‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 48 sur 70 · MID ND ARR · texte numérisé non relu

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(5). 1b.,p.8155, 1068; 1224 1C0f. déjà ptr30; (6) 1b,, p, 21

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après coup que la réflexion s'applique à une pareille étude. L'épistémologiste considère un cas déterminé de - connaissance en évoquant son propre passé ou en imaginant l’état mental d’une autre personne (1). I1 se donne donc à la fois une idée et une réalité, et se demande à quelle condition la première peut être considérée comme une connaissance vraie de la seconde. « L'univers du discours » ici envisagé implique nécessairement ces deux termes (2). C’est l’épistémologiste lui-même qui, par définition, se porte garant de l’existence de l’objet (3). Rien de mystérieux, au surplus, dans cefte notion empruntée à l'expérience commune (4), et largement justifiée par les satisfactions qu’elle nous apporte(s). Enfin cette réalité, si elle peut échapper à l'expérience du sujet dont on étudie l’idée, tombe toujours dans la région de l’expérience humaine en général (6).

Au problème ainsi posé, voici la réponse que James donne à présent : la vérité est constituée par les effets (workings) de l’idée, lorsque ces effets d’une part nous conduisent dans la direction de l’objet, et de l’autre sont accompagnés de satisfaction. Ces deux éléments doivent être réunis pour qu’il y ait à la fois référence et adaptation de l’idée à l’objet (7). 11 arrive sans doute à James, dans certaines formules rapides, de laisser l’un des deux dans l’ombre, de retenir simplement l’idée de passage

b., p: 244; 213:n, 2236; cf! déjà p. 7e

Jai 2): ID., D. 190-F, 187, 244.

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DÉNDA2TS:

(6) "1b, p.x78;-cf p. 1521n;'et 260:

(7) LD; 278; ef. Lp. 172-173, 237-0:

ou de rapprochement (1), ou simplement l’idée de satisfaction (2). Mais il serait puéril de lui chercher chicane à propos d'expressions elliptiques. Conduire vers une certaine réalité en apportant des satisfactions, tel est le propre de l’idée vraie (3). Et c’est la même pensée que

l’on exprime d’une façon plus brève en disant, par

exemple, que la vérité de l’idée se ramène à ses effets satisfaisants (4). L'on voit que la conception de la vérité issue de la définition de la connaissance se rapproche de la conception utilitaire, grâce à un certain élargissement : au lieu de conduire à une expérience immédiate de l’objet; il suffit que l’idée nous aiguille dans sa direction; dès lors, l'attente réalisée peut se fondre dans le genre plus vaste de l'orientation satisfaisante.

Au reste, ce que James a de plus en plus mis en relief dans la thèse pragmatiste, ce n’est pas une notion élargie de la vérification, c’est l’idée que la vérité elle-même se réduit à la vérification empirique, autrement dit aux workings de l’idée (5). La nature de ces workings n’est pas directement en question. James a fait de plus en plus converger les analyses précédentes vers cette simple conclusion, qu’à eux seuls, les effets de l’idée constituent la vérité même. Sur maint autre point il a exprimé des opinions variées, s’est laissé entraîner soit à des témérités, soit à des concessions graves; mais ï] n’a jamais cessé de soutenir et il a fini par soutenir exclusivement, que le terme de vérité ne désigne rien autre chose qu'une relation tout entière saisissable dans l'expérience.

( ) Ib. P: 201.

113) TO Ap: MOSITON, 202)

(4) 10, p. 240, 242; cf.-déjà p. 160.

(5) TOP D RIV MNe2402TS; |

PAR

Reste à déterminer quelle portée James attache à cette thèse d'apparence si modeste. Ici encore nous pouvons examiner tour à tour les conséquences d’ordre méthodologique et les conséquences d’ordre métaphysique.

Nous avons vu que la conséquence la plus communément attribuée au pragmatisme, le motif où l’on soupconne souvent l’arrière-pensée inspiratrice de son fondateur, l'apologie des influences sentimentales, avait été finalement dissociée par James de sa théorie de la vérité. Ce qui nous semble par contre étroitement lié à cette théorie, bien que l’auteur lui-même n’ait pas fait ressortir ce rapport, c’est le jugement porté par James sur la valeur de la connaissance conceptuelle. Son pragmatisme se fonde en somme sur sa psychologie de la perception et du concept : comment ne s’en dégagerait-il pas une conclusion sur la portée respective de ces deux modes de connaissance ? Cette conclusion était d’ailleurs impliquée par avance dans l'énoncé même de la méthode pragmatique, qui se trouve ainsi confirmée par |’ une de sés applications (1).

Ce jugement sur la valeur du concept inspire et domine la polémique que James a menée, dans ses derniers ouvrages, contre l'attitude qu’il nomme intellectualiste ou rationaliste. Il désigne par ces termes la tendance à exalter la connaissance conceptuelle considérée comme un ordre de savoir indépendant, supérieur, nous donnant accès à l’éssence des choses (2). Pour James, au contraire, le concept a tout d’abord son ori-

(x) Some Problems. of Philosophy, p. 59-60.

gine même dans l'expérience immédiate, dans le percept : il se ramène, directement ou indirectement, à quelque aspect de cette expérience, isolé par notre pensée. Or, si nous isolons tel ou tel aspect, c’est, du moins À l’origine, parce qu’il nous intéresse pratiquement et pour nous préparer à des réactions plus avantageuses. L'animal ne réagit que par des mouvements immédiatement déclenchés par l’objet présent. L'homme a le privilège de fixer sa pensée sur des caractères communs à plusieurs choses : il groupe ainsi ses percepts en classes dont il dégage les lois ; il substitue à son expérience immédiate un système de plus en plus étendu de relations abstraites. Par là, 1l vise avant tout une adaptation à un milieu plus large : car nos lois générales ont pour office de nous permettre, à propos des cas particuliers, des prévisions d’ampléur croissante (1). Ainsi la fonction primitive du concept est essentiellement pratique. Faut-il conclure de là que le concept n’a pas de valeur théorique? James repousse nettement cette interprétation et se déclare prêt à fausser compagnie à Bergson sur ce point (2). Les concepts, d’après lui, nous fournissent un accroissement réel de connaissance (3). Is nous le fournissent par cela même que, grâce à eux, nos percepts s’engrènent dans un vaste système de relations : notre panorama mental reçoit de la sorte un énorme élargissement. C’est IÀ, il est vrai, un mouvement qui prolonge simplement l’extension de nos perspectives pratiques, et comme une adaptation à un milieu immense (4). "En tout cas, le concept ne s’affranchit pas encore ici complètement du percept; il a pour fonction

(1) 1b., p. 63-67, 101-106. Plur. Univ., p. 217. (2) Plur. Uni., p. 240.

(2) T0 Ip: to.

(4) Some Probl., p. 65-67.

de nous y ramener. Il peut cependant s’en détacher, James n'hésite pas à le reconnaître. Il reprend la thèse exposée dans les Principes au sujet des vérités rationnelles, et en accentue plutôt l’énergie : nos concepts, une fois construits, peuvent être étudiés en eux-mêmes ; notre esprit, les comparant entre eux, perçoit des relations nouvelles, qui valent indépendamment de toute expérience et les unissent à tout jamais. Ainsi se créent les systèmes de vérités immuables qui font l’objet des sciences a priori : les concepts et leurs relations constituent donc aussi une réalité d’un nouvel ordre, irréductible à celle de l’expérience, une réalité éternelle. Tel est le « réalisme logique » dont James n’hésite pas à compléter son empirisme radical (x). Enfin il attribue encore aux concepts le pouvoir d'introduire dans notre vie des valeurs nouvelles (2).

: L'on voit que James reconnaît largement l’importance de notre faculté conceptuelle. Mais la contre-partie ne se fait pas attendre. James s’est livré, dans ses derniers ouvrages, à une critique approfondie de la connaissance conceptuelle dans laquelle il nous paraît utile de distinguer plusieurs plans.

Tout d’abord, la connaissance conceptuelle est incomplète. En vertu de sa nature même, un concept ne retient jamais qu'un aspect partiel de la réalité. Cependant cette vérité élémentaire a été méconnue par nombre de philosophes ; beaucoup ont procédé comme si l’on pouvait tenir le concept d’une chose pour équivalent à la chose même, ce qui les a conduits à nier de l’une tout ce qui n’est pas inclus dans la définition de l’autre. James dénonce avec autant de netteté que d'énergie ce postulat

(x) Ib., p. 67-71, 101-106. PI. Un., p. 340.

(2) PI. Un., p. 340-1, Some Probl., p. 71-73.

de « l’intelléctualisme vicieux (1) » dont il dénonce des exemples typiques dans certains arguments de Hégel, de Lotze, de Royce, de Bradley. Ces dialecticiens en arrivent à nier les faits les plus palpables, simplement parce que ces faits ne dérivent pas des concepts qu'ils ont adoptés.

Ce qui aggrave le cas, c’est que la connaissance conceptuelle, d’après James, laisse précisément échapper les caractères les plus profonds du réel. Elle n’est pas seulement incomplète, mais superficielle. James insiste longuement, à la suite de M. Bergson, sur le caractère discontinu et davantage encore sur le caractère statique des concepts. Ceux-ci constituent des systèmes de relations immuables entre des termes bien séparés. Ils nous renseignent ainsi sur les positions respectives des objets, mais non sur leur nature intime. [ls'nous permettent de prévoir ce qui se passera si nous supposons que là réalité demeure identique à elle-même ; ils nous laissent ignorer l’existence, la nature et les causes des changements réels. L'aspect le plus profond de la réalité, ce qui est en elle nouveauté, croissance, activité, échappe fatalement aux concepts et ne peut nous être fournie que par DS rience immédiate (2 ).

Mais quelle conséquence tirer de ces remarques ? L'on peut en conclure simplement que le procédé conceptuel a toujours besoin d’être complété par le recours à lexpérience. C’est, effectivement, la thèse à laquelle James se borne assez souvent : il faut unir le percept au concept; l’un de ces procédés accroît notre connaissance en étendue, l’autre en profondeur; joignons-les si nous voulons obtenir la connaissance la plus complète ; nous

(1) PI, Un., p. 60, 106, 118-120, 218-250.

(2) Some Probl., p.:78-07, 101. Plur. Un, dect. VIT Et l'art: The

experience of activity, reproduit dans ce dernier ouvrage.

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