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cherche à en accroître la valeur. Ce n’est pas là pour cette école un simple corollaire, encore moins une conséquence obtenue grâce à l’appui de quelque hypothèse métaphysique. C’est une autre expression de la thèse centrale qui se dégage de l’analvse nouvelle (1).
En effet, d’après cette analyse même, tout acte de connaissance a pour fonction d'opérer dans notre expérience un changement déterminé. L/idée qu’une douleur éprouvée par moi provient d’une certaine dent établit uné connexion nouvelle entre le mal et la dent, et se vérifie si en opérant sur la dent on supprime le mal; avant l’idée, -la dent était, si l’on veut, la cause du mal; avec l’idée, elle commence à cesser de l’être, elle commeénce à devenir cause de la cessation du mal (2). Il y a bien là un acte établissant une connexion nouvelle. Il en est de même dans tous les cas de connaissance : notre expérience immédiate n’est pas après le processus logique ce qu’elle était auparavant; une modification s’y est introduite, qui ne serait pas survenue sans l’intervention de la pensée.
Or, cette modification apparente est ipso facto une modification réelle. Car toute expérience immédiate nous livre une réalité. Ce postulat impliqué dès longtemps dans ses théories, M. Dewey n’a pas hésité à l’accentuer. « Things are what they are experienced as (3) », telle en est la formule impossible à traduire dans toute sa force : « Les choses sont telles qu’elles se présentent dans l'expérience ». Toute expérience immédiate est réa-
à » * WT
(x) Cf. l’étude Does reality possess a practical character ? et la défin. de « conduct. » par Moore, ib.
(2)1Moors,-1b ch D 102 Cf Mauss CHEMINS p. 80. (3) The infl. of Darw., p. 227.
lité, dût-elle être après coup taxée d’illusion; des lignes que je vois convergentes sont réellement convergentes dans cette expérience-là, même si j'aperçois dans une expérience ultérieure qu’elles sont « vraiment » parallèles. Cette dernière expérience n’est pas plus réelle que la première ; elle a simplement pour moi plus de valeur (1). Je m'’effraie d’un bruit, puis, constatant qu’il provient d’un rideau agité par le vent, je le juge inoffensif et j'ai honte de ma peur. Ne disons pas qu’une irréalité a cédé la place à une réalité, mais que le bruit, d’abord « réellement » ‘effrayant, a cessé de l’être, que la chose même a changé (2). Un objet, par cela même qu’il est connu, apparaît transformé. Il est donc vraiment transformé et la logique instrumentale aboutit légitimement à cette conclusion que « la connaissance enveloppe une transformation réelle d’une réalité réelle » (3).
N'est-ce pas là adopter l'attitude de l’idéalisme? M. Dewey et M. Moore le contestent avec énergie. Le postulat que-tout idéalisme implique à sa racine selon M. Dewey, c’est que « les choses sont exclusivement et exactement telles qu’élles se présentent dans la connaissance ».(4). Or, la précédente formule ne pourrait se traduire par celle-ci que si la connaissance était le seul mode de l’expérience. Mais c’est 1à justement une hypothèse que l’immédiatiste repousse : la connaissance n’est qu’un des modes de l'expérience, distinct de l’expérience esthétique, morale, économique ou technologique. Par
CID D 2301e060233,
(3) Article Pure experience and reality, in Philosophical Review, vol. XVI (1907), p. 421. ?
(4) The infl. of Darw., p. 228.