‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 11 sur 70 · ONE · texte numérisé non relu

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[1 nous reste à signaler l’aspect nouveau que le néokantisme a pris chez un penseur dont l’influence semble avoir été considérable en Angleterre : nous voulons parler de Bradley. Une vue relativement originale paraît avoir présidé au travail de son esprit : c’est l’idée que la réalité véritable doit déborder à la fois l’expérience sensible et la pensée conceptuelle. Les fondements de cette assertion sont déjà posés par la curieuse théorie du jugement que nous trouvons dans les Principes de Logique (1). Le jugement, pour Bradley, n’unit point-deux idées, comme on le croit d'ordinaire ; ce n’est ni une inclusion, ni une égalité. Le jugement a ‘pour sujet’ véritable la réalité même, et son rôle est d’attribuer à cette réalité un certain contenu idéal. Par suite, la vérité du jugemeñt dépend de la: justesse de cette attribution. Dans quelle espèce de jugement pourrons-nous donc trouver la vérité ainsi définie ? Ce n’est pas dans les jugements d’ordre sensible : car ils sont contingents, et ne retiennent de la réalité qu’un aspect. Mais ce n’est pas non plus dans les jugements universels : car tous ces jugmeents sont hypothétiques, ils affirment une connexion entre les éléments d’un contenu dont l’existence demeure incertaine. Une vétité absolue, catégorique, ne saurait appartenir qu’à des jugements singuliers portant $ur une réalité suprasensible, sur un individu qui envelopperait en lui toute existence, Cette réalité existe-t-elle ? C’est le problème traité tout au long dans le livre de métaphysique qui a rendu Bradley justement célèbre, Apparence et Réalité (2), et dont nous devons donner ici quelque idée.

la Revue de Synthèse Historique (1919, p. 140) ainsi que d’une notice nécrologique (anonyme) que nous avons consacrée À Royce dans la Revue de Métaphysique, 1917, p. 240. Qi) The Principles of Logic, 1883; cf le compte rendu de Forsegrive dar: Revue Philusophique, 1885, vol, 2, p. 540=s5r. (2) Appearance and Reality, a metaphysical essay, Londres,

Bradley présente lui-même ce travail comme un effort pour connaître l'univers en tant que tel, la réalité en tant qu’elle s'oppose à la simple apparence. Il commence par analyser les principales notions que nous appliquons au monde quand nous nous efforçons de le comprendre : qualités primaires et secondaires, substantif et adjectif, relation et qualité, espace ou temps, mouvement et changement, cause, activité, choses, moi, phénomènes, choses en soi (1). Cette série d’analyses subtiles tend à déceler dans chacune de ces catégories des contradictions fondamentales. Par conséquent, ces façons de penser ne nous font connaître que des apparences, non la réalité elle-même. Par quelle voie atteindre cette réalité. ? Si nous avons pu critiquer ainsi les apparences, remarque Bradley, c’est que nous possédions déjà par devers nous un critérium absolu de la réalité : ce critérium impliqué dans l’exercice de toute pensée, c’est la non-contradiction. [a réalité doit être cohérente. En outre, elle doit contenir en elle tout ce qu’il y a de positif dans les apparences. Son caractère essentiel est de posséder sous une forme harmonieuse tout ce qui se manifeste dans les phénomènes ; c’est une unité embrassant toutes les différences. Voilà comment la pensée pose nécessairement l’existence d’un Absolu (2).

Il nous faut voir d’un peu près quel contenu Bradley assigne à la réalité ainsi définie (3). Ce contenu n’est autre, dit-1l, que |” « expérience sentie » (sentient experience) : il entend par là que l’étoffe du réel est de na-

893: 2° édit. avec Appendix, 1897, réimprimé en 1809 et en O2.

(1) Livre I, « Appearance ».

(2) Livre II, « Reality »; cf. 13.

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