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rieuc£ d'un sujet considéré, il ne saurait exister pour ce sujet de vérification actuelle ni même, à strictement parler, de vérification possible. Mais il peut concevoir une vérification qui aurait lieu si certaines conditions étaient changées, si sa vie était prolongée, par exemple, ou encore s'il lui était donné de pénétrer par une intuition directe dans une conscience étrangère. Vérification simplement imaginée sans doute, suffisante cependant pour caractériser la vérité d'une affirmation : car, ainsi que James lui-même l'a déclaré dans un passage curieux et communément négligé, c'est la signification idéale de la vérité qu'il s'agit de définir (i). Autrement dit, il suffit d'indiquer le genre de vérification qui constituerait à nos 3-eux la vérité de l'idée, que cette vérification, d'ailleurs, puisse ou non se réaliser.
Ainsi, la véritable solution du problème pourrait bien être de définir la vérité en termes de vérification éventuelle, à condition d'entendre par ce dernier mot l'imaginable autant que le réalisable : qui nous empêche dès lors, en effet, de faire entrer en ligne de compte les vérifications accessibles à d'autres consciences, et même celles qui auraient pu avoir lieu dans le passé ? (2). Reste à savoir si une pareille définition de la vérité demeure encore pragmatique. Je veux dire : peuton maintenir qu'elle ramène la vérité à une simple relation empirique ? James l'a pensé, sans aucun doute, et il a appuyé son opinion sur ce simple argument : la vérifiabilité tient toute sa réalité de la vérification, la première est à la seconde dans le rapport du possible â l'actuel, de l'abstrait au concret, par conséquent du pauvre au riche, du vide au plein. Par quelle perversité éléverions-nous le dessin au-dessus de la peinture, pré-
(i) Mcanins of Trttth, p. 183. Cf. aussi p. 264.
(2) Cf. les déclarations de James même : ib., p. 293-4.
féreriocs-nous le squelette à l'organisme vivant ? (i) Etrange simplification du problème ! Le monde extérieur ne m'est directement connu que par mes sensations actuelles. Dirai-je pourtant qu'il s'y ramène ? ou n'accorderai-je pas plutôt à cette « possibilité permanente » autant et plus de réalité qu'à cette présence fugitive ? De même, il est clair que d'une vérité quelconque nous ne saisissons rien de positif que nos vérifications actuelles. Cependant, dans l'immense majorité des cas, cette vérité, telle que nous la concevons, déborde ces vérifications. Ces deux notions ne coïncideraient strictement que pour un jugement portant sur un détail particulier de mon expérience future : si je prédis que demain je serai malade, le fait qui confirmera ma prévision en constituera la vérité même. Mais quelle intelligence humaine voudrait restreindre son activité à cette misérable catégorie de jugements ? Je' m'évade déjà hors d'une pareille sphère si je prononce, par exemple, qu'il pleuvra ce soir. Sans doute ma propre perception de l'eau qui tombe établira pour moi sans conteste la vérité de ma prédiction. Cependant cette humble vérité dépasse déjà dans mon esprit mon expérience individuelle : car j'ai prétendu annoncer un fait observable par d'autres hommes, et moi-même je ne saisirai jamais directement ces observations contempora^'nes de la mienne. Ainsi, même la vérité d'un jugement qui porte sur un fait « particulier » implique un élément de généralité qui manque à la simple vérification qu'un individu en peut faire. Mais, en outre, des affirmations de ce genre se rattachent toujours à la conception da certaines lois : si j'ai déclaré qu'il pleuvrait ce soir, c'est que je crois connaître les signes d'une
(i) 7b., p. 202-206; cf. p. 142-155.
pluie prochaine. Autrement dit, nous n'atteignons l'avenir que par le moyen de l'universel : « Le vent d'ouest amène la pluie », ou encore : « l'eau bout à loo degrés » , « la tuberculose est due aux bacilles de Koch » , voilà des exemples du type normal des affirmations humaines. Manifestement, de pareils jugements portent sur certains détails de notre expérience. Mais comment soutenir que la vérité de ces jugements se ramène à leur vérification empirique ? Admettons même que l'on puisse négliger le caractère individuel de toute expérience, et joindre en un même groupe les vérifications effectuées par les divers savants. Ces vérifications ne sont jamais autre chose que des faits passés, en nombre restreint. Or, quand j'affirme la vérité d'un jugement de ce genre, j'entends qu'il pourrait être vérifié dans tous les temps par un nombre illimité d'observateurs. Mon esprit bondit donc ici bien au-delà de mon expérience. Peu importe qu'il conçoive la vérifiabilité sur le type de la vérification actuelle : celle-là n'en a pas moins sur celle-ci la supériorité d'être indéfinie, le privilège d'impliquer l'universel.
Comment les pragmatistes ont-ils pu négliger un caractère d'une pareille importance ? D'abord, par suite de leur méfiance excessive à l'égard des abstractions. Il est certain que l'abstrait est inférieur au concret en richesse ; il ne l'emporte pas moins sur lui par l'étendue. Nul de ces deux caractères ne doit être méconnu au profit de l'autre. Sans doute, l'abstrait est toujours conçu par nous à la suite du concret, imaginé plus ou moins vaguement sur son modèle. S'ensuit-il que l'objet d'une abstraction possède une réalité subordonnée à ceux des objets particuliers que nous connais-
sons d'expérience directe ? On ne pourrait tirer cette conclusion qu'à condition de confondre Vordo cognoscendi et Vordo essendi. Pareille confusion se découvre, en effet, dans bon nombre des arguments qu'ont employés les pragmatistes. M. Schiller dira, par exemple : « la vérifiabilité n'existe pas à part de la vérification actuelle dont elle est une inférence après coup » (i). Or, tout ce que l'on peut affirmer en réalité, c'est que la vérifiabilité ne nous est connue que par l'intermédiaire de la vérification. Conclure que celle-là n'existe que par celle-ci, c'est introduire un postulat qui conduirait logiquement à faire dépendre l'existence du monde extérieur de nos sensations éphémères. Nous croyons invinciblement que cette existence précède ces sensations, et nulle croyance n'est mieux justifiée. Pourquoi la vérité ne serait-elle pas, de même, antérieure à la connaissance que nous en prenons ?
Mais, pourrait répliquer le pragmatiste, la vérité n'est-elle pas précisément relative à l'ordre de la connaissance ? Une équivoque risque encore ici de se glisser. Que la vérité se définisse en termes de connaissance éventuelle, nous l'avons nous-même accordé. Est-ce à dire qu'elle s'épuise en une relation donnée tout entière à l'intérieur de ma propre expérience cognitive ? La question reste ouverte. Si le pragmatisme la clôt par une réponse assez brutalement affirmative, c'est peutêtre qu'il se laisse conduire ici par une tendance héritée du vieil empirisme, et, au fond, très peu conforme au plus pur de sa propre inspiration. A Dieu ne plaise, que nous lui reprochions son respect de l'expérience ! Qu'il nous renvoie à cette école lorsqu'il s'agit de caractériser une notion philosophique quelle qu'elle soit,
(i) Journal of Ph., t. IV, p. 403 n.
y compris celles de vérité et de réalité, nous avons déjà applaudi à pareille méthode. Mais l'on se rappelle en quel large sens il convient de l'interpréter : l'expérience pour un pragmatiste, c'est tout ce que nous pouvons saisir directement. Dès lors, qui nous oblige à concevoir la vérité comme une relation donnée tout entière dans notre expérience actuelle ? La méthode ne nous y contraindrait que si l'expérience contenait seulement du donné au sens étroit de ce mot, autrement dit, du réalisé, des sensations et des souvenirs, de simples dépôts du passé ou de l'extérieur. Est-ce donc aux pragmatistes qu'il faudra rappeler tout ce qu'elle enferme d'actif, et, par conséquent, de hardi, d'anticipé, de conquérant ? Ce caractère qu'eux-mêmes ont mis en un si fort relief, l'on dirait vraiment qu'ils l'oublient, au terme de leurs analyses. Ils ont très bien montré, à l'origine de toutes nos connaissances, l'activité inventive d'un esprit individuel. Mais le résultat auquel cette activité aboutit, ne le conçoivent-ils pas encore trop comme immobile ? Ramener la vérité à une relation donnée, n'est-ce pas postuler qu'elle a le regard tourné vers le passé seulement ? Or, en est-il bien ainsi ? Ou la vérité n'aurait-elle pas toujours un sens en partie prospectif ? En d'autres termes, les pragmatistes semblent avoir accentué d'une manière un peu factice la différence qui existe entre l'état initial de la connaissance et son état final, entre la vérité claim et la vérité validity. En fait, la vérité ne dcmeure-t-elle pas toujours en quelque mesure, un clavii ? ou, pour parler avec plus de précision, la validité qui vient à une affirmation de ses conséquences effectives dans notre passé ne demeure-t-elle pas toujours fort au-dessous de la valeur idéale que nous lui attribuons ? Contre la prétention de réduire la vérité à une relation empirique, c'est l'expérience même que nous invoquons ici ; et dans cette ex-
périence nous nous contentons de souligner une fois de plus un aspect signalé par les pragmatistes euxmêmes, cette faculté de foi grâce à laquelle l'esprit s'élance bien au-delà de son expérience passée. Ce précieux don d'initiative que l'empirisme avait si lourdement méconnu, les pragmatistes, par moments, en amoindrissent eux-mêmes l'étendue. Poser la vérité d'une idée, même vérifiée, c'est toujours dépasser cette vérification : car c'est, par une hypothèse toujours hardie, attribuer à une expérience limitée une valeur universelle.
Délivrons donc le pragmatisme des préjugés que nous venons de signaler, coupons les liens qui le rattachent encore, à son insu, au vieil empirisme nominaliste, idéaliste et statique, et nous obtiendrons une notion de la vérité qui n'impliquera pas plus le paradoxe solipsiste que le mystère d'un certain réalisme. Nous le définirons comme une possibilité et d'ordinaire comme une possibilité indéfinie de vérification. Par là, nous reconnaîtrons franchement que la vérité se distingue de la vérification actuelle et qii'elle ne s'en distingue pas simplement par des caractères négatifs ou vagues ; nous accepterons, avec le sens commun, d'établir une différence entre ce qui établit une vérité et ce qui la constitue. Nous pourrons maintenir la vieille définition de la vérité, « accord avec la réalité ». Mais l'accord en question ne désigne pour nous rien de mystérieux ni d'indéfinissable, il s'analyse intégralement en termes de vérification év^entuelle.
Quelles seront les conséquences métaphysiques d'un pragmatisme ainsi modifié ? Il nous apporte, en somme, une définition de la vérité qui permet de conce-
voir toute chose en termes d'expérience soit actuelle soit possible. Or, ce qui paraît le plus directement éliminé par là, c'est la thèse suivant laquelh l'analyse de la connaissance nous autoriserait à poser l'existence d'une réalité tout à fait différente de celle que nous livre l'expérience. Le pragmatisme nous fournit le plus sûr moyen d'écarter la conception d'un Inconnaissable ainsi que celle d'un Aosolu qu'. engloberait mystérieusement tous les objets dans son existence intemporelle. Sans doute dans notre idée même de la vérité se trouve impliquée la croyance à certains caractères universels et permanents de l'expérience humaine. Mais la sorte d'unité que nous postulons ainsi est une unité partielle et relative, dont l'affirmation ne nous oblige nullement à fermer les yeux sur ce que l'expérience offre aussi d'irréductible diversité. La nature de la connaissance humaine ne présuppose point l'existence d'une sorte d'Unité transcendante. Le Monisme et spécialement le Monisme idéaliste ne peut plus appeler à son aide d'argument épistémologique. Voilà ce que l'analyse pragmatiste paraît avoir démontré ; et par là on peut dire qu'elle a effectivement justifié l'empirisme radical.
Mais ce résultat n'est atteint qu'à la condition d'interpréter cette dernière doctrine dans le sens a'un certain réalisrr ' Nous ne croyons pas, en effet, en dépit de M. Schiller, et peut-être de M. Dewey, que le pragmatisme nous fournisse un moyen d'échapper à l'alternative traditionnelle de l'idéalisme et du réalisme. Car, tôt ou tard, l'on est amené à poser la question de savoir si l'objet connu existe en dehors de la connaissance, et le pragmatisme ne peut développer ses conséquences métaphysiques sans opter pour l'une ou pour l'autre ides deux solutions opposées. En fait, nous avons vu M. Schiller incliner manifestement vers l'interprétation idéaliste : jamais il n'accorde franchement place à une
réalité indépendante de la connaissance humaine (i). M. Dewey, par contre, malgré sa définition empirique de la vérité, admet l'existence d'objets antérieurs à notre connaissance et s'est proclamé lui-même plus d'une fois réaliste (2). Mais le « réalisme naïf » qu'il adopte est fort singulier : s'il distingue les choses de nos pensées, c'est pour les identifier avec nos expériences, et il semble raisonner très souvent comme si les caractères saisis dans celles-ci n'existaient pas antérieurement à notre perception ; de sorte que son réalisme n'est peut-être, comme on l'a soutenu, qu'un idéalisme déguisé (3).
Quoi qu'il en soit, rien ne légitime l'interprétation idéaliste dans l'analyse pragmatiste de la connaissance. Si cette analyse nous permet de définir toute réalité en termes d'expérience possible, elle ne nous autorise nullement à faire dépendre l'existence même de l'univers de quelque expérience actuelle. La confusion commise entre ces deux thèses par un Berkeley reparaît trop souvent chez nos auteurs. Cependant, de toutes les formes de l'idéalisme, la forme pragmatiste nous semblerait la plus insoutenable. Plus on insiste sur le caractère individuel, actif et passionné du sujet connaissant — sans parler même de sa nature biologique — moins on rend défendable l'idée que l'existence ou la nature des objets dépende de la connaissance. L'on pourrait même soutenir que le principal service rendu par le pragmatisme à la métaphysique consiste à avoir involontairement réfuté l'idéalisme en le combinant avec une psychologie exacte
(i) Cf. supra, p. 200.
(2) V., p. ex., The realism of pragtnatîsm, ap. /. of Ph., t. II, P- 324-7-
(3) Cf. Macintosh. The problem of Knowledge, p. 117-118, 224-
de l'intelligence qui en fait ressortir l'absurdité (i). C'est du moins la leçon qui nous paraît se dégager de certains paradoxes défendus par M. Schiller et même par l'école instrumentaliste. Mais rien n'obligeait le pragmatisme à s'engager dans cette direction-là. Peirce n'était point inconséquent en conservant dans sa doctrine la notion de réalité indépendante, ni James mal inspiré en accentuant le caractère réaliste de la sienne. Kn fait, le pragmatisme a certainement contribué au renouveau récent du réalisme. Sans entrer dans le détail des controverses soulevées de nos jours à ce sujet, <lisons que ce qui coimpléterait le mieux l'épistémologie pragmatiste d'après nous, ce serait une coTiception voisine de ce néo-réalisme auquel un disciple indépendant de James a été très naturellement conduit : tout en maintenant que l'expérience nous fait toucher la réalité, l'on peut admettre que la réalité est susceptible d'exister en dehors de notre expérience et reconnaître ainsi <i l'indépendance de l'immanent » (2).
Que restera-t-il, maintenant, de la thèse pragmatiste sur la connaissance-transformation et sur le caractère plastique de la réalité ? Elle ne perd pas toute valeur. En effet, l'analyse pragmatiste a solidement établi le caractère actif de la connaissance, en ce double sens que son progrès dépend de la direction et de l'énergie de nos efforts et qu'elle implique, sous ses formes les plus complètes, une expérimentation, donc uine modification obtenue des choses par notre vouloir. Or, puisque l'expérience cognitive est une partie de la réalité, cette effi-
(i) Cf. dans un sens analogue, les intéressants artieles de W. P. Montague : May a Realist be a Pragmatist? (/. of Ph., 1909) .
(3) R. B. Perry, Présent Philosopliical Tendencics, p. 308-313.
cacité de notre action qu'elle implique doit être une efficacité réelle, et toute métaphysique de l'immuable est par là condamnée. Seulement l'erreur se glisse soit quand on identifie les deux sortes de transformations signalées, quand on se refuse à distinguer les modifications de notre pensée et celles que nous faisons subir aux objets, — on retombe alors dans la confusion idéaliste, — soit quand on prétend éliminer radicalement la notion de réalité indépendante. Sans doute la réalité n'est pas absolument indépendante de nous, puisque nous pouvons agir sur elle. Mais elle est relativement indépendante de nous, puisque nous ne pouvons pas la métamorphoser à notre gré. Et l'on peut dire que notre connaissance vise précisément à profiter de cette dépendance partielle pour caractériser cette partielle indépendance.
Ici encore, dépouillée de ses paradoxes éclatants, la thèse pragmatiste offre une apparence modeste. Ici encore nous croyons qu'elle garde néanmoins un réel intérêt. L'idée que la connaissance nous ouvre un monde transcendant à notre expérience immédiate et inaccessible à notre action n'est pas exclusivement propre aux Anglo-Hégéliens. L'on en trouverait des traces jusque chez certains défenseurs de l'esprit positif (i). L'idée que la science établit ou exige l'existence d'un déterminisme absolu reste même assez répandue. C'est ce préjugé que MM. Le Roy et Wilbois ont combattu chez nous quand ils ont essayé d^établir que la science implique au contraire l'existence de la liberté. Les conclusions du pragmatisme anglo-saxon sont proches des leurs sur ce point, à cela près qu'elles mettent l'ac-
(i) Ainsi Durkheim semble croire que la science nous révèle des € objets » tout différents des apparences sensibles {Les fortms élémentaires de la vie religieuse, p. 597).
cent davantage sur l'aspect extérieur de notre pouvoir. De toute façon, la thèse ainsi défendue est encore assez contestée pour ne point manquer d'intérêt. Il n'était pas inutile qu'une théorie de la connaissance, élaborée par des penseurs de tendances variées, vînt établir la légitimité d'un réalisme empirique laissant place à l'efficacité de l'action humaine.
F»OST-SCRIF>TUM
Le travail précédent, que nous avions présenté comme thèse à la Sorbonne en juin 1922, se trouve publié avec un retard que nous sommes les premiers à regretter et à propos duquel nous devons quelques explications au lecteurs. En réfléchissant à nouveau, sur les théories pragmatistes, en lisant les publications les plus récentes de leurs défenseurs, nous avions formé le projet de compléter notre travail, peut-être même de le modifier sur certains points. Diverses circonstances nous ont empêché de réaliser ce projet en temps voulu. Nous estimons donc préférable de livrer au public notre volume tel que nous l'avions présenté tout d'abord (i), en ajoutant seulement ici quelques remarques très brèves destinées à prévenir certaines objections.
1° L'on pourrait s'étonner que nous ayons pu tout à la fois rejeter l'idée de la vérité conçue comme relation empirique (p. 310) et donner raison à l'empirisme radical (p. 319). S'il y a là quelque incohérence, elle ne réside, croyons-nous, que dans la forme de notre
(i) Nous avons seulement rectifié l'erreur que nous avions commise page 3S en présentant le père de James comme un pasteur swedenborgien.
expose : le lecteur attentif apercevra facilement que nous avons en vue dans le premier cas notre expérience actuelle, dans h second ensemble des expérien^s réelles et possibles. Nous reconnaîtrons seulement qu'il y aurait lieu de déterminer d'une façon encore plus précise la portée et la valeur de l'empirisme radical, ainsi que de ses frères : l'empinsme immédiat et l'humanisme
2° Ce que nous avons écrit page 319 ne nous empêche pas d admettre que le pragmatisme apporte une solution nouvelle au problème débattu entre idéalistes et réanstes. Nous insisterions peut-être aujourd'hui davantage ^encore sur l'originalité de cette thèse, qui consiste a présenter la connaissance comme une œuvre proprement humaine, impliquant transformation d'une réalité préexistante. Nous nous plairions surtout à montrer comment cette conception découle très directement de la ^ psychologie des fonctions intellectuelles interprétée à la lumière de l'empirisme radical. Montrez que la pensée a pour office propre non de reproduire ni de créer, mais ae transformer les données d. notre expérience. Il suffira d Identifier expérience et réalité pour tirer de là une tlieorie de la connaissance qui pose ou résout en termes nouveaux le probIèn.e des rapports entre le sujet et 1 oojet. •'
En se plaçant à ce point de vue central et simplificateur, 1 on pourrait soutenir que M. Schiller et Devvev on moins profondément modifié la pensée de James que notre expose ne Le laisserait croire parfois. La vérité semble être qu'ils ont surtout affirmé plus catégoriquement que leur maître l'opposition de la thèse précédente aux théories traditionnelles.
Nous ne croyons pas d'ailleurs que cette façon plus avantageuse de présenter la thèse pragmetist; enlève toute valeur a notre discussion. Car il reste toujours à se demanoer s: la transformation d'ordre cognitif n'a
pas pour objet propre de nous mettre eu rapport avec ure réalité oui ne nous est pas immédiatement unie, et de contraindre^ainsi cette réalité à nous révéler sa structure cachée De même, l'on peut maintenir que la vérification actuelle n'est pas, d'ordinaire, le tout de la vente telle que nous la concevons : elle peut en être, suivant 1-s cas, une partie ou simplement même un indice, puisque notre pensée ne se prive pas de viser les objets qui échappent à notre expérience directe. Au fond, la difficulté principale réside sans doute dans l'obligation de concil-er ces deux vérités : a) la connaissance est une œuvre humaine, comportant une réelle nouveauté; b) la connaissance a pour objet de nous faire .atteindre une réalité à certains égards indépendante. Le pragmatisme a manifestement mis en relief la première de ces thèses. Contient-il, plus que nous ne l'avons montré, le moyen de l'accorder avec la seconde ? Nous inclinons à croire qu- le problème mériterait un examen plus approfondi, et c'est à grand regret que nous renonçons momentanément à nous expliquer sur ce point. Il se peut que quelques-unes de nos critiques portent sur certaines expressions ou sur certaines tendances de la pensée pragmatiste plutôt que sur le fond même de cette pensée. S il en était ainsi, nous n'éprouverions aucune peine a reconnaître que notre . pragmatisme purifié » n'est pas loin de coïncider avec le pragmatisme- le plus pur.
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