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de notions empruntées aux sciences de la nature, et surtout en faisant pivoter toute la partie positive de son système autour de l’idée d'évolution. À l'habitude s'ajoute l’hérédité ; à l’expérience de l’individu, celle de la race. Mais, autant et même plus que tout empiriste, Spencer conçoit le développement de l'esprit comme s’opérant d’une façon mécanique ; et, de cette psychologie associationniste, il tend à donner l’interprétation matérialiste à laquelle elle se prêtait bien aisément. L'essence même de l'intelligence, comme d’ailleurs celle de la vie en général, consiste dans un « ajustement des rapports internes aux rapports externes » (1), et cette correspondance se réalise grâce à cette particularité que « les relations externes produisent les relations internes » (2). La soumission passive aux influences extérieures est présentée tout à la ‘fois comme la loi naturelle et comme la loi idéale de l’esprit.
Notons l’orientation nouvelle que Spencer imprime à l’empirisme, — si tant est que ce terme convienne encore à sa philosophie. Des deux caractères essentiels que nous avons distingués dans la tradition de cette école, l’un s’évanouit ici, et l’autre s’accentue. L'observation intérieure perd sa prépondérance. Aux sciences du monde extérieur Spencer ne demande plus simplement un modèle de méthode : les vérités mêmes que ces sciences ont établies suggèrent manifestement les principes fondamentaux du système. De proche en proche, les lois de la mécanique expliquent toute chose connaissable : ce qui demeure en dehors d’elles, c’est un Absolu qui échappe en même temps à tout savoir humain (3). Atténuez maintenant la réalité de cet Incon-
(1) Principles of Psychology, & 174, (2) Zb., & 180.
(3) La tendance inconsciente de Spencer vers le matérialisme,
naïssable, qui chez Spencer fournit encore aux croyarices religieuses un vague aliment, et vous aurez une attitude d'esprit bien caractérisée, que les Anglais ont pris l'habitude de nommer naturaliste (1),et qui se rencontre chez maint contemporain de Spencer, chez un Huxley, par exemple, ou chez un Tyndall. Agnosticistes et évolutionnistes eux aussi, ces savants professent qu’il n'existe point de connaissance valable hors des sciences de la nature. Or, d’après eux, celles-ci, sans se prononcer sur le fond des choses, affectent une préférence marquée pour les formules et symboles matérialistes (2) : notre pensée n’est satisfaite que dans la mesure où elle rattache tous les phénomènes à des lois et, s’il se peut, à des lois mécaniques. Elle doit done ramener les phénomènes vitaux aux phénomènes physico-chimiques, et les phénomènes psychologiques aux phénomènes organiques : la conscience devient un « épiphénomène », l'esprit n'est rien qu'un « automate conscient » (3). Ces penseurs conçoivent, au reste, la
en dépit de son réalisme lransfiguré, est bien mise en lumière par Th. Case, dans l'article Wetaphysics de l'Encyclopaedia Britannica, 2° éd.. (1911), vol. XVIII, p. 226.
(1) L'usage contemporain du terme naturalisme semble avoir été favorisé principalement par l'exemple de Balfour, qui emploie ce mot dans 7e Foundations of Belief (1895) pour désigner la façon de penser qu’il combat. Cette terminologie fut défendue par A. Seth (depuis, Pringle Pattison) dans som article The term naturalism in recent discussion (Philosophical Review, novembre 1896, t. V, p. 576-584, reproduit dans Mans place in the cosmos, ch. V, note À, 2° éd., p., 203-213). Elle a été adoptée d’une façon particulièrement systématique par J. Ward dans son important ouvrage intitulé Vaturalism and Agnosticism (1890).
(2) V. Collected Essays, éd. Eversley, t. I, p. 1590 sq. (passage cité par Ward, 2btd., p. 10). e ’
(3) Expression de Huxley: Le même auteur n’en ramène pas moins toute réalité connaissable aux phénomènes de conscience. Ses conceptions sont justement qualifiées par Case : « views. materialistic without being materialism, because inconsistent »