‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 15 sur 70 · A ET · texte numérisé non relu

A ET

propriêté même peut-elle exister ? Elle ne saurait trouver place dans l'expérience si notre vie mentale était une succession discontinue d’images distinctes. Mais rien de plus faux que cette conception-là. Dès 1884, James l’a repoussée avec une belle vigueur (1). Nos états de conscience ne sont ni tous lumineux, ni tous stables. On mutile étrangement notre vie quand on fait abstraction de tout ce qui existe en elle de vague et de mouvant. Certaines portions de cette vie sont moins des états que des passages (transitive parts). Parmi ceuxci 1l faut noter, en particulier, ce que l’on peut appeler les sentiments de direction. AÀ chaque instant nous avons conscience, non seulement de notre pensée présente, mais des pensées prochaines auxquelles celle-ci est en voie de nous conduire. Le noyau de notre conscience, seul aperçu par la plupart des psychologues, est enveloppé presque toujours d’un halo ou d’une frange qui relie cet état aux états suivants. Or, la signification du concept est précisément une frange de ce genre, James le déclare expressément (2). Dans un concept le contenu imaginatif se réduit à bien peu de = chose : l'élément essentiel est ailleurs. Il se trouve dans ce sentiment plus ou moins obscur d’une relation de notre pensée présente avec une certaine masse d'images à venir (3). Ainsi la réalité d’une connaissance conceptuelle, méconnue par la psychologie incomplète des nominalistes, présentée par les idéalistes comme la manifestation d’une pensée transcendante, se rattache dans

.. (x) On some omissions of introspective psychology, Mind, jan-

vier 1884, vol.:19, n° 33.

(2) Mêmétarticle, et Prof Ps., t. I, p. 472, 478, 250.

(3) Pour rendre complètement l'analyse de James, il faudrait mentionner un autre caractère important qu’elle met en lumière, caractère également méconnu par les nominalistes : la conception, d’après James, est un acte par lequel notre esprit saisit le semblable au milieu du différent (v. Pr. of Ps., t. I., p. 459-467).

2, se

l'esprit de W. James aux caractères les plus fondamentaux que l’on peut observer dans la vie mentale.

C’est néanmoins par uue autre espèce d’état, par la sensation, que l’objet nous est connu d’une façon directe (1). L'intellectualisme d’un Green. mutile aussi la réalité à sa façon. Tout ce que l’on peut reprocher à la sensation, c’est de ne pas nous donner le genre de connaissance que le concept nous fournit : elle est « muette », elle ne nous livre pas la matière d’un discours. Mais elle nous donne un autre genre de savoir, non moins incontestable : elle nous révèle les qualités simples des choses (2). A la vérité, il est probable qu’une conscience adulte ne possède jamais une sensation simple, pure de tout concept. Mais peu importe. Pour expliquer la connaissance même des relations, 1l est nécessaire de supposer cette connaissance immédiate des qualités. Car enfin, les relations doivent unir des termes qui nous soient eux-mêmes connus : autrement, elles flotteraient dans le vide(3). Par elle seule . la connaissance conceptuelle est donc incomplète, Elle tend vers un objet ; mais il faut bien, en fin de compte, que cet objet soit saisi par nous de quelque autre façon. Un aveugle pourra sans doute raisonner sur l’optique ; mais il ne saura jamais ce qu'est le bleu, et la science des couleurs n'aurait pu s’édifier sans l'expérience des clairvoyants. Différent en nature de la sensation, le concept repose donc pourtant, d’une certaine manière, sur la sensation elle-même.

Ainsi, James a montré que le psychologue pouvait

définir de façon positive la nature de la connaissance,

(D) Pr OfAPS EE A DA at UT pra.

(2) Et même les rapports fondamentaux : cf. Pr, of Ps., t. I, 22. À

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