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ne pouvons pas plus nous en tenir à l’un d’eux qu’une paire de ciseaux ne peut couper avec un seul tranchant (1) D'ailleurs ces deux procédés complémentaires et pareillement indispensables s’entrelacent étroitement dans notre vie, et chacun fait le jeu de l’autre : la perception stimule la pensée, et la pensée enrichit la perception (2). Voilà une thèse précise et nuancée, bien conforme au souci que James a toujours montré de rendre justice aux différents aspects du réel, dérivant tout naturellement de ses analyses qui ont fait ressortir à la fois l'originalité et l'insuffisance du concept.
Mais parfois aussi James semble soutenir une thèse assez différente, et beaucoup plus radicale. Le concept, nous a-t-1l dit, fausse la réalité, la rend inintelligible (3). Par suite, le philosophe doit abandonner franchement la méthode conceptuelle, — James dit même parfois : la logique (4), — pour s’en tenir à l'expérience immédiate. À propos de chaque problème métaphysique, 1l établit une alternative entre une « vue conceptuelle » et une « vue perceptuelle », celle-ci résolvant les difficultés artificielles que l’autre fait surgir (5). Ainsi semble se creuser un fossé entre les deux procédés dont James avait pourtant proclamé l’union nécessaire. Ce n’est plus l’abus, mais l’usage même des concepts qui semble condamné dans le domaine métaphysique.
Cette dernière thèse ne nous paraît pas être vraiment celle de James. Notre auteur se trouve entraîné dans une telle direction à la fois par l'influence de M. Bergson, qui venait de dénoncer avec tant d’éclat l’inaptitude
(x) S. Probl .,p. 53, 57-58, 74. PI. Un:, p. 251. (2) S. Probl., p. 47, 107-100.
(2) Mb p178;. 87.
(4) V. le fameux passage PI. Un., p. 272.
(s}:5. Probl., ch: X, XI, XII, XII.
de l'intelligence à résoudre les problèmes portant sur la vie, et par cet entraînement de la polémique qui incline tout écrivain à outrer dramatiquement les contrastes. Mais si l’on examine de près les arguments sur lesquels James appuie sa condamnation de la méthode conceptuelle, l’on constatera qu’ils portent toujours très exactement sur les procédés de « l’intellectualisme vicieux ».
C’est l’usage exclusif du concept pris pour équivalent de
la chose qui suscite ces difficultés sans cesse renaissantes, dont la solution nous est fournie par le recours à l’expérience immédiate. Peu importe que nos concepts mutilent la réalité; on ne peut conclure de là qu’ils la faussent que si on leur attribue pour fonction de la reproduire tout entière. Or, ce derniér postulat a été justement éliminé par James, grâce à son analyse de la connaissance conceptuelle. I1 faudrait faire abstraction de cette analyse pour condamner radicalement cette connaissance.
Ce qui reste vrai, c’est que James a mis de plus en plus l’accent sur la supériorité de l’expérience immédiate en matière métaphysique. Non qu’il établisse, à la façon de M. Bergson et de M. Le Roy, une opposition tranchée entre la méthode de la philosophie et celle de la science : il se plaît au contraire à affirmer l'identité foncière des deux méthodes (1). Mais c’est peut-être qu’il avait à mener la lutte contre des dialecticiens plutôt que contre des positivistes. Il n’en demeure pas moins dominé par la conviction que la solution des problèmes fondamentaux doit être cherchée surtout dans la consultation de plus en plus fidèle d’une expérience directe de plus en plus élargie,
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Le pragmatisme de James a-t-1l une portée métaphysique? Le problème est assez délicat et demande à être examiné de près. James a insisté sur le caractère purement « épistémologique » ou « logique » de son pragmatisme (x). Et ce n’est pas là une tardive mesure de prudence : dès 1905, nous l’entendons affirmer que l’humanisme est cornpatible avec différentes interprétations philosophiques, y compris celle du monisme (2). Cependant il déclare dans le même temps qu’il interprète pour son compte l’humanisme dans un sens pluraliste (3) ; il va jusqu'à nommer « pragmatisme ou pluralisme » la doctrine qu’il défend (4). Comment concilier ces différentes affirmations? Et ne peut-on dégager des écrits de James une conception un peu précise des rapports qui relient son épistémologie et sa métaphysique ?
C’est dans Pragmatism que les deux doctrines apparaissent le plus étroitement unies. La méthode pragmatique elle-même, appliquée au problème de l’unité du monde, nous conduit à discerner dans notre expérience un ensemble complexe de liaisons et de disjonctions (5), et nous incline ainsi, au moins provisoirement, du côté du pluralisme (6). Quant à l’épistémologie nouvelle, la conclusion centrale que James en tire ici, c’est que toute vérité est faite (made) peu à peu au cours de l’expérience (7), et en majeure partie faite par l’homme (8) à la suite de M. Schiller, James insiste avec complaisance
(OM TO Rep. LS 22T.
) E. in R. E., p. 257; cf M. of T., p. 65 (à propos de Bradley). MN ON D 2 (Cu MUR ER Ton):