‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 47 sur 70 · RER · texte numérisé non relu

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lieu de le faire, et que les deux conceptions, en réalité, coincident (1). James a rattaché, dans les pages précédentes, la théorie pragmatiste de la vérité à sa vieille définition de la connaissance en termes de conduite. Il en arrive aux critiques adressées au critère de la satisfaction. Or, il défend cette formule en soutenant que les satisfactions issues d’une, idée correspondent rigoureusement à son degré d’approximation à l'égard de la réalité. La satisfaction complète est atteinte quand l’esprit se fond avec la réalité même, comme il arrive aux yeux du sens commun dans le cas de la perception sensible ; les satisfactions partielles sont d’autant plus grandes qu’il se rapproche davantage de ce conflux. Entre les deux caractères signalés il y aurait donc le plus complet parallélisme ; autrement dit, les deux définitions de la vérité coïncideraient parfaitement.

Affirmation d’une simplicité quelque peu surprenante ! Comment a-t-on pu obtenir la coïncidence désirée, sinon en considérant exclusivement les satisfactions d’un certain ordre ? Pour justifier en apparence le sens large ne maintient-on pas secrètement le sens étroit ? Cette difficulté n’était même pas effleurée dans l’article précédent. Mais, dans un article légèrement postérieur, nous voyons James déclarer que les satisfactions sont indispensables mais non pas suffisantes pour constituer la vérité : il faut supposer, en outre, une réalité vers laquelle l’idée puisse nous conduire (2). N'est-ce pas avouer que parmi les satisfactions celles-là seules ont rang de vérificatrices qui accompagnent ou plutôt qualifient notre marche dans la direction d’un objet réel ? ‘Pourtant, au cours de ce même article, James paraît bien approuver que nous attachions un degré de vérité supé-

(x) M. of T., p. 155-160.

(2) Mb ND ET O6.

rieur à celle d’entre deux hypothèses métaphysiques qui ‘satisfait le mieux notre besoin de rencontrer dans l’univers un être qui sympathise avec nous (1). En pareil cas, quelle raison d’affirmer une réalité s’offre à nous en dehors de notre satisfaction subjective ? Il n’y a pas là une simple inadvertance. Au fond, James n’a jamais renoncé à sa vieille conception de la rationalité. Nous la voyons encore reparaître dans le dernier ouvrage qu’il publia : rationalité ne se réduit pas, nous y est-il dit, à intelligibilité ; elle comporte trois autres « dimensions », l’esthétique, la morale et la pratique ; la conception la plus rationnelle est celle qui apporte à ces différents besoins réunis le maximum de satisfactions (2). Est-elle pour autant la plus vraie ? James se contente prudemment d'affirmer qu’elle sera toujours « acceptée comme plus probablement vraie » que les conceptions conférant au monde un moindre degré de rationalité. C’est que, si James reste attaché à cette con- .ception, 1l ne la considère nullement comme une partie intégrante de sa définition de la vérité. Sans doute elle s'exprime plus d’un fois dans Pragmatism; mais l’auteur lui-même a confessé que, dans ce volume de conférences populaires, la thèse pragmatiste se trouve mêlée

(x)1b., p. 180 n. Citons au moins la fin de cette curieuse note : « Even if matter could do every outward thing that God does, the idea of it would not work as satisfactorily, because the chief call for a God on modern men’s part is for a being who will inwardly recognize them and judge them sympatheticallv. Matter disappoints this craving of our ego, so God remains for most men the truer hypothesis, and indeed remains so for definite pragmatic reasons ».

(2) À Pluralistic Universe, p. 112-113, 320. Cf. encore : M.ofT., p. IX. Il convient de remarquer que, dans le premier ouvrage, James n’exploite guère au profit de sa propre thèse cette conception large de la rationalité : malgré les satisfactions esthétiques et à certains égards morales qu’il procure, c’est surtout en raison de difficultés intellectuelles que le monisme se trouve définitivement écarté, du moins dans l'argumentation.

À maintes thèses qu’elle n'implique point nécessairement (1). Il y a tout lieu de croire que l’apologie des satisfactions sentimentales figure elle-même au nombre de ces opinions étrangères au pragmatisme proprement dit (2). En effet, si l’on excepte le passage que nous avons signalé, elle ne reparaît dans aucun des écrits que James a consacrés à l’exposé de cette théorie à partir de 1907.

En réalité, James caractérise dès lors son pragmatisme en termes qui le rattachent manifestement à sa définition de la connaissance, légèrement modifiée. L’originalité propre de cette théorie, il ne cesse de le répéter, consiste À caractériser la vérité comme une relation concrète, « ambulatoire », donnée tout entière dans l’ex< périence (3).Cette relation, c’est celle-là même à laquelle il ramenait, en 1904, la connaissance représentative (4). Seulement il ne se plaît plus à dire que cette relation joint simplement deux expériences. Il insiste sur ce point qu’elle relie une idée à une réalité, réalité distincte de l’idée et extérieure à elle (5). C’est dire qu’il ne se place plus au point de vue de l’expérience pure. Il déclare maintenant adopter l'attitude réaliste, et même dualiste, du sens commun (6). Il justifie, d’ailleurs, cette procédure par la façon même dont il pose le problème épistémologique. La connaissance ne se prend pas elle-même pour objet au moment où elle se produit ; c’est

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RCFAMatlleurs MM o Mers.

3) M. of T., p. XIV, 139-142, 234, 201.

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