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D'abord, l’argument épistémologique a été modifié d’une façon fort ingénieuse par l'Américain Josiah Royce. Dès 1885, à la critique greenienne de la connaissance sensible il substitue une originale analyse de l'existence de l'erreur (5). D’après act ne peut
(1) Sur les préoccupations d'ordre religieux qui ont favorisé le développement de ces doctrines à Oxford, voir Schiller, Studies in Humanism, p. 277-270.
(2) En 1885, Pringle Pattison écrivait déjà : « It will hardly be denied that the philosophical productions of the younger: generation of our Univesity men are motre stongly impressed with a German stamp than with à native stamp » (cité par Baron,, Levue de Philosophie, juin 1909, t. IV, p. 618-610). En 1907, Henry Jones nous dépeint toutes les universités de Grande- Bretagne gagnées par le flot montant de l’idéalisme allemand (voir tout le passage, cité dans A, Pluralistic Universe, p. © 53-54).
(3) Balfour semble avoir proposé le premier cette appellation dans son article déjà cité sur Green (Wind, 1884, p. 74). On a parfois aussi nommé cette école « anglo-hégélienne » (ex. : James in Pragmatism, p. 17). Cette dernière expression, semble Avoir été inventée par Sturt (/dola Theatri, p. 37, BONCÈLE
(4) Cette exigence nous entraîne à négliger des penseurs fort intéressants, tels que B. Bosanquet. En outre, elle nous oblige à envisager ici seulement les écrits publiés avant lexplosion du, pragmatisme, c'est-à-dire avant 1903.
(5) Dans The religious aspect of philosophy, a critique of the : of conduct and of faith, Boston 188%, en partic. chap. The possibility’of error. CF. le compte rendu (anodie) Fe James dans The Atlantic Monthly, p.55, juin 1885.
Er se comprendre tant que l’on se représente avec le sens commun un monde composé d'individus séparés et d'événements successifs. Dans cette hypothèse, comment un sujet pourrait-il être en désaccord avec son objet ? Comment Jean pourrait-il se tromper sur le compte de Thomas ? il ne connaît rien que le Thomas de sa pensée : le Thomas réel ne peut devenir un objet pour lui. Comment pourrais-je me tromper au sujet d’un événement futur? Cet événement n’est pas donné à ma conscience présente : je ne puis donc comparer ces deux faits séparés dans le temps, ; et cependant, je dis que je puis dès maintenant errer à l’égard de l’avenir. Mais tout s'explique si l’on admet l’existence d’une pensée universelle et éternelle, à laquelle sont présents tous les individus et tous les moments du temps. Car alors, le jugement actuel et l’objet de ce jugement sont donnés à une même conscience qui peut les comparer et discerner ainsi la vérité de l’erreur. Par suite, l’erreur se définit comme une pensée incomplète dont une pensée supérieure s'aperçoit qu’elle a échoué dans son dessein. Ainsi le caractère le plus indéniable de toute connaissance, la distinction de la vérité et de l’erreur, ne se comprend que si l’on fait rentrer tous les détails de l’univers dans la réalité d'une pensée infinie. Le scepticisme, rigoureusement analysé, se voit forcé de conclure à la vérité de l’idéalisme absolu. -
Repris dans les ouvrages postérieurs de Royce (x), cet argument revêt une forme relativement nouvelle et intéressante dans le plus considérable d’entre eux, Le Monde et l’Individu (2). Notre dialecticien adopte ici
(1) The Spirit of modern Philosophy, 1802. Lect. XI : « Reality and Idealism ». — Studies of good and evil, 1808, ch. VII: « The implications of self-consciousne:s, » /
(2) The Wold and the Individual, 1900, lecture T1 : /atroduction, et lecture 7 : The internal and external meaning of ideas.
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les conclusions de la psychologie contemporaine sur la relation étroite qui rattache l’intelligence à l’activité, et 1l les utilise très habilement au profit de son idéalisme, en raisonnant comme il suit. L'on ne peut accepter la conception réaliste de la vérité, et l’on a raison de dire que toute idée se réfère à quelque action. I/idée ne doit pas être définie comme la représentation d’une réalité extérieure ; pour la caractériser ‘ainsi, ne faudrait-il pas déjà connaître cette réalité ? Sans doute, l’idée vraie est celle qui correspond à son objet, mais cette correspondance n'implique pas nécessairement ressemblance : les nombres ressemblent-ils aux choses comptées ? une théorie scientifique des couleurs a-t-elle le devoir d’être colorée ? Non, car il suffit que l’idée présente avec son objet la sorte de correspondance à laquelle l’idée prétend. C’est dire que, pour définir la relation de l’idée à l’objet, il faut considérer avant tout le dessein propre à l’idée. I] le faut encore pour définir l’objet Iui-même : car c’est l’idée qui se choisit un objet. Aïnsi les considérations téléologiques sont bien à leur place dans le domaine de la connaissance : l’essence même de l’idée, c’est d'exprimer ou d’incarner partiellement quelque dessein. Voilà comment l’on peut parler d’idée mathématique ou encore d’idée musicale, en l’absence de toute réalité extérieure. Toute idée possède une « signification interne » qui n'est autre que ce dessein même: Mais l’idée semble avoir aussi une « signification extèrne » se rapportant à une réalité indépendante. Sa vérité ne dépend pas seulement d’elle-même, puisque l’erreur est toujours possible et parfois réelle. Elle est suspendue à un caractère de l’objet que l’idée ne prédétermine pas. Comment sortir de cette antinomie ? Grâce à la remarque suivante : c’est encore l’idée qui décide que son objet doit différer d’elle, et c’est encore la sigmfication de l’idée qui détermine quelle naturs