‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 38 sur 70 · HOME · texte numérisé non relu

HOME

puisse unir cette théorie comme l’a fait M. Santayana, avec une métaphysique réaliste, voire matérialiste (x).

Lui-même cependant, l’on s’y attend, ne s’en tient pas là et cherche à établir que notre action mord plus avant sur la réalité. Mais, ce faisant, il dépasse le pragmatisme pur. La simple analyse du « making of truth » ne nous permet pas d'affirmer un « making of reality » intégral; car, à l’origine de tout progrès de nos connaissances cette analyse suppose, on l’a vu, l’acceptation de certaines données (2). Seulement, cette réalité imtiale, combien le processus de vérification ne la transfigure-t-1l pas ! Prise dans son état originel, elle demeure une pure potentialité, trop indéterminée pour avoir quelque valeur aux yeux d’une théorie de la connaissance. En outre, le seul principe méthodologique favorable au progrès de notre savoir consiste à tenir toute réalité pour indéfiniment plastique. Par conséquent, du point de vue proprement pragmatiste, si l’on ne peut éliminer complètement la notion d’une réalité non faite, du moins cette notion demeure-t-elle sans intérêt. Si nous aspirons à une réalité suprême, la nature même de notre connaissance nous invite à la chercher non en arrière, mais en avant, au terme de nos efforts (3).

Le problème de savoir si notre connaissance opère une transformation réelle de la réalité n’en reste pas moins selon M. Schiller, tout entier à résoudre (4). Pour y parvenir, il introduit des éléments qui ne dérivent pas proprement du pragmatisme : d’abord, l’idée que la réalité laisse place au changement (5), à l’indétermination, à la

(nb: Jp 420 outre (2) Ib., p. 200. }

(3) Ib., ess. XIX, $ 7.

(4) Ib., 88.

(5) Essay IK.

liberté (1) ; ensuite, une hypothèse panpsychiste justifiée rapidement par des arguments assez singuliers (2). C’est grâce à cette hypothèse que l’humanisme pourra d’une côté conférer à notre connaissance une pleine efficacité (cette plénitude n’existant selon M. Schiller qu’au

cas où l’objet connu a lui-même quelque conscience (3), * d'autre part attribuer à quelque activité analogue à la nôtre la portion du réel qui ne paraît point due à notre connaissance propre (4). Ainsi seulement sera établie une continuité parfaite entre le processus cosmique et

celui par lequel l’homme fait la vérité.

Nul pragmatiste ne s’est sans doute complu autant que M. Schiller à faire ressortir les principaux tenants et aboutissants de la théorie nouvelle. Mais son travail, souvent hâtif et fragmentaire, réservant toutes ses minuties pour la critique des doctrines adverses, semble avoir laissé dans un certain état d’ambiguité les portions: mêmes les plus essentielles de cette théorie.

Examinons d’abord les déclarations relatives au making of reality. C’est peut-être sur ce point que M. Schiller a fait le plus d’efforts pour nuancer sa penseé première. Mais n’arrive-t-il pas par moments à transformer en un pur truisme le paradoxe dont tout d’abord il s’enchantait? Nous l’avons vu limiter la portéè directe de l’analyse pragmatique à la réalité connue de nous, et réserver pour une spéculation proprement humaniste le problème de savoir si la réalité objective

(x) ss. XVIIL.

Page 1