontificaux, écrivait :

« Les villages que nous traversions étaient tous propres et les villageois bien habillés... Ce que nous avons vu ici et dans le reste des Etats pontificaux nous prouvait bien que les prédécesseurs de Pie IX n'étaient ni encroûtés, ni idiots, tels qu'on voudrait nous les peindre, et que son prédécesseur immédiat Grégoire XVI, qui laissa le pays dans une condition de prospérité sans exemple, n'a pas été un tyran destructeur... Le voisinage de Terni est maintenant aussi verdoyant, aussi riche, aussi bien cultivé qu'on peut l'imaginer; je me réjouirais de voir en ma patrie tous nos paysans aussi solidement vêtus que nous les voyons ici, aussi bien tiourris, aussi joyeux que ?ious paraissent être ces hommes ■, ces femmes et ces enfants... »

L'ambassadeur de France à Rome, qui étant sur place voyait bien ce qui passait, écrivait à M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, à Paris, mais confidentiellement :

« Tous ces cris de douleur, qui trouvent un écho dans les prétendus manifestes que publient les journaux, ne sont qu'une comédie des plus grossières : comédie qu'on ne peut empêcher, car il y aura toujours quelqu'un qui parlera au nom des Romains et demandera justice pour cette population opprimée, sans que celle-ci s'en doute ou s'y intéresse le moins du monde. »

Dans une autre dépêche, il disait encore :

« 11 est impossible de parler sérieusement de la nécessité de soustraire ces populations au joug qui pèse si cruellement et si arbitrairement sur leurs destinées ! Ils nous riraient au nez, s'ils nous entendaient tenir ce langage, et je vous réponds que plus d'un Italien s'égaye avec son voisin de la bonne foi avec laquelle nous avons accepté pour véritable l'Italie qu'ils nous ont inventée ou plutôt la Rome qu'ils nous dépeignent ! »

Et à M. Drouyn de Lhuys :

« J'ai vu naître et se façonner sous mes yeux l'Italie factice, l'Italie d'opéra comique dont on s'est servi dans ces derniers temps. 11 y a même plusieurs de ses chefs, Ratazzi entre autres, qui avec moi peuvent difficilement se regarder sans rire, comme les augures d'autrefois... » (i .

§ 8. Nous croyons que le lecteur ne lira pas sans intérêt, sur ces questions, une conversation de l'empereur Napoléon III avec l'évêque de Poitiers; elle est tirée d'une lettre de ce dernier à l'un de ses amis, en date du 6 mai 1 856 :

« J'ai vu l'Empereur près d'une heure, écrit Mgr Pie à dom Guéranger. J'ignorais encore le protocole du 8 avril; j'ai été bien inspiré sur ce point. Il m'a demandé comment les choses allaient à Rome et

(i) V. Thouvenei., le Secret de l'Empereur, Paris, iSS,j.

en Italie. Je lui ai répondu que le peuple romain e'tait le plus heureux de toute l'Europe, qu'il mangeait du bon pain et de !a viande, ce qui n'arrivait ni en Belgique, ni en Angleterre, ni trop souvent en France; qu'il payait peu d'impôts ; qu'il avait d'autant plus de libertés pratiques, qu'elles n'étaient pas écrites dans les constitutions; enfin, que ce pays pourrait se passer, dès demain, d'occupation étrangère, si l'Europe voulait bien ne pas V occuper d'une autre façon par sa presse démagogique.

« Au tond, lui ai-je dit, les baïonnettes de l'étranger ne sont là nécessaires que par suite des provocations révolutionnaires qui parlent de l'étranger. Ne pesons sur Rome et sur l'Italie par aucune mauvaise doctrine, et nous n'aurons plus à intervenir par les armes. Jusque-là, notre concours par la voie de la force armée sera un acte de justice et d'expiation de nos propres méfaits.

« Il y a bien à dire sur tout cela, me répondit l'Empereur.

« C'est vrai, Sire; mais je puis vous assurer qu'il n'y aura de révolution en Italie que par suite de l'esprit révolutionnaire des grands Etats. Quant à la révolution indigène, elle y est très circonscrite dans ses moyens d'action. Vous ne trouveriez pas, dans toute l'étendue des Romagnes, les six mille hommes qui ont failli égorger et incendier toute la ville d'Angers, à vos portes, il y a six mois... »

Deux ans plus tard, après la publication de la fameuse brochure Napoléon III et VItalie, le même

personnage eut l'occasion, dans une audience, de revenir sur cette question. Napoléon parlait à l'éyêque des soi-disant abus du gouvernement Pontifical, qui n'acceptait pas les ide'es modernes... Le prélat, respectueux, mais indigné, avait peine à se contenir ; et comme l'Empereur lui avait dit : Parlez, Monseigneur, je désire avoir toute votre pensée, il répliqua :

« Puisque Votre Majesté daigne entendre ce que je pense, elle me permettra de m'étonner du scrupule qui lui fait craindre de passer pour avoir consacré des abus par la présence de notre armée d'occupation à Rome. Certes, je n'ignore pas, Sire, qu'il se glisse des abus partout, et-quel gouvernement peut se flatter d'y échapper? Mais j'ose affirmer qu'il n'en existe nulle part de moins nombreux que dans la ville et dans les Etats gouvernés par le Pape. Que Votre Majesté veuille bien se rappeler, par contre, Constantinople et la Turquie; qu'elle compare, et qu'elle me permette de lui demander ce qu'a fait là notre glorieuse expédition de Crimée. N'est-ce pas là, plutôt qu'à Rome, que la France serait allée pour maintenir des abus ? »

Lesyeux de l'Empereur, d'ordinaire à demi fermés, comme on sait, se levèrent un instant sur son audacieux interlocuteur. Celui-ci continua :

« Ah ! Sire, lorsqu'on se rappelle que, pendant onze siècles, la politique de l'Europe chrétienne fut de combattre le Turc, comment n'éprouverait-on pas quelque étonnement de voir le souverain d'un pays catholique se faire le soutien de la puissance otto-

<5ô LE POUVOIR TEMPOREL

mane, et aller, à grands frais, assurer son indépendance? Or, ne suis-je pas fondé à dire que c'est là, par là même, assurer des abus? Car, enfin, qui protégeons-nous ? Il y a à Constantinople un homme, ou plutôt un être, que je ne veux pas qualifier, qui mange dans une auge d'or deux cents millions prélevés sur les sueurs des chrétiens. Il les mange avec ses huit cents femmes légitimes, ses trente-six sultanes et sept cent cinquante femmes de harem, sans compter les favoris, les gendres et leurs femmes. Et c'est pour perpétuer et consolider un tel état de choses que nous sommes allés en Orient ! C'est pour en assurer l'intégrité que nous avons dépensé deux milliards, 68 officiers supérieurs, 35o jeunes gens, la fleur de nos grandes familles, et 200,000 Français. Après cela, sommes-nous bien venus à parler des abus de la Rome pontificale? Excusez-moi, Sire; mais à ce Turc, non seulement nous avons dit : Continue à te vautrer, comme par le passé, dans ta fange séculaire -r je te garantis tes jouissances, et je ne souffrirai pas qu'on touche à ton Empire. Mais nous avons ajouté : Grand Sultan, jusqu'à présent, le souverain de Rome, le Pape, avait présidé aux conseils de l'Europe. Eh bien, nous allons avoir un Conseil européen ; le" Pape n'y sera pas, mais tu y viendras, toi qui n'y étais pas venu. Non seulement tu y seras, mais nous ferons devant toi le cas de conscience de ce vieillard absent, et nous te donnerons le plaisir de voir étaler et soumettre à ton jugement les prétendus abus de son gouvernement !

« En vérité, Sire, n'est-ce pas là ce qui s'est fait ? Et après de telles tolérances, pour ne rien dire de plus, est-on bien en droit d'alléguer des scrupules qui nous seraient venus au sujet des abus d;un gouvernement qui est bien, à n'en pas douter, le plus doux, le plus paternel, le plus économique des gouvernements de l'Europe. »

L'Empereur, en voyant l'animation de l'Evêque, s'était rapproché de lui peu à peu. Il écoutait avidement, se passant la main sur le front. Puis, détournant le sujet de la conversation :

« Mais, enfin, Monseigneur, n'ai-je pas fait suffisamment mes preuves de bon vouloir en faveur de la Religion ? La Restauration elle-même a-t-elle fait plus que moi ?... »

Il nous faut interrompre la citation malgré son intérêt, parce qu'elle nous entraînerait trop loin de notre sujet. Le lecteur curieux de connaître en entier ces paroles courageuses, éloquentes et vibrantes d'émotion, les trouvera dans la Vie du cardinal PU(i).

En voici sans doute assez pour que la lumière soit faite sur le point particulier qui nous occupe. Faut-il encore entrer dans le détail des réformes demandées? faut-il nous livrer à un minutieux travail rétrospectif, réfuter un à un les griefs plus ou moins fondés, les objections plus ou moins spécieuses, sur l'occupation,

(1) Vie du cardinal Pie, par Mgr Baunahd, T. I, p. 5g2, 665 et s.

par exemple? comme s'il ne fallait pas protéger le faible et le juste contre les attaques du fort et du méchant...; sur la liberté ? comme si la liberté n'était pas chose relative, variable suivant les lieux, les temps, les mœurs...; sur l'inaptitude des prêtres à gouverner temporellement? comme si les Ximenès, les Suger, les Richelieu et tant d'autres dont l'histoire . garde les noms glorieux avaient été des hommes d'Etat incapables...; sur la sécularisation de l'Etat moderne ? comme si on ignorait que sous Pie IX les différentes branches de l'administration comptaient 6.834 laïques et seulement 3o3 ecclésiastiques, en y comprenant 179 chapelains ou aumôniers de prison, qui eux, apparemment, ainsi qu'on l'a spirituellement fait remarquer, ne pouvaient être laïques. A la vérité, dans cet Etat ecclésiastique, c'étaient les postes supérieurs qui étaient réservés aux prélats.

Mais à quoi bon insister ? Est-ce que tout cela n'est pas définitivement jugé? Est-ce que les calomnies ne sont pas tombées avec les gens qui les ont produites, avec les motifs qui les ont dictées ? Est-ce que tous les hommes vraiment sérieux ne savent pas à quoi s'en tenir? Est-ce qu'ils ne savent pas que s'il y avait à Rome comme partout des faits regrettables, ils ont été, nous l'avons déjà dit, démesurément grossis, multipliés pour le besoin de la cause qu'on voulait faire prévaloir, et qu'enfin les réformes nécessitées par les changements de temps, par les besoins nouveaux, auraient pu se produire sans bouleversement ? Est-ce qu'ils ne savent pas, en un mot, que si de par

le monde il y avait de pauvres misérables écrasés par un gouvernement sans entrailles, ce n'était certes pas les sujets du Pape?

Ils savent tout cela depuis longtemps, et nous croyons que beaucoup sont prêts à conclure comme nous que, si c'a été l'effet d'une rare perversité d'avoir voulu faire croire à l'univers que ces Pasteurs suprêmes des âmes étaient pour le petit Etat qu'ils gouvernaient temporellement d'odieux tyrans arriérés et féroces, c'est bien aussi le chef-d'œuvre de la bêtise humaine d'en être arrivé à le croire en masse, alors qu'il s'agissait d'un peuple qui vivait sous nos yeux, avec un régime tout paternel, trop paternel même, sans être soumis aux lourdes charges du militarisme, et des impôts excessifs, sans connaître la plaie du paupérisme et les autres misères qui rongent la plupart des nations contemporaines.

§ 9. Si l'on voulait maintenant comparer la situation actuelle des anciens sujets pontificaux avec ce qu'elle était sous Pie IX, il y aurait d'instructives et intéressantes comparaisons à faire. Il nous suffira de noter en passant deux ou trois points:

i° Le vandalisme ignare et brutal des démolitions, dans cette ville de Rome, ville sacro-sainte des grands souvenirs historiques et religieux, a été poussé à un tel degré qu'il a soulevé les protestations indignées des artistes et des savants de toutes les nations.

2° La seule ville de Rome, qui, en 1870, avant la

spoliation, n'avait pas un centime de dettes et possédait même une magnifique épargne, la ville de Rome a une dette qui l'accule à la faillite et qui tourne autour de ioo millions de lires.

3° Dans ce pays qui n'avait point de paupérisme, les choses ont changé de face. D'une étude fort bien faite sur les finances de Rome(i), il résulte que dans cette ville les 3/5 des ouvriers gagnent journellement de i fr. 75 à 2 fr. 75, que le pain y est plus cher qu'à Paris et les logements inférieurs.

Mais voici les déclarations d'un homme qui, certes, n'est point suspect d'exagération cléricale. M. de Laveley, économiste distingué, franc-maçon, partisan du nouveau régime, mais qui a la loyauté de dire ce qu'il a vu dans l'Italie nouvelle, M. de Laveley écrit ceci :

« Tout le monde me parle des énormes taxes qui pèsent sur la propriété privée. Elles montent à 3o, à 40, jusqu'à 5o pour cent du revenu. Le nombre des propriétés privées confisquées par l'Etat faute du paiement des impositions est vraiment effrayant. En 1876, le fisc a fait exproprier 6.614 propriétés, afin de récupérer 938.774 lires de droits ; en 1877, on en a exproprié 6.644, pour encaisser 662.722 lires. Le fisc dévore la petite propriété. De 1873 à 1879, 35.074 petits propriétaires ont perdu tout leur bien par cette manière de procéder. Le fait est grave et manifeste un vrai danger. Que de misères, que de

(1) V. Ugo Boncompagnt. Finances communales de Rome et leurs effets sociaux.

colères contre l'ordre social doivent produire des taxes pareilles! » (i).

Il faut noter que depuis 1 8y5 le mal n'a fait qu'aller en augmentant. Nous ne parlerons que pour mémoire des exécutions mobilières pour défaut de paiement d'impôts. Dans une ville de 100.000 âmes, 70. 414 exécutions ont été commencées et 44.860 ont été accomplies en 5 ans. (Actes officiels de la Chambre des députés, 1878, p. 2.469.)

On comprend qu'en Italie, même chez les paysans, l'émigration ait pris de vastes proportions. Environ 200.000 hommes s'expatrient chaque année, pour échapper non pas seulement à la souffrance et à la misère, mais au mal de la faim, à la mort.

Le même économiste, M. de Lavele}', atteste que la misère qu'il a rencontrée chez les paysans et chez les travailleurs italiens est si horrible, qu'on la peut comparer à celle des fellahs de l'Egypte, plus misérables, dit-il, que les esclaves nègres (2).

Et maintenant nous ne voyons pas que tous ces grands seigneurs millionnaires anglais soient émus d'une bien profonde pitié, en face d'un tel spectacle ; que tous ces hommes d'Etat d'Italie, de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche, qui déploraient, faut-il dire si hypocritement ou si diploma-

(1) V. Laveley, Lettres d'Italie,?. 162. 1879. Nous ne donnons pas le texte original, que nous n'avons pas sous les yeux, mais le texte traduit de l'italien.

(2) V. Civiltà cattolica.

tiquement ? les abus intolérables du gouvernement papal, nous ne voyons pas que tous ces hommes d'Etat ou leurs successeurs soient révoltés le moins du monde. Pourquoi cela ? c'est chose triste à dire. C'est parce que Rome n'appartient plus au paternel et bienfaisant Pontife ; c'est parce que l'Italie est tombée entre les mains des juifs et des francs-maçons, qui la dépouillent et la sucent jusqu'au sang ; c'est parce que cette secte judéo-maçonnique, qui dicte presque les lois en Europe, veut qu'on fasse le silence sur ces choses, et qu'on la laisse tranquillement se servir de l'Italie pour s'enrichir, et surtout pour atteindre son but qui est d'abattre l'Eglise et la Papauté dans la mesure du possible (i).

Qu'ajouter encore ? Si les lourds impôts dont on charge ce peuple épuisé, et qui n'enrichissent pas suffisamment le gouvernement, puisqu'il s'achemine vers la confiscation plus ou moins déguisée des biens des hôpitaux, des fondations faites en faveur des pauvres et qui constituaient leur patrimoine ; si le militarisme écrasant des nations modernes, jusque-là inconnu aux Romains, qui en fait jouissaient d'une neutralité séculaire ; si l'immoralité et l'impiété dont on voudrait saturer les Etats du Saint-Siège, et qui ont amené ce résultat que les prisons sont devenues insuffisantes ; si toutes ces choses qui constituent la situation actuelle paraissent préférables au régime doux, paternel et saint des pontifes siégeant à Rome

(i) V. Civil ta cattolica.

comme souverains temporels, nous n'avons rien à dire, mais nous devrons constater une fois de plus à quel point les pre'juge's et les passions peuvent fausser le jugement des hommes.

Pouvons-nous penser qu'il y ait dans les explications qui précèdent de quoi e'clairer les foules et les amener à des ide'es plus saines ? Hélas ! La mauvaise foi, la haine du bien, les passions perfides et cruelles ont tellement et si longuement travaillé ; elles ont semé tant de calomnies et de faux principes ; elles ont trouvé presque partout pour complices tant de légèreté et tant d'ignorance, même chez des gens instruits d'autre part, qu'il n'y a guère d'illusion à se faire. Il faudra sans doute que quelques générations passent encore ; pendant 5o ans peut-être on trouvera des troupeaux d'individus qui s'en iront répétant que le Piémont a pris les Etats du Pape, parce que le Pape évidemment ne savait pas gouverner ses sujets, parce qu'il ne voulait pas se réconcilier avec les idées modernes, etc.. Mais il demeurera certain pour les hommes éclairés, il demeurera absolument acquis à l'histoire que c'est bien la haine antireligieuse qui a été le motif principal de la spoliation du Pape et de la destruction de son pouvoir temporel.

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